{"id":575,"date":"2017-05-03T10:10:59","date_gmt":"2017-05-03T09:10:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cuem.info\/?page_id=575"},"modified":"2017-05-03T10:14:54","modified_gmt":"2017-05-03T09:14:54","slug":"texte-t-motta","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=575","title":{"rendered":"Texte T. Motta"},"content":{"rendered":"<p><strong>Tancr\u00e8de MOTTA<\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9nergie, <\/strong><strong>m\u00e8re de tous les conflits<\/strong><\/p>\n<p>texte int\u00e9gral de la conf\u00e9rence<\/p>\n<p>Conf\u00e9rence n\u00b06 du Cycle 2016-2017 Jeudi 23 f\u00e9vrier 2017 Amphi Roussy (campus des Cordeliers)<\/p>\n<p><strong>L\u2019auteur<\/strong><\/p>\n<p><strong>Tancr\u00e8de Motta<\/strong> est dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019\u00e9cole nationale de la statistique et de l\u2019administration \u00e9conomique (\u00e9cole de formation de l\u2019INSEE).<\/p>\n<p>Il travaille \u00e0 EDF depuis 1991 (Services des \u00c9tudes \u00e9conomiques g\u00e9n\u00e9rales) avec une parenth\u00e8se \u00e0 GDF entre 1995 et 2000 (Services des tarifs) durant laquelle il adh\u00e8re \u00e0 la CGT. Il est membre de la d\u00e9l\u00e9gation CGT au comit\u00e9 d\u2019entreprise commun EDF-GDF de 1998 jusqu\u2019au changement de statut des deux \u00e9tablissements en 2004.<\/p>\n<p>Il est secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du syndicat CGT Ufict des Services centraux EDF et activit\u00e9s sociales depuis 2001 et devient d\u00e9tach\u00e9 syndical jusqu\u2019en 2011. Membre de la d\u00e9l\u00e9gation CGT au CESER Ile de France depuis 2012, il participe \u00e0 l\u2019effort de formation syndicale au sein de l\u2019Union d\u00e9partementale CGT de Paris.<\/p>\n<p>Il est actuellement en poste \u00e0 la Direction de la Strat\u00e9gie d\u2019EDF.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9nergie, <\/strong><strong>m\u00e8re de tous les conflits<\/strong><\/p>\n<p><strong>I\/ Mise en place <\/strong><\/p>\n<p>Entre l\u2019\u00e8re du n\u00e9olithique et le dernier quart du XVIII si\u00e8cle, les conditions d\u2019usage de l\u2019\u00e9nergie et les quantit\u00e9s disponibles pour les activit\u00e9s humaines ont peu vari\u00e9 \u2013 dans le sens actuel du terme. En un mot, il ne s\u2019est pas pass\u00e9 grand-chose en 8000 ans. Ensuite, en 200 ans, l\u2019\u00e9nergie par habitant passe de quelques kilos \u00e0 3,7\u00a0tonnes \u00e9quivalent p\u00e9trole (tep) sous nos latitudes. Nous mesurons ainsi la brutalit\u00e9 de l\u2019\u00e9volution, qui n\u2019a rien de progressive, et cette explosion a bien s\u00fbr des cons\u00e9quences immenses sur les structures sociales. Car la ma\u00eetrise des nouvelles techniques induit une mise en place de l\u2019exploitation du travail d\u2019une mani\u00e8re in\u00e9dite et sans \u00e9quivalent historique. Le \u00ab\u00a0thermo-d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb \u00e0 base du combustible charbon dans un premier moment, propre au syst\u00e8me capitaliste, est de fait le premier outil de la mise en coupe r\u00e9gl\u00e9e de bataillons de travailleurs sur lequel Marx a port\u00e9 son analyse.<\/p>\n<p>La grande entr\u00e9e de l\u2019occident dans le \u00ab\u00a0thermo-d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb ne s\u2019explique pas par le seul crit\u00e8re d\u2019un choix technologique plus efficace. De fait les premi\u00e8res machines \u00e0 vapeur n\u2019\u00e9taient pas plus rentables d\u2019un point de vue \u00e9nerg\u00e9tique que le traditionnel moulin \u00e0 eau sur les cours d\u2019eau (Timoth\u00e9e Mitchell &#8211;<em>Carbon democracy- <\/em>2013<em>)<\/em>. L\u2019abandon de la technologie du cours de l\u2019eau s\u2019expliquerait par la raret\u00e9 des sites exploitables dans les campagnes anglaises et l\u2019accroissement de la demande de coton. Malgr\u00e9 son co\u00fbt (l\u2019eau est gratuite), le charbon pr\u00e9sente des avantages\u00a0: il est livrable partout, il permet donc une installation des centres de production plus libre, notamment \u00e0 proximit\u00e9 des centres urbains dans lesquels la main d\u2019\u0153uvre est plus abondante.<\/p>\n<p>Le charbon pr\u00e9sente aussi une singularit\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019eau courante ou au bois\u00a0: il devient un secteur \u00e0 part enti\u00e8re d\u2019extraction de plus-value.<\/p>\n<p><u>A\/ Le d\u00e9but de l\u2019histoire moderne de l\u2019\u00e9nergie \u2013 la constitution des deux premiers g\u00e9ants avant l\u2019\u00e8re du p\u00e9trole<\/u><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9nergie n\u2019est devenue un enjeu de politique internationale et d\u2019expansion imp\u00e9rialiste assez tardivement. De fait, l\u2019\u00e9nergie de la premi\u00e8re r\u00e9volution industrielle autour de l\u2019industrie textile (coton), le charbon, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 au centre de guerre de conqu\u00eate parce disponible au Royaume Uni, aux Etats-Unis, en Allemagne, etc.<\/p>\n<p>Par ailleurs, contrairement au p\u00e9trole qui va lui succ\u00e9der, le charbon n\u2019a que tr\u00e8s tardivement acquis une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans les activit\u00e9s \u00e9conomiques mondiales. La premi\u00e8re \u00ab\u00a0mondialisation\u00a0\u00bb, \u00e0 base de conqu\u00eates coloniales, s\u2019est effectu\u00e9e plut\u00f4t avec la marine \u00e0 voile (en 1868, 92% de la marine marchande britannique est \u00e0 voile, le charbon ne renverse la vapeur qu\u2019au d\u00e9but du XX si\u00e8cle).<\/p>\n<p>Les imp\u00e9rialismes se disputent des march\u00e9s, des territoires, des bras, des min\u00e9raux, des mati\u00e8res premi\u00e8res agro-alimentaires, ils s\u00e9curisent les routes vers leurs colonies, etc.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9nergie n\u2019appara\u00eet pas comme un enjeu bien que la puissance \u00e9nerg\u00e9tique au Royaume-Uni et aux Etats-Unis soit quintupl\u00e9e entre 1850 et 1875.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"149\">\n<table width=\"100%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>Bakou d\u00e9but de si\u00e8cle<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Le p\u00e9trole appara\u00eet dans le paysage aux alentours des ann\u00e9es 1860 (Colonel Drake \u00e0 Titusville en 1859). Dans un premier temps, cette mati\u00e8re premi\u00e8re n\u2019est pas un produit \u00e9nerg\u00e9tique m\u00eame s\u2019il va se r\u00e9v\u00e9ler indispensable au d\u00e9veloppement industriel du dernier quart du XIX\u00b0 si\u00e8cle\u00a0: il procure essentiellement les graisses et huiles indispensables aux machines et \u00e9galement l\u2019\u00e9clairage pour les particuliers (p\u00e9trole lampant) mais \u00e9galement pour les entreprises qui peuvent ainsi prolonger la dur\u00e9e du travail.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la l\u00e9gende am\u00e9ricaine, en 1901, le premier producteur mondial de p\u00e9trole est l\u2019empire russe avec 233\u00a0000 barils par jour (bl\/j) contre 190\u00a0000 bl\/j aux Etats-Unis. La r\u00e9gion de Bakou produit l\u2019essentiel du p\u00e9trole raffin\u00e9. Le secteur p\u00e9trolier russe a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 \u00e0 la paire Rothschild\/Nobel qui se partage avec les Am\u00e9ricains le march\u00e9 europ\u00e9en. Le secteur p\u00e9trolier de l\u2019empire russe, concentr\u00e9 pour l\u2019essentiel autour de Bakou, est travers\u00e9 par des conflits sociaux violents. Par exemple, la mise au point des premiers pipelines jette au ch\u00f4mage des dizaines de milliers de manutentionnaires et durant la gr\u00e8ve qui s\u2019ensuit et les cort\u00e8ges de protestation, une quinzaine de manifestants est abattue (1902). Apr\u00e8s des mois de lutte, la premi\u00e8re convention collective jamais sign\u00e9e dans l\u2019empire des tsars est enfin adopt\u00e9e en 1904. L\u00e9nine analyse ce mouvement social comme \u00ab\u00a0la grande r\u00e9p\u00e9tition\u00a0\u00bb d\u2019une transformation de l\u2019empire dont le premier acte survient en 1905. Pourtant, le mouvement social vainqueur \u00e0 Bakou va \u00e9chouer avec la mont\u00e9e des tensions inter-ethniques, attis\u00e9es par les forces imp\u00e9riales et la guerre civile qui s\u2019ensuit d\u00e9truit au sens propre le centre de production p\u00e9trolier qui ne retrouvera pas avant 1920 le niveau de production de 1905. La production de p\u00e9trole russe se d\u00e9place alors dans la r\u00e9gion de la Tch\u00e9tch\u00e9nie actuelle.<\/p>\n<p>Aux Etats-Unis, l\u2019organisation industrielle du secteur repose sur l\u2019attribution d\u2019une multitude de concessions \u00e0 des milliers de particuliers dans le cadre d\u2019une ru\u00e9e vers l\u2019or noir d\u2019o\u00f9 \u00e9merge Rockefeller. Ce dernier entre dans l\u2019industrie d\u00e8s 1863 en investissant dans le raffinage et cr\u00e9e la Standard Oil en 1870. Il noue des alliances avec les \u00ab\u00a0barons voleurs\u00a0\u00bb du rail pour le transport de ses produits et avec les financiers pour mettre la main sur le secteur (90% du raffinage national en 1900). Sous la pression des producteurs notamment, la loi Shermann anti trust est adopt\u00e9e en 1890 et \u2026\u00a0 mettra vingt ans \u00e0 s\u2019appliquer sans abattre pour autant la puissance du clan Rockefeller (Standard Oil est scind\u00e9 en une trentaine d\u2019entreprises). Rockefeller voulait \u00e9viter selon ses termes une ruineuse concurrence. Au final, le monopole des Rockefeller est remplac\u00e9 par le cartel des grandes entreprises issues de sa dissolution car l\u2019entente est forte entre la Standard Oil of Jersey et la Standard Oil of New-York et la Standard Oil of California et etc.<\/p>\n<p>De fait, au-del\u00e0 des personnages, le p\u00e9trole est un, si ce n\u2019est, <em>le<\/em>, pilier du capitalisme am\u00e9ricain. Les grandes banques am\u00e9ricaines doivent leur ascension au revenu du p\u00e9trole am\u00e9ricain, la cr\u00e9ation de la R\u00e9serve F\u00e9d\u00e9rale (institut d\u2019\u00e9mission priv\u00e9e \u2013 pour m\u00e9moire) a \u00e9t\u00e9 soutenue par les p\u00e9troliers am\u00e9ricains, les constructeurs automobiles am\u00e9ricains ont re\u00e7u un soutien des p\u00e9troliers am\u00e9ricains, etc.<\/p>\n<p>La Royal Dutch, fond\u00e9e en 1890, s\u2019inscrit directement dans le champ imp\u00e9rialiste et pour cause, cette compagnie acquiert une patente royale pour exploiter les champs de p\u00e9trole de l\u2019Indon\u00e9sie (Sumatra), colonie n\u00e9erlandaise. La compagnie n\u00e9erlandaise s\u2019associe \u00e0 Shell, compagnie de transport et de n\u00e9goce, en 1907 pour faire concurrence aux \u00ab\u00a0Standard Oil\u00a0\u00bb, ma\u00eetres du jeu international apr\u00e8s la disparition du concurrent \u00abrusse\u00a0\u00bb. En 1911, la Royal Dutch (Deterding) ach\u00e8te les int\u00e9r\u00eats de Rothschild dans le p\u00e9trole russe. La r\u00e9volution de 1917 la privera de la moiti\u00e9 de son approvisionnement.<\/p>\n<p><u>B\/ Le p\u00e9trole devient une \u00e9nergie civile et militaire<\/u><\/p>\n<p>L\u2019essence, aujourd\u2019hui commun\u00e9ment utilis\u00e9e, n\u2019est au d\u00e9part qu\u2019un r\u00e9sidu du raffinage dont on ne sait que faire. Les russes sont les premiers \u00e0 substituer le charbon par des produits p\u00e9troliers (du fioul lourd \u2013 le mazout) dans leur locomotive.<\/p>\n<p>Carl Benz construit le premier moteur \u00e0 combustion interne en 1885 en utilisant de l\u2019essence comme carburant. Il s\u2019est inspir\u00e9 de nombreux pr\u00e9d\u00e9cesseurs puisque le premier brevet de moteur \u00e0 l\u2019explosion a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 d\u00e8s janvier 1807 par un suisse, de Rivaz. Diesel d\u00e9pose son brevet en 1893, sa technique permet d\u2019utiliser des produits de raffinage plus lourds, qui ne n\u00e9cessitent pas d\u2019allumage pour l\u2019explosion, contrairement au moteur \u00e0 essence, un d\u00e9riv\u00e9 du p\u00e9trole lampant. Le moteur diesel est plus adapt\u00e9 pour la mobilit\u00e9 des engins lourds.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le T de Ford sera produit en s\u00e9rie \u00e0 partir de 1908, General Motors d\u00e9bute \u00e9galement ses activit\u00e9s en 1908. Le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie automobile arrive au bon moment dans la mesure o\u00f9 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e9merge et va ravir le march\u00e9 de l\u2019\u00e9clairage au p\u00e9trole lampant.<\/p>\n<p>Winston Churchill, premier lord de l\u2019Amiraut\u00e9, d\u00e9cide en 1911 de construire une flotte qui adopte progressivement le p\u00e9trole \u00e0 la place du charbon. Techniquement, les navires sont plus rapides (et moins lourds), le personnel navigant r\u00e9duit. Socialement, Churchill, comme l\u2019ensemble de sa classe sociale, s\u2019inqui\u00e8te du pouvoir de blocage des travailleurs des mines, organis\u00e9s en puissants syndicats.<\/p>\n<p>Le seul probl\u00e8me dans les plans de Churchill : il n\u2019y pas de p\u00e9trole au Royaume-Uni d\u2019o\u00f9 l\u2019attention au destin de l\u2019Anglo-Persian et aussi au mouvement des Allemands dans les r\u00e9gions p\u00e9trolif\u00e8res de l\u2019empire ottoman.<\/p>\n<p><u>C\/ Premi\u00e8res rivalit\u00e9s imp\u00e9rialistes<\/u><\/p>\n<p><em>Le grand jeu du p\u00e9trole commence en Perse\u2026<\/em><\/p>\n<p>En mai 1901, le roi de Perse accordait \u00e0 William Knox d\u2019Arcy, un sujet britannique, le monopole de l\u2019exploration et production du p\u00e9trole sur la moiti\u00e9 du territoire de son royaume. En 1904, toujours pas de traces de p\u00e9trole. D\u2019Arcy aurait jet\u00e9 l\u2019\u00e9ponge si le Foreign Office n\u2019\u00e9tait pas intervenu. \u00ab\u00a0Il est hors de question que les Russes s\u2019\u00e9tablissent d\u2019une quelconque mani\u00e8re en Perse\u00a0\u00bb d\u2019apr\u00e8s le ministre de l\u2019\u00e9poque s\u2019exprimant devant la Chambre des communes. Et donc, le tr\u00e8s lib\u00e9ral gouvernement britannique mobilise une entreprise la Burmah Oil pour venir au secours de d\u2019Arcy qui ne trouva du p\u00e9trole qu\u2019en 1908. A cette occasion, l\u2019Anglo-Persian Oil Company \u00e9tait cr\u00e9\u00e9e. Elle est connue aujourd\u2019hui sous le nom de BP.<\/p>\n<p><em>Entre temps, en 1907, Britanniques et Russes signent un accord de partage du pays en zones d\u2019influence et n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 intervenir dans les affaires int\u00e9rieures du pays (notamment soutien \u00e0 Ali Shah, nouveau monarque qui abolit la constitution de 1906, bombarde le Parlement, ex\u00e9cute des opposants avec l\u2019approbation des deux puissances).<\/em><\/p>\n<p>Pour raffiner et commercialiser ce p\u00e9trole, l\u2019Anglo-Persian s\u2019associe \u00e0 la Royal Dutch Shell et construit des infrastructures p\u00e9troli\u00e8res (raffinerie, port) \u00e0 Abadan ainsi qu\u2019un pipeline de 200 km pour y acheminer le p\u00e9trole. En 1912, l\u2019Anglo-Persian est au bord du d\u00e9p\u00f4t de bilan. Pour \u00e9viter que l\u2019Anglo-Persian tombe dans l\u2019escarcelle de la Royal Dutch (les N\u00e9erlandais sont soup\u00e7onn\u00e9s de germanophilie), Churchill, premier lord de l\u2019Amiraut\u00e9, est convaincu de la n\u00e9cessit\u00e9 de venir \u00e0 son secours. L\u2019Etat britannique prendra ainsi 51% du capital de l\u2019Anglo-Persian en juin 1914 dont il ne se d\u00e9fera qu\u2019en 1987.<\/p>\n<p><em>\u2026 <\/em><em>et se poursuit dans l\u2019empire ottoman<\/em><\/p>\n<p>En 1901, alors que les Anglais s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la Perse, des ing\u00e9nieurs allemands rep\u00e8rent des gisements de p\u00e9trole dans la r\u00e9gion de Mossoul. En 1903, le projet de liaison ferroviaire Berlin-Bagdad est lanc\u00e9 dans le cadre plus g\u00e9n\u00e9ral du d\u00e9veloppement du r\u00e9seau ferroviaire ottoman confi\u00e9 aux Allemands (d\u00e8s 1895 sous la conduite de la Deutsche Bank et de Siemens apr\u00e8s appel d\u2019offres international). Ces succ\u00e8s allemands seraient pour une part la source de l\u2019entente cordiale et du rapprochement anglo-russe.<\/p>\n<p>La concession ferroviaire est compl\u00e9t\u00e9e d\u2019un droit d\u2019exploration de la production de p\u00e9trole sur une bande de territoire autour de la voie ferr\u00e9e (20 km). Apr\u00e8s une dizaine d\u2019ann\u00e9es de n\u00e9gociation, la Turkish Petroleum Company est cr\u00e9\u00e9e en octobre 1912 entre int\u00e9r\u00eats allemands (25%), n\u00e9erlandais (25%) et britannique (50% avec la tr\u00e8s britannique Turkish Bank remplac\u00e9e la veille de la guerre par l\u2019Anglo-persian). Il semble que les capitalistes allemands n\u2019avaient pas les moyens financiers de d\u00e9velopper seuls l\u2019exploitation des ressources p\u00e9troli\u00e8res locales. Et pour faire face \u00e0 une \u00e9ventuelle incursion am\u00e9ricaine dans un domaine \u00ab\u00a0r\u00e9serv\u00e9\u00a0\u00bb, ils se h\u00e2tent de s\u2019entendre avec les Britanniques.<\/p>\n<p><strong><em>A l\u2019aube de la premi\u00e8re guerre mondiale, tous les facteurs d\u2019une nouvelle donne \u00e9nerg\u00e9tique sont en place\u00a0: du c\u00f4t\u00e9 du capital, avec la constitution des grands monopoles internationaux, du c\u00f4t\u00e9 des Etats avec le choix de contr\u00f4ler les sources p\u00e9troli\u00e8res par les moyens imp\u00e9rialistes d\u00e9j\u00e0 mis en \u0153uvre lors de la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente de colonisation et enfin \u00e9videmment avec la convergence entre ces int\u00e9r\u00eats.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>II\u00a0 Le partage du monde sans partage (ou presque)<\/strong><\/p>\n<p><u>A\/ Une carte politique du Moyen Orient au service de l\u2019Empire<\/u><\/p>\n<p>En juillet 1913, pour d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e d\u2019une aide directe de l\u2019Etat \u00e0 la Persian Oil, Churchill d\u00e9clarait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la chambre des Communes\u00a0: \u00abSans p\u00e9trole, l\u2019Angleterre ne recevra plus ni ma\u00efs, ni coton, ni tout autre mati\u00e8re premi\u00e8re n\u00e9cessaire au fonctionnement de son \u00e9conomie, l\u2019Amiraut\u00e9 doit pouvoir contr\u00f4ler le p\u00e9trole \u00e0 la source\u00a0; elle doit pouvoir transporter et raffiner le p\u00e9trole.\u00a0\u00bb Le d\u00e9roulement du conflit mondial n\u2019a pu que renforcer cette conviction\u00a0: la premi\u00e8re guerre mondiale, qui a d\u00e9but\u00e9 avec les chevaux et les trains, s\u2019est achev\u00e9e avec des blind\u00e9s motoris\u00e9s et une forte couverture a\u00e9rienne. Clemenceau, inquiet d\u2019une possible rupture de stock en produits p\u00e9troliers, s\u2019adresse ainsi aux autorit\u00e9s du pays fournisseurs, les Etats-Unis\u00a0: \u00ab\u00a0Dans les batailles de demain, l\u2019essence sera aussi n\u00e9cessaire que le sang.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 1915, le fameux accord Picot-Sykes est sign\u00e9. Il d\u00e9cide des zones de contr\u00f4le dans l\u2019empire ottoman des trois puis deux puissances alli\u00e9es (la Russie exclue de l\u2019accord apr\u00e8s 1917 ne sera pas remplac\u00e9e par les Etats-Unis). Initialement, la Syrie, d\u00e9volue \u00e0 la France, comprenait la r\u00e9gion de Mossoul. Un rapport de l\u2019Amiraut\u00e9 britannique \u00e9tablit durant la p\u00e9riode concluait\u00a0: \u00ab\u00a0La puissance qui contr\u00f4le les terres p\u00e9trolif\u00e8res de M\u00e9sopotamie et de Perse, contr\u00f4lera la majorit\u00e9 du carburant liquide du futur.\u00a0\u00bb La victoire acquise, les Britanniques exigeront un correctif de l\u2019accord initial pour r\u00e9cup\u00e9rer la r\u00e9gion de Mossoul en \u00e9change d\u2019un soutien actif au retour de l\u2019Alsace-Lorraine dans le giron fran\u00e7ais. Les Fran\u00e7ais s\u2019inclinent.<\/p>\n<p>La France r\u00e9cup\u00e8re cependant la part de la Deutsche Bank dans la Turkish P\u00e9troleum et c\u2019est \u00e0 cette occasion que fut cr\u00e9\u00e9e la Compagnie fran\u00e7aise des P\u00e9troles (TOTAL) dont l\u2019Etat d\u00e9tiendra 35% (et 40% de droit de vote).<\/p>\n<p><em>Ces arrangements entre grandes nations victorieuses provoquent la col\u00e8re des peuples. L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise r\u00e9prime des protestations \u00e0 Damas, la Royal Air Force est mise \u00e0 contribution pour bombarder des zones de r\u00e9bellions y compris des objectifs civils dans la nouvellement cr\u00e9\u00e9e Irak.<\/em><\/p>\n<p>Le Turkish P\u00e9troleum devient l\u2019Irak Petroleum Company en 1922 et consacre l\u2019entr\u00e9e des Am\u00e9ricains dans son capital. \u00ab\u00a0Tant que les Am\u00e9ricains seront exclus du p\u00e9trole d\u2019Irak, nous ne serons pas au bout de nos difficult\u00e9s au Moyen Orient\u00a0\u00bb d\u00e9clarait Churchill en 1922. Un accord dit de la ligne rouge pr\u00e9voit par ailleurs que les partenaires de l\u2019IPC n\u2019entameront une activit\u00e9 p\u00e9troli\u00e8re dans la zone du Moyen Orient que conjointement (accord de la ligne rouge).<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence am\u00e9ricaine dans l\u2019IPC s\u2019explique par un souci croissant des Etats-Unis de s\u2019assurer la disponibilit\u00e9 de ressources p\u00e9troli\u00e8res externes. D\u2019apr\u00e8s le Pr\u00e9sident Harding (1921-23)\u00a0\u2013 un pr\u00e9sident notoirement li\u00e9 au milieu p\u00e9trolier &#8211; : \u00ab\u00a0Apr\u00e8s l\u2019agriculture et le transport, l\u2019industrie du p\u00e9trole est sans doute devenue la plus important auxiliaire de notre civilisation et de notre bien-\u00eatre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><u>B\/ Partage du monde \u2013 bis- accord d\u2019Achnacarry (sept. 1928) et r\u00e9vision de l\u2019accord de la ligne rouge<\/u><\/p>\n<p>Lors d\u2019une rencontre \u00e0 Achnacarry (Ecosse), les dirigeants de la Standart Oil of Jersey, de la Royal Dutch et de l\u2019Anglo-Persian d\u00e9finissent un accord de partage du march\u00e9 hors les Etats-Unis pour \u00e9viter une baisse des prix li\u00e9e \u00e0 une forte concurrence et\/ou \u00e0 une offre abondante. Ils d\u00e9cident \u00e9galement des prix qui seront \u00e9tablis selon le prix FOB au Texas + co\u00fbt de transport depuis le golfe du Mexique vers la destination finale (en clair, les prix mondiaux sont align\u00e9s sur les prix pratiqu\u00e9s dans la zone Texas et comme si tout p\u00e9trole \u00e9tait transport\u00e9 depuis cet\u00a0 \u00c9tat).<\/p>\n<p>Le pacte d\u2019Achnacarry sera am\u00e9nag\u00e9 durant le deuxi\u00e8me conflit mondial sur la demande de la Navy avec la d\u00e9finition d\u2019un deuxi\u00e8me point de r\u00e9f\u00e9rence pour les co\u00fbts dans le Golfe. Il sera enfin d\u00e9nonc\u00e9 par le gouvernement am\u00e9ricain au d\u00e9but des ann\u00e9es 50 pour all\u00e9ger la facture p\u00e9troli\u00e8re du plan Marshall (1\/4 de l\u2019aide consistait en p\u00e9trole).<\/p>\n<p>Les signataires de cet accord s\u2019inscrivent dans la philosophie de Rockefeller\u00a0: la concurrence est ruineuse. Les grandes compagnies s\u2019assureront \u00e9galement d\u2019une ma\u00eetrise de l\u2019offre en mod\u00e9rant la production dans certaine zone \u2013 la production en Irak sera ainsi limit\u00e9e.<\/p>\n<p>En 1948, les Am\u00e9ricains d\u00e9noncent l\u2019accord de la ligne rouge. De fait, lors de la signature de l\u2019accord, personne n\u2019avait envisag\u00e9 l\u2019\u00e9norme potentiel p\u00e9trolier de l\u2019Arabie Saoudite. Deux compagnies am\u00e9ricaines Gulf et Texaco, ind\u00e9pendantes de l\u2019empire Rockefeller, ont cr\u00e9\u00e9 l\u2019Aramco qui a obtenu des concessions d\u2019exploration et exploitation du p\u00e9trole saoudien. Standart Oil of Jersey et Standart Oil of New York, pr\u00e9sents dans l\u2019Irak Petroleum Company, veulent rompre le pacte de 1928 pour entrer dans le capital de l\u2019Aramco, avec la b\u00e9n\u00e9diction du gouvernement am\u00e9ricain qui a sign\u00e9 un accord de d\u00e9fense et collaboration \u00e9conomique avec le royaume saoudien pour les 60 ans \u00e0 venir (pacte du Quincy). Ils obtiennent gain de cause et l\u2019Aramco se voit confier l\u2019exclusivit\u00e9 de l\u2019exploitation des richesses p\u00e9troli\u00e8res saoudiennes, tandis que l\u2019Anglo Persian, rebaptis\u00e9 l\u2019Anglo Iranian, exploitera celles d\u2019Iran, Gulf et l\u2019Anglo Iranian d\u00e9velopperont les activit\u00e9s au Koweit et enfin l\u2019Irak Petroleum conserve l\u2019exclusivit\u00e9 des op\u00e9rations en Irak Et au Qatar.<\/p>\n<p><strong>III Le partage du revenu \u2013 la prise de pouvoir progressive des pays producteurs<\/strong><\/p>\n<p>Hormis en Union sovi\u00e9tique et le cas du Mexique qui nationalise d\u00e8s 1938 son industrie p\u00e9troli\u00e8re, l\u2019extraction et le raffinage du p\u00e9trole demeurent entre les mains des grandes compagnies priv\u00e9es. L\u2019Irak Petroleum versait 20% de ses revenus \u00e0 l\u2019Etat irakien qui utilisait cette recette pour payer\u2026 les experts britanniques.<\/p>\n<p>Les Etats sont propri\u00e9taires des richesses de sous-sol (sauf aux Etats-Unis qui n\u2019a pas pu g\u00e9n\u00e9raliser son mod\u00e8le.) Ils peuvent donc pr\u00e9tendre \u00e0 recevoir une partie des revenus tir\u00e9s de l\u2019exploitation de richesse qui leur appartiennent. Les Etats re\u00e7oivent des royalties en \u00e9change de droits \u00e0 la prospection et exploitation des gisements. Pour plus de transparence, les compagnies p\u00e9troli\u00e8res acceptent apr\u00e8s-guerre d\u2019afficher un prix officiel de vente du p\u00e9trole au d\u00e9part du pays, m\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019une vente entre filiale du m\u00eame groupe (syst\u00e8me dit de prix post\u00e9). La ma\u00eetrise technique demeure cependant aux mains des compagnies, qui n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 sous-\u00e9valuer les r\u00e9serves disponibles pour extraire le p\u00e9trole \u00e0 un rythme propre \u00e0 assurer un \u00e9quilibre profitable du march\u00e9.<\/p>\n<p>Les Etats-Unis acceptent ces m\u00e9canismes d\u2019une part parce qu\u2019ils deviennent importateurs nets au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, d\u2019autre part parce que le p\u00e9trole import\u00e9 est moins cher que le p\u00e9trole am\u00e9ricain. Enfin, ils am\u00e9nagent la fiscalit\u00e9 des grandes compagnies p\u00e9troli\u00e8res qui sont autoris\u00e9es \u00e0 d\u00e9duire de leurs imp\u00f4ts am\u00e9ricains les taxations dans les pays d\u2019extraction (\u00ab\u00a0astuce en or\u00a0\u00bb, g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 d\u2019autres secteurs et adopt\u00e9e par d\u2019autres pays).<\/p>\n<p>Le Venezuela est le premier pays producteur \u00e0 exiger un partage 50\/50 des b\u00e9n\u00e9fices et cette revendication sera longue \u00e0 se r\u00e9aliser (1948) alors que la r\u00e8gle se rapprochait plut\u00f4t du 25% pour l\u2019Etat h\u00f4te et 75% pour la compagnie p\u00e9troli\u00e8re.<\/p>\n<p>La concurrence entre capitalistes va permettre aux Etats h\u00f4tes d\u2019obtenir une meilleure r\u00e9mun\u00e9ration de la part des compagnies p\u00e9troli\u00e8res. Ainsi, par exemple, la Pacific Western (Paul Getty) propose \u00e0 l\u2019Arabie Saoudite des royalties deux fois plus \u00e9lev\u00e9es pour obtenir des concessions (55 cents le baril au lieu de 33 cents de l\u2019Aramco et montant trois plus \u00e9lev\u00e9 que celui pratiqu\u00e9 en Irak et Iran). Du coup, en d\u00e9cembre 1950, l\u2019Arabie Saoudite obtient un partage 50\/50 comme le Venezuela.<\/p>\n<p>Mattei (fondateur de l\u2019ENI en 1953) signe un accord 75\/25 avec l\u2019Iran en 1957 (cr\u00e9ation d\u2019une premi\u00e8re joint-venture entre ENI et la NIOC \u2013 compagnie p\u00e9troli\u00e8re nationale iranienne) sur des concessions qui \u00e9chappent donc aux majors anglo-saxonnes (mais se r\u00e9v\u00e8leront st\u00e9riles). Il signe un contrat d\u2019approvisionnement avec l\u2019URSS pour des prix inf\u00e9rieurs aux cours mondiaux impos\u00e9s par les \u00ab\u00a0Sette Sorelle\u00a0\u00bb (expression en VO \u2013 les Sept S\u0153urs est une expression de Mattei).<\/p>\n<p>Les Sept S\u0153urs r\u00e9agissent aux accords de l\u2019ENI et \u00e0 la mont\u00e9e corollaire des revendications des pays producteurs en r\u00e9duisant de mani\u00e8re unilat\u00e9rale le prix post\u00e9 de 10 cents en ao\u00fbt 1960 (le prix post\u00e9 du baril est ~2 $). Alors sous l\u2019impulsion du Venezuela et de l\u2019Arabie Saoudite, l\u2019Opep est cr\u00e9\u00e9e la m\u00eame ann\u00e9e. Les pays, qui composent cette organisation, repr\u00e9sentent plus de 80% du commerce mondial du p\u00e9trole mais les d\u00e9cisions de production demeurent aux mains des compagnies p\u00e9troli\u00e8res. L\u2019Opep sera trait\u00e9e avec d\u00e9dain jusqu\u2019en 1972.<\/p>\n<p>Dans ces ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s-guerre, il n\u2019est pas encore question de nationalisation et les puissances occidentales r\u00e9agissent promptement quand ce danger menace. Ainsi, britanniques et am\u00e9ricains agissent de conserve pour renverser Mossadegh (1953), premier ministre iranien, qui ambitionne de nationaliser le secteur p\u00e9trolier apr\u00e8s le refus de l\u2019Anglo-Iranian d\u2019un partage 50\/50. La compagnie est donc expropri\u00e9e. Il s\u2019ensuit un boycott du p\u00e9trole iranien et l\u2019Etat de ce pays voit ses recettes p\u00e9troli\u00e8res chuter de 400 M$ en 1950 \u00e0 2 M$ en 1953. Le shah tente de se d\u00e9barrasser de son ministre incommode mais c\u2019est lui qui est oblig\u00e9 de fuir. Il sera remis sur le tr\u00f4ne apr\u00e8s un coup d\u2019Etat dans les r\u00e8gles de l\u2019art foment\u00e9 par les services am\u00e9ricains et anglais. A la suite de ces \u00e9v\u00e8nements, l\u2019Anglo-iranian devient BP, les compagnies am\u00e9ricaines s\u2019ouvrent le secteur p\u00e9trolier iranien (40%). Enfin, en Irak, l\u2019Irak Petroleum consent par pr\u00e9caution un partage 50\/50 avec l\u2019Etat.<\/p>\n<p>En 1965, apr\u00e8s un travail intense de d\u00e9stabilisation men\u00e9 par la CIA, le Pr\u00e9sident Sukarno est renvers\u00e9 par Suharto dans un contexte de massacres de communistes et sympathisants (de 500\u00a0000 \u00e0 1 millions d\u2019assassinats). Le nouveau r\u00e9gime permet aux Etats-Unis de mettre le pays en coupe r\u00e9gl\u00e9e et notamment le p\u00e9trole est remis entre les mains d\u2019une compagnie nationale Pertamina, dirig\u00e9e par des militaires avec une pr\u00e9sence am\u00e9ricaine au sein du conseil d\u2019administration. Pertamina est cr\u00e9\u00e9e le jour m\u00eame du putsch\u2026<\/p>\n<p>Mais il n\u2019y pas que l\u2019imp\u00e9rialisme anglo-saxons qui agit. Ainsi, la France gaullienne, qui s\u2019est dot\u00e9 avec Elf d\u2019une compagnie p\u00e9troli\u00e8re destin\u00e9e notamment \u00e0 exploiter les richesses africaines, accapare les ressources gabonaises. La \u00ab\u00a0Fran\u00e7afrique\u00a0\u00bb \u00e9carte toute tentative de nationalisation des richesses nationales.<\/p>\n<p>Les imp\u00e9rialismes s\u2019affrontent aussi \u00e0 l\u2019occasion de tensions internes des jeunes nations africaines. Ainsi, la France encourage la s\u00e9cession du Biafra et l\u2019arme contre le gouvernement central soutenu par le Royaume-Uni. Cette guerre (1967-1970), dont l\u2019enjeu est le contr\u00f4le des richesses p\u00e9troli\u00e8res situ\u00e9es au Biafra, fera entre un \u00e0 trois millions de victimes (sur une population de 40 millions d\u2019habitants).<\/p>\n<p>Les lignes vont bouger avec de nouveaux gouvernements (Lybie 1969, Alg\u00e9rie) qui inscrivent leur action dans l\u2019esprit de la conf\u00e9rence de Bandung (1955). Ainsi, la Lybie exige des royalties plus cons\u00e9quentes \u00e0 Occidental, compagnie am\u00e9ricaine dite ind\u00e9pendante, sous la menace de la reprise des concessions. L\u2019Iran fixe en septembre 70 le partage \u00e0 55\/45 et la r\u00e8gle est adopt\u00e9e par l\u2019Opep. Enfin le Venezuela d\u00e9cide d\u2019un partage 60\/40 et de fixer lui-m\u00eame le prix post\u00e9. Un accord est finalement sign\u00e9 en 1971 entre pays producteurs et compagnies fixant \u00e0 50% minimum la part des Etats et pr\u00e9voyant une augmentation du prix post\u00e9.<\/p>\n<p>Finalement, au tournant des ann\u00e9es 70, les pays s\u2019engagent dans un mouvement de nationalisation\u00a0: en f\u00e9vrier 1971 pour l\u2019Alg\u00e9rie, en 1972 pour le Venezuela, l\u2019Irak nationalise l\u2019IPC en 1972, la Libye en 1973 et l\u2019Arabie Saoudite prend 60% d\u2019Aramco en 1973 puis 100% en 1976.<\/p>\n<p><strong>IV Chocs et contre-chocs \u2013 histoires et l\u00e9gende<\/strong><\/p>\n<p><u>A\/ Le probl\u00e8me am\u00e9ricain<\/u><\/p>\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 60, les Etats-Unis demeurent les rois du p\u00e9trole. Ils assurent la moiti\u00e9 de la production mondiale et aussi la moiti\u00e9 de la consommation. Lorsque les pays arabes menacent de r\u00e9duire leur production apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de la guerre des six-jours (1967), il suffit aux Etats-Unis d\u2019augmenter leur production.<\/p>\n<p>L\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral am\u00e9ricain a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s interventionniste dans le secteur p\u00e9trolier aussi bien \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Ainsi, lors de la crise de 29, la milice intervenait pour fermer les puits de p\u00e9trole afin d\u2019\u00e9viter l\u2019effondrement des prix. En 1959, l\u2019administration Eisenhower d\u00e9cr\u00e8te le contingentement des importations de p\u00e9trole pour prot\u00e9ger le secteur et encore aujourd\u2019hui, l\u2019exportation de gaz naturel est soumise \u00e0 l\u2019autorisation administrative.<\/p>\n<p>Les Etats-Unis, qui d\u00e9pensent des sommes colossales dans le conflit vietnamien, connaissent, pour la premi\u00e8re fois depuis 1896, un d\u00e9ficit commercial en 1970. Ils d\u00e9cident de sortir du syst\u00e8me de Bretton-Woods en ao\u00fbt 71 en suspendant la convertibilit\u00e9 du dollar en or et les changes flottants g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s seront d\u00e9finitivement adopt\u00e9e en mars 1973. Et depuis comme le d\u00e9clarait un responsable du Tr\u00e9sor am\u00e9ricain de l\u2019\u00e9poque\u00a0: \u00ab\u00a0le dollar est notre monnaie et votre probl\u00e8me.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le lobby p\u00e9trolier \u00e9tats-unien a pes\u00e9 dans ces transformations de l\u2019ordre mon\u00e9taire international. En mars 1967, la Chase Manhattan Bank de David Rockefeller propose l\u2019abandon de l\u2019\u00e9talon-or qui bride l\u2019expansion am\u00e9ricaine. L\u2019\u00e9conomiste de la Standard Oil of Jersey plaide dans le m\u00eame sens. Nixon nomme \u00e0 la t\u00eate des affaires internationales du Tr\u00e9sor am\u00e9ricain un cadre dirigeant issu de la <em>Big Oil<\/em> sous les ordres de Volker de la Chase Bank. Quant au poste de secr\u00e9taire au Tr\u00e9sor, il est tenu par un texan (ex gouverneur) dont les liens avec les grandes compagnies p\u00e9troli\u00e8res am\u00e9ricaines sont de notori\u00e9t\u00e9 publique.<\/p>\n<p>Quel est le lien avec l\u2019\u00e9nergie\u00a0? Le Pr\u00e9sident am\u00e9ricain, Nixon, envoie un message sp\u00e9cial au Congr\u00e8s en juin 1971\u00a0: \u00ab\u00a0Durant toute son histoire, le peuple am\u00e9ricain a consid\u00e9r\u00e9 l\u2019approvisionnement abondant en \u00e9nergie largement comme un fait acquis. Rien qu\u2019au cours des 20 derniers ann\u00e9es, nous avons pu doubler notre consommation d\u2019\u00e9nergie sans \u00e9puiser nos r\u00e9serves. <strong>Mais la pr\u00e9somption selon laquelle une \u00e9nergie suffisante sera toujours facilement disponible a \u00e9t\u00e9 brusquement remise en cause au cours de l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e<\/strong>. L\u2019une des raisons pour laquelle <strong>nous utilisons l\u2019\u00e9nergie de mani\u00e8re si dispendieuse r\u00e9side dans le fait que les prix n\u2019incluent pas les co\u00fbts sociaux n\u00e9cessaires \u00e0 la production<\/strong>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans son discours, Nixon fait allusion au <em>peak oil<\/em> \u00e9tats-unien et pr\u00e9pare les esprits \u00e0 une augmentation du prix de l\u2019\u00e9nergie. Les Etats-Unis traversent m\u00eame une p\u00e9riode de p\u00e9nurie en 1970 de fioul et charbon.<\/p>\n<p>En 1970-71, le plus grand gisement nord-am\u00e9ricain East Texas, d\u00e9couvert en 1930, donnait des signes d\u2019\u00e9puisement. Couvrant 500 km2, ce gisement recelait 6 milliards de barils (5,2 milliards en ont \u00e9t\u00e9 extraits \u2013 fin de l\u2019exploitation en 2009). Il semblait que les pr\u00e9visions de 1956 du g\u00e9ologue Hubbert se r\u00e9alisaient.<\/p>\n<p>Le gisement de Prudhoe Bay en Alaska est d\u00e9couvert en 1968 et sera mis en exploitation en 1977 (BP exploitant, avec Exxon Mobil). Ce gisement contient 13 milliards de baril (Gbl) mais sa mise en exploitation est plus co\u00fbteuse que les gisements du Texas ou \u2026 du Moyen-Orient. En clair, les Etats-Unis ont besoin d\u2019une augmentation des prix du p\u00e9trole. D\u2019ailleurs, d\u00e8s 1972, le sp\u00e9cialiste p\u00e9trolier du gouvernement am\u00e9ricain, M Atkins, estime n\u00e9cessaire une augmentation des prix du p\u00e9trole. Devant un auditoire compos\u00e9 des repr\u00e9sentants des pays arabes producteurs, r\u00e9unis \u00e0 Alger, il d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0Notre pr\u00e9occupation principale est la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019approvisionnement. Nous ne recommandons pas la hausse des prix, mais nous reconnaissons qu\u2019elle est in\u00e9vitable.\u00a0\u00bb Il \u00e9voque alors un \u00e9ventuel baril \u00e0 5 $ (pratiquement le double du cours du p\u00e9trole d\u2019alors) alors que les revendications de son auditoire, un peu stup\u00e9fait, \u00e9taient plus modestes \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p><u>B\/ Stupeurs, tremblements et arrangements<\/u><\/p>\n<p>Les pays producteurs du Moyen-Orient sont frapp\u00e9s par la d\u00e9valuation du dollar\u00a0: en 1971, il leur fallait 10 barils pour acqu\u00e9rir 1 once d\u2019or et en 1973, ils devaient pour obtenir la m\u00eame quantit\u00e9 d\u2019or vendre 34 barils (en 1974, la parit\u00e9 de 1971 est retrouv\u00e9e mais le prix du baril en dollar aura \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par 5 environ). Ils ont donc quelque raison \u00e0 exiger une hausse des prix. La veille de la guerre du Kippour (6 octobre 1973), les pays producteurs sous la menace effective ou non de nationalisation ont obtenu un meilleur contr\u00f4le sur les prix du p\u00e9trole (voir plus haut).<\/p>\n<p>Deux jours apr\u00e8s le d\u00e9clenchement des hostilit\u00e9s entre Isra\u00ebl d\u2019une part et l\u2019Egypte alli\u00e9e \u00e0 la Syrie d\u2019autre part, l\u2019OPEP re\u00e7oit les majors \u00e0 Vienne pour n\u00e9gocier une augmentation des prix, r\u00e9union pr\u00e9vue ant\u00e9rieurement et n\u2019ayant pas de lien direct avec le conflit. L\u2019Opep fait valoir que les prix du p\u00e9trole ne suivent pas les prix des biens import\u00e9s. Pour r\u00e9tablir les termes de l\u2019\u00e9change, ils exigent une augmentation du prix alors qu\u2019Exxon ne veut pas aller au-del\u00e0 de 3,70 $. L\u2019Opep met fin au syst\u00e8me des prix post\u00e9s et d\u00e9sormais ce sont les Etats qui d\u00e9cideront du prix du baril. Les pays du Golfe d\u00e9cident le 16 octobre de porter le prix du baril \u00e0 5,12$.<\/p>\n<p>Le 18 octobre, les pays arabes d\u00e9cident de diminuer leur production de 5% par mois jusqu\u2019au retrait d\u2019Isra\u00ebl des territoires conquis durant le conflit. L\u2019Arabie Saoudite d\u00e9cide d\u2019adopter une r\u00e9duction de 10% par mois puis annonce que les livraisons aux Etats-Unis seront suspendues (sauf au Vietnam).<\/p>\n<p>La relative p\u00e9nurie suscite des augmentations des prix \u2013 le baril pouvant se n\u00e9gocier \u00e0 plus de 17 dollars par baril ($\/bl). L\u2019Arabie Saoudite veut calmer le jeu car elle craint d\u2019affaiblir les \u00e9conomies d\u00e9velopp\u00e9es. Mais le Shah d\u2019Iran demande alors, \u00e0 la stup\u00e9faction des conservateurs de l\u2019Opep et \u00e0 la grande satisfaction des autres, 14 $\/bl. Finalement, il transigera \u00e0 11,65 $\/bl (23 d\u00e9cembre 1973). Cette annonce s\u2019accompagne d\u2019un retour \u00e0 la normale pour la production.<\/p>\n<p>Le Shah justifie la hausse du p\u00e9trole par les m\u00eames raisons \u00e9voqu\u00e9es par Atkins (in l\u2019influent <em>Foreign Affairs <\/em>avril 1973), notamment l\u2019alignement du prix du p\u00e9trole sur les \u00e9nergies de substitutions possibles. Argument repris aussi dans les commentaires d\u2019Exxon qui soulignent la fin de l\u2019\u00e8re de l\u2019\u00e9nergie bon march\u00e9. D\u2019autres commentaires issus du milieu des majors remarquent que les conditions sont d\u00e9sormais favorables pour explorer et exploiter de nouvelles ressources notamment en Mer du Nord.<\/p>\n<p>D\u00e8s juin 1974, les Etats-Unis concoctent un plan d\u2019assistance \u00e9conomique et militaire \u00e0 l\u2019Arabie Saoudite pour rediriger les p\u00e9trodollars vers l\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine, l\u2019Arabie Saoudite deviendra le plus important cr\u00e9ancier du Tr\u00e9sor am\u00e9ricain en 1979. Ces d\u00e9veloppements ne font que renforcer les liens entre le Royaume et les Etats-Unis forg\u00e9s d\u00e8s 1945, dans les accords dit du Quincy. En f\u00e9vrier 1943, Roosevelt d\u00e9clarait d\u00e9j\u00e0\u00a0: \u00ab\u00a0la d\u00e9fense de l\u2019Arabie Saoudite est vitale pour la d\u00e9fense des Etats-Unis.\u00a0\u00bb Apr\u00e8s 1973, cette affirmation est plus que jamais vraie.<\/p>\n<p>Les projecteurs \u00e9taient \u00e0 l\u2019\u00e9poque focalis\u00e9s sur l\u2019Opep et le conflit militaire. Les commentaires g\u00e9n\u00e9raux interpr\u00e9taient les d\u00e9cisions de l\u2019Opep comme un coup de force et un odieux chantage. Assez peu s\u2019\u00e9tait int\u00e9ress\u00e9s aux profits des Majors dont la profitabilit\u00e9 des activit\u00e9s n\u2019\u00e9tait aucunement impact\u00e9e par les d\u00e9cisions des Etats membres de l\u2019Opep. Le choc p\u00e9trolier est m\u00eame l\u2019occasion d\u2019un gonflement de leur marge (taux de profit de 19% en 1974 contre 11% de moyenne la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente), leur organisation leur permettant de d\u00e9placer leur profit de l\u2019amont vers l\u2019aval.<\/p>\n<p><em>La hausse des prix p\u00e9troliers est l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur des programmes nucl\u00e9aires notamment en France. Les grandes entreprises am\u00e9ricaines (Westinghouse, General Electric) vont tirer profit de ce mouvement. La France, apr\u00e8s un d\u00e9bat intense entre le Commissariat \u00e0 l\u2019Energie Atomique et EDF, choisira la fili\u00e8re \u00e0 eaux pressuris\u00e9es sous licence Westinghouse plut\u00f4t que la solution fran\u00e7aise du CEA graphite-gaz. <\/em><\/p>\n<p><u>C\/ Deuxi\u00e8me choc\u00a0: encore l\u2019Iran<\/u><\/p>\n<p>En 1978, le m\u00e9contentement populaire \u00e0 l\u2019encontre du r\u00e9gime autocratique du Shah s\u2019exprime notamment \u00e0 travers de nombreux mouvements sociaux qui touchent aussi le secteur p\u00e9trolier. Les gr\u00e8ves affectent la production qui passe de 5 millions de bl\/j \u00e0 0,7\u00a0millions bl\/j pour les seuls besoins internes.<\/p>\n<p>L\u2019Iran est le deuxi\u00e8me pilier du syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9gional institu\u00e9 par les Etats-Unis apr\u00e8s le retrait du Royaume-Uni de la r\u00e9gion au tournant des ann\u00e9es 70. Pourtant, la puissance imp\u00e9rialiste n\u2019intervient pas et le Pr\u00e9sident Carter incite m\u00eame le Shah \u00e0 abandonner sa couronne.<\/p>\n<p>Du point de vue \u00e9nerg\u00e9tique, l\u2019interruption des livraisons iraniennes a un effet majeur\u00a0: l\u2019Iran est le deuxi\u00e8me exportateur mondial de p\u00e9trole (environ 10% de l\u2019offre mondiale). Cependant, globalement, l\u2019Arabie Saoudite est en mesure de compenser partiellement cet effacement iranien tant et si bien que le niveau des livraisons mondiales ne baisse que de 5%.<\/p>\n<p>Cependant, certains membres de l\u2019OPEP saisissent l\u2019opportunit\u00e9 pour relever les prix. Mais plus structurant pour le march\u00e9 mondial, BP perd d\u2019un coup d\u2019un seul environ 40% de son approvisionnement dont une partie \u00e9tait destin\u00e9e \u00e0 d\u2019autres compagnies p\u00e9troli\u00e8res qui ne produisaient pas tout le p\u00e9trole n\u00e9cessaire \u00e0 leurs raffineries (les compagnies japonaises ou m\u00eame Exxon par exemple.) Ces op\u00e9rateurs vont se tourner vers le march\u00e9 d\u2019ajustement qui ne traitait jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent que des quantit\u00e9s relativement marginales (5% \u00e0 8% des quantit\u00e9s mondiales). Et sur ce march\u00e9 \u00e9troit et dans une atmosph\u00e8re de panique de sp\u00e9culation, les prix vont flamber jusqu\u2019\u00e0 50 $ le baril alors que la moyenne Opep se situait \u00e0 30 $\/bl et que l\u2019Arabie Saoudite exigeait seulement 18 $\/bl.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me choc p\u00e9trolier a d\u00e9clench\u00e9 une transformation du march\u00e9 p\u00e9trolier avec un poids de plus en plus important du march\u00e9 spot ou \u00e0 terme du p\u00e9trole. Les grandes compagnies p\u00e9troli\u00e8res se sont transform\u00e9es\u00a0: d\u2019une structure int\u00e9gr\u00e9e verticalement, de l\u2019exploration-production jusqu\u2019\u00e0 la pompe, elles ont s\u00e9par\u00e9s leurs activit\u00e9s, chacune devenant un centre de profit ind\u00e9pendant. La partie raffinage ach\u00e8te son p\u00e9trole sur le march\u00e9 spot ou \u00e0 terme tandis que la partie production va vendre indiff\u00e9remment son p\u00e9trole sur le m\u00eame march\u00e9.<\/p>\n<p>La mont\u00e9e des productions hors OPEP (Mer du Nord, Alaska, Golfe du Mexique) et l\u2019organisation du march\u00e9 du p\u00e9trole \u00f4tent \u00e0 l\u2019OPEP le pouvoir de fixer les prix mondiaux. L\u2019organisation (aujourd\u2019hui environ 40% de l\u2019offre mondiale) ne peut agir que sur les quantit\u00e9s livr\u00e9es en esp\u00e9rant que ses d\u00e9cisions aient un effet sur les sp\u00e9culateurs. Un baril peut par le m\u00e9canisme de march\u00e9 changer 10 fois de mains avant d\u2019\u00eatre livr\u00e9 autrement dit avec le d\u00e9veloppement du march\u00e9 \u00e0 terme, il existe 10 fois plus de p\u00e9trole papier que de p\u00e9trole physique.<\/p>\n<p>De fait, le pouvoir de l\u2019OPEP sur le march\u00e9 mondial du p\u00e9trole n\u2019aura dur\u00e9 qu\u2019une petite dizaine d\u2019ann\u00e9e, de 1973 au d\u00e9but des ann\u00e9es 80.<\/p>\n<p><u>C\/ Contre-chocs et accumulation du capital<\/u><\/p>\n<p>La guerre Iran-Irak, d\u00e9clench\u00e9e fin septembre 1980, ne compte pas l\u2019\u00e9nergie dans les objectifs principaux affich\u00e9s de l\u2019agresseur irakien. Le conflit est essentiellement territorial (fronti\u00e8re sur le Chatt El Arab) mais l\u2019Irak revendique \u00e9galement la souverainet\u00e9 arabe sur des ilots situ\u00e9s dans la zone du d\u00e9troit d\u2019Ormuz et la non immixtion de l\u2019Iran dans les affaires internes des pays arabes. Ces deux derni\u00e8res revendications rejoignent les pr\u00e9occupations de son principal alli\u00e9 les Etats-Unis, dirig\u00e9s \u00e0 partir de janvier 1980 par l\u2019administration Reagan. Son programme \u00e9nerg\u00e9tique consiste \u00e0 \u00ab\u00a0lib\u00e9rer les forces du march\u00e9\u00a0\u00bb aux Etats-Unis et de s\u2019assurer que le \u00ab\u00a0monde libre\u00a0\u00bb puisse \u00e9galement tirer profit du march\u00e9 mondial, quitte \u00e0 user de la VI\u00b0 flotte. Cette vision n\u2019a rien d\u2019original puisque la doctrine Carter en la mati\u00e8re \u00e9tait bien que les Etats-Unis assurent la s\u00e9curit\u00e9 des zones d\u2019approvisionnements p\u00e9troliers (hors URSS). L\u2019Iran est per\u00e7u comme un danger pour la stabilit\u00e9 de la r\u00e9gion, \u00e0 la fois par sa pr\u00e9sence dans le p\u00e9rim\u00e8tre du d\u00e9troit d\u2019Ormuz et son \u00e9ventuelle propagande \u00e0 destination des populations chiites, notamment irakienne.<\/p>\n<p>Pendant les hostilit\u00e9s, la Syrie, pays alli\u00e9 de l\u2019Iran, coupe l\u2019ol\u00e9oduc qui \u00e9vacue <em>via<\/em> son territoire le p\u00e9trole irakien vers le port libanais de Tripoli. Le gouvernement irakien, qui pensait devoir mener une guerre \u00e9clair contre l\u2019Iran, sera priv\u00e9 pendant les 8 ans de conflit d\u2019une partie de ses revenus p\u00e9troliers d\u2019o\u00f9 un endettement important, notamment envers ses bailleurs du Golfe.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, sous les effets \u00e9conomiques g\u00e9n\u00e9raux et la mont\u00e9e des prix du p\u00e9trole, la consommation mondiale entre 1979 et 1983 baissait de 6 millions de baril par jour (Mbl\/j) (-10%). La production non-OPEP progressait de 3,6 Mb\/j (+10%) et celle de l\u2019OPEP reculait de 13 Mb\/j (-43%). La part de l\u2019OPEP dans la production mondiale passait de 45% \u00e0 un point bas de 28% en 1985 et n\u2019a toujours pas retrouv\u00e9 depuis sa part initial (42% en 2015).<\/p>\n<p>Mais cette baisse de la part de l\u2019OPEP est volontaire puisque devant la baisse des prix due \u00e0 la relative abondance de p\u00e9trole, l\u2019OPEP met en place en 1982 un syst\u00e8me de quota que seule, manifestement, l\u2019Arabie Saoudite applique strictement tant et si bien que sa production est r\u00e9duite drastiquement entre 1980 et 1985 (de 10 Mbl\/j contre 3,6 Mbl\/j). Ses revenus p\u00e9troliers s\u2019effondrent (120 mds$ en 1981, 26 mds$ en 1985). Elle change de cap \u00e0 partir de 1986 et se remet \u00e0 produire avec comme atout un co\u00fbt d\u2019extraction du p\u00e9trole le moins \u00e9lev\u00e9 de la plan\u00e8te. Cette d\u00e9cision conduit \u00e0 la baisse du prix de march\u00e9 de 70% avec un baril \u00e0 10 $. Les effets \u00e0 la baisse sont amplifi\u00e9s par les mouvements sp\u00e9culatifs (se d\u00e9barrasser le plus possible du p\u00e9trole avant une d\u00e9gringolade des prix et donc augmenter l\u2019offre).<\/p>\n<p>Ce contre-choc p\u00e9trolier fait une victime collat\u00e9rale\u00a0: l\u2019URSS (12 Mb\/j) y perd une grande partie de ses recettes en devise (p\u00e9trole et gaz naturel dont le prix est index\u00e9 sur celui du p\u00e9trole).<\/p>\n<p>La politique de reconqu\u00eate de part de march\u00e9 de l\u2019Arabie Saoudite se prolonge durant les huit ann\u00e9es de conflits entre l\u2019Iran et l\u2019Irak. En 1991, quand l\u2019Irak dispara\u00eet pratiquement du march\u00e9 (voir plus bas), le Royaume le remplace toujours dans la m\u00eame qu\u00eate de reconqu\u00eate de parts de march\u00e9, tant et si bien qu\u2019en 1994, \u00e9tant donn\u00e9 les prix maintenus \u00e0 un niveau relativement bas (sous la barre des 20 $\/bl), la facture de la lib\u00e9ration du Kowe\u00eft et les efforts d\u2019armement, les finances du pays sont au bord de la rupture. Le changement de dirigeants saoudiens en 1994 se traduit par une volont\u00e9 (partag\u00e9 par les autres membres de l\u2019OPEP) de retrouver un niveau de prix plus \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>Cette strat\u00e9gie est facilit\u00e9e par la loi d\u2019Amato (1996) qui interdit tout investissement sup\u00e9rieur \u00e0 $40 millions dans le secteur p\u00e9trolier et gazier libyen et iranien \u00e0 n\u2019importe quelle personne ou entreprise dans le monde. Le risque encouru est tout simplement la fermeture du march\u00e9 am\u00e9ricain. Au final, cette d\u00e9cision limite bien les potentiels de d\u00e9veloppement de production des pays cibles.<\/p>\n<p>Les orientations de l\u2019Arabie Saoudite sont contrari\u00e9es cependant par les d\u00e9cisions du Venezuela qui n\u2019entend pas se soumettre \u00e0 la discipline de l\u2019OPEP, la compagnie nationale ayant investi dans l\u2019aval p\u00e9trolier aux Etats-Unis. Puis la crise asiatique de 1997-98 provoque une baisse de la demande et par voie de cons\u00e9quence une abondance relative de p\u00e9trole avec une baisse des prix associ\u00e9s.<\/p>\n<p>Les majors se sont r\u00e9organis\u00e9es (voir plus haut) apr\u00e8s les nationalisations et le d\u00e9veloppement du \u00ab\u00a0march\u00e9\u00a0\u00bb auquel elles ont activement contribu\u00e9. Dans un contexte de prix mod\u00e9r\u00e9s et pour conserver un taux de rentabilit\u00e9 exig\u00e9 par les actionnaires, la seule source possible pour r\u00e9pondre \u00e0 ces exigences consiste \u00e0 organiser \u00ab\u00a0la croissance externe\u00a0\u00bb, en clair, acqu\u00e9rir d\u2019autres compagnies. Les grandes op\u00e9rations se d\u00e9roulent \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90, avec les m\u00e9gafusions\u00a0:<\/p>\n<p>En 1998, Exxon (1<sup>\u00e8re<\/sup> mondiale) fusionne avec Mobil (4<sup>\u00e8me<\/sup> mondiale). La m\u00eame ann\u00e9e, British Petroleum absorbe Amoco (5<sup>\u00e8me<\/sup> mondiale) puis en 2000 Arco (11<sup>\u00e8me<\/sup> mondiale) et devient alors BP (tout court). En 1999, Total (9<sup>\u00e8me<\/sup>) ach\u00e8te la compagnie belge Petrofina puis en 2000 Elf Aquitaine, Chevron (2<sup>\u00e8me<\/sup>) fusionne avec Texaco (3<sup>\u00e8me<\/sup>) en 2000. Enfin, les deux compagnies am\u00e9ricaines ind\u00e9pendantes Conoco et Philips fusionnent en 2001 pour entrer dans la cat\u00e9gorie des Majors.<\/p>\n<p>Cette concentration a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019une vague de privatisation et\/ou d\u00e9sengagement des Etats g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9sents dans les compagnies p\u00e9troli\u00e8res comme ENI, Repsol (Espagne), YPF (Argentine), Petrobras (Br\u00e9sil), etc.<\/p>\n<p><u>D\/ Le dernier choc connu<\/u><\/p>\n<p>Initialement le choc de 2008 n\u2019a pas comme cause une action concert\u00e9e de l\u2019Opep de r\u00e9duire \u00e0 dessein sa production. En juillet 2008, le baril est \u00e0 150$ avant de plonger \u00e0 40$ \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e puis apr\u00e8s une p\u00e9riode de fluctuation entre 40$ et 80$ repartir \u00e0 la hausse en 2012 pour refranchir la barre des 100$ et enfin repartir \u00e0 la baisse \u00e0 40$ en 2016.<\/p>\n<p>Ces mouvements indiquent d\u00e9j\u00e0 que le p\u00e9trole est devenu un march\u00e9 hautement sp\u00e9culatif. Par exemple, en 2008, il est probable que des capitaux ont trouv\u00e9 \u00ab\u00a0refuge\u00a0\u00bb sur ce march\u00e9 contre la crise financi\u00e8re. Ce mouvement expliquerait au moins 20% de la hausse constat\u00e9e alors. Par ailleurs, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019offre, les tensions avec l\u2019Iran (question du nucl\u00e9aire) fait craindre le d\u00e9clenchement d\u2019hostilit\u00e9s mais se traduit dans un premier temps par un embargo europ\u00e9en puis l\u2019effacement de la Libye (2011 \u2013 retire 1,3 Mbl\/j) apr\u00e8s l\u2019agression de l\u2019Otan.<\/p>\n<p>Les sp\u00e9culateurs r\u00e9agissent plus \u00e0 des nouvelles et le prix refl\u00e8te plut\u00f4t leur angoisse (occidentale) que la perception des fondamentaux c\u2019est-\u00e0-dire essentiellement l\u2019\u00e9quilibre offre\/demande. De ce point de vue, la p\u00e9riode se caract\u00e9rise par ailleurs par une forte demande de mati\u00e8res premi\u00e8res du fait de la forte croissance notamment de la Chine et plus largement des pays \u00e9mergents, dont le dynamisme \u00e9conomique contraste avec la stagnation des pays de l\u2019OCDE.<\/p>\n<p>La chute des prix actuelle s\u2019explique par l\u2019abondance relative de p\u00e9trole (+3,2% pour la production) par rapport \u00e0 la demande (+1,9%). Ce dernier contre-choc a \u00e9t\u00e9 analys\u00e9 par certains comme une strat\u00e9gie concert\u00e9e entre Washington et Ryad pour faire fl\u00e9chir la Russie mais il est plus vraisemblable que les Saoudiens, comme en 1986, suivent une strat\u00e9gie de r\u00e9cup\u00e9ration de parts de march\u00e9 car la production am\u00e9ricaine de p\u00e9trole non conventionnel figure aussi parmi les victimes potentielles de la chute des prix.<\/p>\n<p>Enfin, la p\u00e9riode actuelle s\u2019ouvre sur une nouvelle donne car les pays de l\u2019Opep et la Russie se sont entendus pour limiter l\u2019extraction de p\u00e9trole. Moscou a m\u00eame offert ses bons offices pour rapprocher les vues entre T\u00e9h\u00e9ran, qui n\u2019est pas engag\u00e9 dans un maintien de sa production au niveau actuel, et Ryad, qui accepte de la r\u00e9duire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>V Les guerres p\u00e9troli\u00e8res d\u2019Irak<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab<em>Ces r\u00e9gions d\u00e9cisives productrices de p\u00e9trole et de gaz naturel pour lesquelles nous avons combattu durant tant de guerres afin de tenter de prot\u00e9ger notre \u00e9conomie des cons\u00e9quences n\u00e9fastes qu\u2019il y aurait \u00e0 perdre cet approvisionnement ou d\u2019en disposer seulement \u00e0 des prix tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e9claration de M.Bolton, n\u00e9oconservateur un des auteurs de <em>Project for the new American century <\/em>(1998) ambassadeur des Etats-Unis \u00e0 l\u2019ONU 2005-06\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>La th\u00e9orie du complot autour du p\u00e9trole est des plus absurdes<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tony Blair (6 f\u00e9vrier 2003)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Il est g\u00eanant politiquement d\u2019admettre ce que chacun sait. La guerre d\u2019Irak est pour l\u2019essentiel une guerre pour le p\u00e9trole.<\/em>\u00bb<\/p>\n<ol>\n<li>Greenspan (ancien Pr\u00e9sident de la Federal Reserve in <em>The age of turbulence<\/em> \u2013 2007)<\/li>\n<\/ol>\n<p><u>A\/ Acte 1\u00a0: l\u2019invasion du Kowe\u00eft\u00a0 et sa lib\u00e9ration<\/u><\/p>\n<p>L\u2019Irak a contract\u00e9 pendant le conflit $37 milliards aupr\u00e8s des monarchies p\u00e9troli\u00e8res. Par ailleurs, l\u2019Irak accuse, au lendemain des hostilit\u00e9s, le Kowe\u00eft d\u2019avoir pomp\u00e9 du p\u00e9trole irakien dans le m\u00e9ga-gisement transfrontalier de Rumalia (~ 20 milliards de barils). Les Irakiens y avaient neutralis\u00e9 les puits de p\u00e9trole pour \u00e9viter qu\u2019ils ne tombent entre les mains des Iraniens.<\/p>\n<p>Les accusations irakiennes envers le Kowe\u00eft ne sont pas d\u00e9nu\u00e9es de fondement mais techniquement le fait de pomper d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et pas de l\u2019autre rend in\u00e9luctable que du p\u00e9trole irakien soit absorb\u00e9 par le pompage de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re. D\u2019apr\u00e8s l\u2019Irak, le \u00ab\u00a0vol\u00a0\u00bb se montait \u00e0 $2,5 milliards.<\/p>\n<p>Colin Powell reproche \u00e0 l\u2019\u00e9poque aux p\u00e9tromonarchies d\u2019avoir plant\u00e9 un poignard dans le dos de l\u2019Irak, notamment en ne respectant pas les quotas de production de l\u2019OPEP et donc d\u2019avoir contribu\u00e9 \u00e0 la baisse des prix p\u00e9troliers donc \u00e0 la baisse des revenus de l\u2019Irak (90% des recettes issues du p\u00e9trole).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019invasion du Kowe\u00eft, Bagdad contr\u00f4le 18% des r\u00e9serves mondiales.<\/p>\n<p>Cette guerre justifie l\u2019installation de troupes am\u00e9ricaines dans la r\u00e9gion pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 en ligne avec la doctrine Carter et l\u2019accord du Quincy.<\/p>\n<p><em>Le contexte se pr\u00eate bien \u00e0 une d\u00e9monstration de force de la nouvelle puissance h\u00e9g\u00e9monique am\u00e9ricaine avec la fin de l\u2019URSS. Le \u00ab\u00a0nouvelle ordre international\u00a0\u00bb est \u00e0 l\u2019ordre du jour et il ne pr\u00e9voit pas une remise en question des \u00e9quilibres au Moyen-Orient. Apr\u00e8s un conflit tr\u00e8s bref, meurtrier quasi uniquement du c\u00f4t\u00e9 irakien avec la soi-disant quatri\u00e8me puissance militaire, les alli\u00e9s s\u2019arr\u00eatent \u00e0 200 km de Bagdad. Le gouvernement irakien est laiss\u00e9 libre de r\u00e9primer des mouvements de r\u00e9voltes au sud et au nord du pays.<\/em><\/p>\n<p>Entre les deux conflits, les Irakiens ont \u00e0 subir les privations dues aux destructions notamment celle syst\u00e9matique des centrales \u00e9lectriques. L\u2019Onu vote une r\u00e9solution en avril 1995 dite \u00ab\u00a0p\u00e9trole contre nourriture\u00a0\u00bb qui ne sera accept\u00e9e par le r\u00e9gime qu\u2019en fin 1996. Le niveau de production de l\u2019Irak ne retrouve un r\u00e9gime de croisi\u00e8re qu\u2019en 1999. Le p\u00e9trole irakien n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019une part parce que les autres pays de l\u2019Opep ont compens\u00e9 son effacement et d\u2019autre part parce que la p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par un ralentissement de la demande avec comme point d\u2019orgue la crise de 1998<strong>.<\/strong><\/p>\n<p>En octobre 1998, la chambre des repr\u00e9sentants adopte une r\u00e9solution \u00ab\u00a0<em>Iraq Liberation Act<\/em>\u00a0\u00bb qui devient une loi apr\u00e8s la signature du texte par le Pr\u00e9sident Clinton. Ce texte pr\u00e9voit la destitution du chef d\u2019Etat Saddam Hussein et la mise en place d\u2019un gouvernement d\u00e9mocratique en Irak. En r\u00e9ponse, les experts, venus enqu\u00eater sur la pr\u00e9sence d\u2019armes de destruction massive, sont expuls\u00e9s d\u2019Irak.<\/p>\n<p>La France reste \u00e0 l\u2019\u00e9cart du conflit et donc les entreprises fran\u00e7aises auront une part congrue lors de la redistribution du secteur p\u00e9trolier irakien.<\/p>\n<p>L\u2019Irak poss\u00e8de 2 des 5 plus grands gisements mondiaux. Apr\u00e8s le second conflit, leur exploitation a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e \u00e0 de grandes compagnies internationales\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Rumalia (18 Gbl)\u00a0: exploit\u00e9e par CNCP (Chine) et BP<\/li>\n<li>West Qurna (13 Gbl) coup\u00e9e en deux avec Lukoil (Russie) sur une premi\u00e8re partie et le gros morceau pour Exxon, BP, Eni\u00a0 et Petrochina<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un tiers des concessions ont \u00e9t\u00e9 remport\u00e9 par des compagnies chinoises et environ la moiti\u00e9 du p\u00e9trole irakien prend le chemin de la Chine.<\/p>\n<p><strong>VI\/ Le p\u00e9trole en voie de rar\u00e9faction\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019histoire mondiale de l\u2019\u00e9nergie au XX\u00b0 si\u00e8cle, marqu\u00e9e par les affrontements imp\u00e9rialistes, concerne essentiellement le contr\u00f4le du p\u00e9trole. De fait, les avions, les blind\u00e9s et plus g\u00e9n\u00e9ralement les mouvements de troupes ne s\u2019effectuent qu\u2019avec le concours du p\u00e9trole. Il est impossible de projeter sa puissance sans cette \u00e9nergie. Par ailleurs, le p\u00e9trole entre dans la composition d\u2019un nombre incalculable de produits, des engrais aux produits de grande consommation en passant par les m\u00e9dicaments. Et si cette ressource venait \u00e0 s\u2019\u00e9puiser\u00a0? Y-aurait-il une tension suppl\u00e9mentaire pour contr\u00f4ler les derniers gisements\u00a0?<\/p>\n<p>Durant la derni\u00e8re d\u00e9cennie du XX\u00b0 si\u00e8cle, les Etats-Unis, ma\u00eetres du nouvel ordre mondial, pr\u00e9tendent \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie. Cependant, les ressources propres en \u00e9nergie de l\u2019empire semblent faiblir (voir plus haut \u2013 peak oil) et certains affirment d\u00e9j\u00e0 que le ph\u00e9nom\u00e8ne constat\u00e9 pour les Etats-Unis serait g\u00e9n\u00e9ralisable \u00e0 la plan\u00e8te. 80% du p\u00e9trole conventionnel est extrait de gisements mis en exploitation avant 1973.<\/p>\n<p>Le m\u00e9ga gisement saoudien de Ghawar (r\u00e9serves initiales 170 Gbl &#8211; 70 G bl (peut-\u00eatre\u2026) de r\u00e9serves restantes \u2013 mis en exploitation dans les ann\u00e9es 50) dont est extrait environ 5 Mbl\/j (un peu moins que la moiti\u00e9 de la production nationale) aurait d\u00e9j\u00e0 atteint son pic de production au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Comme le taux final d\u2019extraction n\u2019est pas de 100%, au rythme d\u2019extraction actuel, le gisement serait \u00e9puis\u00e9 en 20 ans dans les hypoth\u00e8ses les plus favorables.<\/p>\n<p>Le dernier m\u00e9ga gisement mis en exploitation en 2016, presque 10 ans apr\u00e8s les premiers travaux et 50 milliards de $ d\u2019investissement, est le champ <em>offshore<\/em> (-5000 m\u00e8tres) de Kashagan en Mer Caspienne (Kazakhstan) avec seulement 13 Gbl r\u00e9cup\u00e9rables.<\/p>\n<p>La vraisemblance de la rar\u00e9faction du p\u00e9trole est renforc\u00e9e par le plan saoudien \u00e0 2030 derni\u00e8rement pr\u00e9sent\u00e9 qui pr\u00e9pare l\u2019apr\u00e8s-p\u00e9trole du royaume. Ce plan pr\u00e9voit une privatisation partielle de l\u2019Aramco et la mise en place d\u2019un fonds souverain dot\u00e9 de 2000 milliards de $.<\/p>\n<p>Un fait est clairement \u00e9tabli\u00a0: les grands gisements sont en phase de vieillissement et, depuis quarante ans, les nouvelles d\u00e9couvertes sont inf\u00e9rieures \u00e0 la consommation mondiale additionnelle.<\/p>\n<p>Cependant, les chiffres officiels des r\u00e9serves sont sujets \u00e0 caution. Ces statistiques sont assez peu fiables dans la mesure o\u00f9 elles proc\u00e8dent aussi de la strat\u00e9gie globale des Etats et des compagnies priv\u00e9es dont la valeur d\u00e9pend des r\u00e9serves d\u00e9clar\u00e9es. Cette r\u00e9alit\u00e9 est vraie aussi bien pour les pays de l\u2019Opep que pour les Etats-Unis qui ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 proclamer leur future ind\u00e9pendance \u00e0 long terme. Ainsi, les Etats-Unis ont annonc\u00e9 des r\u00e9serves de 15 milliards de baril en Californie avant de revoir leur copie. La nouvelle estimation \u00e0 600 millions de barils a fait moins de bruit\u2026<\/p>\n<p>Les nouvelles ressources en p\u00e9trole conventionnel sont plus rares, plus difficiles \u00e0 mettre en exploitation, reste les p\u00e9troles non conventionnels. Le Canada avec ses p\u00e9troles bitumineux de l\u2019Alberta se placerait en troisi\u00e8me position mondiale en termes de r\u00e9serve (173 Gbl) derri\u00e8re le Venezuela (297 Gbl) et l\u2019Arabie Saoudite (265 Gbl). Ces ressources non conventionnelles pr\u00e9sentent deux inconv\u00e9nients majeurs\u00a0: leur co\u00fbt d\u2019exploitation sont 5 \u00e0 6 fois sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux des p\u00e9troles conventionnels et leur co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique en font une h\u00e9r\u00e9sie technique\u00a0: pour soustraire 28 barils dans les m\u00e9ga-gisements mondiaux, il faut d\u00e9penser l\u2019\u00e9quivalent de 1 baril en \u00e9nergie, pour les bitumineux canadiens, le rapport est presque de parit\u00e9.<\/p>\n<p>Les <em>shale oils<\/em> pourraient \u00e9galement \u00e0 un moindre co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique remplacer le conventionnel mais d\u2019\u2019apr\u00e8s les g\u00e9ologues, ils ne repousseraient le probl\u00e8me au mieux d\u2019une ou deux d\u00e9cennies. Par ailleurs, les estimations en mati\u00e8re de p\u00e9trole ou de gaz de schiste sont sujettes \u00e0 de d\u00e9chirantes r\u00e9visions. Ainsi, sur un bassin californien, les estimations sont pass\u00e9es de 15,4 milliards de barils \u00e0 600 millions de barils. La Pologne fut pr\u00e9sent\u00e9e comme la nouvelle Norv\u00e8ge avec des r\u00e9serves de gaz (gaz de schiste) de 5300 milliards de m<sup>3<\/sup> et finalement les derni\u00e8res estimations font \u00e9tat de r\u00e9serves de 38 milliards de m<sup>3<\/sup>\u00a0!<\/p>\n<p>Les inqui\u00e9tudes \u00e0 propos des ressources sont d\u2019autant plus fortes que du c\u00f4t\u00e9 de la demande, rien n\u2019indique qu\u2019elle devrait faiblir notamment avec les besoins de la Chine, qui deviendrait le plus gros consommateur de p\u00e9trole avant 20 ans, ou ceux de l\u2019Inde, appel\u00e9s \u00e0 cro\u00eetre.<\/p>\n<p>Selon l\u2019AIE, qui tient compte de la baisse pr\u00e9visible de production des gisements, il faudrait trouver l\u2019\u00e9quivalent de deux Arabie Saoudite (20,9 Mbl\/j) pour \u00e9quilibrer l\u2019offre et la demande en 2025. D\u2019apr\u00e8s ces experts, il existe un potentiel connu 5 Mb\/j prochainement mis en exploitation. Reste 15,9 Mb\/j \u00e0 trouver.<\/p>\n<p>En 2015-16, les investissements du secteur demeurent historiquement bas, et si 2017 s\u2019inscrit dans cette continuit\u00e9, entre 2018 et 2025, en vue de rattraper le temps perdu, il faudrait obtenir l\u2019autorisation pour l\u2019extraction de 21 milliards de bl\/an, un niveau jamais atteint depuis 1970.<\/p>\n<p>Cette prospective t\u00e9moignerait donc de tensions possibles \u00e0 un horizon assez court. Si elle s\u2019appuie sur une analyse assez fine du taux d\u2019extraction des puits en exploitation, il n\u2019en demeure pas moins que les pr\u00e9visions du c\u00f4t\u00e9 de la demande sont tr\u00e8s incertaines. Cependant, cette pr\u00e9sentation du futur par l\u2019AIE installe un paysage d\u2019une \u00e9ventuelle p\u00e9nurie qui n\u2019augure rien de positif en mati\u00e8re d\u2019apaisement des tensions internationales ou de la fatale (re)mont\u00e9e des prix du p\u00e9trole\u2026<\/p>\n<p><strong>VII Sauver la plan\u00e8te\u00a0? Le d\u00e9veloppement durable, mais de quoi\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Enfin, pour terminer ce tour d\u2019horizon, il convient d\u2019\u00e9voquer les \u00e9missions de CO2 provoqu\u00e9es par l\u2019usage des \u00e9nergies = 32,8 milliards de tonnes (90\u00a0% des \u00e9missions). Depuis 1973, le chiffre aurait plus que doubl\u00e9 du fait notable de l\u2019augmentation des \u00e9missions en Asie li\u00e9e au d\u00e9veloppement de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p><u>A\/ Situation de d\u00e9part et sa naturalisation<\/u><\/p>\n<p>La disparit\u00e9 des situations en mati\u00e8re d\u2019utilisation et d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie est illustr\u00e9e par le tableau suivant qui indique la consommation d\u2019\u00e9nergie et les \u00e9missions de CO<sub>2<\/sub> ramen\u00e9es au nombre d\u2019habitant et au dollar de PIB.<\/p>\n<p>Il convient de relever la singularit\u00e9 \u00e9tats-unienne en mati\u00e8re d\u2019usage intensif d\u2019\u00e9nergie et comme corollaire d\u2019\u00e9missions en CO<sub>2<\/sub>. Les \u00e9carts entre les teneurs \u00e9nerg\u00e9tiques ou en CO<sub>2<\/sub> du PIB traduisent autant les effets d\u2019une moindre efficacit\u00e9 des syst\u00e8mes productifs que les diff\u00e9rences de structures industrielles. En clair, un pays, qui d\u00e9veloppe ou conserve par exemple son secteur sid\u00e9rurgique, a toutes les chances de para\u00eetre moins vertueux du point de vue environnemental que celui qui ferme les laminoirs.<\/p>\n<p>Toujours dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, il serait assez mal venu de se r\u00e9jouir des indicateurs africains qui r\u00e9v\u00e8lent l\u2019\u00e9cart de d\u00e9veloppement de ce continent par rapport au reste de la plan\u00e8te, avec \u00e0 l\u2019esprit ce qu\u2019il signifie concr\u00e8tement en termes de conditions de vie.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"101\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"101\">tep\/hbt<\/td>\n<td width=\"101\">tep\/PIB<\/td>\n<td width=\"101\">CO2\/hbt<\/td>\n<td width=\"101\">CO2\/PIB<\/td>\n<td width=\"104\">kWh\/hbt<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"101\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"101\">1,89<\/td>\n<td width=\"101\">0,14<\/td>\n<td width=\"101\">4,47<\/td>\n<td width=\"101\">0,32<\/td>\n<td width=\"104\">3030<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"101\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"101\">6,94<\/td>\n<td width=\"101\">0,14<\/td>\n<td width=\"101\">16,22<\/td>\n<td width=\"101\">0,32<\/td>\n<td width=\"104\">12962<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"101\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"101\">3,08<\/td>\n<td width=\"101\">0,09<\/td>\n<td width=\"101\">6,22<\/td>\n<td width=\"101\">0,18<\/td>\n<td width=\"104\">5909<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"101\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"101\">4,16<\/td>\n<td width=\"101\">0,11<\/td>\n<td width=\"101\">9,36<\/td>\n<td width=\"101\">0,26<\/td>\n<td width=\"104\">8028<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"101\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"101\">2,24<\/td>\n<td width=\"101\">0,18<\/td>\n<td width=\"101\">6,66<\/td>\n<td width=\"101\">0,54<\/td>\n<td width=\"104\">3938<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"101\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"101\">0,64<\/td>\n<td width=\"101\">0,12<\/td>\n<td width=\"101\">1,56<\/td>\n<td width=\"101\">0,29<\/td>\n<td width=\"104\">805<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"101\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"101\">4,94<\/td>\n<td width=\"101\">0,22<\/td>\n<td width=\"101\">10,22<\/td>\n<td width=\"101\">0,46<\/td>\n<td width=\"104\">6603<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"101\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"101\">1,47<\/td>\n<td width=\"101\">0,10<\/td>\n<td width=\"101\">2,31<\/td>\n<td width=\"101\">0,16<\/td>\n<td width=\"104\">2578<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"101\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"101\">0,67<\/td>\n<td width=\"101\">0,15<\/td>\n<td width=\"101\">0,96<\/td>\n<td width=\"101\">0,22<\/td>\n<td width=\"104\">568<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"101\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"101\">3,67<\/td>\n<td width=\"101\">0,10<\/td>\n<td width=\"101\">4,32<\/td>\n<td width=\"101\">0,12<\/td>\n<td width=\"104\">6955<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Les courbes ci-jointes comparent les \u00e9volutions de la croissance \u00e9conomiques et les consommations d\u2019\u00e9nergie. Il est loisible de se r\u00e9jouir de la tertiairisation de l\u2019\u00e9conomie et par suite de sa moindre intensit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique. Cependant, au niveau mondial, le ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019appara\u00eet pas pour la simple raison que les industries intensives en \u00e9nergie se sont d\u00e9plac\u00e9es.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique mondial g\u00e9n\u00e8re 32 milliards de tonnes de CO<sub>2\u00a0 <\/sub>contre15 milliards de tonnes en 1973, avec une forte croissance en Asie li\u00e9e \u00e0 son d\u00e9veloppement (part des \u00e9missions passe de moins de 10% \u00e0 un tiers tandis que la part de l\u2019OCDE de 70% \u00e0 37%). Le d\u00e9placement s\u2019explique autant par un transfert d\u2019activit\u00e9s que par un d\u00e9veloppement propre.<\/p>\n<p>Il ne faut cependant s\u2019attarder \u00e0 des donn\u00e9es d\u2019\u00e9missions par pays. En effet, il convient de prendre en compte la \u00abteneur\u00a0\u00bb en \u00e9missions des consommations comme le propose le tableau suivant. Ainsi par exemple, l\u2019\u00e9cart pour la France serait d\u2019un tiers de plus parce que justement la France a d\u00e9localis\u00e9 ou substitu\u00e9 des importations aux productions locales. Ainsi, la France para\u00eet moins vertueuse que ne le laisse entrevoir le premier tableau. A l\u2019inverse, la Chine, au travers de l\u2019exportation de biens manufactur\u00e9s ou la Russie de celle de produits p\u00e9troliers et de gaz naturel, exporte bien des contenus \u00e9metteurs de gaz \u00e0 effet de serre.<\/p>\n<p><em>Un signe n\u00e9gatif signifie que le pays exporte du CO<sub>2<\/sub>. <\/em><\/p>\n<p><em>Ces rejets dans l\u2019atmosph\u00e8re de CO<sub>2<\/sub> se traduisent par des concentrations mesur\u00e9es en ppm (partie pour millions \u2013 100 ppm = 0,01 %). Avant \u00ab\u00a0l\u2019\u00e8re industrielle\u00a0\u00bb, l\u2019atmosph\u00e8re renfermait 208 ppm de CO2, aujourd\u2019hui cette teneur s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 <\/em><em>485 ppm.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les structures \u00e9conomiques mondiales g\u00e9n\u00e8rent donc directement ou indirectement des gaz\u00a0 \u00e0 effet de serre qui auraient un effet majeur sur les changements climatiques. Ces faits ont conduits \u00e0 qualifier les derni\u00e8res p\u00e9riodes de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 sous le terme de p\u00e9riode d\u2019anthropoc\u00e8ne selon Crutzen (prix Nobel de Chimie) en 2000,\u00a0 initi\u00e9e par la grande entr\u00e9e de l\u2019Occident dans le \u00ab\u00a0thermo-d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb au XIX\u00b0 si\u00e8cle. Les ouvrages de Jared Diamond (<em>Effondrement<\/em>) font le r\u00e9cit de civilisations qui se sont effondr\u00e9es du fait de l\u2019exploitation non raisonn\u00e9e des ressources naturelles. Il fait le parall\u00e8le avec la phase actuelle de nos civilisations.<\/p>\n<p>Ces analyses sugg\u00e8rent une responsabilit\u00e9 indiff\u00e9renci\u00e9e de l\u2019ensemble de l\u2019humanit\u00e9. Elles diff\u00e9rent des rapports alarmistes du club de Rome qui pointaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque la d\u00e9mographie (des pays pauvres) comme seule source des ennuis \u00e0 venir. Pour justifier la stricte neutralit\u00e9 id\u00e9ologique des concepts \u00e0 l\u2019\u0153uvre, il est \u00e9galement rappel\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion la vision marxiste de ma\u00eetrise\/domination de la nature et les \u00ab\u00a0exploits\u00a0\u00bb \u00e9cologiques de l\u2019Union sovi\u00e9tique qui rel\u00e8veraient donc de la civilisation industrielle commune.<\/p>\n<p>Cette mani\u00e8re de proc\u00e9der pr\u00e9sente l\u2019avantage d\u2019ouvrir la voie \u00e0 un \u00ab\u00a0capitalisme vert\u00a0\u00bb dont les patrons milliardaires des entreprises de technologies informatiques et de communication se font les chantres.<\/p>\n<p><u>B\/ De quel \u00ab\u00a0c\u00e8ne\u00a0\u00bb s\u2019agit-il\u00a0?<\/u><\/p>\n<p>Tout cela ne trompe pas. Ainsi, la d\u00e9claration du\u00a0 chef de la d\u00e9l\u00e9gation chinoise \u00e0 la COP15 (Copenhague)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>La crise climatique r\u00e9sulte d\u2019un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement \u00e9conomique tr\u00e8s in\u00e9gal qui s\u2019est propag\u00e9 au cours des deux derniers si\u00e8cles, permettant aux pays riches d\u2019aujourd\u2019hui d\u2019atteindre les niveaux de revenus qui sont les leurs, en partie parce qu\u2019ils n\u2019ont pas pris en compte les d\u00e9g\u00e2ts environnementaux qui menacent aujourd\u2019hui la vie et les modes de vie des autres\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Les actions de conservation passent par une r\u00e9duction des gaz \u00e0 effet de serre (essentiellement CO<sub>2<\/sub>). Mais les pays en d\u00e9veloppement conduits par la Chine, notamment, ont fait valoir que les Occidentaux avaient \u00e9mis l\u2019essentiel des GES et que par cons\u00e9quent ils devaient pour le moins faire plus d\u2019efforts que les pays en d\u00e9veloppement (qui par ailleurs n\u2019ont pas forc\u00e9ment les moyens d\u2019investir dans des proc\u00e9d\u00e9s plus propres.)<\/p>\n<p>Tout porte \u00e0 croire que nous vivrions donc un <em>occidentaloc\u00e8ne, <\/em>ou m\u00eame encore une <em>anglosaxonc\u00e8ne <\/em>tant le mod\u00e8le de thermo-d\u00e9veloppement est l\u2019apanage d\u2019abord des Britanniques avec le charbon puis des Etats-Unis avec le p\u00e9trole.<\/p>\n<p>Mais ces approches ignorent pr\u00e9cis\u00e9ment le cadre donn\u00e9 de ces d\u00e9veloppements car elles ne pointent pas la structure \u00e9conomique capitaliste qui a mis en \u0153uvre cette organisation et donc il serait plus correct de nommer la p\u00e9riode le <em>capitalismoc\u00e8ne. <\/em>Cette dimension de la probl\u00e9matique, vite \u00e9vacu\u00e9e, et pr\u00e9sente dans les \u00e9crits de Marx (le Moloch qui engloutit tout, y compris la plan\u00e8te) et des marxistes du d\u00e9but du XX\u00b0 si\u00e8cle qui analysent l\u2019expansion imp\u00e9rialisme et l\u2019exploitation des richesses naturelles qui font fi des d\u00e9g\u00e2ts qu\u2019ils provoquent. Et c\u2019est encore le cas aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Par rapport au r\u00e9cit pr\u00e9c\u00e9dent, il est clair que l\u2019\u00e9nergie, premi\u00e8re source massive d\u2019\u00e9missions de GES, se situe au centre du dispositif capitaliste dominant (Etats-Unis) et fait l\u2019objet d\u2019une confrontation entre les imp\u00e9rialismes et entre imp\u00e9rialismes et peuples dont le territoire rec\u00e8le les ressources convoit\u00e9es. Si l\u2019analyse ne retient pas cette donn\u00e9e, il para\u00eet difficile d\u2019imaginer une quelconque avanc\u00e9e dans la r\u00e9solution du probl\u00e8me climatique. Comme le souligne une formule d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e8bre, il semble plus facile de concevoir la fin de l\u2019humanit\u00e9 que celle du capitalisme.<\/p>\n<p>23<\/p>\n<p><strong>Conclusion g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\n<p>Le p\u00e9trole est bien la pierre angulaire du mod\u00e8le \u00e9nerg\u00e9tique d\u00e9velopp\u00e9 aujourd\u2019hui sur la plan\u00e8te. A la fois vecteur de puissance et opportunit\u00e9 d\u2019accumulation, ce produit a nourri l\u2019imp\u00e9rialisme durant pratiquement le si\u00e8cle \u00e9coul\u00e9. Il a \u00e9t\u00e9 aussi un facteur de consolidation de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine tout autant industrielle que financi\u00e8re sur la partie du monde dit libre. Cette h\u00e9g\u00e9monie fut m\u00eame totale durant une courte p\u00e9riode entre l\u2019effondrement de l\u2019URSS et l\u2019affirmation de la Chine.<\/p>\n<p>Les autres types d\u2019\u00e9nergie primaire ne peuvent pas aujourd\u2019hui se substituer au p\u00e9trole comme pivot du syst\u00e8me actuel, essentiellement parce que, pr\u00e9cis\u00e9ment, il a \u00e9t\u00e9 construit autour de ce produit, au sens propre de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, \u00e9talon de toutes les valeurs des \u00e9nergies, y compris nucl\u00e9aire dont la rentabilit\u00e9 d\u00e9pend aussi du cours du p\u00e9trole.<\/p>\n<p>La diminution progressive des ressources p\u00e9troli\u00e8res ouvre la perspective de nouvelles tensions internationales mais \u00e9galement d\u2019un red\u00e9ploiement du capitalisme vers d\u2019autres sources de contr\u00f4le et de profit. Certains analystes estiment que l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sera l\u2019\u00e9nergie de ce si\u00e8cle et qu\u2019elle est en capacit\u00e9 de se substituer au p\u00e9trole dans un grand nombre d\u2019usages d\u2019autant que quelques progr\u00e8s, notamment en mati\u00e8re de stockage, sont attendus. Par ailleurs, les panneaux solaires et les \u00e9oliennes pr\u00e9sentent des solutions pour \u00ab\u00a0d\u00e9-carbonner\u00a0\u00bb la production \u00e9lectrique qui repr\u00e9sente aujourd\u2019hui environ un quart des \u00e9missions de GES et sur laquelle il est le plus ais\u00e9 de r\u00e9aliser des diminutions d\u2019\u00e9missions.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, ces r\u00e9flexions demeurent tr\u00e8s sp\u00e9culatives car l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est une activit\u00e9 localis\u00e9e, r\u00e8glement\u00e9e, et ouvre des opportunit\u00e9s de sp\u00e9culation aujourd\u2019hui restreintes m\u00eame si la lib\u00e9ralisation, notamment en Europe, ouvrent des perspectives int\u00e9ressantes&#8230; Bref, elle n\u2019est pas un objet propre \u00e0 la perp\u00e9tuation du capitalisme triomphant. Elle peut, en revanche, asseoir les ambitions d\u2019accumulation d\u2019une nouvelle branche du capitalisme issue de ladite \u00ab\u00a0high tech\u00a0\u00bb, qui d\u00e9cline ses orientations de diversification d\u2019activit\u00e9s vers ce secteur. Ainsi, apr\u00e8s le constat de l\u2019\u00e9chec des entreprises du secteur \u00e0 relever les d\u00e9fis du d\u00e9veloppement durable, le directeur de la strat\u00e9gie du d\u00e9partement \u00e9nergie de Microsoft n\u2019explique-t-il pas que son entreprise dispose des moyens techniques et financiers pour d\u00e9velopper l\u2019\u00e9nergie propre (\u00e9nergies renouvelables) et son usage intelligent\u00a0? Sans aucun doute, le changement climatique est instrumentalis\u00e9.<\/p>\n<p>Est-il raisonnable d\u2019attendre des pyromanes qu\u2019ils combattent l\u2019incendie\u00a0? Il est illusoire d\u2019attendre du capitalisme qu\u2019il envisage la question de ses limites, comme deux si\u00e8cles d\u2019histoire nous l\u2019apprennent. Quel que soit par ailleurs ses modalit\u00e9s de conduite, industrielle, financi\u00e8re ou en r\u00e9seaux, le capitalisme exploite toujours une m\u00eame base mat\u00e9rielle de travail et de ressources naturelles. La question d\u2019une organisation de cette base mat\u00e9rielle, notamment \u00e9nerg\u00e9tique, d\u2019une extr\u00eame puissance cr\u00e9atrice, pour poursuivre d\u2019autres fins doit \u00eatre port\u00e9e pour aider \u00e0 l\u2019\u00e9mergence non pas d\u2019un monde alternatif, mais tout autre.<\/p>\n<p>24<\/p>\n<p><strong>Annexe\u00a0: Panorama de l\u2019\u00e9nergie mondiale<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9nergie, \u00e0 l\u2019instar de toute grandeur physique, volume, masse, vitesse, se mesure. L\u2019\u00e9nergie selon l\u2019\u00e9tymologie est de la force en mouvement aussi pour mesurer l\u2019unit\u00e9 de mesure de l\u2019\u00e9nergie, le Joule est-il \u00e9gal \u00e0 1 Newton par m\u00e8tre. D\u00e8s les d\u00e9buts de l\u2019\u00e9tude des ph\u00e9nom\u00e8nes thermiques qui aboutiront \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 des principes de thermodynamique, les scientifiques ont saisi l\u2019\u00e9quivalence\u00a0 entre \u00e9nergie, travail et chaleur (Joule \u2013 1850). Ainsi,\u00a0un joule est aussi l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire pour \u00e9lever de 1 \u00b0C un litre d\u2019air ou encore il faut 4 joules pour \u00e9lever de 1\u00b0C un gramme d\u2019eau.<\/p>\n<p>Retenons que l\u2019\u00e9nergie se transforme et se conserve. A proprement parler les hommes ne \u00ab\u00a0consomment\u00a0\u00bb pas de l\u2019\u00e9nergie, ils la transforment en chaleur ou travail (mouvement).<\/p>\n<p>Sans entrer davantage dans la physique des \u00e9l\u00e9ments, le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab\u00a0\u00e9nergie\u00a0\u00bb est donc mesurable et m\u00eame s\u2019il prend diff\u00e9rente forme, il peut \u00eatre mesur\u00e9 par une unit\u00e9 rendant possible des comparaisons. Certaines statistiques mesurent ainsi toute forme d\u2019\u00e9nergie en joule mais l\u2019unit\u00e9 \u00e9tant petite, au niveau d\u2019une \u00e9conomie enti\u00e8re, il faut comptabiliser en p\u00e9tajoule (1 p\u00e9ta = 1 suivi de 15 z\u00e9ros). Plus g\u00e9n\u00e9ralement, l\u2019unit\u00e9 retenue est la tonne \u00e9quivalent p\u00e9trole (tep) soit 42 milliards de joules, parce que le p\u00e9trole est la forme d\u2019\u00e9nergie combustible la plus concentr\u00e9e et puis \u00e9galement parce qu\u2019il s\u2019agit de la forme d\u2019\u00e9nergie la plus convoit\u00e9e. Ainsi, ramen\u00e9es au m\u00eame d\u00e9nominateur commun, les diff\u00e9rentes formes d\u2019\u00e9nergie sont additionnables pour la plus grande joie de l\u2019\u00e9conomiste.<\/p>\n<p><em>Pour m\u00e9moire\u00a0: <\/em><\/p>\n<p>1 baril de p\u00e9trole = 159 litres de p\u00e9trole = 0,14 tonne et 1 tonne de p\u00e9trole = 7,3 barils<\/p>\n<p>1 tonne de charbon = 0,7 tep<\/p>\n<p>1 m<sup>3<\/sup> = 0,009 tep<\/p>\n<p>1 tep = 11\u00a0630 kWh<\/p>\n<p><strong>I\/ PANORAMA<\/strong><\/p>\n<p>Au travers le bilan \u00e9nerg\u00e9tique de la plan\u00e8te, nous allons rapporter quelques faits sous les diff\u00e9rentes formes d\u2019\u00e9nergie. Le bilan \u00e9nerg\u00e9tique refl\u00e8te les ressources en \u00e9nergie et leurs utilisations. Il distingue les ressources primaires (p\u00e9trole avant raffinage, gaz naturel, charbon et certaines formes de production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9) des \u00e9nergies secondaires obtenues \u00e0 partir des sources primaires (k\u00e9ros\u00e8ne, essence, \u00e9lectricit\u00e9).<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 ressource primaire, l\u2019\u00e9nergie disponible donc avant transformation, nous disposons d\u2019abord de ressources fossiles (charbon, p\u00e9trole et gaz) r\u00e9sultats de la d\u00e9composition d\u2019organismes vivants (d\u2019origine animale et v\u00e9g\u00e9tale) soumis \u00e0 des mouvements g\u00e9ologiques exer\u00e7ant pression et chaleur sur ces compos\u00e9s. En derni\u00e8re analyse, cette forme de r\u00e9sidus \u00e0 usage \u00e9nerg\u00e9tique est consid\u00e9r\u00e9e comme le r\u00e9sultat de l\u2019action solaire sur la plan\u00e8te dans le cadre de cycle tr\u00e8s long se mesurant en centaines de millions d\u2019ann\u00e9es. Par convention, il existe aussi de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 primaire (\u00e9olien, solaire, biomasse et nucl\u00e9aire) et nous nous arr\u00eaterons sur ce dernier point particulier assez contre intuitif, car une centrale nucl\u00e9aire n\u2019a en effet rien de primaire.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es sont issues de la publication 2016 de l\u2019AIE qui d\u00e9crit la situation en 2014.<\/p>\n<p>Ressources primaires totales = 13,7 milliards de tep (si il ne s\u2019agissait que de p\u00e9trole, cela repr\u00e9sente une quantit\u00e9 suffisante pour en badigeonner tout le territoire fran\u00e7ais).<\/p>\n<p>Depuis 1973, les ressources primaires ont plus que doubl\u00e9 (1973 = 6,1 milliards de tep). Alors que le PIB mondial croit de 2,5% annuellement entre 1973 et 2014, ces ressources disponibles augmentent en moyenne de 2% par an.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La composition des ressources primaires\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Le p\u00e9trole brut<\/strong>\u00a0: 4,3 milliards soit un tiers de la ressource mondiale en \u00e9nergie primaire \u2013 correspond \u00e0 86 millions de baril\/jour. La croissance annuelle moyenne s\u2019\u00e9tablit \u00e0 1% entre 1973 et 2014.<\/p>\n<p>Les trois premiers producteurs mondiaux (Etats-Unis, Arabie Saoudite, Russie, tous les trois \u00e0 plus de 500 Mt\/an soit plus de 10 millions de baril\/jour) concentrent 38% de l\u2019offre et les dix premiers pays producteurs offrent les 2\/3. 40% est produit par l\u2019OPEP. Les ressources p\u00e9troli\u00e8res sont donc relativement concentr\u00e9es. Sur 30\u00a0000 gisements recens\u00e9s, 450 \u00e0 500 sont consid\u00e9r\u00e9s comme des super g\u00e9ants (r\u00e9serves sup\u00e9rieures \u00e0 700 Mt) et 60% de ces gisements se situent au Moyen Orient. 40% de la production mondiale est issu d\u2019une centaine de champs (sur 30\u00a0000 environ).<\/p>\n<p>60% du p\u00e9trole brut extrait fait l\u2019objet de commerce international avec des conditions de prix mondiales. Environ 20\u00a0000 p\u00e9troliers sillonnent les oc\u00e9ans (1\/3 du tonnage mondial) et leur cargaison repr\u00e9sente \u00e9galement un tiers du tonnage du commerce maritime international.<\/p>\n<p>Il existe diff\u00e9rents types de p\u00e9trole du plus l\u00e9ger (Moyen Orient) au plus lourd (Venezuela) qui se distinguent par la complexit\u00e9 des cha\u00eenes d\u2019atomes de carbone et d\u2019hydrog\u00e8ne constitutives. Ils sont valoris\u00e9s en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des p\u00e9troles sp\u00e9cifiques (Brent, Duba\u00ef).<\/p>\n<p>Les principaux flux de p\u00e9trole entre les r\u00e9gions\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>75% des importations des E.U. sont issues des pays proches (Canada, Venezuela)\u00a0;<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>Le premier fournisseur de l\u2019Europe est la Russie (un tiers) puis le Moyen Orient (un cinqui\u00e8me)\u00a0;<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>L\u2019Asie se fournit au Moyen Orient (pour pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des importations).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les deux tiers du p\u00e9trole sont extraits par des compagnies nationales. ExxonMobil, la premi\u00e8re compagnie p\u00e9troli\u00e8re priv\u00e9e mondiale en termes de valeur boursi\u00e8re est aujourd\u2019hui pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e dans le hit-parade du capital par\u00a0 Google (Alphabet), Microsoft et Amazon, ce qui nous renseigne sur la phase actuelle du capitalisme (90% des recettes de Google sont constitu\u00e9s par la publicit\u00e9)<\/p>\n<p><strong>Le gaz naturel<\/strong>\u00a0: 2,9 milliards de tep \u2013 ou 3 590 Gm<sup>3<\/sup> (21% de l\u2019offre primaire d\u2019\u00e9nergie). Le gaz naturel a connu un d\u00e9veloppement plus dynamique que la moyenne avec +2,6% de croissance annuelle moyenne entre 1973-2015).<\/p>\n<p>Le gaz naturel est un hydrocarbure plus profond\u00e9ment enfoui (+4500 m\u00e8tres) dont les conditions de chaleur et de pression induisent une constitution mol\u00e9culaire la plus l\u00e9g\u00e8re possible (CH<sub>4<\/sub>). Quand du p\u00e9trole est trouv\u00e9, il y a toujours en couche sup\u00e9rieur du gaz naturel. Dans ce cas, il est g\u00e9n\u00e9ralement torch\u00e9 (le gaz ainsi trait\u00e9 repr\u00e9sente environ 150 Gm<sup>3 <\/sup>de quoi produire 750 TWhe). Mais le gaz naturel sans p\u00e9trole est assez fr\u00e9quent et constitue m\u00eame les gisements de gaz les plus vastes (Iran-Qatar, Russie). Le gaz naturel est une forme d\u2019\u00e9nergie peu dense et plus difficile \u00e0 transporter. Il n\u00e9cessite des gazoducs ou des m\u00e9thodes de liqu\u00e9faction pour transport par bateau. La croissance de l\u2019usage du gaz naturel s\u2019explique essentiellement par la substitution au fioul dans les usages domestiques pour le chauffage et surtout par son utilisation dans le secteur \u00e9lectrique.<\/p>\n<p>Les supers grands producteurs de gaz naturel sont les Etats-Unis et la Russie et les plus grands consommateurs sont le Japon et l\u2019Allemagne. Un petit tiers du gaz naturel produit fait l\u2019objet d\u2019\u00e9changes internationaux dont un tiers sous forme GNL. Les grands flux sont essentiellement de la Russie vers l\u2019Europe et du Canada vers les Etats Unis par gazoduc d\u2019une part et du Moyen Orient et l\u2019Australie vers l\u2019Asie (Chine, Japon, Cor\u00e9e du Sud).<\/p>\n<p>Contrairement au p\u00e9trole \u00e9chang\u00e9 dans le cadre d\u2019un march\u00e9 mondial avec des prix mondiaux, les march\u00e9s du gaz naturel demeurent encore r\u00e9gionaux. G\u00e9n\u00e9ralement, les prix du gaz naturel \u00e9taient index\u00e9s sur les produits p\u00e9troliers dans le cadre de contrat long terme, mais comme on dit, les march\u00e9s \u00abs\u2019organisent\u00a0\u00bb et \u00e0 la fois l\u2019indexation et les contrats de livraison tendent \u00e0 se limiter dans le temps. 40% des ressources en gaz naturel sont destin\u00e9s \u00e0 la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et chaleur.<\/p>\n<p><strong>Le charbon<\/strong>\u00a0: 7,7 milliards de tonnes ou 4 milliards de tep soit environ 1\/3 de l\u2019approvisionnement mondial en \u00e9nergie primaire.<\/p>\n<p>La production de charbon mondiale se concentre \u00e0 45% en Chine. Le taux de croissance moyen annuel entre 1973 et 2014 s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 2%. Le King Coal a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 dans le bilan \u00e9nerg\u00e9tique mondial assez tardivement (fin des ann\u00e9es 50). Il n\u2019est pas beaucoup \u00e9chang\u00e9 car seulement 15% des quantit\u00e9s produites sont export\u00e9s et essentiellement vers la Chine (pour moiti\u00e9). Les principaux flux vont de l\u2019Indon\u00e9sie et l\u2019Australie vers la Chine, le Japon, l\u2019Inde et la Cor\u00e9e du Sud.<\/p>\n<p>Le charbon demeure la source d\u2019\u00e9nergie primaire la plus productrice de CO<sub>2<\/sub>. Ce combustible conserve cependant une place encore importante dans le bilan mondial du fait notamment qu\u2019il est indispensable dans le d\u00e9veloppement du secteur \u00e9lectrique des pays en d\u00e9veloppement (Chine et Inde). 64% des ressources charbonni\u00e8res sont destin\u00e9es \u00e0 la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et chaleur.<\/p>\n<p><em>Les \u00e9nergies fossiles repr\u00e9sentent 40% du volume du commerce maritime mondial (qui lui-m\u00eame portent les \u00be des \u00e9changes mondiaux). Le poids de l\u2019\u00e9nergie est donc globalement tr\u00e8s important dans le commerce mondial et par ailleurs, p\u00e9trole, gaz naturel, charbon sont vendus en dollar am\u00e9ricain. Le commerce d\u2019\u00e9nergie participe donc \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie financi\u00e8re am\u00e9ricaine.<\/em><\/p>\n<p><strong>Biomasse (bois, d\u00e9chets agricoles, produits agricoles)<\/strong>\u00a0: 10% environ des ressources primaires part constante entre 1973 et aujourd\u2019hui. Essentiellement utilis\u00e9e pour le chauffage, cette ressource \u00ab\u00a0 du pauvre\u00a0\u00bb tend \u00e0 devenir un intrant recherch\u00e9 dans le secteur \u00e9lectrique et le transport. 90% de la biomasse est produite hors des pays OCDE.<\/p>\n<p><strong>Electricit\u00e9 primaire <\/strong>= dans cette cat\u00e9gorie se rangent l\u2019hydro\u00e9lectricit\u00e9, l\u2019\u00e9olien, le solaire etc. L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 primaire repr\u00e9sente moins de 4% des ressources primaires (ressources issus donc des ressources naturelles que sont l\u2019eau, le vent, le soleil).<\/p>\n<p>Le nucl\u00e9aire repr\u00e9sente (environ 5% du bilan, moins de 1% en 1973) est \u00e9galement rang\u00e9 dans cette cat\u00e9gorie. De fait, l\u2019uranium n\u2019est pas en capacit\u00e9 de produite de la chaleur comme les combustibles fossiles \u00e0 moins d\u2019un bombardement neutronique, mais l\u2019\u00e9quivalence directe d\u2019une tonne d\u2019uranium en tep n\u2019a aucun sens. Les statisticiens mesurent donc la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 issue de la technique nucl\u00e9aire mais comme ils veulent appr\u00e9hender l\u2019\u00e9nergie totale, ils prennent en compte l\u2019\u00e9nergie dissip\u00e9e sous forme de chaleur, en clair, ils redressent l\u2019\u00e9nergie constat\u00e9e sortie centrale, du rendement de la centrale. Pour le nucl\u00e9aire, l\u2019\u00e9nergie produite initialement se dissipe au 2\/3 en chaleur. Comme 1000 kWh = 0,086 tep, \u00e9tant donn\u00e9 le rendement \u00e9nerg\u00e9tique de la centrale de 33%, 1000 kWh nucl\u00e9aire = 0,26 tep (0.086\/0.33).<\/p>\n<p>Au niveau mondial, ces d\u00e9tails de calcul importent peu \u00e9tant donn\u00e9 le poids relatif du nucl\u00e9aire mais dans un pays comme la France, avec cette convention, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 primaire n\u2019est pas loin de repr\u00e9senter la moiti\u00e9 des ressources primaires alors qu\u2019en \u00e9nergie finale, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ne repr\u00e9sente qu\u2019un quart des consommations nationales. Cette conversion devient un enjeu pour les pays ayant d\u00e9velopp\u00e9 un programme nucl\u00e9aire important comme la France car le coefficient d\u2019\u00e9quivalence \u00e9nerg\u00e9tique permet de porter un discours sur la relative ind\u00e9pendance nationale en mati\u00e8re d\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s transformations des ressources primaires (raffinages pour le p\u00e9trole) ou leur usage pour la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, les 13 milliards de tep aboutissent \u00e0 une consommation finale d\u2019\u00e9nergie de 9,4 milliards de tep dont les 2\/3 sont d\u2019origine directement carbon\u00e9es en sachant par ailleurs que les 20% d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sont produits \u00e0 partir de sources carbon\u00e9es (charbon, gaz) dans une m\u00eame proportion.<\/p>\n<p><strong>78%\u00a0 de la consommation finale est \u00e0 base carbone (inclus production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9)<\/strong><\/p>\n<p>La production mondiale d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 environ 24\u00a0000 milliards de kWh\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>41% d\u2019origine charbon (38% en 1973)<\/li>\n<li>22% d\u2019origine gaz naturel (12% en 1973)<\/li>\n<li>16% d\u2019origine hydro\u00e9lectrique (21% en 1973)<\/li>\n<li>11% d\u2019origine nucl\u00e9aire (3% en 1973)<\/li>\n<li>4% d\u2019origine produits p\u00e9troliers (25% en 1973)<\/li>\n<li>6% d\u2019origine EnR (moins de 1% en 1973)<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>II\/ Les strat\u00e9gies \u00e9nerg\u00e9tiques<\/strong><\/p>\n<p>La politique \u00e9nerg\u00e9tique consiste \u00e0 planifier, orienter le bilan \u00e9nerg\u00e9tique national selon des objectifs qui prennent en compte notamment les ressources primaires du pays. Evidemment dans un contexte d\u2019\u2019\u00e9conomie capitaliste, les choix implicites embarquent des d\u00e9cisions propres \u00e0 valoriser le capital dans tel ou tel secteur (le nucl\u00e9aire plut\u00f4t que le raffinage, les autoroutes plut\u00f4t que le chemin de fer, etc.) notamment par des politiques fiscales, des aides ou subventions.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les Etats-Unis<\/strong>\u00a0(2,2 milliards tep de ressources primaires \u2013 solde importateur = 0,3 milliards de tep):<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le r\u00eave am\u00e9ricain, depuis Carter, consiste \u00e0 retrouver l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique, r\u00eave r\u00e9alisable avec les ressources de p\u00e9trole et gaz non conventionnels. De ce point de vue, il existe une continuit\u00e9 des politiques \u00e9nerg\u00e9tiques am\u00e9ricaines. Ainsi, le secteur p\u00e9trolier national, qui compte des dizaines de milliers d\u2019entreprises (les \u00ab\u00a0ind\u00e9pendants\u00a0\u00bb), b\u00e9n\u00e9ficie de subventions d\u2019une trentaine de milliards de $ par an. Le pr\u00e9sident Trump a promis de prendre des mesures pour sauver le secteur du charbon, frapp\u00e9 davantage par la baisse de la production \u00e9lectrique \u00e0 partir de cette \u00e9nergie au profit du gaz naturel plut\u00f4t que par des r\u00e9glementations environnementales trop tatillonnes selon le pr\u00e9sident Trump.<\/p>\n<p>La construction de nouvelles centrales nucl\u00e9aires (une centaine de r\u00e9acteurs en service) n\u2019est pas une option aujourd\u2019hui. La politique conduite consiste plut\u00f4t \u00e0 prolonger l\u2019exploitation des centrales existantes \u00e0 60 ans. Une centrale a \u00e9t\u00e9 mise en fonction en 2016, la premi\u00e8re en 20 ans.<\/p>\n<p>Enfin, les Etats encouragent le d\u00e9veloppement des \u00e9nergies renouvelables par une s\u00e9rie de mesures d\u2019aides.<\/p>\n<p>Cependant, contrairement \u00e0 la l\u00e9gende r\u00e9pandue, m\u00eame si les Etats-Unis r\u00e9alisent ce dessein d\u2019ind\u00e9pendance, ils n\u2019en seront pas moins toujours engag\u00e9s dans la surveillance du Golfe dans la logique de l\u2019accord du Quincy (voir ci-apr\u00e8s) pour prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats de leurs compagnies. Selon l\u2019expression d\u2019un responsable p\u00e9trolier du nord Irak, attirer un investissement d\u2019ExxonMobil, c\u2019est l\u2019assurance de la protection de l\u2019US Air Force.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La Chine\u00a0 <\/strong>(3,0 milliards tep de ressources primaires \u2013 solde importateur = 0,5 milliards de tep)<strong>:<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>La Chine ne poss\u00e8de pas suffisamment de ressources propres pour nourrir son d\u00e9veloppement. Le gisement de Daqing (1959 \u2013 16 milliards de baril\u00a0 a permis une certaine autonomie \u00e0 la Chine qui comptait aussi sur ses ressources charbonni\u00e8res. Mais aujourd\u2019hui, Daqing a d\u00e9j\u00e0 fourni 11 milliards de barils \u00e0 la Chine qui est devenu l\u2019un des\u00a0 premiers importateurs mondiaux de p\u00e9trole.<\/p>\n<p>La Chine d\u00e9veloppe un programme nucl\u00e9aire important (une vingtaine de centrale en chantier) \u00e0 partir de technologies import\u00e9es qui sont \u00ab\u00a0sinis\u00e9es\u00a0\u00bb. Le charbon demeure la principale ressource \u00e9lectrique (52 GW mis en service en 2015). Il n\u2019en est pas moins vrai que la Chine est aussi le pays qui installe le plus de syst\u00e8mes \u00e9oliens.<\/p>\n<p>La Chine se projette aussi \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et d\u00e9veloppe un projet \u00ab\u00a0Route de la Soie\u00a0\u00bb qui consiste \u00e0 s\u00e9curiser ses routes d\u2019approvisionnement. C\u2019est un peu le Berlin-Bagdad chinois, mais les entreprises chinoises investissent dans les pays concern\u00e9s aussi bien dans les infrastructures (port, routes, voies ferr\u00e9es) que dans l\u2019exploitation des ressources naturelles (p\u00e9trole et gaz en Asie centrale par exemple).<\/p>\n<p>Il faut \u00e9galement souligner la pr\u00e9sence des entreprises chinoises d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 dans les infrastructures europ\u00e9ennes (Portugal, Italie, Gr\u00e8ce) ou sud-am\u00e9ricaines (Br\u00e9sil).<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Union europ\u00e9enne<\/strong>(1,6 milliards tep de ressources primaires \u2013 solde importateur = 0,9 milliards de tep):<\/li>\n<\/ul>\n<p>Chaque Etat est cens\u00e9 conserver son autonomie de d\u00e9cisions sur ses options \u00e9nerg\u00e9tiques du moment qu\u2019il se soumet aux r\u00e8gles de concurrence europ\u00e9ennes (exemple\u00a0: le nucl\u00e9aire au R.U.). L\u2019Union europ\u00e9enne ne d\u00e9cide pas de la composition du bilan \u00e9nerg\u00e9tique de chaque Etat membre \u00e0 proprement parler mais\u00a0 impose des r\u00e8gles notamment pour le d\u00e9veloppement des \u00e9nergies renouvelables par pays. Elle prend \u00e9galement de plus en plus le pas sur les Etats en termes de relations ext\u00e9rieures (essentiellement les relations avec la Russie). Ainsi, d\u00e9sormais, tout accord inter\u00e9tatique ayant trait au secteur \u00e9nerg\u00e9tique recevra une validation europ\u00e9enne avant signature.<\/p>\n<p>L\u2019Union europ\u00e9enne affirme que la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019approvisionnement s\u2019obtient \u00e0 moindre frais par les r\u00e8gles de march\u00e9. De fait, l\u2019Union europ\u00e9enne n\u2019a pas vraiment de politique \u00e9nerg\u00e9tique mais intervient dans certains projets nationaux et multinationaux notamment quand la Russie est partie prenante (nucl\u00e9aire en Hongrie, gazoducs) ou quand les entit\u00e9s publiques pr\u00e9sentent un \u00ab\u00a0risque\u00a0\u00bb de fausser les r\u00e8gles de march\u00e9.<\/p>\n<p>La coh\u00e9rence est difficile \u00e0 atteindre\u00a0: ainsi, par exemple, le volontarisme affich\u00e9e pour des actions visant \u00e0 r\u00e9duire les gaz \u00e0 effet de serre n\u2019est pas partag\u00e9 par les pays europ\u00e9ens comme la Pologne pour laquelle le charbon repr\u00e9sente encore une part importante du bilan \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Russie<\/strong>(0,7 milliards tep de ressources primaires \u2013 solde exportateur = 0,6 milliards de tep):<\/li>\n<\/ul>\n<p>La Russie poss\u00e8de d\u2019\u00e9normes r\u00e9serves d\u2019\u00e9nergie fossiles mais le gouvernement a mesur\u00e9 le danger de d\u00e9pendre uniquement de ces ressources. Aujourd\u2019hui, le budget et les \u00e9quilibres commerciaux de la Russie d\u00e9pendent essentiellement des recettes d\u2019exportation vers l\u2019Europe. Apr\u00e8s la crise de l\u2019Ukraine, la Russie s\u2019est tourn\u00e9e vers la Chine mais l\u2019Europe demeure quand m\u00eame sa principale source de revenus.<\/p>\n<p>Les Russes disposent d\u2019une expertise nucl\u00e9aire qu\u2019ils exportent. Ils orientent leur d\u00e9veloppement vers la construction d\u2019un surg\u00e9n\u00e9rateur exp\u00e9rimental.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, le gouvernement prend soin de livrer l\u2019\u00e9nergie \u00e0 faible co\u00fbt aux m\u00e9nages et plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l\u2019\u00e9conomie russe.<\/p>\n<p>La Russie a ouvert son secteur p\u00e9trolier et gazier au <em>Big Oil<\/em> de mani\u00e8re mesur\u00e9e sur des projets particuliers (zone arctique \u2013 Yamal et Sakhaline).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tancr\u00e8de MOTTA L\u2019\u00e9nergie, m\u00e8re de tous les conflits texte int\u00e9gral de la conf\u00e9rence Conf\u00e9rence n\u00b06 du Cycle 2016-2017 Jeudi 23 f\u00e9vrier 2017 Amphi Roussy (campus des Cordeliers) L\u2019auteur Tancr\u00e8de Motta est dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019\u00e9cole nationale de la statistique et de l\u2019administration \u00e9conomique (\u00e9cole de formation de l\u2019INSEE). 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