Michel Pierre comme membre actif du comité d’animation du CUEM, participait régulièrement à nos réunions de travail et aux conférences que nous organisions. Son apport était apprécié. Il avait une grande expérience syndicale et a joué un rôle majeur dans la syndicalisation des chercheurs à la CGT. Un hommage lui a été rendu le vendredi 2 janvier. Nous reproduisons l’hommage que lui a rendu Michel Gruselle, Président du CUEM.
Notre rencontre, puis notre histoire commune avec Michel sont celles de chercheurs scientifiques, militants syndicaux et politiques qui pendant des décennies ont lutté côte à côte pour le changement de société.
C’est dans les années 1970, à la direction du Syndicat National des Chercheurs Scientifiques, alors à la FEN, qu’a commencé notre activité commune de militants et que s’est nouée une amitié profonde qui a traversé et résisté à bien des événements. Michel était en charge des questions revendicatives et j’assumais la responsabilité de secrétaire général du syndicat. À cette époque, la question centrale qui était posée était celle du statut des personnels des Établissements Publics Scientifiques de Recherche. Cette revendication était au cœur de la reconnaissance d’une activité de recherche à temps plein. Elle alimentait toutes nos manifestations et nous avions construit autour d’elle tout notre corpus revendicatif.
Je veux prendre un instant sur la question du statut des personnels de recherche. Après l’élection d’une majorité socialiste-communiste à l’assemblée en 1981, la question de la titularisation est venue très fort sur le devant de la scène et nous avions poussé les feux depuis des années pour qu’il en soit ainsi. Mais entre les illusions créées par le résultat de l’élection et la volonté évidente du pouvoir de sauter cette question, il y avait la place pour priver les personnels d’un succès revendicatif majeur. Le ministre de l’époque en charge de la recherche, J. P Chevènement, y était opposé et le PCF faisait pression pour que nous fassions profil bas. Le mot d’ordre de réussir le changement prévalait alors. Michel qui était le négociateur du syndicat, avec le soutien total de la direction du syndicat a refusé fermement cette perspective. Pieds à pieds y compris par des actions revendicatives, nous avons fini, avec l’appui du ministre de la fonction publique, Anicet le Pors, par emporter le morceau. Disons le, le statut et son contenu sont aussi un résultat du travail de Michel.
Plus nous portions cette idée de chercheurs et d’ITA comme agents d’une fonction publique démocratique au service de la population et de la Nation, plus nous étions convaincus de la nécessité d’un syndicalisme rassemblant l’ensemble des personnels et agissant de consert avec les travailleurs dans une CGT de classe et de masse, à l’opposé du corporatisme assumé de la FEN. Pour nous, tout en affirmant et Michel y était particulièrement attentif, la nécessaire liberté de recherche, nous étions convaincus que recherche, innovation et production étaient des enjeux de lutte commun à tous les travailleurs. C’est cette conviction qui nous a guidé pour sortir du piège corporatisme où nous enfermait la FEN.
Cette bataille de fond nous l’avons menée et perdue au congrès de Bordeaux en 1983, face aux tendances réformistes et opportunistes de tout bord qui dans le SNCS et au delà se liguèrent pour maintenir le syndicalisme chercheur dans un corporatisme de collaboration et de cogestion de l’institution. Si nous adversaires n’ont négligé ni les coups bas, ni les insultes nous traitant de : « tendance Bulgare » probablement en référence à des parapluies qui n’étaient pas de Cherbourg, nous avons tenu bon en restant sur le fond du débat.
Michel, fut de ceux qui ne baissèrent pas les bras, avec René, Jean Michel, Gilles, Daniel, Laurent, Christian, Colette, Geneviève, Bernard, André, Michel, et quelques autres, nous avons, et Michel a montré ici ses capacités politiques et d’organisateur, mené la lutte pour faire émerger, dans des conditions très difficiles, un syndicalisme CGT chez les chercheurs. Tous ces efforts se sont traduits, après des dizaines de réunions et d’heures de réflexions, de contacts, menées dans une vive tension, à la création en 1986 de l’Union des Syndicats de chercheurs et Assimilés dont Michel devint le secrétaire général ; annonce faite le 24 septembre 1986 par l’UGFF-CGT que dirigeait alors T. Hizberg et qui fut la seule dirigeante de la CGT, avec l’UGFF, à soutenir clairement notre initiative.
Je n’étais pas à Paris, au moment de l’annonce officielle, mais à en mission du CNRS à l’étranger et plus précisèment à Moscou. Je n’ai donc eu le récit du séisme créé par cette annonce qu’à mon retour. Les pressions perdurèrent longtemps après l’annonce officielle de la création de l’USCA. Ce fut violent et il fallait une profonde conviction pour y résister. Le premier résultat qui nous conforta dans notre action fut la pleine reconnaissance de l’USCA par la direction du CNRS à la suite d’élections de représentativité.
Les coups pleuvaient de partout indiquant que nous avions bousculé profondément un édifice politico-syndical, le PCF et la CGT, certes fragilisé par leur stratégie d’alliance avec le réformisme et l’opportunisme, mais qui entendaient coûte que coûte s’y maintenir. Une anecdote à ce propos, j’avais avant de partir en mission signé le bon à tirer d’un article que j’avais écrit à la demande du PCF, à propos de la recherche et qui devait paraître dans les Cahiers du Communisme. J’ai eu la surprise à mon retour de le voir signé par un autre, probablement moins enclin à la contestation ! Dans ces circonstances, Michel à fait preuve d’un sang-froid politique remarquable et a assumé cette situation particulièrement complexe montrant ses qualités de dirigeant.
C’est seulement en 1998 qu’enfin chercheurs et ITA se retrouvèrent dans le SNTRS-CGT dont Michel devint secrétaire général adjoint en 1999 jusqu’en 2015 date de son départ à la retraite. Son travail à la Direction du SNTRS a été remarquable en particulier dans le domaine revendicatif mais pas seulement, apportant un point de vue pertinent et profond sur le sens des mesures prises par les gouvernements successifs pour mettre la recherche au service du patronat.
Dans toute sa période d’activité, Michel n’a pas été derrière un bureau un homme que l’on qualifie d’appareil. Il était un chercheur, passionné par son activité pour qui le militantisme faisait partie de la vie elle même. Il distribuait aussi facilement des tracts qu’il travaillait à comprendre les événements qui l’entouraient. Diriger pour lui, loin d’un acte d’autorité, était le prolongement de sa propre action militante.
À la retraite, Michel a continué sa vie militante en prenant une part active à l’organisation des retraités des EPST dans le SNTRS-CGT. Comme beaucoup des militants qui ont vécu cette période ouverte par l’élection de 1981, il a quitté le PCF et s’est interrogé sur la suite à donner au plan politique. Ici, nos voies, mais pas notre amitié, ont pris des chemins différents mais pas contradictoires. D’ailleurs, nous nous sommes retrouvés dans l’animation du Cercle Universitaire d’Études Marxistes. Michel, s’il était loin de s’enthousiasmer pour l’éxégèse des textes de Marx, était par contre très attentif à ce que la question des sciences et des techniques prenne toute sa place dans la réflexion politique et syndicale, marxiste.
Si je lui pardonne tout au long de ces années de m’avoir traité avec, j’espère, un brin d’humour de : « grand réformard », il est difficile d’imaginer que nous devons continuer ce combat fraternel sans lui. Michel, Nous continuons le combat et d’autres viendront après nous pour le faire, ils ont commencé à émerger dans le soutien à la lutte de libération nationale de la Palestine et pour la libération de G.I. Abdallah, nous les avons vus, dans ces nombreuses manifestations où nous étions Michel, Françoise, Jeannine et moi au coude à coude.
Paris, 2 janvier 2026


