{"id":98,"date":"2014-06-24T08:45:50","date_gmt":"2014-06-24T07:45:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cuem.info\/?page_id=98"},"modified":"2018-06-27T20:16:21","modified_gmt":"2018-06-27T19:16:21","slug":"conference-de-roland-pfefferkorn","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=98","title":{"rendered":"21\/11\/2012 &#8211; Roland PFEFFERKORN&nbsp;:<br><b>In\u00e9galit\u00e9s et classes sociales<\/b> (conf\u00e9rence)"},"content":{"rendered":"<p><strong>In\u00e9galit\u00e9s et classes sociales. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Discours sociologiques et rh\u00e9toriques politiques<\/strong><\/p>\n<p><strong>(conf\u00e9rence du 21 novembre 2012)<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Roland Pfefferkorn<\/p>\n<p>Professeur de sociologie,<\/p>\n<p>Laboratoire Cultures et Soci\u00e9t\u00e9s en Europe (UMR 7236)<\/p>\n<p>Universit\u00e9 de Strasbourg<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Comment faire dispara\u00eetre les classes sociales\u00a0en sociologie et dans les discours politiques ? &#8211; discours de substitution et d\u00e9ni des classes. <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Quels sont les mots, quelles sont les expressions qui se sont largement impos\u00e9s dans les sciences sociales, dans les discours politiques et les analyses journalistiques pour rendre compte de la structuration d\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, de ses contradictions et de ses transformations au cours des ann\u00e9es 1980 et 1990\u00a0? A partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 de \u00ab\u00a0nouvelles\u00a0\u00bb th\u00e9orisations ont tr\u00e8s rapidement recouvert l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0ancien\u00a0\u00bb discours de classe.<\/p>\n<p>Nous pr\u00e9senterons bri\u00e8vement les discours de substitution qui se sont d\u00e9velopp\u00e9 en sociologie au cours de la p\u00e9riode d\u2019accroissement des in\u00e9galit\u00e9s sociales. Ces discours sont aussi des discours de contournement dans la mesure o\u00f9 il s\u2019agit avant tout de contourner le langage de classe et d\u2019\u00e9vacuer les concepts de classe sociale, de lutte des classes ou de rapport de classe.<\/p>\n<p>Il faut souligner d\u2019embl\u00e9e l\u2019\u00e9cho paradoxal de ces discours dans les m\u00e9dias, notamment <em>via<\/em> la rh\u00e9torique politique port\u00e9e par les partis de gouvernement, elle-m\u00eame largement reprise par les journalistes dont la vision du monde a par ailleurs fortement int\u00e9gr\u00e9 \u00ab\u00a0<em>le mythe d\u2019un individu tout puissant, plac\u00e9 au centre de l\u2019univers<\/em>\u00a0\u00bb[1]. Nous nous int\u00e9resserons aussi aux visions du monde social \u00e9labor\u00e9es au sein des <em>\u00ab\u00a0<\/em>clubs de r\u00e9flexion<em>\u00a0\u00bb<\/em> du Parti socialiste (en vue des pr\u00e9sidentielles de 2002 et 2012) et celles propos\u00e9es par les discours de Nicolas Sarkozy lors de la campagne pour les pr\u00e9sidentielles de 2007. Nous verrons que ces rh\u00e9toriques politiques ont en commun avec les discours sociologiques de substitution, la valorisation du consensus et de la coh\u00e9sion et le d\u00e9ni des classes sociales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les discours sociologiques de substitution <\/strong><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Le discours de l\u2019individualisation et de la moyennisation<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Le premier registre de substitution qui s\u2019est impos\u00e9 au cours des ann\u00e9es 1980 est celui de l\u2019individualisation et de la moyennisation, les deux \u00e9tant \u00e9troitement associ\u00e9s. Par la suite dans les ann\u00e9es 1990, avec la mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s, le discours de l\u2019exclusion va s\u2019affirmer tant dans l\u2019espace public que dans l\u2019espace acad\u00e9mique et, sur le plan conceptuel, le rapport social est remplac\u00e9 par la notion ir\u00e9nique de lien social. Ce faisant on retrouvera dans les ann\u00e9es 1980 et 1990 la tendance s\u00e9culaire \u00e0 l\u2019occultation du conflit de la sociologie fran\u00e7aise. Car ces repr\u00e9sentations \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb, celles de l\u2019individualisme m\u00e9thodologique, de la moyennisation, de l\u2019individualisation ou de l\u2019exclusion, ont en commun non seulement la n\u00e9gation des classes, mais aussi l\u2019escamotage du conflit. La mont\u00e9e de ces discours de substitution a \u00e9t\u00e9 aid\u00e9e par une th\u00e9orisation ant\u00e9rieure des classes sociales (au cours des ann\u00e9es 1960-1970) pas toujours d\u00e9nu\u00e9e de faiblesses. Celle-ci \u00e9tait parfois trop marqu\u00e9e par l\u2019ouvri\u00e9risme et par des visions emprunt\u00e9es m\u00e9caniquement au <em>diamat[2]<\/em>. Par la suite, l\u2019\u00e9chec de la gauche arriv\u00e9e au pouvoir en 1981 et sa conversion massive au lib\u00e9ralisme \u00e9conomique a remis en cause l\u2019id\u00e9e que la classe ouvri\u00e8re pouvait \u00eatre le levier d\u2019un changement social total et a r\u00e9duit l\u2019int\u00e9r\u00eat des sociologues pour cette classe. Par ailleurs, l\u2019\u00e9tude de la classe des travailleurs, en lien plus largement avec les mondes sociaux subalternes et domin\u00e9s, n\u2019a jamais connu un tr\u00e8s grand int\u00e9r\u00eat en France malgr\u00e9 la qualit\u00e9 de certains travaux portant sp\u00e9cifiquement sur le monde ouvrier, notamment ceux de Michel Verret (1979, 1982, 1988, 1995) ou de Olivier Schwartz (1992). Par la suite au cours des ann\u00e9es 1990 et 2000 il a fallu se battre pour recentrer l\u2019analyse sociologique sur ces questions de classe, mais la (micro) sociologie concr\u00e8te de ces mondes sociaux en reste toujours \u00e0 des balbutiements\u2026<\/p>\n<p>Le <em>Dictionnaire critique de la sociologie<\/em> de Raymond Boudon et Fran\u00e7ois Bourricaud, publi\u00e9 en 1982, enregistre symboliquement ce reflux des approches en termes de classes sociales. Il ignore l\u2019entr\u00e9e \u00ab\u00a0<em>classe sociale<\/em>\u00a0\u00bb au profit de l\u2019entr\u00e9e \u00ab\u00a0<em>stratification sociale<\/em>\u00a0\u00bb, alors qu\u2019en France les approches en termes de strates \u00e9taient rest\u00e9es relativement marginales pendant les ann\u00e9es qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. L\u2019ouvrage d\u2019Henri Mendras,<em> La seconde r\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0: 1965-1984, <\/em>qui para\u00eet en 1988, est peut-\u00eatre plus embl\u00e9matique encore de ce reflux, voire de la d\u00e9n\u00e9gation explicite des classes, qui se d\u00e9veloppe durant cette p\u00e9riode. L\u2019auteur de <em>La fin des paysans <\/em>n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 annoncer la disparition des classes sociales\u00a0: \u00ab\u00a0<em>On voit clairement que les grandes structures sociales du XIXe si\u00e8cle s\u2019\u00e9croulent\u00a0: quatre classes massives et antagonistes s\u2019\u00e9miettent en une multitude de groupes qui gravitent autour d\u2019une constellation centrale<\/em>\u00a0\u00bb(page 24). Il poursuit\u00a0plus loin : \u00ab\u00a0<em>En disparaissant, bourgeois, paysans et prol\u00e9taires font dispara\u00eetre en m\u00eame temps un syst\u00e8me de classes au sens fort du terme, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une part des univers de civilisation qui englobaient toute la vie, toute la personnalit\u00e9 et toutes les ambitions de ses membres et, d\u2019autre part, des macro-groupes en lutte pour le pouvoir et la domination de la soci\u00e9t\u00e9 globale<\/em>\u00a0\u00bb (page 44).<\/p>\n<p>Le paradoxe de la th\u00e8se de Mendras c\u2019est qu\u2019elle est syst\u00e9matis\u00e9e \u00e0 un moment o\u00f9 pr\u00e9cis\u00e9ment la tendance \u00e0 la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s sociales a amorc\u00e9 son inversion avec le tournant intervenu \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. De ce point de vue, vingt ans auparavant la conjoncture a \u00e9t\u00e9 plus favorable \u00e0 Goldthorpe (1968a, 1968b, 1969) et \u00e0 ses collaborateurs quand ils ont publi\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 <em>The affluent worker<\/em> dans lequel ils d\u00e9fendaient des th\u00e8ses apparemment proches de celles de Mendras. Cependant la trilogie de Goldthorpe et de ses collaborateurs est beaucoup moins simpliste. Elle d\u00e9montre aussi l\u2019inverse\u00a0: ces travaux r\u00e9futent l\u2019id\u00e9e d\u2019un embourgeoisement, acceptent et reconnaissent un changement dans les modes de vie, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 de consommation\u00a0\u00bb, mais soulignent aussi et surtout la continuit\u00e9 dans les attitudes politiques, syndicales. Autrement dit, la posture de classe demeure pr\u00e9sente m\u00eame si elle change.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>L\u2019immense groupe central<\/em>\u00a0\u00bb de Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing (1976: 56) ou la \u00ab\u00a0<em>constellation centrale<\/em>\u00a0\u00bb de Mendras (1988: 24) sont appel\u00e9s \u00e0 inclure l\u2019essentiel de la soci\u00e9t\u00e9, ne laissant aux marges que des franges r\u00e9duites d\u2019exclus et de privil\u00e9gi\u00e9s. Cette vision n\u2019a rien de nouveau, elle remonte \u00e0 Guizot qui l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9e au cours des premi\u00e8res d\u00e9cennies du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Par certains aspects Ulrich Beck en Allemagne et Pierre Rosanvallon en France prolongent la th\u00e8se de la moyennisation tout en mettant davantage l\u2019accent sur l\u2019individualisation (Beck 1998, Fitoussi &amp; Rosanvallon 1996). Ils d\u00e9fendent tous deux l\u2019id\u00e9e de l\u2019individualisation des in\u00e9galit\u00e9s sociales coupl\u00e9e \u00e0 celle de la disparition des classes sociales. Mais ils n\u2019insistent pas sur la destruction syst\u00e9matique des solidarit\u00e9s collectives et des acquis sociaux qui a contribu\u00e9 \u00e0 faire exister partiellement cet individualisme. La casse du droit du travail, l\u2019augmentation du ch\u00f4mage et la concurrence accrue entre les travailleurs qui en r\u00e9sulte, doubl\u00e9es d\u2019une franche adh\u00e9sion de la sociale-d\u00e9mocratie \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 et de l\u2019embourbement des directions syndicales, oblig\u00e9es de courir apr\u00e8s l\u2019Etat et le patronat pour pr\u00e9server leur statut d\u2019interlocuteurs sociaux, conduisent beaucoup de travailleurs, de plus en plus isol\u00e9s, \u00e0 adopter cet individualisme comme consentement oblig\u00e9 (cf. Garo 2009: 84-121). Ces auteurs prennent certes acte de la mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s sociales, mais ils consid\u00e8rent bizarrement que ce ph\u00e9nom\u00e8ne est pour l\u2019essentiel d\u00e9connect\u00e9 des classes sociales dont ils postulent la disparition. Avec d\u2019autres, ils vont jusqu\u2019\u00e0 remettre en cause la pertinence des cat\u00e9gories socioprofessionnelles pour l\u2019analyse statistique des ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux, estimant que ces cat\u00e9gories seraient d\u00e9sormais obsol\u00e8tes et ne saisiraient plus \u00ab\u00a0<em>qu\u2019une part limit\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb (Fitoussi &amp; Rosanvallon 1996\u00a0: 25).<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9volution socio-\u00e9conomique enregistr\u00e9e au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle infirme totalement la th\u00e8se centrale de Mendras qui voyait se profiler la \u00ab\u00a0<em>moyennisation<\/em>\u00a0\u00bb d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0<em>apais\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb,\u00a0d\u00e9barrass\u00e9e des \u00ab\u00a0<em>grandes discordes nationales<\/em>\u00a0\u00bb. S\u2019il est vrai que la diminution de la conflictualit\u00e9 sociale \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 et surtout durant la d\u00e9cennie 1980 et la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1990 pouvait corroborer \u00e0 la limite l\u2019image d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0apais\u00e9e\u00a0\u00bb, il n\u2019en reste pas moins que des conflits sociaux sectoriels importants marqueront l\u2019ensemble de la p\u00e9riode qui est d\u2019abord, comme nous le rappellerons plus loin, celle de la mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s sociales. Suivant la formule judicieuse utilis\u00e9e d\u00e8s 1994 par un observateur avis\u00e9, \u00ab\u00a0<em>le mythe de la classe moyenne a \u00e9t\u00e9 un exp\u00e9dient et un cache-mis\u00e8re qui se brise aujourd\u2019hui<\/em>\u00a0\u00bb (Tenzer 1994)[3]. Bref, \u00e0 peine imprim\u00e9es la th\u00e8se de la moyennisation de Mendras se r\u00e9v\u00e8le caduque et sera remplac\u00e9e presque du jour au lendemain par un autre discours qui lui va s\u2019installer plus durablement\u00a0: celui de l\u2019exclusion.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Le discours de l\u2019exclusion et du lien social<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>A la fin de la d\u00e9cennie 1980 et au cours des ann\u00e9es 1990 c\u2019est en effet la th\u00e9matique de l\u2019exclusion qui va progressivement s\u2019imposer en France. Le succ\u00e8s de ce discours assez trivial au demeurant s\u2019expliquait aussi par l\u2019intervention de certaines cat\u00e9gories d\u2019agents de l\u2019Etat et la m\u00e9diatisation de certains d\u00e9bats intellectuels qui s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019un renforcement des tendances \u00e0 simplifier les questions et plus largement d\u2019un recul de la pens\u00e9e critique[4]. En 1996, un gros volume de type encyclop\u00e9dique a propos\u00e9 de baliser \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tat des savoirs\u00a0\u00bb sur ce th\u00e8me (Paugam, 1996). Dans cet ouvrage, l&rsquo;exclusion est envisag\u00e9e sous l&rsquo;angle de la \u00ab\u00a0rupture du lien social\u00a0\u00bb et \u00e9lev\u00e9e \u00e0 la dignit\u00e9 de \u00ab\u00a0paradigme soci\u00e9tal\u00a0\u00bb. Pour autant cette notion a-t-elle contribu\u00e9 \u00e0 rendre compte des principales transformations \u00e9conomiques et sociales du monde contemporain\u00a0?Rien n\u2019est moins certain.<\/p>\n<p>D\u2019une part cette notion n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une variante de la th\u00e8se de la moyennisation, puisque selon Alain Touraine, une minorit\u00e9 d\u2019\u00ab\u00a0exclus\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0privil\u00e9gi\u00e9s\u00a0\u00bb, encore moins nombreux, viendraient compl\u00e9ter une \u00ab\u00a0immense classe moyenne\u00a0\u00bb (Touraine, 2001 : 14-15). Il propose la vision suivante de la structure sociale\u00a0: en bas, 15 % d\u2019exclus, en haut 3,5 % de privil\u00e9gi\u00e9s et au centre plus de 80\u00a0% de classes moyennes urbaines qualifi\u00e9es. Surprenant diagnostic d\u2019un sociologue de renom quand on sait que les CS ouvriers et employ\u00e9s, r\u00e9unies, rassemblent au moment o\u00f9 il s\u2019exprime autour de 60 % de la population active\u00a0! D\u2019autre part, le succ\u00e8s de cette notion au cours des ann\u00e9es 1990 s&rsquo;explique par sa contribution \u00e0 la dilution, voire \u00e0 l&rsquo;occultation du paradigme du conflit, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment celui de la lutte des classes, en rendant imperceptibles et inintelligibles les transformations \u00e9conomiques et sociales en cours en termes d&rsquo;aggravation de l&rsquo;exploitation et de la domination, de mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s sociales et d&rsquo;affaiblissement de la r\u00e9sistance que suscitent ces transformations\u00a0?[5]<\/p>\n<p>On pourrait r\u00e9p\u00e9ter <em>mutatis mutandis<\/em> \u00e0 propos de la notion de lien social les critiques que nous avons adress\u00e9es \u00e0 celle d&rsquo;exclusion. Notion essentiellement m\u00e9taphorique, relevant de l&rsquo;image plus que du concept, notion <em>leitmotiv<\/em>, elle sert \u00e0 faire \u00e9cran et obstacle \u00e0 un autre concept, celui de rapport social. Il est tout \u00e0 fait remarquable, en effet, que ce dernier concept ait connu un destin comparable au concept de classe sociale et que son usage dans les sciences sociales et politiques ait r\u00e9gress\u00e9 consid\u00e9rablement pendant une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, remplac\u00e9 qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment par la notion de lien social. Or, s&rsquo;ils peuvent sembler voisins, voire synonymes, les deux concepts n&rsquo;ont en fait pas du tout la m\u00eame pertinence th\u00e9orique et \u00e9pist\u00e9mologique. La notion de rapport social indique d&#8217;embl\u00e9e que le monde social est une combinaison d&rsquo;identit\u00e9s et de diff\u00e9rences, d&rsquo;unit\u00e9 et de divisions, de coh\u00e9sion et de conflits. Il met l&rsquo;accent tout aussi bien sur ce qui r\u00e9unit les hommes vivant en soci\u00e9t\u00e9, que sur ce qui les divise, les oppose, les d\u00e9chire. Il permet de penser la soci\u00e9t\u00e9 comme \u00e9tant \u00e0 la fois <em>unit\u00e9 et lutte<\/em>, dialectiquement : unit\u00e9 dans\/par\/contre la lutte et lutte dans\/par\/contre l&rsquo;unit\u00e9. Alors que la notion de lien social met unilat\u00e9ralement l&rsquo;accent sur ce qui lie et r\u00e9unit les hommes entre eux, au d\u00e9triment de ce qui les divise et les oppose dans leur unit\u00e9 m\u00eame. Le concept de rapport social englobe par cons\u00e9quent celui de lien social, il permet de penser le lien et l\u2019opposition, alors que ce dernier emp\u00eache de penser le conflit (Bihr, 2012\u00a0; Pfefferkorn, 2012).<\/p>\n<p>L\u2019occultation du conflit marque en effet profond\u00e9ment la tradition sociologique fran\u00e7aise dans son ensemble, \u00e0 de tr\u00e8s rares exceptions pr\u00e8s, telle qu\u2019elle s\u2019est construite progressivement et telle qu\u2019elle s\u2019est institutionnalis\u00e9e, notamment sous l\u2019influence d\u2019Emile Durkheim. Le sch\u00e8me du conflit a longtemps \u00e9t\u00e9 secondaire, si ce n\u2019est absent. Pour le fondateur de l\u2019Ecole fran\u00e7aise de sociologie le conflit rel\u00e8ve en effet du pathologique\u00a0: il forge le concept d\u2019anomie \u00e0 cette fin. A l\u2019oppos\u00e9, quoique de fa\u00e7on diff\u00e9rente selon les auteurs, le conflit est pr\u00e9sent chez Max Weber ou Georg Simmel. Mais malgr\u00e9 cette prise en compte dans la sociologie compr\u00e9hensive du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, c\u2019est aussi le discours de l\u2019harmonie sociale qui pr\u00e9domine dans la sociologie allemande d\u2019apr\u00e8s-guerre. Bien entendu, nous ne d\u00e9veloppons pas ici ce point, le conflit \u2013 la lutte des classes &#8211; joue un r\u00f4le central dans la pens\u00e9e de Karl Marx.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Comment expliquer le succ\u00e8s de ces discours de substitution\u00a0?<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Ce ne sont pas tant les r\u00e9sultats des enqu\u00eates statistiques ou ethnographiques qui conduisent \u00e0 l\u2019abandon d\u2019un discours de classe en sociologie, c\u2019est plut\u00f4t la rh\u00e9torique m\u00e9tasociologique qui change sous l\u2019effet \u00e0 la fois des transformations objectives des structures sociales, du contexte sociopolitique d\u2019ensemble et des changements qui interviennent aussi sur le plan subjectif. Le succ\u00e8s acad\u00e9mique, m\u00e9diatique et politique que l\u2019ensemble des discours de substitution ont rencontr\u00e9 en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou ailleurs, au cours des ann\u00e9es 1980-1990, ne s\u2019explique que difficilement par la vertu de leurs qualit\u00e9s argumentatives ou leur ad\u00e9quation au monde r\u00e9el. La p\u00e9riode, marqu\u00e9e par le tournant n\u00e9olib\u00e9ral, se caract\u00e9rise en effet, comme nous l\u2019avons rappel\u00e9 plus haut, par un renforcement consid\u00e9rable de la polarisation sociale objectiv\u00e9e par diff\u00e9rents travaux d\u00e8s les ann\u00e9es 1990[6]. Pr\u00e9tendre analyser dans ces conditions la structure sociale comme se caract\u00e9risant par la moyennisation, l\u2019individualisation, l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0invisibilisation\u00a0\u00bb des in\u00e9galit\u00e9s sociales, voire le d\u00e9clin, sinon la mort des classes sociales, va tr\u00e8s vite relever de la gageure. En France, \u00e0 la suite du mouvement social de novembre 1995 et de ceux qui lui ont succ\u00e9d\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, il est devenu plus difficile de nier, d\u2019occulter ou de minimiser le conflit entre les classes comme paradigme organisateur. Les classes pouvaient amorcer leur retour.<\/p>\n<p>La quasi-disparition d\u2019un \u00ab\u00a0<em>discours de classe en tant que discours de type scientifique \u00e0 pr\u00e9tention politique\u00a0<\/em>\u00bb a fr\u00e9quemment \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 trois facteurs principaux qui n\u2019\u00e9puisent cependant pas la question : l\u2019affaiblissement des liens entre les intellectuels et le PCF[7]; l\u2019effondrement du noyau central de la classe ouvri\u00e8re industrielle ; l\u2019invasion de nouveaux discours et de pratiques manag\u00e9riales. Ce rejet du discours de classe est probablement \u00e0 inscrire aussi dans un mouvement plus vaste : la quasi-disparition dans les sciences sociales de variables structurelles comme celles qui constituent l\u2019ossature de la d\u00e9mographie, de l\u2019\u00e9conomie, de la technologie, de la g\u00e9ographie, enfin la focalisation des sp\u00e9cialistes sur la petite \u00e9chelle. Les identit\u00e9s ont remplac\u00e9 les structures au c\u0153ur des disciplines, de plus elles sont multiples et instables, et, selon les nouvelles orthodoxies postmodernes, elles ne sont d\u00e9sormais construites que de \u00abmani\u00e8re discursive\u00bb.<\/p>\n<p>La remise en cause de l\u2019\u00abEtat social\u00bb, la promotion du march\u00e9 comme instance ultime de r\u00e9gulation compens\u00e9e \u00e9ventuellement par l\u2019action caritative et la mont\u00e9e de l\u2019individualisme contractuel n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 sans effet sur les lectures propos\u00e9es de la structure sociale. Dans la vulgate lib\u00e9rale, sur un march\u00e9 il y a des individus atomis\u00e9s, acheteurs et vendeurs, \u00e9ventuellement n\u00e9gociateurs ou plaideurs, il n\u2019y a pas de classes sociales. La forte mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s sociales depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 80 et le renouveau des conflits sociaux, a cependant conduit une part croissante de sociologues \u00e0 (re)prendre au s\u00e9rieux les analyses en termes de classes et \u00e0 abandonner la rengaine de l\u2019individualisation du social. Et ceux qui n\u2019avaient jamais abandonn\u00e9 les travaux mobilisant les concepts de classes, de rapport de classe ou de lutte des classes ont \u00e0 nouveau \u00e9t\u00e9 entendus\u00a0: qu\u2019il s\u2019agisse ici des coll\u00e8gues qui ont travaill\u00e9 sur la bourgeoisie ou sur telle ou telle fraction de la classe des travailleurs Le retour en force d\u2019analyses portant sur les classes confirme en outre l\u2019existence de v\u00e9ritables cycles conceptuels. La pr\u00e9sence dans le \u00addiscours sociologique, et plus largement dans le d\u00e9bat public, de la notion de \u00abclasses\u00a0sociales\u00bb suit en effet une alternance de phases hautes et de creux. Ces cycles des concepts et des id\u00e9es semblent correspondre \u00e0 d\u2019autres cycles \u00adrenvoyant aux rapports de force tels qu\u2019ils s\u2019expriment dans la soci\u00e9t\u00e9, \u00adnotamment ceux que d\u2019aucuns appelaient autrefois les \u00abcycles de la lutte des classes\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9ni des classes sociales dans les rh\u00e9toriques des partis de gouvernement<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Les rh\u00e9toriques des partis de gouvernement sont de plus en plus pr\u00e9par\u00e9es en amont au sein de nombreux \u00ab\u00a0club de r\u00e9flexion\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0fondations\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0think tank\u00a0\u00bb, pour utiliser le terme d\u00e9sormais en vogue. Il y en aurait plus de 200. Le d\u00e9ni des classes sociales a \u00e9t\u00e9 activement travaill\u00e9 par les notes et rapports de ces cercles, aussi bien par ceux li\u00e9s au Parti socialiste que par les bo\u00eetes \u00e0 id\u00e9es plus clairement marqu\u00e9es \u00e0 droite. Ces clubs ont activement travaill\u00e9 depuis trente ans. On peut citer notamment ceux qui ont cherch\u00e9 \u00e0 vider la social-d\u00e9mocratie\u00a0de son h\u00e9ritage (tr\u00e8s partiellement) marxien : la Fondation Saint-Simon[8], la Fondation Jean Jaur\u00e8s ou plus r\u00e9cemment <em>Terra nova,<\/em> dont les liens avec le Parti socialiste sont connus\u00a0; et \u00e0 droite\u00a0: Fondapol, l\u2019Institut fran\u00e7ais pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques ou l\u2019Institut Montaigne[9].<\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>La rh\u00e9torique des <\/em><\/strong><strong>think tank <em>socialistes <\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Les discours sociologiques de substitution seront totalement en phase avec la rh\u00e9torique politique d\u00e9velopp\u00e9e, tant par la sociale-d\u00e9mocratie allemande[10], les travaillistes britanniques[11], les socialistes fran\u00e7ais, espagnols, portugais, grecs et d\u2019autres[12]. Ces partis rompent avec le discours socialiste originel qui cherchait \u00e0 donner une repr\u00e9sentation \u00e0 une classe sociale (la classe ouvri\u00e8re ou la classe des travailleurs, suivant les langues et les terminologies en usage) et \u00e0 d\u00e9noncer l\u2019exploitation dont elle est victime, m\u00eame si au cours des d\u00e9cennies suivantes ce discours avait d\u00e9j\u00e0 connu des infl\u00e9chissements significatifs. Ces courants ont en effet abandonn\u00e9 la rh\u00e9torique de classe parall\u00e8lement \u00e0 leur glissement \u00e0 droite. De la m\u00eame mani\u00e8re aux Etats-Unis d\u2019Am\u00e9riques, tandis que des sociologues enterraient les classes[13], la rh\u00e9torique classiste disparaissait\u00a0aussi du vocabulaire politique des D\u00e9mocrates. C\u2019est particuli\u00e8rement net d\u00e8s l\u2019\u00e9poque de Kennedy. Le summum est atteint avec Carter et Clinton. Ce dernier n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 parler de la \u00ab\u00a0<em>plus harmonieuse des communaut\u00e9s multiraciales<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 propos de son pays\u2026 quelques ann\u00e9es apr\u00e8s les \u00e9meutes de Los Angeles&#8230;<\/p>\n<p>En France, la <em>Fondation Jean Jaur\u00e8s, <\/em>un \u00ab\u00a0club de r\u00e9flexion\u00a0\u00bb (on dira plus tard un <em>think tank<\/em>) du Parti socialiste, publie un num\u00e9ro de sa revue qui est exemplaire de ce point de vue[14]. Henri Weber et Laurent Baumel y d\u00e9fendent un \u00ab\u00a0<em>nouvel \u00e9quilibre<\/em>\u00a0\u00bb entre \u00ab\u00a0<em>les exclus, les classes moyennes et les classes populaires<\/em>\u00a0\u00bb, th\u00e8me d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent dans le discours de cl\u00f4ture de Lionel Jospin \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u2019\u00e9t\u00e9 du Parti socialiste tenue \u00e0 La Rochelle le 29 ao\u00fbt 1999 et qu\u2019on retrouvera aussi une d\u00e9cennie plus tard dans le rapport publi\u00e9 par un nouveau think tank, <em>Terra nova,<\/em> en mai 2011. Les auteurs se placent sous l\u2019\u00e9gide de Saint-Simon en pr\u00e9conisant une \u00ab\u00a0<em>alliance des productifs<\/em>\u00a0\u00bb. Dans cette synth\u00e8se on trouve de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences et allusions \u00e0 Rosanvallon, Beck, Giddens et Touraine. Sur pr\u00e8s d\u2019une cinquantaine de pages, soit la moiti\u00e9 du document, l\u2019accent est mis sur les th\u00e8mes de \u00ab\u00a0<em>l\u2019individualisation du social<\/em>\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0<em>classes sans conscience<\/em>\u00a0\u00bb. Les auteurs insistent sur \u00ab\u00a0<em>l\u2019\u00e9miettement cat\u00e9goriel<\/em>\u00a0\u00bb et sur les \u00ab\u00a0<em>in\u00e9galit\u00e9s intra-classes<\/em>\u00a0\u00bb. Enfin, ils proposent d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0<em>individualiser davantage les politiques sociales\u00a0\u00bb <\/em>et de<em> \u00ab\u00a0s\u2019adresser plus directement aux individus<\/em>\u00a0\u00bb apr\u00e8s avoir, il est vrai, occult\u00e9 l\u2019aggravation, au cours de deux d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes, des in\u00e9galit\u00e9s sociales, simplement pr\u00e9sent\u00e9es comme \u00e9tant \u00ab\u00a0<em>persistantes<\/em>\u00a0\u00bb. En 2002 cette rh\u00e9torique avait suscit\u00e9 tr\u00e8s peu de critiques publiques.<\/p>\n<p>Dix ans plus tard, en 2011, le nouveau <em>think tank<\/em> socialiste, <em>Terra nova,<\/em> reprend, certes de mani\u00e8re plus caricaturale, cette rh\u00e9torique \u00ab\u00a0moderniste\u00a0\u00bb dans son rapport\u00abGauche : quelle strat\u00e9gie pour 2012 ?\u00a0\u00bb. <em>Terra nova<\/em> devait sous-tendre la campagne pr\u00e9sidentielle de Dominique Strauss-Kahn, alors directeur du Fonds mon\u00e9taire international et candidat quasi-certain du Parti socialiste. Le <em>think tank <\/em>comprend aussi parmi ses dirigeants des membres de l\u2019\u00e9quipe de campagne de Martine Aubry[15]. Il propose cette fois explicitement de se d\u00e9tourner de \u00ab\u00a0<em>l\u2019\u00e9lectorat historique de la gauche coalis\u00e9 par les enjeux \u00e9conomiques\u00a0\u00bb<\/em> et de reconstruire une majorit\u00e9 \u00e9lectorale autour des valeurs culturelles\u00a0: une \u00ab\u00a0<em>France de demain\u00a0\u00bb<\/em>, rassemblant les \u00ab\u00a0fractions les plus pr\u00e9caires des cat\u00e9gories populaires\u00a0\u00bb et les dipl\u00f4m\u00e9s \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire les classes moyennes jeunes \u2013 qui sont d\u00e9sormais le c\u0153ur de cible. <em>Terra nova, <\/em>il faut le signaler, a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de financements d\u2019un certain nombre de grandes entreprises, notamment Areva, Air France, Microsoft et EADS et son si\u00e8ge situ\u00e9 dans un immeuble des Champs-Elys\u00e9es est mis \u00e0 disposition gracieusement par un ami millionnaire de l\u2019ancien Premier Ministre socialiste et pr\u00e9sident du \u00ab\u00a0conseil scientifique\u00a0\u00bb de <em>Terra Nova<\/em>, Michel Rocard[16].<\/p>\n<p>Mais cette orientation aura du mal \u00e0 passer en 2011, car le contexte avait chang\u00e9, pas seulement au niveau des mots, des id\u00e9es et des repr\u00e9sentations, mais surtout dans sa r\u00e9alit\u00e9 objective. Les cat\u00e9gories populaires sont entr\u00e9es en lutte de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, avec de nombreuses luttes cat\u00e9gorielles, mais aussi des luttes d\u2019ensemble rassemblant la plupart des salari\u00e9s, notamment autour de la d\u00e9fense des retraites. La mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s et les privil\u00e8ges de la grande bourgeoisie sont devenus de plus en plus visible en raison \u00e0 la fois de la mise en sc\u00e8ne d\u00e9complex\u00e9e des liens entre des grandes fortunes et Nicolas Sarkozy \u00e0 peine \u00e9lu Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, des cadeaux fiscaux qui ont \u00e9t\u00e9 accord\u00e9s aux plus riches, puis des affaires Woerth-Bettancourt et Tapie qui explicitaient ces liens jusqu\u2019\u00e0 la caricature. Il faut en effet se garder de raisonner uniquement \u00e0 partir des innovations discursives et s\u2019efforcer d\u2019observer les transformations du monde r\u00e9el\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les clivages de classes s\u2019accentuent et deviennent particuli\u00e8rement visibles\u00a0; de l\u2019autre, les causes socio-\u00e9conomiques et politiques du durcissement des tensions internes au monde populaire sont massives. Il suffit de prendre en compte la baisse du revenu r\u00e9el pour de nombreux salari\u00e9s, le ch\u00f4mage, la pr\u00e9carit\u00e9 et la d\u00e9sindustrialisation, l\u2019intensification du travail et ses cons\u00e9quences, l\u2019augmentation tendancielle du prix des logements, la pr\u00e9occupation scolaire croissante, sans oublier le d\u00e9senchantement politique suite au ralliement au n\u00e9olib\u00e9ralisme du Parti socialiste. Enfin, les r\u00e9percussions subjectives de ces facteurs objectifs sont consid\u00e9rables aussi, notamment en termes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 sociale, de ressentiment, de jalousies diffuses, de haine et de peur de l\u2019avenir, en particulier la peur du d\u00e9classement.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019importance des changements \u00e9conomiques et des renoncements politiques, les questions culturelles ou normatives mises en avant par <em>Terra nova<\/em> semblent bien d\u00e9risoires. Celles-ci n\u2019expliquent en effet que tr\u00e8s marginalement les clivages internes croissants au sein du monde populaire. Les r\u00e9dacteurs du rapport\u00ab\u00a0Gauche : quelle strat\u00e9gie pour 2012 ?\u00a0\u00bb ignorent ces changements, tant objectifs que subjectifs, et sugg\u00e8rent d\u2019aller plus loin encore dans les renoncements politiques<em>.<\/em> Les critiques seront s\u00e9v\u00e8res[17], tant de la part de responsables socialistes qui se d\u00e9solidariseront de cette orientation, d\u2019universitaires que de journalistes attentifs. Joseph Confavreux observe que \u00ab\u00a0<em>ce rapport est surtout le sympt\u00f4me d\u2019un imaginaire et d\u2019un discours de plus en plus r\u00e9pandus, notamment depuis l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2002, qui voudraient que les cat\u00e9gories populaires soient, de plus en plus, attir\u00e9es par une droite dure<\/em>\u00a0\u00bb. Il estime que cette lecture de \u00ab\u00a0<em>cat\u00e9gories populaires gagn\u00e9es \u00e0 la droite ou \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite sur la base de valeurs culturelles conservatrices<\/em>\u00a0\u00bb sert d\u2019abord \u00e0 discr\u00e9diter un monde populaire consid\u00e9r\u00e9 comme ferm\u00e9, raciste et intol\u00e9rant. Enfin il met le doigt sur l\u2019\u00e9puisement de la \u00ab\u00a0<em>lecture dominante de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise comme une soci\u00e9t\u00e9 de classes moyennes, dans laquelle les clivages de classe se seraient \u00e9rod\u00e9s sous l\u2019effet de la consommation de masse, de la diffusion de l\u2019\u00e9ducation ou de l\u2019essor des services\u00a0\u00bb[18]. <\/em>D\u00e9sormais cette lecture ne passe plus, apr\u00e8s plus de 30 ans de mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s, la fiction de la moyennisation est obsol\u00e8te.<\/p>\n<p>Mais cela, les cercles dirigeants \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb du Parti socialiste ne semblent pas l\u2019avoir compris alors m\u00eame qu\u2019un Pierre Rosanvallon l\u2019ex-secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la tr\u00e8s lib\u00e9rale et technocratique Fondation Saint-Simon tourne le dos \u00e0 son parcours ant\u00e9rieur. Cette Fondation avait rassembl\u00e9 durant 18 ans des personnalit\u00e9s politiques, des grands chefs d&rsquo;entreprise, des journalistes et patrons de presse, et quelques universitaires dans le but notamment de convertir la gauche fran\u00e7aise au lib\u00e9ralisme \u00e9conomique[19]. Le travail intellectuel de cette Fondation a directement contribu\u00e9 au tournant lib\u00e9ral du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 qui est \u00e0 l\u2019origine de la croissance des in\u00e9galit\u00e9s sociales. D\u00e9sormais Rosanvallon d\u00e9nonce la \u00ab\u00a0v\u00e9ritable contre-r\u00e9volution\u00a0\u00bb que repr\u00e9sente l\u2019explosion des in\u00e9galit\u00e9s. \u00ab\u00a0Depuis les ann\u00e9es 1980, les plus riches n\u2019ont en effet cess\u00e9 d\u2019accro\u00eetre leur part des revenus et des patrimoines, inversant la pr\u00e9c\u00e9dente tendance s\u00e9culaire \u00e0 la r\u00e9duction des \u00e9carts de richesse\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il notamment en quatri\u00e8me de couverture de son livre <em>La<\/em> <em>soci\u00e9t\u00e9 des \u00e9gaux<\/em>[20].<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les in\u00e9galit\u00e9s sociales et leur accroissement depuis 30 ans<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Baisse des revenus du travail et mont\u00e9e des revenus du capital <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><em>En France, la part des salaires dans la valeur ajout\u00e9e chute brutalement entre 1982 et 1989, de pr\u00e8s de dix points (elle passe de 74,2\u00a0% \u00e0 64,9\u00a0%). Depuis les ann\u00e9es 1990, elle s\u2019\u00e9tablit en moyenne autour de 65\u00a0%, soit entre 4 et 5 points au-dessous de sa valeur des ann\u00e9es 1960<\/em>, du temps du fordisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Des in\u00e9galit\u00e9s aux classes sociales <\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019aggravation de la situation relative des salari\u00e9s en g\u00e9n\u00e9ral, et de certaines cat\u00e9gories plus particuli\u00e8rement, notamment les salari\u00e9s de la fonction publique, les pr\u00e9caires ou les ch\u00f4meurs, se retrouve, avec certes une intensit\u00e9 et des temporalit\u00e9s variables suivant les pays, secteurs d\u2019activit\u00e9 ou grands domaines. Car la baisse consid\u00e9rable de la part des salaires est redoubl\u00e9e par la stagnation voire la diminution des d\u00e9penses consacr\u00e9es par exemple \u00e0 la sant\u00e9 ou \u00e0 l\u2019\u00e9ducation. C\u2019est pourquoi <em>il n\u2019est en rien interdit de parler ici de paup\u00e9risation relative du salariat.<\/em> Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019exerce sur un plan individuel mais aussi au niveau de l\u2019ensemble du salariat. En outre, la tendance \u00e0 l\u2019\u00e9largissement du salariat qui entra\u00eene un accroissement des montant allou\u00e9s \u00e0 l\u2019entretien\/ reproduction de la force de travail croise une seconde tendance contradictoire o\u00f9 l\u2019extorsion de survaleur se r\u00e9alise sur un groupe toujours plus restreint.<\/p>\n<p>Les effets sur la consommation dans son ensemble, la consommation de biens et de services sp\u00e9cifiques, sur le patrimoine et les possibilit\u00e9s de se loger correctement sont consid\u00e9rables, d\u2019autant plus que le prix du logement a fortement augment\u00e9. Il faut ajouter \u00e0 ces effets directs des \u00e9volutions contrast\u00e9es des revenus du capital et du travail, le recul de certaines formations politiques de gauche (par exemple des Partis communistes dans des pays comme la France ou l\u2019Italie, deux cas cependant \u00e0 distinguer\u00a0: effondrement militant et \u00e9lectoral du PCF et transformation rat\u00e9e du PCI en nouvelle formation de centre-gauche) conjugu\u00e9e au d\u00e9calage croissant entre l\u2019origine sociale des \u00e9lus des Partis socialistes et le monde populaire. Bref, le constat est massif\u00a0: les m\u00eames groupements sociaux se trouvent syst\u00e9matiquement, les uns en bas, les autres en haut de l\u2019\u00e9chelle sociale. Et le fait que ce soit toujours les uns qui occupent une position favorable, et les autres une position d\u00e9favorable au p\u00f4le oppos\u00e9 du spectre social, permet pr\u00e9cis\u00e9ment de mettre en \u00e9vidence un v\u00e9ritable <em>syst\u00e8me des in\u00e9galit\u00e9s<\/em> de type \u00ab\u00a0classiste\u00a0\u00bb [Bihr, Pfefferkorn, 2008].<\/p>\n<p><em>Des ann\u00e9es 1950 aux ann\u00e9es 1970 les concepts de classe et de rapports de classe faisaient partie du b-a-ba des sciences sociales.<\/em> Des controverses parfois vives portaient sur la mani\u00e8re d\u2019aborder les classes, mais il y avait tr\u00e8s majoritairement accord, du moins dans des pays comme la France, l\u2019Italie ou la Grande-Bretagne, sur l\u2019importance m\u00eame du concept et de la r\u00e9alit\u00e9 des classes sociales. Le mouvement paradoxal qui intervient au cours des ann\u00e9es 1980 et 1990 (concomitance de la mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s sociales et du recul du discours de classe en sociologie et plus largement en sciences sociales) est particuli\u00e8rement \u00e9trange. Les futurs historiens de la sociologie risquent fort de s\u2019\u00e9tonner de l\u2019audience rencontr\u00e9e par la rh\u00e9torique de la fin des classes coupl\u00e9e \u00e0 celles de l\u2019<em>individualisation<\/em> et de la \u00ab\u00a0<em>moyennisation<\/em>\u00a0\u00bb, au moment m\u00eame o\u00f9 la polarisation sociale \u00e9tait en train de s\u2019accentuer [Pfefferkorn, 2007]. Car une analyse m\u00e9thodique des in\u00e9galit\u00e9s entre cat\u00e9gories sociales, telles qu\u2019elles peuvent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es, par exemple en France \u00e0 travers la nomenclature des cat\u00e9gories socioprofessionnelles de l\u2019Insee sur la base d\u2019une exploitation secondaire d\u2019un tr\u00e8s grand nombre de donn\u00e9es produites par l\u2019appareil statistique public, permet d\u2019invalider une telle rh\u00e9torique et valide le recours aux concepts de classe ou de rapports de classe[21]<\/p>\n<p>Une analyse des in\u00e9galit\u00e9s permet en effet de montrer que les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, et en particulier la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, restent <em>segment\u00e9es, hi\u00e9rarchis\u00e9es et conflictuelles<\/em>. De tr\u00e8s nombreuses \u00e9tudes, en premier lieu les enqu\u00eates quantitatives men\u00e9es \u00e0 intervalle r\u00e9gulier, produisent des s\u00e9ries statistiques longues qui fournissent un mat\u00e9riau empirique irrempla\u00e7able permettant de mettre en \u00e9vidence une telle structuration. Ces trois caract\u00e9ristiques r\u00e9unies, <em>segmentation<\/em>, <em>hi\u00e9rarchisation<\/em> et <em>conflictualit\u00e9<\/em>, nous permettent de plaider en faveur d\u2019une lecture de la soci\u00e9t\u00e9, fran\u00e7aise en particulier, en termes de classes sociales[22].<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, la repr\u00e9sentation de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise qu\u2019autorisent les r\u00e9sultats d\u2019une analyse du syst\u00e8me des in\u00e9galit\u00e9s est bien celle d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois <em>segment\u00e9e<\/em>, <em>hi\u00e9rarchis\u00e9e<\/em> et <em>conflictuelle<\/em>.\u00a0Les divisions, in\u00e9galit\u00e9s et conflits qui la traversent opposent non pas des individus en tant que tels mais bien des groupements d\u2019individus partageant pr\u00e9cis\u00e9ment une commune position dans la soci\u00e9t\u00e9. Cette position doit \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e \u00e0 la fois sur le plan objectif et sur le plan subjectif. Il s\u2019agit d\u2019articuler la situation objective (du groupement consid\u00e9r\u00e9) et la subjectivit\u00e9\u00a0(des membres du groupement). Cette position commande leurs possibilit\u00e9s (in\u00e9gales) de s\u2019approprier, ou non, avoir, pouvoir et savoir, conduisant \u00e0 une accumulation d\u2019avantages \u00e0 un p\u00f4le et une accumulation de handicaps \u00e0 l\u2019autre p\u00f4le, processus sur la base desquels ces diff\u00e9rents groupes entrent en lutte les uns contre les autres en s\u2019organisant (plus ou moins) \u00e0 cette fin. L\u2019ensemble des arguments pr\u00e9c\u00e9dents nous paraissent du moins autoriser, justifier et valider le recours aux concepts de <em>classe<\/em>, de <em>rapports de classe<\/em> et de <em>lutte<\/em>, pour l\u2019explication et la compr\u00e9hension de la persistance des ph\u00e9nom\u00e8nes de segmentation, de hi\u00e9rarchisation et de conflictualit\u00e9 au sein de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise actuelle, comme plus largement dans l\u2019ensemble des soci\u00e9t\u00e9s contemporaines [Pfeferkorn, 2007\u00a0; Bihr, 2012]. Les remarques qui pr\u00e9c\u00e8dent ne doivent pas pour autant conduire \u00e0 minorer les autres rapports sociaux, les rapports de sexe [Bihr, Pfefferkorn, 2002\u00a0; Pfefferkorn, 2007, 2012\u00a0; Hirata <em>et alii<\/em>, 2004], les rapports de g\u00e9n\u00e9ration (Bihr, Tanasawa, 2004) ou de \u00ab\u00a0racisation\u00a0\u00bb (Matas, Pfefferkorn, 2010). Se pose donc aussi la question de l\u2019articulation entre ces diff\u00e9rents rapports sociaux (Kergoat, 2010, 2012\u00a0; Pfefferkorn, 2011\u00a0; Dunezat, Pfefferkorn, 2011) et celle de la n\u00e9cessaire inscription de l\u2019ensemble de ces rapports dans le temps et dans l\u2019espace. Enfin, il faut se placer dans la perspective de leur transformation car tous sont \u00e0 des degr\u00e9s certes variables, marqu\u00e9s par la domination, la discrimination, la stigmatisation et l\u2019exploitation.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Principales r\u00e9f\u00e9rences bibliographiques\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Beaud St\u00e9phane, Michel Pialoux, \u00ab\u00a0Pourquoi la gauche a-t-elle perdu les classes populaires\u00a0? Petit d\u00e9tour par l\u2019histoire\u00a0\u00bb<em> in <\/em>Cl\u00e9mentine Autain <em>et alii.,<\/em> <em> A gauche\u00a0!, <\/em>Paris, La D\u00e9couverte, 2002.<\/p>\n<p>Beck, Ulrich. 1998. \u2018Le conflit des deux modernit\u00e9s et la question de la disparition des solidarit\u00e9s\u2019, <em>Lien social et politiques<\/em>, 39\u00a0: 15-25<\/p>\n<p>Bihr Alain,<em> Du \u00ab\u00a0Grand Soir\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;alternative\u00a0\u00bb<\/em>.<em> Le mouvement ouvrier europ\u00e9en en crise<\/em>, Paris, Editions Ouvri\u00e8res (Editions de l&rsquo;Atelier), 1991.<\/p>\n<p>Bihr Alain, <em>La Novlangue n\u00e9olib\u00e9rale. La rh\u00e9torique du f\u00e9tichisme \u00e9conomique<\/em>, Lausanne, \u00c9ditions Page deux, 2007.<\/p>\n<p>Bihr Alain, <em>Les rapports sociaux de classe<\/em>, Lausanne, Editions Page Deux, collection Empreinte, 2012.<\/p>\n<p>Bihr Alain, Pfefferkorn Roland,<em>D\u00e9chiffrer les in\u00e9galit\u00e9s<\/em>, 2<sup>e<\/sup> \u00e9dition enti\u00e8rement refondue et mise \u00e0 jour, Paris, Syros &#8211; La D\u00e9couverte, Collection \u00ab\u00a0Alternatives \u00e9conomiques\u00a0\u00bb, 1999 [1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d.\u00a0: 1995].<\/p>\n<p>Bihr Alain, Pfefferkorn Roland,<em>Hommes-Femmes, quelle \u00e9galit\u00e9\u00a0?<\/em> Paris, Editions de l\u2019Atelier, 2002.<\/p>\n<p>Bihr Alain, Pfefferkorn Roland,\u00ab\u00a0Du syst\u00e8me des in\u00e9galit\u00e9s aux classes sociales\u00a0\u00bb, in Bouffartigue Paul (dir.), <em>Le retour des classes. In\u00e9galit\u00e9s, dominations, conflits<\/em>, Paris, La Dispute, 2004, pp. 37-53.<\/p>\n<p>Bihr Alain, Pfefferkorn Roland,<em>Le syst\u00e8me des in\u00e9galit\u00e9s<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 2008.<\/p>\n<p>Bihr Alain, Tanasawa Naoko (dir.), <em>Les rapports interg\u00e9n\u00e9rationnels en France et au Japon<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2004.<\/p>\n<p>Boudon Raymond et Fran\u00e7ois Bourricaud <em>Dictionnaire critique de la sociologie<\/em>, Paris, Presses Universitaires de France 1982.<\/p>\n<p>Chauvel Louis, <em>Le Destin des g\u00e9n\u00e9rations. Structure sociale et cohortes en France au XXe si\u00e8cle<\/em>, Presses universitaires de France, Paris, 2002.<\/p>\n<p>Dum\u00e9nil G\u00e9rard, Domnique L\u00e9vy, \u00ab\u00a0Rapports de production et structure de classe du capitalisme 150 ans apr\u00e8s\u00a0\u00bb, <em>Cahiers marxistes<\/em>, \u00ab\u00a0150<sup>e<\/sup> anniversaire du Manifeste\u00a0\u00bb, 1999.<\/p>\n<p>Dum\u00e9nil G\u00e9rard, Domnique L\u00e9vy. 2001. \u2018Costs and Benefits of Neoliberalism. A class analysis\u2019, <em>The Review of International Political Economy <\/em>8(4): 578-607<\/p>\n<p>Dunezat Xavier, Pfefferkorn Roland (dir.), <em>Raison pr\u00e9sente<\/em>, \u00ab\u00a0Articuler les rapports sociaux. Classes, Sexes. Races\u00a0\u00bb, n\u00b0 178, 2<sup>e<\/sup> trimestre 2011.<\/p>\n<p>Fairclough Norman, <em>New Labour, New Language\u00a0?, <\/em>London, Routledge, 2000.<\/p>\n<p>Fitoussi, Jean-Paul and Pierre Rosanvallon, <em>Le Nouvel Age des in\u00e9galit\u00e9s<\/em>, Paris, Seuil, 1996.<\/p>\n<p>Giscard d\u2019Estaing, Val\u00e9ry, <em>D\u00e9mocratie fran\u00e7aise, <\/em>Paris, Fayard, 1976.<\/p>\n<p>Goldthorpe, J. H., D. Lockwood, F. Bechhofer, and J. Platt, <em>The affluent worker Industrial Attitudes and Behaviour<\/em>, Cambridge, Cambridge University Press, 1968a.<\/p>\n<p>Goldthorpe, J. H., D. Lockwood, F. Bechhofer, and J. Platt, <em>The affluent worker Political Attitudes and Behaviour<\/em>, Cambridge, Cambridge University Press, 1968b.<\/p>\n<p>Goldthorpe, J. H., D. Lockwood, F. Bechhofer, and J. Platt, <em>The affluent worker in<\/em> <em>the Class Structure<\/em>, Cambridge, Cambridge University Press, 1969<\/p>\n<p>Garo Isabelle, <em>L\u2019id\u00e9ologie ou la pens\u00e9e embarqu\u00e9e<\/em>, Paris, La Fabrique \u00e9ditions, 2009.<\/p>\n<p>Goldthorpe John <em>et alii<\/em>, <em>The affluent worker<\/em>, Cambridge, Cambridge University Press, 1968-1969.<\/p>\n<p>Hirata Helena, Fran\u00e7oise Laborie, H\u00e9l\u00e8ne Le Doar\u00e9, Dani\u00e8le Senotier (sous dir.) <em>Dictionnaire critique du f\u00e9minisme<\/em>, Paris, Presses Universitaires de France, 2004 [<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d.\u00a0: 2000].<\/p>\n<p>Kergoat Dani\u00e8le, \u00ab\u00a0Le rapport social de sexe. De la reproduction des rapports sociaux \u00e0 leur subversion\u00a0\u00bb, <em>Actuel Marx<\/em>, n\u00b030, Paris, Presses Universitaires de France, 2001.<\/p>\n<p>Kergoat Dani\u00e8le (entretien avec), \u00abUne sociologie \u00e0 la crois\u00e9e de trois mouvements sociaux \u00bb, <em>in <\/em>Elise Palomares et Armelle Testenoire (coord.), \u00ab\u00a0Prismes f\u00e9ministes. Qu\u2019est-ce que l\u2019intersectionnalit\u00e9 ?\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Homme et la soci\u00e9t\u00e9 <\/em>n\u00b0 176-177, 2010, pp. 36-37.<\/p>\n<p>Kergoat Dani\u00e8le, <em>Se battre, disent-elles<\/em>, Paris, La Dispute, collection Le genre du monde, 2012.<\/p>\n<p>Landais Camille, Thomas Piketty et Emmanuel Saez, <em>Pour une r\u00e9volution fiscale<\/em>, Paris, Seuil, 2011<\/p>\n<p>Lojkine Jean, <em>L\u2019adieu \u00e0 la classe moyenne<\/em>, Paris, La dispute, 2005<\/p>\n<p>Matas Juan, Pfefferkorn Roland (dir.),<em> Raison pr\u00e9sente<\/em>, \u00ab\u00a0Racisme, Race\u00a0et Sciences Sociales\u00a0\u00bb, n\u00b0 174, 2<sup>e<\/sup> trimestre 2010..<\/p>\n<p>Mendras Henri, <em>La seconde R\u00e9volution fran\u00e7aise 1965-1984<\/em>, Paris, Gallimard, 1988<\/p>\n<p>Merlant Philippe et Chatel Luc,\u00a0<em>M\u00e9dias\u00a0: la faillite d\u2019un contre-pouvoir<\/em>, Paris, Fayard, 2009.<\/p>\n<p>Moul\u00e8ne Fr\u00e9d\u00e9ric, <em>Les \u00e9lecteurs face \u00e0 la th\u00e9matique de la \u00ab\u00a0rupture\u00a0\u00bb dans la campagne\u00a0 pr\u00e9sidentielle de 2007: Loyaut\u00e9 ou r\u00e9sistance ? Une contribution sociologique \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la performance des discours politiques<\/em>, th\u00e8se de sociologie (sous la direction de R. Pfefferkorn), Universit\u00e9 de Strasbourg, 2 d\u00e9cembre 2011.<\/p>\n<p>Paugam Serge (dir.), <em>L\u2019exclusion, l\u2019\u00e9tat des savoirs<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 1996<\/p>\n<p>Paveau Marie-Anne, \u00ab\u00a0La langue sans classes de la grammaire scolaire\u00a0\u00bb, <em>Le fran\u00e7ais aujourd&rsquo;hui<\/em>, 162, 2008a\u00a0: 29-40<\/p>\n<p>Paveau Marie-Anne, \u00ab\u00a0Le parler des classes dominantes, objet linguistiquement incorrect\u00a0? Dialectologie perceptive et linguistique populaire\u00a0\u00bb, <em>\u00c9tudes de linguistique appliqu\u00e9e (Ela)<\/em>, 150\u00a02008b : 138-158<\/p>\n<p>Pfefferkorn Roland,<em>In\u00e9galit\u00e9s et rapports sociaux. Rapports de classe, rapports de sexe<\/em>, Paris, Editions La Dispute, Collection \u00ab\u00a0Le genre du monde\u00a0\u00bb, 2007.<\/p>\n<p>Pfefferkorn Roland,\u00ab\u00a0Rapports de racisation, de classe, de sexe\u2026\u00a0\u00bb, <em>Migrations-Soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, Vol. 23, n\u00b0 133, dossier \u00ab\u00a0Migrations, racismes et r\u00e9sistances\u00a0\u00bb, janvier-f\u00e9vrier 2011\u00a0: 193-207.<\/p>\n<p>Pfefferkorn Roland,<em>Genre et rapports sociaux de sexe<\/em>, Lausanne, Editions Page Deux, collection Empreinte, 2012.<\/p>\n<p>Pin\u00e7on Michel, Monique Pin\u00e7on-Charlot, <em>Le pr\u00e9sident des riches<\/em>, Paris, Zones, 2010.<\/p>\n<p>Plenel Edwy, \u00ab\u00a0La grande peur des oligarqes\u00a0\u00bb, <em>M\u00e9diapart<\/em>, 28 ao\u00fbt 2011. <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/280811\/la-grande-peur-des-oligarques\">http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/280811\/la-grande-peur-des-oligarques<\/a> [consult\u00e9 le 28 mars 2012].<\/p>\n<p>Schwartz Olivier,<em> Le monde priv\u00e9 des ouvriers. Hommes et femmes du Nord<\/em>, PUF, Paris, 1990, r\u00e9\u00e9d. 2002,<\/p>\n<p>Tenzer Nicolas, \u00ab\u00a0La fin du mod\u00e8le fran\u00e7ais de la classe moyenne\u00a0\u00bb in <em>Le Banquet<\/em>, 4, 1994. &lt;<a href=\"http:\/\/www.revue-lebanquet.com\/reposoir\/docs\/a_0000079.html\">http:\/\/www.revue-lebanquet.com\/reposoir\/docs\/a_0000079.html<\/a>&gt; (consult\u00e9 le 2 avril 2012).<\/p>\n<p>Tissot Sylvie,\u00a0 <em>L&rsquo;\u00c9tat et les quartiers. Gen\u00e8se d&rsquo;une cat\u00e9gorie de l&rsquo;action publique<\/em>, Paris, Seuil, 2007.<\/p>\n<p>Touraine Alain, \u00ab\u00a0Le gouvernement a un d\u00e9ficit au centre &#8211; Entretien avec Joseph Mace-Scaron\u00a0\u00bb, Alexis Lacroix, <em>Le Figaro,<\/em> 17632, 18 Avril 2001, pp. 14-15.<\/p>\n<p>Verret Michel,<em> L\u2019Espace ouvrier, <\/em>L\u2019Harmattan, Paris, 1995 [1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d.\u00a0: 1979]; <em>La Culture ouvri\u00e8re, <\/em>L\u2019Harmattan, Paris, 1996\u00a0[1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d.\u00a0: 1988]; <em>Le Travail ouvrier, <\/em>L\u2019Harmattan, Paris,\u00a01999 [1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d.\u00a0: 1982]; <em>Chevilles ouvri\u00e8res, <\/em>Editions de l\u2019Atelier, Paris, 1995.<\/p>\n<p><em>World of Work Report 2008\u00a0: Income inequalities in the age of financial globalization<\/em>, Institut international d\u2019\u00e9tudes sociales, BIT, Gen\u00e8ve, 2008.<\/p>\n<p><strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Annexe<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Tableau 1\u00a0: Part salariale dans la valeur ajout\u00e9e en France[23]<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"77\"><\/td>\n<td width=\"77\">Moyenne 1959-1972<br \/>\n(1)<\/td>\n<td width=\"77\">1982<br \/>\n(2)<\/td>\n<td width=\"77\">Moyenne 1989-2006<br \/>\n(3)<\/td>\n<td width=\"77\">(3) \u2013 (1)<\/td>\n<td width=\"77\">(3) \u2013 (2)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"77\">brute<\/td>\n<td width=\"77\">69,5<\/td>\n<td width=\"77\">74,2<\/td>\n<td width=\"77\">65,2<\/td>\n<td width=\"77\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 4,3<\/td>\n<td width=\"77\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 9,0<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"77\">nette<\/td>\n<td width=\"77\">79,5<\/td>\n<td width=\"77\">87,2<\/td>\n<td width=\"77\">76,2<\/td>\n<td width=\"77\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 3,3<\/td>\n<td width=\"77\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 11<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Source\u00a0: Insee, <em>Comptes de la Nation<\/em>, 2007, cit\u00e9 par M. Husson, <em>Part des salaires\u00a0: et pourtant elle baisse\u00a0!<\/em>, 16\u00a0avril 2008\u00a0: <a href=\"http:\/\/hussonet.free.fr\/pourtant.pdf\">http:\/\/hussonet.free.fr\/pourtant.pdf<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Tableau 2\u00a0: Part salariale en France, en Europe et dans le monde<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"77\"><\/td>\n<td width=\"77\">Ann\u00e9es 60<br \/>\n(1)<\/td>\n<td width=\"50\">1982<br \/>\n(2)<\/td>\n<td width=\"50\">2005<br \/>\n(3)<\/td>\n<td width=\"78\">(3) \u2013 (2)<\/td>\n<td width=\"129\">(3) \u2013 (1)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"77\">France*<\/td>\n<td width=\"77\">62,4<\/td>\n<td width=\"50\">66,5<\/td>\n<td width=\"50\">57,2<\/td>\n<td width=\"78\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 9,3<\/td>\n<td width=\"129\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 4,1<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"77\">Europe<\/td>\n<td width=\"77\">63,2<\/td>\n<td width=\"50\">66,3<\/td>\n<td width=\"50\">58,1<\/td>\n<td width=\"78\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 8,2<\/td>\n<td width=\"129\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 5,1<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"77\">G7<\/td>\n<td width=\"77\">66,0<\/td>\n<td width=\"50\">67,5<\/td>\n<td width=\"50\">61,5<\/td>\n<td width=\"78\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 6,0<\/td>\n<td width=\"129\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 4,5<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"77\">Chine<\/td>\n<td width=\"77\"><\/td>\n<td width=\"50\">53,6<\/td>\n<td width=\"50\">41,4<\/td>\n<td width=\"78\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 12,2<\/td>\n<td width=\"129\"><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"77\">Mexique<\/td>\n<td width=\"77\">41,9<\/td>\n<td width=\"50\">47,6<\/td>\n<td width=\"50\">30,2<\/td>\n<td width=\"78\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 17,4<\/td>\n<td width=\"129\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 11,7<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"77\">Thailande<\/td>\n<td width=\"77\"><\/td>\n<td width=\"50\">74,4<\/td>\n<td width=\"50\">62,6<\/td>\n<td width=\"78\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 11,8<\/td>\n<td width=\"129\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>* Entreprises non financi\u00e8res. Sources\u00a0: Insee, <em>Comptes de la Nation<\/em>, 2006, Commission europ\u00e9enne, 2007, FMI, 2007, Hsieh &amp; Qian, 2006, Jetin, 2008\u00a0; cit\u00e9s par M Husson, <em>Un pur capitalisme<\/em>, Lausanne, Page deux, 2008, p.\u00a015\u00a0: <a href=\"http:\/\/hussonet.free.fr\/capurp15.pdf\">http:\/\/hussonet.free.fr\/capurp15.pdf<\/a> .<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[1] Voir sur ce point le chapitre 4 de Philippe Merlant et Luc Chatel,\u00a0<em>M\u00e9dias\u00a0: la faillite d\u2019un contre-pouvoir<\/em>, Paris, Fayard, 2009.<\/p>\n<p>[2] L\u2019abr\u00e9viation <em>diamat<\/em> renvoie plus particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019ouvrage de Staline\u00a0: \u00ab\u00a0Le mat\u00e9rialisme dialectique et le mat\u00e9rialisme historique \u00bb et d\u00e9signe la vulgate marxiste d\u2019origine sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>[3] Cf. aussi sur la m\u00eame question Jean Lojkine, <em>L\u2019adieu \u00e0 la classe moyenne<\/em>, La dispute, Paris, 2005.<\/p>\n<p>[4] Voir aussi pour une analyse pr\u00e9cise de l\u2019invention de la notion d\u2019exclusion\u00a0: Sylvie Tissot,\u00a0 <em>L&rsquo;\u00c9tat et les quartiers. Gen\u00e8se d&rsquo;une cat\u00e9gorie de l&rsquo;action publique<\/em>, Paris, Seuil, 2007.<\/p>\n<p>[5] Pour des critiques de la notion d\u2019exclusion voir notamment Alain Bihr, Roland Pfefferkorn, \u00ab L&rsquo;exclusion. Les enjeux id\u00e9ologiques et th\u00e9oriques d&rsquo;un \u2018nouveau paradigme\u2019 sociologique\u00a0\u00bb, <em>Revue des sciences sociales<\/em>, n\u00b0 28, 2001\u00a0: 123-128.<\/p>\n<p>[6]Cf. Alain Bihr, Roland Pfefferkorn, <em>D\u00e9chiffrer les in\u00e9galit\u00e9s<\/em>, Deuxi\u00e8me \u00e9dition, Syros &#8211; La D\u00e9couverte, Collection \u00ab\u00a0Alternatives \u00e9conomiques\u00a0\u00bb, Paris, 1999 (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d.\u00a0: 1995)\u00a0; G\u00e9rard Dum\u00e9nil, Domnique L\u00e9vy, \u00ab\u00a0Rapports de production et structure de classe du capitalisme 150 ans apr\u00e8s\u00a0\u00bb, <em>Cahiers marxistes<\/em>, \u00ab\u00a0150<sup>e<\/sup> anniversaire du Manifeste\u00a0\u00bb, 1999\u00a0; et \u00ab\u00a0Costs and Benefits of Neoliberalism. A class analysis\u00bb, <em>The Review of Internatinal political Economy<\/em>, 2001.<\/p>\n<p>[7] Cf Claude Dubar, \u00ab\u00a0Soci\u00e9t\u00e9s sans classes ou sans discours de classe ?\u00a0\u00bb, <em>Lien social et politiques<\/em>, n\u00b0\u00a049, 2003.\u00a0De plus, apr\u00e8s le PS, le PCF normalise aussi sa rh\u00e9torique politique, par exemple il d\u00e9laisse \u00e0 son tour le mot <em>travailleur<\/em> en 2007. Cf. aussi la th\u00e8se de Fr\u00e9d\u00e9ric Moul\u00e8ne (2011).<\/p>\n<p>[8] Voici comment un journaliste de Lib\u00e9ration pr\u00e9sente la Fondation Saint-Simon (le 28 juillet 2012)\u00a0: \u00ab\u00a0Doyenne des think tanks, la Fondation Saint-Simon a cess\u00e9 toute activit\u00e9 en\u00a01999, apr\u00e8s dix-sept ann\u00e9es d\u2019existence. Machine \u00e0 fabriquer du consensus pour ses partisans, et de la pens\u00e9e unique pour ses d\u00e9tracteurs, elle rassemblait la famille sociale-d\u00e9mocrate et des patrons dits sociaux, sous la tutelle de Pierre Rosanvallon, Fran\u00e7ois Furet et Alain Minc. Son \u00e9clatement a donn\u00e9 lieu \u00e0 une large recomposition et au lancement, en\u00a02002, par Rosanvallon de la R\u00e9publique des id\u00e9es, de centre de gauche, dont les publications irriguent la pens\u00e9e socialiste.\u00a0\u00bb..<\/p>\n<p>[9] \u00ab\u00a0L\u2019Institut Montaigne est cr\u00e9\u00e9 en\u00a02000 par Claude B\u00e9b\u00e9ar, fondateur d\u2019AXA, tandis que la Fondapol voit le jour en\u00a02004 \u00e0 l\u2019initiative de J\u00e9r\u00f4me Monod, principal conseiller du pr\u00e9sident Chirac et cofondateur de Suez-Lyonnaise des eaux.\u00a0\u00bb Lib\u00e9ration 28 juillet 2012. Quant \u00e0 l\u2019IFRAP son positionnement politique est aussi d\u00e9nu\u00e9 d\u2019ambiguit\u00e9\u00a0: dans son bulletin n\u00b0 1 de novembre 2010 il demandeinstamment \u00e0 Nicolas Sarkozy de<em> \u00ab\u00a0faire les r\u00e9formes pour lesquelles vous avez \u00e9t\u00e9 \u00e9lu\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>[10] Depuis l\u2019adoption en 1959 du programme de Bad Godesberg\u00a0: le SPD n\u2019est plus li\u00e9 sp\u00e9cifiquement \u00e0 la classe des travailleurs mais se r\u00e9f\u00e8re d\u00e9sormais au peuple entier. Le programme ant\u00e9rieur, celui de Heidelberg de 1925, liait le SPD \u00e0 la classe des travailleurs.<\/p>\n<p>[11] Le tournant est amorc\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 1970 et sera officialis\u00e9 avec le New Labour de Tony Blair. Il serait int\u00e9ressant d\u2019examiner de pr\u00e8s les publications de la <em>Fabian Society <\/em>qui a contribu\u00e9 au tournant. Voir les travaux de Keith Dixon <em>Un ab\u00e9c\u00e9daire du blairisme. Pour une critique du n\u00e9olib\u00e9ralisme guerrier, <\/em>Editions du Croquant, Raisons d\u2019agir, 2005\u00a0; <em>Les \u00e9vang\u00e9listes du march\u00e9. Les intellectuels britanniques et le lib\u00e9ralisme, <\/em>Paris, Raison d\u2019agir, 2006\u00a0; et Norman Fairclough, <em>New Labour, New Language\u00a0?, <\/em>London, Routledge, 2000.<\/p>\n<p>[12] Il serait int\u00e9ressant d\u2019examiner dans le d\u00e9tail la sp\u00e9cificit\u00e9 des \u00e9volutions de chacun de ces partis qui tous, \u00e0 des moments certes distincts et dans des contextes id\u00e9ologiques sp\u00e9cifiques, vont effectuer le m\u00eame tournant.<\/p>\n<p>[13] Robert Nisbet , \u201cThe Decline and Fall of Social Class\u201d, <em>Pacific Sociological Review<\/em>, 2(1), p. 119-129, 1959.<\/p>\n<p>[14] Henri Weber, Laurent Baumel, \u00ab\u00a0Une nouvelle alliance. Une approche politique de la question sociale\u00a0\u00bb, <em>Les Notes de la Fondation Jean Jaur\u00e8s<\/em>, n\u00b0 30, mai 2002.<\/p>\n<p>[15] Notamment Yves Lichtenberger, auteur d\u2019un rapport de Terra nova proposant de tripler, voire de quadrupler les droits d\u2019inscription universitaires dans le droit fil des propositions des ultralib\u00e9raux\u00a0! (cf. <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 25 ao\u00fbt 2011)<\/p>\n<p>[16] <em>Lib\u00e9ration<\/em>, 28 juillet 2012\u00a0; <em>Le Canard encha\u00een\u00e9<\/em>, 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 2012.<\/p>\n<p>[17] Les critiques de cette <em>pens\u00e9e marketing<\/em> ont en effet \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8res, y compris sur le plan m\u00e9thodologique : \u00ab\u00a0Il serait ici trop long de corriger toutes les erreurs d\u2019analyse sociologique contenues dans ce rapport, \u00e9crit notamment Fr\u00e9d\u00e9rick Savicki : confusion entre agr\u00e9gats statistiques et groupes sociaux r\u00e9els, utilisation de cat\u00e9gories fourre-tout, naturalisation des \u00ab\u00a0\u00e9lectorats\u00a0\u00bb (comme en t\u00e9moignent l\u2019usage r\u00e9p\u00e9t\u00e9 du terme \u00e9lectorat naturel\u00a0\u00bb et l\u2019id\u00e9e que le 3<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e2ge serait vou\u00e9 \u00e0 voter \u00e0 droite), opposition artificielle entre valeurs culturelles et valeurs socio-\u00e9conomiques, qui fait beau jeu par exemple de l\u2019importance des enjeux de dignit\u00e9, de reconnaissance et de justice que portent bien des luttes ouvri\u00e8res, vision id\u00e9alis\u00e9e des classes moyennes\u2026 Ce qui choque au premier chef est l\u2019incompr\u00e9hension et pour tout dire le m\u00e9pris des classes populaires qu\u2019il trahit\u00a0\u00bb. (<em>Lib\u00e9ration<\/em>, 10 juin 2011)<\/p>\n<p>[18] Joseph Confavreux<em>, M\u00e9diapart<\/em>, 4 juillet 2011.<\/p>\n<p>[19] Ses dirigeants \u00e9taient Roger Fauroux et Fran\u00e7ois Furet (co-pr\u00e9sidents), Pierre Rosanvallon (secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral), Alain Minc (tr\u00e9sorier), Jean-Claude Casanova, Jean Peyrelevade et Yves Sabouret (administrateurs).<\/p>\n<p>[20] Pierre Rosanvallon, <em>La soci\u00e9t\u00e9 des \u00e9gaux<\/em>, Paris, Seuil, 2011. Un retour critique sur ses engagements ant\u00e9rieurs \u00e0 la t\u00eate de la Fondation Saint-Simon aurait permis d\u2019\u00e9clairer son changement de discours. Son silence sur ce point est redoubl\u00e9 par l\u2019absence de r\u00e9f\u00e9rences dans son livre \u00e0 la plupart des travaux marquants qui, d\u00e8s les ann\u00e9es 1990, mettaient en \u00e9vidence et analysaient la mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s sociales.<\/p>\n<p>[21] Marie-Anne Paveau fait la m\u00eame observation \u00e0 propos des linguistiques empiriques et sociales. Voir Marie-Anne Paveau, \u00ab\u00a0La langue sans classes de la grammaire scolaire\u00a0\u00bb, <em>Le fran\u00e7ais aujourd&rsquo;hui<\/em>, 162 (2008a) 29-40\u00a0; et \u00ab\u00a0Le parler des classes dominantes, objet linguistiquement incorrect\u00a0?Dialectologie perceptive et linguistique populaire\u00a0\u00bb, <em>Ela. \u00c9tudes de linguistique appliqu\u00e9e<\/em>. 2008b\/2 , n\u00b0 150.<\/p>\n<p>[22] Les \u00e9l\u00e9ments de cette partie synth\u00e9tisent nos travaux ant\u00e9rieurs \u00a0: [Bihr, Pfefferkorn, 1999\u00a0; 2004, 2008]<\/p>\n<p>[23] Par valeur ajout\u00e9e, nous entendons la valeur nouvellement cr\u00e9\u00e9e par le travail d\u00e9pens\u00e9 au cours d\u2019une p\u00e9riode de temps d\u00e9termin\u00e9e (une heure, une journ\u00e9e, une semaine, une ann\u00e9e). C\u2019est donc une mesure de l\u2019enrichissement net de la soci\u00e9t\u00e9 pendant cette dur\u00e9e. Cette valeur ajout\u00e9e se partage entre les salaires (directs et indirects) et la plus-value, c\u2019est-\u00e0-dire les profits des entreprises industrielles et commerciales, les int\u00e9r\u00eats des banques, les dividendes des actionnaires ou les rentes des propri\u00e9taires fonciers. Le partage de la valeur ajout\u00e9e correspond \u00e0 la r\u00e9partition de la richesse sociale nette dans sa forme capitaliste.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>In\u00e9galit\u00e9s et classes sociales. Discours sociologiques et rh\u00e9toriques politiques (conf\u00e9rence du 21 novembre 2012) \u00a0 \u00a0 Roland Pfefferkorn Professeur de sociologie, Laboratoire Cultures et Soci\u00e9t\u00e9s en Europe (UMR 7236) Universit\u00e9 de Strasbourg &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Comment faire dispara\u00eetre les classes sociales\u00a0en sociologie et dans les discours politiques ? &#8211; discours de substitution et d\u00e9ni &hellip; <a href=\"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=98\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">21\/11\/2012 &#8211; Roland PFEFFERKORN&nbsp;:<br \/><b>In\u00e9galit\u00e9s et classes sociales<\/b> (conf\u00e9rence)<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":30,"menu_order":20,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/98"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=98"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/98\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":913,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/98\/revisions\/913"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/30"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=98"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}