{"id":548,"date":"2017-01-05T12:40:36","date_gmt":"2017-01-05T11:40:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cuem.info\/?page_id=548"},"modified":"2017-04-18T09:04:34","modified_gmt":"2017-04-18T08:04:34","slug":"textes-colloque-renault","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=548","title":{"rendered":"Textes colloque Renault"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Colloque Renault\u00a0:\u00a0<\/strong><strong>forteresse ouvri\u00e8re\u00a0<\/strong><strong>ou haut lieu de la lutte de classes<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Texte int\u00e9gral des interventions<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Sommaire et pr\u00e9sentation des intervenants<\/strong><\/p>\n<p>Introduction\u00a0: luttes sociales et politiques par <strong>Michel Gruselle<\/strong><\/p>\n<p><strong>Michel Gruselle<\/strong> est Directeur de Recherche au CNRS, il a exerc\u00e9 des responsabilit\u00e9s syndicales \u00e0 la CGT dans la recherche publique et repr\u00e9sent\u00e9 la CGT au Conseil \u00c9conomique social et Environnemental d&rsquo;\u00cele-de-France o\u00f9 il a pr\u00e9sid\u00e9 la commission de l&#8217;emploi et du d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Il est Pr\u00e9sident du CUEM.<\/p>\n<p>Renault et la collaboration par <strong>Annie Lacroix-Riz<\/strong><\/p>\n<p><strong>Annie Lacroix-Riz<\/strong> est Professeur \u00e9m\u00e9rite d&rsquo;histoire contemporaine \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Paris VII Denis Diderot. Parmi ses ouvrages r\u00e9cents, notons : chez Armand Colin : <em>Les \u00e9lites fran\u00e7aises 1940-1944. De la collaboration avec l&rsquo;Allemagne \u00e0 l&rsquo;alliance am\u00e9ricaine<\/em>, 2016\u00a0; <em>De Munich \u00e0 Vichy, l\u2019assassinat de la 3e R\u00e9publique, 1938-1940<\/em>, 2008; <em>Le Choix de la d\u00e9faite : les \u00e9lites fran\u00e7aises dans les ann\u00e9es 1930,<\/em> nouvelle \u00e9dition augment\u00e9e, 2010; <em>Industriels et banquiers fran\u00e7ais sous l\u2019Occupation<\/em>, nouvelle \u00e9dition enti\u00e8rement refondue, 2013. Chez Delga-Temps des cerises : <em>L&rsquo;histoire contemporaine toujours sous influence<\/em>, 2012 ; <em>Aux origines du carcan europ\u00e9en, 1900-1960. La France sous influence allemande et am\u00e9ricaine<\/em>, 2016\u00a0. Au Temps des cerises, <em>Imp\u00e9rialismes dominants, r\u00e9formisme et scissions syndicales, 1939-1949<\/em>, 2015.<\/p>\n<p>De la nationalisation \u00e0 la privatisation par <strong>Pierre Fabre<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pierre Fabre<\/strong> est embauch\u00e9 \u00e0 17 ans comme ouvrier fraiseur chez Alstom o\u00f9 il participe \u00e0 la gr\u00e8ve de 1947. il adh\u00e8re \u00e0 la CGT et au PCF. Jusqu&rsquo;en 1971 il travaille dans plusieurs entreprises de la m\u00e9tallurgie parisienne. Il rentre \u00e0 la r\u00e9gie Renault en 1971 et y occupe des responsabilit\u00e9s syndicales. Il sera le premier secr\u00e9taire de la CGT pour le comit\u00e9 du groupe Renault de 1983 \u00e0 1986, il est dans le m\u00eame temps membre du bureau de section du PCF.<\/p>\n<p><strong>T\u00e9<\/strong>moignage d&rsquo;<strong>Aresky Amazouz<\/strong><\/p>\n<p><strong>Aresky Amazouz <\/strong>\u00e9tait OS au d\u00e9partement 74 (\u00cele Seguin). Il \u00e9tait Secr\u00e9taire du syndicat CGT de RENAULT BILLANCOURT. Il est actuellement Pr\u00e9sident de l&rsquo;Association des anciens Travailleurs de Renault Billancourt et de l&rsquo;\u00cele Seguin (ATRIS)<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>UN SI\u00c8CLE DE LUTTES SOCIALES ET POLITIQUES<\/strong><\/p>\n<p><strong>intervention de Michel Gruselle<\/strong><\/p>\n<p>Des centaines de livres, des milliers d\u2019articles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits sur Renault. Pourquoi alors y consacrer une conf\u00e9rence telle que celle d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0? Parce que sur cette question des luttes sociales et politiques dans cette entreprise tout n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 dit ou a \u00e9t\u00e9 souvent d\u00e9form\u00e9 par des auteurs qui n\u2019ont pas pris la peine de s\u2019adresser aux acteurs ouvriers qui ont \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur de ces luttes. La confiance qu\u2019accordaient les travailleurs au syndicat CGT de Renault les ont plac\u00e9s \u00e0 diff\u00e9rents postes de responsabilit\u00e9 qui les ont conduits au c\u0153ur des luttes. Pendant des ann\u00e9es , jour apr\u00e8s jour, sur de petites ou grandes revendications, sur les questions politiques, ils ont affront\u00e9s une direction qui refusait tout progr\u00e8s social, toute avanc\u00e9e politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u2019embl\u00e9e nous voulons dire que nous refusons les formules telles que \u00ab\u00a0quand Renault \u00e9ternue la France s\u2019enrhume\u00a0\u00bb, o\u00f9 \u00ab\u00a0Renault vitrine sociale\u00a0\u00bb o\u00f9 m\u00eame \u00ab\u00a0la forteresse ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr les Renault tous les Renault, ceux du Mans, de Flin, de Cl\u00e9on, de Douai, de Sandouville, de Choisy le Roi, de Dreux, de Cercy, de Lardy, de Grand Couronne, du bureau d\u2019\u00e9tudes de Rueil, du r\u00e9seau commercial, ceux des filiales ont apport\u00e9 leur contribution aux luttes sociales et politiques et ont remport\u00e9 des succ\u00e8s qui ont marqu\u00e9 l\u2019Histoire mais ils ne sont pas les seuls dans ce cas. C\u2019est le cas de tous celles et ceux qui ont rejoint le mouvement ouvrier d\u00e8s la fin du XIXe et pendant tout le XXe si\u00e8cle, tous ceux qui ont agi pour l\u2019am\u00e9lioration de la condition des salari\u00e9s face \u00e0 un capitalisme qui ne l\u00e2che rien sans lutte, longues, difficiles, parfois sanglantes.<\/p>\n<p>Dans cette introduction je veux aborder les questions g\u00e9n\u00e9rales dans lesquelles les Renault ont agi. Je laisse aux intervenants le soin d\u2019aborder dans ce cadre l\u2019histoire syndicale et politique de cette entreprise.<\/p>\n<p>Le syndicalisme en Europe qui na\u00eet dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19e si\u00e8cle est l\u2019enfant des partis sociaux d\u00e9mocrates qui se sont cr\u00e9\u00e9s \u00e0 cette \u00e9poque. Ils ont avec ces partis des liens id\u00e9ologiques, voir organisationnels \u00e9troits. Leurs orientations politiques r\u00e9formistes en seront marqu\u00e9es de mati\u00e8re durable, jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>En France, la classe ouvri\u00e8re a construit avec ses mains et sa t\u00eate son syndicat en cr\u00e9ant la CGT en 1895 . Apr\u00e8s des d\u00e9bats passionn\u00e9s, ils ont construit un syndicat qui correspondait \u00e0 leur volont\u00e9 en partant de la r\u00e9alit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle ils vivaient, travaillaient et agissaient. Une soci\u00e9t\u00e9 divis\u00e9e en classes antagonistes avec d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les exploiteurs et de l\u2019autre les exploit\u00e9s. Les statuts<\/p>\n<p>qu\u2019ils se sont donn\u00e9s en cr\u00e9ant la CGT refl\u00e8tent cette vision.<\/p>\n<p>La CGT agit pour les revendications imm\u00e9diates des salari\u00e9s mais aussi, suivant la formule de l\u2019\u00e9poque, pour la fin du salariat et du patronat. En clair pour une soci\u00e9t\u00e9 socialiste ce qui donne \u00e0 la CGT son caract\u00e8re de classe, avec un seul objectif, d\u00e9fendre en toutes circonstances les int\u00e9r\u00eats de la classe ouvri\u00e8re, ce qui, il faut le reconna\u00eetre, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 toujours le cas en toute circonstance face aux guerres mondiales que le si\u00e8cle a connues.<\/p>\n<p>Permettez-moi de rappeler quelques-unes de ces luttes et de leurs acquis. En se souvenant que le capitalisme naissant a, d\u00e8s 1791, par une loi dite le Chapelier interdit la cr\u00e9ation de syndicats de salari\u00e9s et la gr\u00e8ve. Interdiction qui ne prend fin qu\u2019en 1864 en m\u00eame temps que la reconnaissance formelle du droit de gr\u00e8ve.<\/p>\n<p>Fourmies dans le Nord en 1891, Draveil dans l\u2019Essonne en 1908 sont rest\u00e9es dans les m\u00e9moires comme les lieux les plus sanglants de la r\u00e9pression patronale et gouvernementale, o\u00f9 les morts ouvriers se comptent par dizaines. Parlant de la fusillade de Fourmis la presse r\u00e9actionnaire\u00a0\u00ab\u00a0se f\u00e9licite de l\u2019efficacit\u00e9 des fusils Lebel dont vient d\u2019\u00eatre dot\u00e9e l\u2019arm\u00e9e et qui ont fait la preuve de leur efficacit\u00e9\u00a0\u00bb. R\u00e9pression qui n\u2019emp\u00eache pas le d\u00e9veloppement des luttes. Mineurs, postiers, m\u00e9tallos, terrassiers, ouvriers du b\u00e2timent, dockers, cheminots, ouvriers et ouvri\u00e8res du textile, toute la classe ouvri\u00e8re agit contre l\u2019exploitation f\u00e9roce dont elle victime. Ces luttes se traduisent par des avanc\u00e9es sociales\u00a0: 1890 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s mineurs \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, 1891 premi\u00e8re convention collective sign\u00e9e \u00e0 Arras, 1900 loi sur les accidents du travail et la mutualit\u00e9, loi sur la dur\u00e9e du travail (10 h par jour), 1906 reconnaissance du repos hebdomadaire. La cr\u00e9ation du minist\u00e8re du travail est pour une part la reconnaissance grandissante du d\u00e9veloppement de ces luttes sociales.<\/p>\n<p>Ces luttes ouvri\u00e8res am\u00e8nent d\u2019autres cat\u00e9gories sociales \u00e0 l\u2019action contre la situation qui leur est faite. Citons celle des viticulteurs de 1907, celles des m\u00e9nag\u00e8res en 1910-11 pour protester contre les loyers et les denr\u00e9es alimentaires de base trop chers qui mobilisent\u00a0 des dizaines de milliers de femmes dans les r\u00e9gions industrielles, mobilisations, elles aussi, brutalement r\u00e9prim\u00e9es.<\/p>\n<p>La CGT a une grande revendication qui marque tous les 1er mai et l\u2019action quotidienne\u00a0: 8h de travail, 8h de loisirs, 8h de repos. La diminution du temps de travail, le combat permanent pour l\u2019obtenir ne date pas d\u2019hier. Lorsque l\u2019on relit la presse de l\u2019\u00e9poque et la lecture des arguments patronaux pour s\u2019opposer \u00e0 cette diminution du temps de travail, on retrouve les m\u00eames arguments que ceux de Gattaz et du gouvernement aujourd\u2019hui. Ils n\u2019ont rien invent\u00e9.<\/p>\n<p>A la veille du d\u00e9but de la premi\u00e8re guerre mondiale la CGT compte 350.000 cotisants. C\u2019est la seule centrale syndicale fran\u00e7aise et son poids va grandissant dans la vie du pays. La r\u00e9pression n\u2019est pas<\/p>\n<p>la seule r\u00e9ponse au d\u00e9veloppement de la lutte de classes. La bataille id\u00e9ologique aussi fait rage.<\/p>\n<p>Cela d\u2019autant qu\u2019en 1848 \u00e9tait paru sous la signature de Marx et d\u2019Engels le Manifeste du Parti Communiste. Apr\u00e8s une d\u00e9nonciation implacable de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, le Manifeste propose de remplacer cette soci\u00e9t\u00e9 domin\u00e9e par l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme et par la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, par une autre, une soci\u00e9t\u00e9 socialiste o\u00f9 les grands moyens de production et d\u2019\u00e9change seront socialis\u00e9s. Ces id\u00e9es gagnent rapidement du terrain en France comme en Europe. Elles inspireront en 1871 la Commune de Paris. M\u00eame si celle-ci a \u00e9t\u00e9 vaincue les id\u00e9es qu\u2019elle portait continuent \u00e0 se diffuser et \u00e0 grandir.<\/p>\n<p>C\u2019est par ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le r\u00e9formisme que la classe dominante, son appareil d\u2019\u00c9tat, l\u2019\u00e9glise catholique vont tenter d\u2019apporter une r\u00e9ponse aux id\u00e9es port\u00e9es par le socialisme. Le r\u00e9formisme ne propose pas de changer de soci\u00e9t\u00e9. Ses propositions se situent toutes dans le cadre de celle-ci pour modifier \u00e0 la marge les exc\u00e8s les plus criants du capitalisme par de fausses solutions.<\/p>\n<p>En publiant en 1892 l\u2019encyclique Rerum novarum, l\u2019\u00e9glise \u00e0 son plus haut niveau condamne la lutte de classes et pr\u00e9conise l\u2019association capital\/travail, encadrant \u00e9troitement les activit\u00e9s de la jeunesse par ses \u00e9coles et associations. Elle diffuse les id\u00e9es de r\u00e9signation, d\u2019acceptation de la situation qui est faite \u00e0 la classe ouvri\u00e8re. C\u2019est dans cette situation qu\u2019\u00e9clate le 4 ao\u00fbt 1914 la premi\u00e8re guerre mondiale, guerre voulue par tous les imp\u00e9rialismes de la plan\u00e8te pour le repartage du monde. Elle n\u2019\u00e9clate pas dans un ciel sans nuage ou par l\u2019assassinat d\u2019un Grand Duc autrichien \u00e0 Sarajevo. Depuis des ann\u00e9es, le r\u00e9armement \u00e0 outrance des pays europ\u00e9ens, les revendications territoriales avanc\u00e9es par les uns et les autres annoncent la guerre.<\/p>\n<p>Les partis sociaux d\u00e9mocrates, dans leurs congr\u00e8s internationaux d\u00e9noncent cette course vers la guerre, proclame leur volont\u00e9 de s\u2019opposer \u00e0 son d\u00e9clenchement par tous les moyens. En France la CGT est sur cette m\u00eame position. A leur appel des manifestations de masse ont lieu \u00e0 Paris contre la guerre, la derni\u00e8re le 27 juillet 1914. H\u00e9las\u00a0! D\u00e8s la d\u00e9claration de celle-ci, les belles envol\u00e9es anti-guerre des congr\u00e8s disparaissent. C\u2019est l\u2019union sacr\u00e9e de tous les sociaux-d\u00e9mocrates de tous les pays derri\u00e8re leur capitalisme. Les socialistes fran\u00e7ais participent au gouvernement dit d\u2019Union Nationale jusqu\u2019en septembre 1917. La CGT se range derri\u00e8re ce gouvernement, son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral L\u00e9on Jouhaux est nomm\u00e9 Commissaire \u00e0 la Nation.<\/p>\n<p>Un seul de ces partis, le Parti Ouvrier Social-D\u00e9mocrate de Russie qui deviendra le Parti Communiste (bolchevik), sous la direction de L\u00e9nine va proclamer son opposition \u00e0 la guerre et entreprendre l\u2019action concr\u00e8te pour y mettre un terme. Deux sociaux-d\u00e9mocrates allemands K. Liebnecht et R. Luxembourg prendront aussi position contre la guerre.<\/p>\n<p>La guerre va permettre une exploitation encore accrue de la classe ouvri\u00e8re, des femmes massivement embauch\u00e9es dans les usines pour remplacer les hommes mobilis\u00e9s. Les populations des pays colonis\u00e9s vont \u00eatre elles aussi massivement utilis\u00e9es dans l\u2019industrie d\u2019armement et comme chaire \u00e0 canons.<\/p>\n<p>Devant la boucherie de la guerre qui s\u2019enlise dans les tranch\u00e9es, de premi\u00e8res protestations apparaissent dans certaines f\u00e9d\u00e9rations de la Section Fran\u00e7aise de l\u2019Internationale Ouvri\u00e8re (SFIO, nom du PS \u00e0 l\u2019\u00e9poque) qui vont repr\u00e9senter 30% des mandats au congr\u00e8s de d\u00e9cembre 1915 et dans les syndicats, autour de la f\u00e9d\u00e9ration des m\u00e9taux. \u00ab\u00a0L\u2019union des m\u00e9taux\u00a0\u00bb \u00e9crit dans son num\u00e9ro du 1er mai 1915 \u00ab\u00a0cette guerre est le r\u00e9sultat d\u2019un politique de colonialisme et d\u2019imp\u00e9rialisme agressifs dans laquelle tous les gouvernements ont leur part de responsabilit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A une conf\u00e9rence organis\u00e9e par L\u00e9nine \u00e0 Zimmerwald en Suisse participent les partis suisse, italien, et des repr\u00e9sentants des partis des bellig\u00e9rants. Les fran\u00e7ais Merrheim et Bourderon refusent de suivre L\u00e9nine lorsqu\u2019il propose de donner une perspective r\u00e9volutionnaire \u00e0 l\u2019action pacifiste. Ils se contentent d\u2019une position d\u2019un pacifisme humanitaire. Si cette rencontre ne donne pas lieu \u00e0 de grands retentissements du fait de la censure, elle va \u00eatre le d\u00e9part d\u2019un mouvement anti-guerre qui va aller en se d\u00e9veloppant.<\/p>\n<p>1917 marque un tournant dans la guerre. En f\u00e9vrier en Russie le peuple renverse le tsar. Il exige la paix. Cela va avoir des r\u00e9percussions dans les arm\u00e9es avec des mutineries qui toucheront les arm\u00e9es fran\u00e7aise, allemande, anglaise avec comme exigence la paix. A l\u2019arri\u00e8re en France c\u2019est un d\u00e9ferlement de gr\u00e8ves pour les salaires, la diminution du temps de travail et aussi pour la paix. Les femmes des usines d\u2019armements manifestent avec des drapeaux rouges aux cris de \u00ab\u00a0Rendez-nous nos maris\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Tout autre est la r\u00e9volution d\u2019octobre en Russie. Ayant conquis par leurs mots d\u2019ordre \u00ab\u00a0les usines aux ouvriers, la terre aux paysans, la paix pour tous\u00a0\u00bb la majorit\u00e9 aux Soviets des d\u00e9put\u00e9s ouvriers et soldats, une forte minorit\u00e9 chez les paysans, les bolcheviks prennent leur responsabilit\u00e9 en installant un gouvernement sovi\u00e9tique, lancent un appel aux peuples en guerre pour la paix et proclament l\u2019instauration d\u2019un \u00c9tat Socialiste.<\/p>\n<p>Cette naissance va bouleverser l\u2019Histoire. Celle de tout le 20\u00e8me si\u00e8cle et encore celle d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Cet \u00e9v\u00e9nement marque pour toujours le mouvement ouvrier fran\u00e7ais. Il va \u00eatre majoritaire parmi les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s au congr\u00e8s du PS \u00e0 Tours en d\u00e9cembre 1920 qui va se prononcer pour la cr\u00e9ation d\u2019un PC qui rejoindra la troisi\u00e8me Internationale, celle cr\u00e9\u00e9e par L\u00e9nine. La minorit\u00e9 maintient la SFIO.<\/p>\n<p>A la fin de la guerre le 11 novembre 1918, la r\u00e9volution sovi\u00e9tique va donner un formidable \u00e9lan au mouvement social en France. La CGT compte 1.600.000 cotisants au d\u00e9but de 1920. Malheureusement sa direction r\u00e9formiste, Jouhaux en t\u00eate, font tout pour faire \u00e9chouer les gr\u00e8ves qui vont \u00eatre d\u00e9faites les unes apr\u00e8s les autres par le patronat et le gouvernement \u00e0 sa solde.<\/p>\n<p>Dans la CGT le d\u00e9bat fait rage. Apr\u00e8s le soutien qu\u2019elle a apport\u00e9 au capitalisme fran\u00e7ais pendant la guerre doit-elle poursuivre dans cette voie r\u00e9formiste ou revenir \u00e0 des positions de classe qui sont inscrites dans ses statuts\u00a0? La question est r\u00e9gl\u00e9e par la force\u00a0: les tenants du r\u00e9formisme excluent de la CGT les partisans de la lutte de classes qui vont former la CGTU, U pour unitaire.<\/p>\n<p>1920 voit la cr\u00e9ation de la Conf\u00e9d\u00e9ration Fran\u00e7aise des Travailleurs Chr\u00e9tiens charg\u00e9e de diffuser parmi les travailleurs la doctrine sociale de l\u2019\u00e9glise. Elle obtiendra une certaine audience dans les r\u00e9gions o\u00f9 l\u2019\u00e9glise est influente et dans les cat\u00e9gories d\u2019employ\u00e9s. Elle apparait surtout comme un syndicat de \u00ab\u00a0jaunes\u00a0\u00bb briseurs de gr\u00e8ve. Deux ans plus tard c\u2019est la Jeunesse Ouvri\u00e8re Chr\u00e9tienne qui est cr\u00e9\u00e9e sur les m\u00eames bases, avec le m\u00eame objectif\u00a0: tout faire pour emp\u00eacher le d\u00e9veloppement de la lutte de classes.\u00a0 Cela va avoir sur la classe ouvri\u00e8re des r\u00e9percussions pour des ann\u00e9es. M\u00eame si les luttes se poursuivent, en particulier pour les salaires, elles se terminent le plus souvent par des \u00e9checs d\u00fbs au refus patronal et \u00e0 la r\u00e9pression patronale et gouvernementale.<\/p>\n<p>Il va falloir attendre 1934 pour que la classe ouvri\u00e8re reprenne l\u2019offensive. La crise mondiale qui d\u00e9bute aux USA en 1929, touche tous les pays industrialis\u00e9s. La France n\u2019y \u00e9chappe pas avec un ch\u00f4mage de masse sans indemnit\u00e9, une mis\u00e8re grandissante, une baisse des salaires pour ceux qui conservent un emploi. L\u2019installation du fascisme de Mussolini en Italie, du nazisme de Hitler en Allemagne donne des id\u00e9es aux forces les plus r\u00e9actionnaires en France qui veulent instaurer un r\u00e9gime semblable dans le pays.<\/p>\n<p>Prenant pr\u00e9texte d\u2019un des nombreux scandales financiers qui \u00e9maillent la vie politique, elles d\u00e9clenchent des \u00e9meutes le 6 f\u00e9vrier 1934 pour renverser la R\u00e9publique. Sans entrer ici dans les d\u00e9tails de ces journ\u00e9es et leurs divers rebondissements le 12 \u00e0 l\u2019appel de la CGT, de la CGTU, du PCF, du PS et des Radicaux une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale et des manifestations monstres ont lieu dans tout le pays. Gr\u00e8ve et manifestations brisent les espoirs de l\u2019extr\u00eame droite d\u2019arriver au pouvoir et d\u2019installer un r\u00e9gime inspir\u00e9 par Hitler et Mussolini. Il lui faudra attendre la d\u00e9faite de 1940 pour arriver \u00e0 ses fins, sous la protection des ba\u00efonnettes nazies.<\/p>\n<p>Ces journ\u00e9es de f\u00e9vrier vont avoir leurs prolongements. L\u2019id\u00e9e de r\u00e9unification syndicale port\u00e9e sans rel\u00e2che par la CGTU fait son chemin pour aboutir en 1935 au Congr\u00e8s de Toulouse, \u00e0 l\u2019unit\u00e9. Dans le m\u00eame temps le PCF et le PS engagent des discussions pour aboutir \u00e0 un programme de<\/p>\n<p>front populaire pour le pain, la paix et la libert\u00e9 auquel se joindra le Parti Radical.<\/p>\n<p>A partir de l\u00e0, le mouvement revendicatif va prendre une ampleur nouvelle qui va culminer en mai-juin 1936. Chacun conna\u00eet l\u2019histoire de ce mouvement avec pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire sociale la gr\u00e8ve avec occupation des lieux de travail, condition pour obtenir satisfaction des revendications. Les n\u00e9gociations qui s\u2019ouvrent avec le patronat le sont dans des conditions plus favorables et aboutissent \u00e0 de grands succ\u00e8s qui perdurent jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui tels les cong\u00e9s pay\u00e9s, les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s d\u2019ateliers. Les salaires augmentent en moyenne de 30% et pour les plus bas ils sont multipli\u00e9s par deux, trois, voir quatre, la semaine de travail ramen\u00e9e \u00e0 40h sans diminution de salaire, la signature dans toutes les branches de conventions collectives.<\/p>\n<p>A ce propos il faut tordre le cou \u00e0 la d\u00e9formation que fait l\u2019Histoire officielle de ces avanc\u00e9es sociales. A les entendre celles-ci proviendraient du gouvernement dirig\u00e9 par le socialiste Blum, mis en place apr\u00e8s le succ\u00e8s \u00e9lectoral du Front Populaire. Il n\u2019en est rien. Le programme du front populaire en mati\u00e8re sociale est des plus modestes. Ce sont les luttes qui ont permis ces avanc\u00e9es.<\/p>\n<p>Ces succ\u00e8s sont tr\u00e8s vite remis en cause par le patronat qui n\u2019a pas accept\u00e9 l\u2019occupation de ses usines, ni les revendications sur lesquelles il a d\u00fb c\u00e9der. C\u2019est de Wendel, grand patron de la sid\u00e9rurgie qui fait \u00e9crire dans son journal \u00ab\u00a0Plut\u00f4t Hitler que le front populaire\u00a0\u00bb et qui va conduire \u00e0 la d\u00e9faite de 1940. C\u2019est le gouvernement Blum qui ne prend pas les mesures indispensables pour contrer la hausse des prix, qui d\u00e9cr\u00e8te la pause sociale, qui laisse \u00e9trangler la R\u00e9publique espagnole au nom de la politique dit de non-intervention alors qu\u2019Hitler et Mussolini envoient troupes et mat\u00e9riel pour soutenir leur alli\u00e9 Franco. C\u2019est tr\u00e8s vite la dislocation du Front Populaire, le retour de la droite au pouvoir, la capitulation de Munich, les d\u00e9crets-lois qui liquident l\u2019essentiel des conqu\u00eates sociales de 1936, c\u2019est le Munich int\u00e9rieur comme l\u2019explique Annie Lacroix-Riz dans ses livres sur cette p\u00e9riode.<\/p>\n<p>C\u2019est dans la CGT r\u00e9unifi\u00e9e la bataille entre r\u00e9formistes et partisans de la lutte de classes sur tous les sujets\u00a0: sur la politique int\u00e9rieure et surtout ext\u00e9rieure vis-\u00e0-vis de la politique agressive d\u2019Hitler qui va d\u00e9boucher sur la guerre en septembre 1939 face \u00e0 l\u2019attaque nazie en Pologne.<\/p>\n<p>La signature du trait\u00e9 de non-agression entre l\u2019Allemagne et l\u2019Union Sovi\u00e9tique va servir de pr\u00e9texte pour interdire le PCF, et exclure de la CGT les syndicalistes communistes. L\u2019ennemi pour le capitalisme et son gouvernement n\u2019est pas Hitler mais la classe ouvri\u00e8re, c\u2019est la revanche sur 1936 qui sera totale avec la capitulation de juin 1940 et le gouvernement de P\u00e9tain.<\/p>\n<p>P\u00e9tain va se vautrer jusqu\u2019au bout dans la collaboration avec les nazis, le patronat dans son ensemble va mettre l\u2019appareil productif au service de l\u2019occupant. Comme l\u2019\u00e9crit avec raison Fran\u00e7ois Mauriac \u00ab\u00a0Seule la classe ouvri\u00e8re dans son ensemble est rest\u00e9e fid\u00e8le \u00e0 la France profan\u00e9e\u00a0\u00bb. Cheminots, mineurs, m\u00e9tallurgistes vont saboter avec efficacit\u00e9 la production livr\u00e9e \u00e0 l\u2019arm\u00e9e nazie. En octobre 1941 l\u2019arm\u00e9e allemande se plaindra de la mauvaise qualit\u00e9 des camions Renault engag\u00e9s sur le front de l\u2019Est face \u00e0 l\u2019Union sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas question ici de refaire l\u2019histoire de la 2e guerre mondiale, de la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019occupant, du r\u00f4le des uns et des autres. En 1944 \u00e0 la Lib\u00e9ration la question se pose\u00a0: qui va payer les frais de la guerre, de la reconstruction\u00a0? Le patronat ou la classe ouvri\u00e8re et le peuple ?<\/p>\n<p>La guerre et l\u2019occupation, la trahison des couches dirigeantes ont amen\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e que le combat pour la lib\u00e9ration nationale devait se prolonger par d\u2019importantes avanc\u00e9es sociales. La CGT (qui s\u2019est r\u00e9unifi\u00e9e en 1943) les partis politiques, les syndicats, les organisations de r\u00e9sistance se rassemblent dans le Conseil National R\u00e9sistance qui met sur pied un programme politique pour l\u2019apr\u00e8s- guerre. Ce programme est repris par le gouvernement provisoire \u00e9tabli \u00e0 Alger autour de de Gaulle.<\/p>\n<p>Le rapport des forces issue de la Lib\u00e9ration va faire que ce programme ne sera r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019\u00e0 minima. Le patronat \u00e9chappe aux sanctions pr\u00e9vues pour sa collaboration, la haute administration qui a servi P\u00e9tain aussi. Les organismes \u00e9conomiques dirig\u00e9s par le patronat et \u00e0 son seul profit restent en place. Les nationalisations pr\u00e9vues sont r\u00e9alis\u00e9es en indemnisant les anciens propri\u00e9taires, la mise sur pied de la s\u00e9curit\u00e9 sociale va donner lieu \u00e0 une bataille de classes acharn\u00e9e face \u00e0 un patronat qui refuse de payer la protection sociale. Pour de Gaulle il faut avant tout pr\u00e9server l\u2019\u00c9tat, repr\u00e9sentant politique et administratif du capitalisme.<\/p>\n<p>La guerre qui se poursuit jusqu\u2019en mai 1945, les destructions en particulier des transports, un ch\u00f4mage massif, les difficult\u00e9s du ravitaillement, le blocage des salaires face \u00e0 l\u2019envol\u00e9e des prix, toutes ces conditions vont conduire \u00e0 un sentiment de frustration et de d\u00e9senchantement populaire.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la puissance de la CGT, la forte audience du PCF (30% des voix aux \u00e9lections de 1946), l\u2019anticommunisme n\u2019a rien perdu de sa virulence. La r\u00e9ponse \u00e0 la question qui va payer se dessine\u00a0: ce sera le peuple.<\/p>\n<p>D\u2019autant que la lutte de classes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, le temps de la guerre l\u2019ayant plus ou moins mise entre parenth\u00e8ses, reprend. En 1946 aux USA, dans un discours Churchill parle du rideau de fer qui serait tomb\u00e9 en Europe sur les pays lib\u00e9r\u00e9s par l\u2019arm\u00e9e sovi\u00e9tique, Truman pr\u00e9sident des \u00c9tats Unis d\u00e9clare qu\u2019il faut contenir le communisme. C\u2019est le d\u00e9but de la guerre froide qui va conduire, \u00e0 plusieurs reprises, le monde au bord de l\u2019ab\u00eeme nucl\u00e9aire.<\/p>\n<p>En France, le colonialisme ne veut rien c\u00e9der de ses positions, il refuse aux peuples colonis\u00e9s l\u2019ind\u00e9pendance et la libert\u00e9 de g\u00e9rer leurs affaires. Le 8 mai 1945 jour de la victoire en Europe, une manifestation est brutalement r\u00e9prim\u00e9e en Alg\u00e9rie et qui va donner lieu \u00e0 une r\u00e9pression sanglante. A partir de cette date jusqu\u2019en 1962 la France va mener dans toutes ses colonies guerre et r\u00e9pression, \u00e0 Madagascar, au Vietnam, au Maroc et en Tunisie, en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Avec aussi l\u2019affaiblissement du mouvement syndical d\u00fb \u00e0 la scission de la CGT entre la tendance r\u00e9formiste et celle de lutte de classes. Il est bien connu aujourd\u2019hui et cela n\u2019est plus contest\u00e9 par personne, que la CIA par l\u2019interm\u00e9diaire des syndicats am\u00e9ricains est \u00e0 l\u2019origine de cette division tant sur le plan national qu\u2019international.<\/p>\n<p>Toujours sous la pression des USA, les ministres communistes sont chass\u00e9s des gouvernements d\u2019Europe occidentale. En France, une gr\u00e8ve des ouvriers de Renault pour les salaires en avril 1947, soutenue par le PCF, est le pr\u00e9texte qui va servir pour couvrir cette op\u00e9ration.<\/p>\n<p>Va s\u2019ouvrir une longue p\u00e9riode o\u00f9 la classe ouvri\u00e8re va mener de front la lutte pour la paix, contre les guerres coloniales, pour la satisfaction de ses revendications en premier lieu les augmentations de salaires, revendications auxquelles le patronat et les gouvernements successifs vont opposer une r\u00e9sistance acharn\u00e9e. Quelques exemples parmi bien d\u2019autres. En 1948 le gouvernement veut liquider le statut des mineurs obtenu deux ans auparavant. Une gr\u00e8ve durement r\u00e9prim\u00e9e avec l\u2019intervention de l\u2019arm\u00e9e qui fait des morts et des bless\u00e9s, le licenciement de centaines de gr\u00e9vistes, permet de conserver l\u2019essentiel.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 1953 c\u2019est par une lutte de trois semaines que les cheminots et les postiers garderont leurs r\u00e9gimes sp\u00e9ciaux de retraites.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir mis en place les institutions d\u2019un pouvoir personnel, en janvier 1959 de Gaulle d\u00e9cide de frapper la S\u00e9curit\u00e9 Sociale en instaurant une franchise de 3000 francs de l\u2019\u00e9poque, franchise semestrielle sur les remboursements.<\/p>\n<p>Les salaires vont toujours \u00eatre en retard sur la hausse des prix, d\u00e9calage rendu encore plus sensible avec l\u2019augmentation de la productivit\u00e9, les semaines de travail de 45, 48, voire 56 heures sous couvert de la reconstruction indispensable du pays, puis de sa modernisation en r\u00e9alit\u00e9 pour l\u2019augmentation des profits capitalistes dans un monde o\u00f9 la concurrence mondiale se d\u00e9veloppe rapidement.<\/p>\n<p>La guerre froide, les guerres coloniales men\u00e9es sur un fond d\u2019anticommunisme virulent contre tous ceux, salari\u00e9s, PCF, CGT qui s\u2019y opposent conduisent \u00e0 l\u2019arrestation de dirigeants, au passage \u00e0 la clandestinit\u00e9 de certains autres, \u00e0 des proc\u00e8s, mais n\u2019emp\u00eachent pas les peuples coloniaux de trouver, avec le soutien et l\u2019action de la partie la plus consciente de la classe ouvri\u00e8re, le chemin de leur lib\u00e9ration nationale.<\/p>\n<p>Pass\u00e9es ces guerres coloniales l\u2019action revendicative va se d\u00e9ployer avec une nouvelle vigueur. En mars 1963 les mineurs se mettent en gr\u00e8ve pour leurs salaires dans l\u2019unit\u00e9 syndicale partant d\u2019en bas. Pour briser celle-ci le pouvoir d\u00e9cide de les r\u00e9quisitionner. Il est tenu en \u00e9chec. Soutenu par un vaste mouvement de solidarit\u00e9, le pouvoir doit c\u00e9der. Ce succ\u00e8s va en appeler d\u2019autres. Les luttes vont aller en se d\u00e9veloppant pour aboutir aux 13 millions de gr\u00e9vistes du printemps de 1968.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re grande confrontation entre le capital monopoliste et la classe ouvri\u00e8re d\u00e9clare B. Frachon dirigeant de la CGT. 13 millions de gr\u00e9vistes vont imposer au patronat et au pouvoir des n\u00e9gociations nationales dites de Grenelle. Elles aboutissent \u00e0 un relev\u00e9 de conclusions qui augmente le SMIG de 35% et d\u00e9cide la fin des abattements de zones et surtout la pr\u00e9sence des syndicats dans les entreprises o\u00f9 ils peuvent collecter les cotisations des adh\u00e9rents, diffuser tracts et presse syndicale. C\u2019est le minimum. Chaque entreprise en gr\u00e8ve n\u00e9gocie les conditions de sa propre reprise en fonction des revendications d\u00e9pos\u00e9es. En moyenne l\u2019ensemble des salaires &#8211; hors SMIG &#8211; augmente de 20%. Les r\u00e9percussions de ce mouvement se feront sentir dans les mois et les ann\u00e9es suivantes en particulier la diminution du temps de travail.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas question ici d\u2019analyser ce grand mouvement qui a secou\u00e9 l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9. Il faut noter que pour le patronat\u00a0 &#8211; qui refusait jusque-l\u00e0 toutes n\u00e9gociations nationales &#8211; oblig\u00e9 de tenir compte du nouveau rapport de force\u00a0 il s\u2019agit de faire la part du feu. Le patronat se pr\u00e9sente comme le \u00ab\u00a0partenaire social\u00a0\u00bb des syndicats ouvriers, tandis que le pouvoir tente plusieurs op\u00e9rations politiques. Il faut d\u00e9passer la lutte des classes avec la participation des salari\u00e9s aux fruits de \u00ab\u00a0l\u2019expansion de l\u2019entreprise\u00a0\u00bb ou encore l\u2019id\u00e9e de la \u00ab\u00a0nouvelle soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb de Chaban-Delmas, Premier Ministre de G. Pompidou. Il s\u2019agit avant tout d\u2019obtenir des syndicats des entreprises publiques des accords de \u00ab\u00a0paix sociale\u00a0\u00bb. La position ferme de la CGT avec le soutien des salari\u00e9s fait \u00e9chouer cette tentative de collaboration de classes. De m\u00eame l\u2019id\u00e9e lanc\u00e9e par la gauche r\u00e9formiste et la CFDT de l\u2019autogestion des entreprises se heurte \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production. On n\u2019autog\u00e8re pas le capitalisme, on le combat.<\/p>\n<p>Ces ann\u00e9es enregistrent les mutations du capitalisme avec\u00a0 la concentration des monopoles et leur mondialisation qui s\u2019amplifient et s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8rent. Ainsi, en France, les 500 premiers groupes industriels et financiers repr\u00e9sentent en 1974, 41% des capitaux contre 30% dix ans plut\u00f4t. Cette tendance se poursuit encore aujourd\u2019hui pour former des soci\u00e9t\u00e9s dont la capitalisation boursi\u00e8re d\u00e9passe le PIB de dizaines de pays. Elles imposent aux \u00c9tats, aux peuples, leurs lois, la recherche imm\u00e9diate du profit maximum. Il en est de m\u00eame pour les finances publiques. Dans ces ann\u00e9es les banques centrales ne pr\u00eatent plus aux \u00c9tats qui perdent leurs pouvoirs mon\u00e9taires. Ce sont les banques priv\u00e9es, les fonds de pension qui prennent la rel\u00e8ve pour leurs plus grands profits.<\/p>\n<p>Cette mondialisation capitaliste de la production et des finances ne tarde pas \u00e0 produire ses effets. C\u2019est la fermeture de tout ce que le capital consid\u00e8re comme insuffisamment rentable. Fermeture des mines de charbon et de fer, du textile, de la construction navale, de l\u2019industrie m\u00e9canique, de la sid\u00e9rurgie, d\u00e9localisations vers les pays \u00e0 bas co\u00fbt de main d\u2019\u0153uvre. Avec son cort\u00e8ge de ch\u00f4mage, de solidarit\u00e9s ouvri\u00e8res bris\u00e9es, des r\u00e9gions enti\u00e8res sont livr\u00e9es \u00e0 la mis\u00e8re sociale et morale, \u00e0 la recherche de solutions individuelles qui conduisent \u00e0 l\u2019auto-exploitation. L\u2019int\u00e9r\u00eat national est une notion inconnue du capitalisme. Aujourd\u2019hui le ch\u00f4mage atteint des sommets, six millions de ch\u00f4meurs toutes cat\u00e9gories confondues, les temps partiels et autres formes de pr\u00e9carit\u00e9 explosent.<\/p>\n<p>Renault, entreprise nationale ou priv\u00e9e participe activement \u00e0 cette \u00e9volution. Sa base nationale de production se r\u00e9tr\u00e9cie sans cesse au profit des usines \u00e9trang\u00e8res. Carlos Ghosn d\u00e9clare avec un cynisme parfait\u00a0: \u00ab\u00a0Une Clio produite \u00e0 Flins (Yvelines) rapporte 500 euros celle produite en Turquie en rapporte 1500\u00a0\u00bb. Les usines de Slov\u00e9nie, Turquie, Espagne, Roumanie, Maroc vont d\u00e9verser leurs productions en France et en Europe au d\u00e9triment des usines fran\u00e7aises qui alimentaient traditionnellement ces march\u00e9s. En 2014 celles-ci vont produire 1.043.155 v\u00e9hicules contre 278.500 en France.<\/p>\n<p>La suite logique de cette entreprise nationale op\u00e9rant dans un syst\u00e8me capitaliste, c\u2019est sa privatisation. Elle aura lieu par \u00e9tape entre le 4 juillet 1990 et le 12 novembre 1994, l\u2019\u00c9tat ne gardant que 15% du capital.<\/p>\n<p>Pour accompagner cette politique, l\u2019\u00c9tat au service des capitalistes a mis tout ses moyens politiques et financiers. Les milliards ont coul\u00e9 \u00e0 flot pour faire accepter cette casse industrielle.<\/p>\n<p>Les luttes nombreuses, longues et difficiles n\u2019ont pas permis de freiner cette \u00e9volution. La d\u00e9faite de l\u2019Union Sovi\u00e9tique, la quasi-disparition du mouvement communiste international et du syndicalisme de classe rendent plus difficile la riposte face \u00e0 l\u2019exploitation capitaliste.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cela les luttes n\u2019ont pas disparu\u00a0: pour les salaires, pour l\u2019emploi, pour de meilleures conditions de travail, pour pr\u00e9server les acquis, le service public. Dans la CGT, la volont\u00e9 d\u2019un syndicalisme de classe n\u2019a pas disparu.<\/p>\n<p>L\u2019histoire nous apprend que la lutte de classes ne s\u2019arr\u00eate pas. La mondialisation a cr\u00e9\u00e9 des millions de nouveaux prol\u00e9taires qui rentrent en conflit avec le capital qui est incapable de r\u00e9soudre les aspirations et les exigences des peuples.<\/p>\n<p>Nous le voyons, rien n&rsquo;est d\u00e9finitif et le fait que des militants ont engag\u00e9 depuis une d\u00e9cennie la construction d&rsquo;un parti communiste sur des bases de classe, ce qui est et sera une t\u00e2che longue et difficile mais absolument indispensable, repr\u00e9sente un grand espoir pour le d\u00e9veloppement de la lutte des classes. Nous sommes confiants dans les perspectives de transformations r\u00e9volutionnaires de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>RENAULT DANS LA COLLABORATION<\/strong><\/p>\n<p><strong>Intervention d\u2019Annie Lacroix-Riz<\/strong><\/p>\n<p>Avant-propos<\/p>\n<p>Je remercie vivement Jeannine Gruselle d\u2019avoir transcrit mon expos\u00e9 sur la base de son enregistrement audio. La mise en forme \u00e9crite aurait sans ce secours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s difficile puisque je ne r\u00e9dige pas mes interventions orales. Jeannine m\u2019a demand\u00e9 de conserver l\u2019essentiel de la formulation orale, ce que j\u2019ai tent\u00e9 de faire. J\u2019ai pens\u00e9 utile de fournir acc\u00e8s direct \u00e0 l\u2019information historique par quelques notes infra-paginales.\u00a0 Annie Lacroix-Riz<\/p>\n<p><strong>Louis Renault et les autres dans la conjoncture pr\u00e9sente<\/strong><\/p>\n<p>Renault dans la collaboration, c\u2019est une question qui est un peu revenue \u00e0 l\u2019ordre du jour. Elle a \u00e9t\u00e9 relanc\u00e9e sur des bases int\u00e9ress\u00e9es de court terme, mais elle m\u00e9rite de l\u2019\u00eatre sur des bases g\u00e9n\u00e9rales, vu son int\u00e9r\u00eat pour la connaissance historique.<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par les circonstances particuli\u00e8res. Vous le savez, il y a quelques ann\u00e9es, apr\u00e8s y avoir beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi et l\u2019avoir de longue date pr\u00e9par\u00e9e, les h\u00e9ritiers de Renault, les petits-enfants de Renault, ont d\u00e9cid\u00e9 de lancer une grande op\u00e9ration de r\u00e9cup\u00e9ration des pertes de leurs actifs industriels en se retournant contre l\u2019\u00c9tat. Ils ont expliqu\u00e9 que les mesures prises contre Renault de 1944 jusqu\u2019\u00e0 la nationalisation-confiscation de la Soci\u00e9t\u00e9 anonyme des Usines Renault (SAUR) du 16\u00a0janvier 1945, \u00e9taient des mesures tout \u00e0 fait injustes \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un grand-p\u00e8re quasi r\u00e9sistant, qui avait tout fait pour servir le secteur civil et la population fran\u00e7aise pendant la guerre\u00a0; qu\u2019elles constituaient de pures spoliations et que par cons\u00e9quent il fallait revenir sur cette iniquit\u00e9, qui avait \u00e9t\u00e9 le produit d\u2019une sorte d\u2019alliance contre nature entre De Gaulle et l\u2019abominable Parti Communiste, alliance sur laquelle on \u00e9tait, sur le plan politique, heureusement d\u00e9j\u00e0 revenu. \u00c7a a donn\u00e9 lieu pendant plusieurs ann\u00e9es\u00a0\u2011\u00a0l\u2019op\u00e9ration ayant \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e en grand depuis 2009 et surtout 2011\u00a0\u2011\u00a0\u00e0 un d\u00e9versement m\u00e9diatique consid\u00e9rable qui a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de tous les moyens possibles radiophoniques et audiovisuels.<\/p>\n<p>Il se trouve que je travaillais sur la collaboration \u00e9conomique, ce qui incitait \u00e0 poser la question de Renault dans le cadre du th\u00e8me plus g\u00e9n\u00e9ral de la collaboration patronale, devenue une sorte de sujet tabou depuis quelques d\u00e9cennies. Or, \u00e0 la faveur de l\u2019ouverture des archives, j\u2019ai, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 et surtout 1990, d\u00e9couvert dans les sources originales ce qu\u2019il \u00e9tait impossible de d\u00e9couvrir avant leur ouverture au public\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire jusqu\u2019\u00e0 quel degr\u00e9 l\u2019industrie fran\u00e7aise, le capital financier fran\u00e7ais s\u2019\u00e9taient engag\u00e9s au service du III\u00e8me Reich pendant l\u2019Occupation de la France. Les archives s\u2019ouvraient mais, \u00e7a tombait mal, l\u2019atmosph\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale se fermait\u00a0: les classes dirigeantes \u00e9taient d\u00e9sormais trait\u00e9es avec un infini respect, et, logiquement, les historiens acad\u00e9miques \u00e9taient devenus beaucoup moins curieux\u00a0: la curiosit\u00e9 sur \u00ab\u00a0ceux d\u2019en haut\u00a0\u00bb compromettait s\u00e9rieusement les carri\u00e8res. Alors m\u00eame que les archives r\u00e9v\u00e9laient les agissements r\u00e9els du grand patronat pendant la guerre, avait commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019imposer la mise en cause du concept m\u00eame de Collaboration, d\u00e9finie comme volont\u00e9 d\u2019entrer dans des relations privil\u00e9gi\u00e9es avec le partenaire, l\u2019occupant allemand.<\/p>\n<p>Cette mise en cause s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019un autre aspect majeur, le changement de l\u2019image g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Occupation. Jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9cennie 1990, on avait, somme toute, m\u00eame si \u00e7a manquait parfois de sinc\u00e9rit\u00e9, \u00e0 peu pr\u00e8s respect\u00e9 l\u2019id\u00e9e du R\u00e9sistant ou de la R\u00e9sistance\u00a0: globalement, la R\u00e9sistance \u00e0 l\u2019occupant restait consid\u00e9r\u00e9e comme honorable, par opposition \u00e0 la Collaboration. On estimait qu\u2019il y avait ceux qui avaient lutt\u00e9 au nom de l\u2019ind\u00e9pendance nationale, pour r\u00e9tablir la souverainet\u00e9 nationale viol\u00e9e par l\u2019invasion et l\u2019occupation allemandes du territoire, et puis il y avait le camp des \u00ab\u00a0collaborateurs\u00a0\u00bb. Car, m\u00eame si on estimait que la collaboration \u00e9conomique n\u2019existait pas, ou si l\u2019on n\u2019avait pas les moyens de la conna\u00eetre avec pr\u00e9cision, on tol\u00e9rait quand m\u00eame l\u2019id\u00e9e qu\u2019on avait collabor\u00e9 en France et que, ma foi, le patronat avait collabor\u00e9 plut\u00f4t plus que la moyenne. Tout le monde ou presque connaissait la formule de De Gaulle accueillant le Pr\u00e9sident du Centre National du Patronat Fran\u00e7ais, Georges Villiers, qui avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 maire de Lyon par Vichy en 1940, \u00e0 la place du radical Herriot \u00e9vinc\u00e9, et l\u2019\u00e9tait rest\u00e9 jusqu\u2019en janvier 1943<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. On en a fait ces derni\u00e8res ann\u00e9es un r\u00e9sistant mais cette image n\u2019existait pas apr\u00e8s la Lib\u00e9ration. Le grand patronat avait d\u00fb attendre 1946 pour reconstituer officiellement son organisation, la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du patronat fran\u00e7ais, en en changeant d\u2019ailleurs le nom (Conseil national du patronat fran\u00e7ais). Et de Gaulle \u00e9tait parfaitement compris des Fran\u00e7ais quand il disait \u00e0 Georges Villiers, re\u00e7u alors\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs je ne vous ai pas vus beaucoup \u00e0 Londres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Avant les ann\u00e9es 1990, de tels propos \u00e9taient encore licites, m\u00eame en milieu acad\u00e9mique. Puis ils sont devenus beaucoup moins corrects, et le combat contre le concept m\u00eame de collaboration s\u2019est doubl\u00e9\u00a0\u2011\u00a0personne n\u2019en sera surpris\u00a0\u2011\u00a0d\u2019une offensive de plus en plus ouverte contre les r\u00e9sistants et la r\u00e9sistance, le respect pour les uns et l\u2019autre \u00e9tant tax\u00e9s par l\u2019historiographie dominante de \u00ab\u00a0r\u00e9sistancialisme\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Au stade avanc\u00e9 de cette \u00e9volution, et nous l\u2019avons atteint depuis un moment, non seulement la r\u00e9sistance et la collaboration ne pouvaient plus \u00eatre s\u00e9rieusement \u00e9tudi\u00e9es mais on pouvait r\u00e9habiliter Vichy. Et, c\u2019est ce qui\u00a0\u2011\u00a0\u00e0 bas bruit ou plus ouvertement\u00a0\u2011\u00a0se produit ces derni\u00e8res ann\u00e9es, avec une forte acc\u00e9l\u00e9ration qui se mesure par la production historiographique fran\u00e7aise. Laquelle d\u00e9veloppe cette id\u00e9e qu\u2019il y aurait un bon Vichy, assez d\u00e9bonnaire, qui aurait \u00e9t\u00e9 un petit peu g\u00e2t\u00e9 sur la fin. Voyez, le mauvais de Vichy r\u00e9sulte d\u2019une \u00e9volution impr\u00e9visible, comme pour l\u2019Union Europ\u00e9enne\u00a0: tout \u00e7a \u00e9tait convenable, jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9rive tardive (avril 1942 et le retour de Laval, ou janvier 1944 avec Darnand au \u00ab\u00a0Maintien de l\u2019ordre\u00a0\u00bb) qui est venue faire d\u00e9railler tout \u00e7a.<\/p>\n<p>Avec un Vichy assez honorable, soluble dans les solutions \u00ab\u00a0occidentales\u00a0\u00bb de l\u2019apr\u00e8s-guerre, contrasteraient par contre les pratiques abominables des r\u00e9sistants. Vous avez sans doute \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s ces derniers temps par le fait qu\u2019il n\u2019y a pratiquement pas d\u2019\u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e qui ne traite de la Lib\u00e9ration sans afficher les horribles images de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9puration sauvage\u00a0\u00bb. En particulier, bien entendu, cette image qui est devenue insupportable et symbole de barbarie, de femmes tondues, tout simplement, nous assure-t-on (ce qui est d\u00e9menti par les archives des instructions de justice<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>), parce qu\u2019elles avaient eu des relations amoureuses et\/ou sexuelles avec des Allemands. On en \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ce stade de la perception g\u00e9n\u00e9rale de Vichy, flatteuse, et de la Lib\u00e9ration, ignominieuse<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, lorsque, entre 2009 et 2014, les h\u00e9ritiers ont r\u00e9alis\u00e9 leur grande op\u00e9ration publique de lessivage et blanchiment. Ils ont alors amen\u00e9 la t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 s\u2019\u00e9mouvoir unilat\u00e9ralement, sans une voix discordante, sur Louis Renault<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, \u00e0 se pencher sur ses vacances \u00e9mouvantes avec son petit gar\u00e7on sur les plages de l\u2019Ouest. C\u2019est cette conjoncture qui a conduit les anciens de Renault, militants ouvriers descendants de r\u00e9sistants, et une historienne amatrice d\u2019archives (expression qui semble relever du pl\u00e9onasme) \u00e0 passer alliance pour qu\u2019on en sache un peu plus sur ce qui s\u2019\u00e9tait vraiment pass\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous avons donc \u00e0 cet effet form\u00e9 une association, l\u2019association \u00ab\u00a0R\u00e9sistance\u00a0\u00bb, qui a eu pour double objectif de combattre la d\u00e9pr\u00e9ciation de la R\u00e9sistance et la n\u00e9gation de la Collaboration patronale. Bien s\u00fbr, dans l\u2019\u00e9norme tapage m\u00e9diatique qui a envahi le champ ces derni\u00e8res ann\u00e9es, l\u2019effort de l\u2019association repr\u00e9sente peu de chose. Mais il a quand m\u00eame marqu\u00e9 des points et m\u00eame si on n\u2019a pu faire circuler qu\u2019un tout petit filet de v\u00e9rit\u00e9, vous \u00eates l\u00e0, vous faites partie de ceux qui font reculer les mensonges. On a \u00e9voqu\u00e9 tout \u00e0 l\u2019heure la p\u00e9riode actuelle o\u00f9 les luttes sont difficiles, o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s affaiblies. \u00c7a ne fait que souligner l\u2019importance de chaque personne consciente des r\u00e9alit\u00e9s pour qu\u2019on soit en mesure de lutter contre le courant dominant et pour que des petits ruisseaux naissent les grandes rivi\u00e8res. Les grandes rivi\u00e8res, en l\u2019occurrence, c\u2019est que Louis Renault et la soci\u00e9t\u00e9 anonyme des usines Renault m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre connus parce que leur histoire vraie est significative de ce qui a caract\u00e9ris\u00e9 tout le grand patronat fran\u00e7ais\u00a0: je dis bien, non une partie, mais tout le grand patronat fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Tout \u00e0 l\u2019heure, Michel a dit \u00e0 quel point \u00e9tait d\u00e9cisive la dimension de classe de l\u2019histoire. Plus j\u2019avance dans la fabrication de l\u2019Histoire, plus je suis frapp\u00e9e par l\u2019importance de cette dimension qui est aujourd\u2019hui pratiquement exclue, interdite du champ acad\u00e9mique\u00a0: un jeune chercheur ne peut pas, et ce depuis un certain temps, orienter son travail de th\u00e8se autour de la conviction, tol\u00e9r\u00e9e il y a quelques d\u00e9cennies, que les classes s\u2019opposent objectivement, que \u00ab\u00a0l\u2019Histoire n\u2019est que l\u2019Histoire de la lutte des classes\u00a0\u00bb\u00a0; que, par cette affirmation, Karl Marx a simplement d\u00e9crit une r\u00e9alit\u00e9 confirm\u00e9e par les sources \u00e9conomiques, sociales et politiques, fran\u00e7aises et internationales. Si nous avons, avec l\u2019association R\u00e9sistance, avec les anciens de Renault, avec des militants de la CGT et des militants politiques, avec les forces de progr\u00e8s, qui ont toutes jou\u00e9 un r\u00f4le, marqu\u00e9 quelques points, c\u2019est un acquis important aussi pour cette libert\u00e9 historique, retir\u00e9e aujourd\u2019hui aux jeunes chercheurs. Car tout mouvement en avant \u00e0 cet \u00e9gard leur donnerait un petit plus de libert\u00e9\u00a0; et il b\u00e9n\u00e9ficierait \u00e0 l\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Histoire, qui a fait l\u2019objet d\u2019un excellent petit ouvrage dont l\u2019un des auteurs, Gis\u00e8le Jamet<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, se trouve dans cette salle\u00a0; il permettrait de faire davantage d\u00e8s aujourd\u2019hui pour nos enfants, confront\u00e9s au double mur de la d\u00e9gradation de l\u2019histoire \u00e0 l\u2019\u00e9cole et de l\u2019intoxication audiovisuelle, et pour les adultes, alors que toute \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision ou de radio est devenue une \u00e9preuve cruelle pour ceux qui savent deux ou trois choses pr\u00e9cises sur les faits pr\u00e9sent\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce qui est s\u00fbr, il faut le dire honn\u00eatement, et nous l\u2019avons dit et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 tous autant que nous \u00e9tions, c\u2019est que Renault n\u2019\u00e9tait pas le seul collaborateur mais qu\u2019il \u00e9tait embl\u00e9matique. Le plus souvent, on ne le sait pas, parce qu\u2019aujourd\u2019hui, on pleure surtout sur l\u2019affreuse \u00e9puration. D\u2019\u00e9puration, il n\u2019y a pas eu, plus on \u00e9tait \u00e9minent, plus on avait commis d\u2019horreurs, plus vite on a \u00e9t\u00e9 lav\u00e9, blanchi, pas seulement en Allemagne occidentale ex-nazie, pas seulement en Italie ex-fasciste, mais aussi en France. Travaillant depuis plusieurs ann\u00e9es sur la farce de l\u2019\u00e9puration, qui fera probablement l\u2019objet de mon livre prochain, j\u2019en arrive quasiment \u00e0 perdre le sommeil parce que ce lessivage n\u2019a m\u00eame pas \u00e9pargn\u00e9 la collaboration de sang\u00a0: on peut avoir tu\u00e9, fait tuer 5 personnes, 10 personnes, 100 personnes et bien plus (les chefs de la police, dont Bousquet, et de la magistrature et les ministres de Vichy ont souvent \u00e0 leur actif bien plus que \u00e7a, un certain nombre de grands patrons aussi d\u2019ailleurs) et puis \u00eatre rest\u00e9 bien tranquille quelquefois d\u00e8s la Lib\u00e9ration. Mettre l\u2019accent sur le seul Renault sugg\u00e9rerait que vraiment c\u2019est une exception, un personnage abominable dans un paysage serein.<\/p>\n<p>Non, ce n\u2019est pas vrai, ses pairs en ont pratiquement tous fait autant mais Renault \u00e9tait le plus gros, et son entreprise la plus \u00e9norme. Elle s\u2019\u00e9tait install\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame fin du 19\u00e8me si\u00e8cle, et avait d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rablement prosp\u00e9r\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la Premi\u00e8re guerre mondiale, qui a beaucoup de caract\u00e9ristiques communes avec la Seconde. C\u2019est \u00e0 dire que, \u00e0 cette occasion, Renault avait surexploit\u00e9 la classe ouvri\u00e8re et avait accapar\u00e9 une masse de terrains dont on n\u2019a m\u00eame pas id\u00e9e\u00a0: \u00e7a a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 d\u2019ailleurs dans les ann\u00e9es 1920 une s\u00e9rie de proc\u00e8s pour spoliations de petits propri\u00e9taires des terrains de Billancourt, affaires que personne ne conna\u00eet mais dont on trouve l\u2019\u00e9cho dans les archives polici\u00e8res de la Pr\u00e9fecture de Paris. Le patron de Renault avait \u00e9t\u00e9 financ\u00e9 par l\u2019\u00c9tat dans des conditions inou\u00efes, comme d\u2019ailleurs ses cong\u00e9n\u00e8res, et il \u00e9tait devenu un exploiteur \u00e0 \u00e9norme \u00e9chelle\u00a0: il poss\u00e9dait, \u00e0 pr\u00e8s de 100%, la plus grosse entreprise automobile dans un secteur automobile que, vous le savez, la France repr\u00e9sentait avec \u00e9clat puisqu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 un des grands constructeurs d\u2019automobiles de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Ce Louis Renault a \u00e9t\u00e9 embl\u00e9matique et on l\u2019a saisi comme symbole parce que ses petits-enfants voulaient faire payer le contribuable autant et plus qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9 dans la premi\u00e8re guerre mondiale, l\u2019entre-deux guerres et la Seconde Guerre mondiale<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Nous trouvions cela tr\u00e8s d\u00e9sagr\u00e9able et nous avons fait un petit peu de clart\u00e9 sur un ph\u00e9nom\u00e8ne qui est\u00a0\u2013\u00a0j\u2019y insiste\u00a0\u2011\u00a0significatif.<\/p>\n<p><strong>La guerre de classes dans les ann\u00e9es 1930<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 dire un Renault\u00a0\u2013\u00a0commen\u00e7ons par l\u2019avant-guerre\u00a0\u2011\u00a0qui est \u00e9videmment un des symboles de l\u2019exploitation ouvri\u00e8re, de la surexploitation ouvri\u00e8re et de l\u2019enthousiasme pour la r\u00e9pression, au point que, vous le savez, les ouvriers de Louis Renault avaient pour habitude de le surnommer le \u00ab\u00a0saigneur de Billancourt\u00a0\u00bb, avec un A. La Soci\u00e9t\u00e9 anonyme des Usines Renault (SAUR) battait les records en mati\u00e8re d\u2019accidents du travail\u00a0; les machines explosaient, il y avait 5 morts ici, 10 par-l\u00e0, de ces morts, vous le savez, qui ne sont pas recens\u00e9s par les journaux, pas plus dans l\u2019entre-deux-guerres qu\u2019aujourd\u2019hui. Cet \u00e9norme exploiteur avait pour objectif politique, comme l\u2019ensemble du grand patronat, la liquidation de la R\u00e9publique, parce qu\u2019il consid\u00e9rait ce r\u00e9gime comme une entrave au d\u00e9ploiement <em>ad libitum<\/em> de la libert\u00e9 patronale. Sous la r\u00e9publique, il y avait des syndicats jug\u00e9s, m\u00eame quand une partie d\u2019entre eux \u00e9taient raisonnables car contr\u00f4l\u00e9s et quand l\u2019autre partie, combative, \u00e9tait pers\u00e9cut\u00e9e ou interdite d\u2019action\u00a0; il y avait un Parlement qui ne servait pas \u00e0 grand-chose mais qui faisait obstacle \u00e0 la rapidit\u00e9 des d\u00e9cisions\u00a0; il y avait des partis ouvriers dont l\u2019un \u00e9tait particuli\u00e8rement combatif, enfin tout \u00e7a \u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9plaisant.<\/p>\n<p>Renault, il faut le dire, s\u2019inscrit parmi les premiers tuteurs du complot contre la R\u00e9publique. Car il s\u2019est agi d\u2019un complot, bien que la plupart de mes coll\u00e8gues pratiquent \u00e0 ce sujet la tactique de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9clat de rire pour masquer au public la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, expression qu\u2019Henri Guillemin a justement utilis\u00e9e \u00e0 propos de la r\u00e9action des comploteurs du tandem Cagoule-Synarchie \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation, en septembre 1937, du complot contre la R\u00e9publique qui avait P\u00e9tain et Laval pour chefs apparents (et le noyau synarchique du capital financier pour chef r\u00e9el)<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Le coup d\u2019\u00c9tat rat\u00e9 d\u2019Eug\u00e8ne Deloncle et consorts, ha, ha, ha, c\u2019\u00e9tait une plaisanterie. La Cagoule aurait \u00ab\u00a0un parfum de romantisme noir\u00a0\u00bb, ce serait un pur \u00ab\u00a0\u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0\u00bb dont on ne comprend pas la survie dans les t\u00eates, ironise l\u2019historiographie dominante. Non, c\u2019\u00e9tait bien \u00ab\u00a0une organisation politique d\u2019envergure\u00a0\u00bb, au service du patronat le plus concentr\u00e9, regroup\u00e9 dans la synarchie<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>Renault, Louis Renault, tout son appareil et tout son entourage ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la constitution des ligues fascistes, puis dans l\u2019organisation fond\u00e9e en 1935-1936 qui s\u2019est appel\u00e9e La Cagoule et qui les a toutes regroup\u00e9es, et dans la tactique de la tension. Vous avez peut-\u00eatre vu r\u00e9cemment \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision une excellente \u00e9mission sur \u00ab\u00a0les ann\u00e9es de plomb\u00a0\u00bb en Italie et ce qu\u2019on appelle la strat\u00e9gie de la tension, c\u2019est-\u00e0-dire les explosions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, les assassinats politiques, qu\u2019il fallait mettre au compte des \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb, eh bien, nous avons eu tout cela en France en 1937. Et Renault et les siens ont largement contribu\u00e9 au triomphe de cette ligne politique. Parlons d\u2019ailleurs \u00e0 cet \u00e9gard de son entourage et notamment de son neveu par alliance Fran\u00e7ois Lehideux, dont il avait fait un administrateur d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 avant d\u2019en faire son directeur g\u00e9n\u00e9ral, qu\u2019il d\u00e9l\u00e8gue formellement en 1935-1936 \u00e0 l\u2019organisation des luttes de classes \u00e0 la SAUR\u00a0: c\u2019est Lehideux qui est le fer de lance de la r\u00e9pression au moment o\u00f9 la classe ouvri\u00e8re s\u2019organise (Michel l\u2019a dit tout \u00e0 l\u2019heure), c\u2019est-\u00e0-dire quand en 1934-1935, elle se radicalise et que la l\u00e9thargie d\u2019apr\u00e8s les \u00e9checs de 1920 c\u00e8de devant la crise qui s\u2019aggrave.<\/p>\n<p>Renault, Lehideux et leur entourage sont partie prenante dans le complot pr\u00e9paratoire au r\u00e9gime de Vichy dont Lehideux lui-m\u00eame sera un des plus importants ministres. Je ne reviens pas ici sur les d\u00e9tails, pr\u00e9sent\u00e9s dans mes ouvrages<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, mais je cite pour m\u00e9moire le proc\u00e8s de mars 1939 sur la terrible r\u00e9pression qui suit l\u2019\u00e9chec de la gr\u00e8ve de novembre 1938 chez Renault, cette gr\u00e8ve qui administre une remarquable le\u00e7on patronale dans la conduite de la lutte de classes, et une le\u00e7on sur le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat au service du grand patronat. Elle m\u00e9rite un petit arr\u00eat. Le 24\u00a0novembre 1938, une gr\u00e8ve, parfaitement l\u00e9gale de l\u2019avis \u00e9crit du commissaire de police de Billancourt, entam\u00e9e \u00e0 14h30 se solde par l\u2019entr\u00e9e en masse dans les heures qui suivent de la police<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a> dans des conditions inou\u00efes de brutalit\u00e9\u00a0\u2013\u00a0avec lesquelles vient de renouer la r\u00e9pression des manifestations de 2016 contre la \u00ab\u00a0loi Travail\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire avec une police qui donne de la matraque, qui insulte les ouvriers gr\u00e9vistes, qui leur tape sur la t\u00eate en criant\u00a0: \u00ab\u00a0un coup pour Blum\u00a0! un coup pour Thorez\u00a0! un coup pour Jouhaux\u00a0!\u00a0\u00bb Une police qui anticipe directement, <em>avec les m\u00eames fonctionnaires de police<\/em>, la r\u00e9pression de sang de l\u2019Occupation. C\u2019est la m\u00eame r\u00e9pression, avec les m\u00eames responsables et acteurs au sommet, et les m\u00eames victimes, puisque Renault et tout son appareil sont en liaison quotidienne, je dis bien quotidienne, avec les autorit\u00e9s les plus \u00e9lev\u00e9es de la r\u00e9pression\u00a0: Fran\u00e7ois Lehideux bombarde de ses courriers le ministre de l\u2019int\u00e9rieur, le pr\u00e9fet de police, ainsi le 24\u00a0novembre, contre la gr\u00e8ve<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, et le pr\u00e9fet de la Seine<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>, \u00e0 propos de tout et n\u2019importe quoi.<\/p>\n<p>On peut \u00e0 peine imaginer la minutie et l\u2019inventivit\u00e9 de ses suggestions et exigences aupr\u00e8s des chefs de la police, dont je vais donner un seul exemple, sous le pr\u00e9sident du Conseil radical Daladier. Quand le Parti communiste est interdit par le d\u00e9cret-loi, le 26\u00a0septembre 1939, \u00e7a n\u2019est pas la droite, c\u2019est la gauche \u00ab\u00a0raisonnable\u00a0\u00bb qui est aux affaires\u00a0: tr\u00e8s exactement jusqu\u2019au 21\u00a0mars 1940 o\u00f9 c\u2019est l\u2019homme de droite Paul Reynaud qui remplace l\u2019homme de gauche Daladier, Daladier qui, avec des accents d\u00e9chirants, d\u00e9crivait, pendant la campagne \u00e9lectorale de 1936, la rapacit\u00e9 et la f\u00e9rocit\u00e9 des patrons de mines de charbon.<\/p>\n<p>Sur la continuit\u00e9 entre la r\u00e9publique agonisante et Vichy, le d\u00e9cret-loi Daladier du 26\u00a0septembre 1939 dispense de longs d\u00e9veloppements. Les derni\u00e8res arrestations de r\u00e9sistants communistes de l\u2019Occupation se font au nom de divers \u00ab\u00a0chefs\u00a0\u00bb de crimes, \u00ab\u00a0terrorisme\u00a0\u00bb et communisme\u00a0: au printemps et \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1944, la police de Vichy continue \u00e0 arr\u00eater, pour d\u00e9porter les militants, pour les faire fusiller par les Allemands, sur la base du d\u00e9cret-loi Daladier du 26\u00a0septembre 1939. Et, lorsque le Parti communiste est interdit, la plupart de ses grands militants et responsables sont arr\u00eat\u00e9s et incarc\u00e9r\u00e9s (ou en fuite). L\u2019occupant, renseign\u00e9 et aid\u00e9 par les dirigeants de l\u2019\u00c9tat (Lehideux compris) et de l\u2019appareil policier fran\u00e7ais, qui lui livreront ces chefs communistes, pourra ais\u00e9ment, d\u00e9signer les otages\u00a0: les communistes passeront alors du statut d\u2019emprisonn\u00e9s, \u00e0 terme puis \u00e0 vie, \u00e0 celui, apr\u00e8s remise au Reich depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 et l\u2019automne 1941, d\u2019ex\u00e9cut\u00e9s ou de d\u00e9port\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est depuis les interdictions d\u2019ao\u00fbt-septembre 1939 et la \u00ab\u00a0dr\u00f4le de guerre\u00a0\u00bb que Renault, les siens et le capital financier fran\u00e7ais amorcent ce que Fernand Grenier, \u00e0 Alger en mars 1944, appellera face \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019homme de sang\u00a0\u00bb Pierre Pucheu<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>, \u00ab\u00a0l\u2019extermination des cadres du mouvement ouvrier\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. Lehideux harc\u00e8le encore le pr\u00e9fet de la Seine le 19\u00a0mai 1940 (France d\u00e9j\u00e0 \u00e9cras\u00e9e par la Wehrmacht) pour lui demander de fermer tous les caf\u00e9s autour de Billancourt parce que les militants communistes continuent \u00e0 s\u2019y rencontrer clandestinement\u00a0\u2011\u00a0ordres aussit\u00f4t ex\u00e9cut\u00e9s<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>.<\/p>\n<p>Il existe dans <em>Gallica<\/em>, une collection de <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em><a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, \u00e0 laquelle vous avez acc\u00e8s si vous disposez d\u2019un ordinateur, c\u2019est une <em>Humanit\u00e9<\/em> qui vaut vraiment d\u2019\u00eatre lue parce que vous y trouvez l\u2019\u00e9cho de la vie sociale, des luttes des travailleurs\u00a0: c\u2019est m\u00eame, avant-guerre, la principale source de la connaissance du mouvement ouvrier, dimension syndicale comprise, gr\u00e2ce aux rapports quotidiens des correspondants du travail. Je renvoie \u00e0 ce sujet au tr\u00e8s bon livre de Jean Paul Depretto et Sylvie Schweitzer sur Renault, sur l\u2019usine Renault dans l\u2019entre-deux guerres<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em> est aussi une remarquable source politique. Et on s\u2019aper\u00e7oit en lisant le compte rendu du proc\u00e8s de mars 1939 de Renault contre les gr\u00e9vistes de novembre 1938, parmi lesquels Jean-Pierre Timbaud, que leur d\u00e9fenseur, M<sup>e<\/sup>\u00a0Moro-Giafferi<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>, d\u00e9crit aussi pr\u00e9cis\u00e9ment que les archives polici\u00e8res le fonctionnement du fascisme ordinaire \u00e0 la SAUR\u00a0: \u00ab\u00a0j\u2019accuse la maison Renault de provocation et j\u2019exprime la crainte qu\u2019il y ait parmi le patronat des extr\u00e9mistes affol\u00e9s. La direction de Renault est connue par l\u2019opinion publique pour la violence des opinions publiques qu\u2019elle manifeste et qu\u2019elle pratique\u00a0\u00bb. Moro-Giafferi explique comment la maison Renault soutient les cagoulards, et r\u00e9v\u00e8le entre autres que, dans le dossier des enqu\u00eates conduites depuis 1936 sur les cagoulards, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert un ch\u00e8que de la Maison Renault. Il y a l\u00e0 une philippique que vous appr\u00e9cierez sans doute beaucoup<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>. Les lecteurs de cette intervention pr\u00e9cise du tr\u00e8s grand avocat peuvent comprendre autant que les chercheurs d\u00e9pouillant les archives polici\u00e8res que la lutte des classes, en l\u2019occurrence men\u00e9e par Renault et son entourage, n\u2019est pas une invention marxiste.<\/p>\n<p><strong>Du sabotage de la d\u00e9fense nationale \u00e0 la production de guerre sous l\u2019Occupation<\/strong><\/p>\n<p>Renault ne m\u00e8ne pas cette guerre impitoyable contre les combatifs pour pouvoir mieux produire d\u2019armements au service de la France. Louis Renault, comme l\u2019ensemble de ses pairs industriels et bancaires, ne veut pas entendre parler de la guerre fran\u00e7aise contre une invasion allemande. Vous pourrez lire la pl\u00e9iade d\u2019ouvrages publi\u00e9s entre 1943 et 1945, qui vous montrent d\u2019ailleurs qu\u2019on disposait, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les archives n\u2019\u00e9taient pas ouvertes, d\u2019une bonne connaissance de l\u2019avant-guerre et de l\u2019Occupation\u00a0: les gens bien inform\u00e9s hostiles \u00e0 Vichy ma\u00eetrisaient alors des informations aujourd\u2019hui pratiquement vou\u00e9es au tabou par l\u2019universit\u00e9 autant que par la grande presse.<\/p>\n<p>Parmi les ouvrages publi\u00e9s sous l\u2019Occupation (forc\u00e9ment) \u00e0 l\u2019\u00e9tranger par des auteurs en exil, je vous recommande <em>Les fossoyeurs<\/em>, paru \u00e0 New York en 1943, de Pertinax, autre nom d\u2019Andr\u00e9 G\u00e9raud, journaliste d\u2019extr\u00eame droite qui avait longtemps \u00e9crit dans <em>l\u2019\u00c9cho de Paris<\/em>, un des meilleurs sp\u00e9cialistes fran\u00e7ais de politique ext\u00e9rieure, et, par exception dans sa cat\u00e9gorie, rest\u00e9 antinazi. Bon observateur des r\u00e9alit\u00e9s de l\u2019avant-guerre et de la trahison nationale des \u00ab\u00a0fossoyeurs\u00a0\u00bb de la r\u00e9publique, Pertinax a cette phrase extraordinaire sur les patrons et en particulier sur les ma\u00eetres de forges, parmi lesquels s\u2019inscrit aussi Renault qui poss\u00e8de une forge (\u00e0 Hagondange, en Moselle, une des reliques de la d\u00e9faite allemande offerte par l\u2019Etat, autrement dit par le contribuable)\u00a0: \u00ab\u00a0Quelques-uns\u00a0\u00bb, a-t-il \u00e9crit diplomatiquement (il n\u2019y eut pas d\u2019exception) \u00ab\u00a0ne recul\u00e8rent devant rien pour gagner le combat social, inattentifs \u00e0 l\u2019autre bataille. [\u2026] Les \u201cmarchands de canons\u201d [\u2026] ont plut\u00f4t cherch\u00e9 \u00e0 ne plus fondre de canons\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette guerre leur r\u00e9pugnait tant ils appr\u00e9ciaient leur bienfaiteur de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, qui d\u00e9fendait si bien pour les int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux du coffre-fort et du portefeuille, les leurs compris, c\u2019est \u00e0 dire Hitler. Comme ils d\u00e9testaient la guerre, ils disaient comme Renault, qui le clama ouvertement dans ses ateliers en novembre 1939\u00a0: \u00ab\u00a0\u201cLa D\u00e9fense Nationale, je m\u2019en fous; ce que je veux, ce sont \u201cdes Primaquatre, des Juvaquatre, des voitures qui paient\u201d, etc.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a> Donc, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les militants communistes \u00e9taient en prison, Renault sillonnait ses ateliers en criant librement que la production de guerre, il n\u2019en voulait point faire et n\u2019en ferait pas.<\/p>\n<p>En revanche, pendant l\u2019Occupation, les \u00ab\u00a0voitures qui paient\u00a0\u00bb ont cess\u00e9 d\u2019\u00eatre produites, parce que les Allemands n\u2019en avaient pas besoin. Encore que, il faille le pr\u00e9ciser, les statistiques du Comit\u00e9 d\u2019organisation de l\u2019automobile (COA) montrent que quand il y avait encore possibilit\u00e9 de monter pour les privil\u00e9gi\u00e9s quelques belles voitures dans le stock existant de Renault, on le faisait\u00a0: la SAUR dans ce domaine \u00e9tait privil\u00e9gi\u00e9e comme pour le reste et par cons\u00e9quent autoris\u00e9e (par le COA) \u00e0 monter les v\u00e9hicules de tourisme requises par les \u00e9minences du r\u00e9gime qui n\u2019avaient pas encore leurs Juvaquatre, etc. Mais, en d\u00e9pit de ce que nous ont cont\u00e9 les h\u00e9ritiers, ce n\u2019est pas pour le pr\u00e9tendu \u00ab\u00a0secteur fran\u00e7ais\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0secteur civil\u00a0\u00bb (il n\u2019y en eut pas) que Louis Renault a travaill\u00e9 sous l\u2019Occupation.<\/p>\n<p>Les h\u00e9ritiers ont dispos\u00e9 sans contradicteurs des grands moyens d\u2019information pour affirmer que jusqu\u2019\u00e0 65% de la production de la SAUR avait servi \u00ab\u00a0le secteur civil\u00a0\u00bb fran\u00e7ais. Si vous regardez les archives, vous percevez une autre r\u00e9alit\u00e9. Or, dans le cadre de notre travail commun sur Renault et de mes propres recherches professionnelles, j\u2019ai travaill\u00e9, pendant plus d\u2019an an, sur le Comit\u00e9 d\u2019Organisation de l\u2019Automobile. Ledit COA fut dirig\u00e9, ce qui ne vous surprendra pas, par le neveu ch\u00e9ri de Renault, Fran\u00e7ois Lehideux, \u00e0 partir d\u2019octobre 1940. C\u2019est m\u00eame le tout premier Comit\u00e9 d\u2019Organisation constitu\u00e9 en France (sur plus de 70), institution qui assurait en fait le maintien, sous un autre nom, des syndicats et groupements patronaux d\u2019avant-guerre qui eux, \u00e0 la diff\u00e9rence de la CGT, ne furent pas dissous en novembre 1940. Group\u00e9s sur le mod\u00e8le allemand de concentration si efficace (les <em>Reichsgruppen<\/em>), ils ont pris le nom fran\u00e7ais de comit\u00e9s d\u2019organisation. Lehideux, qu\u2019il soit ministre ou pas (il le demeure jusqu\u2019en avril 1942), en occupe la t\u00eate du 1<sup>er<\/sup>\u00a0octobre 1940, date de sa cr\u00e9ation, jusqu\u2019en ao\u00fbt 1944 (date o\u00f9 il sera arr\u00eat\u00e9 et momentan\u00e9ment incarc\u00e9r\u00e9).<\/p>\n<p>Ayant obtenu de l\u2019\u00c9tat la direction du secteur automobile remise \u00e0 son neveu, qui a quitt\u00e9 officiellement la direction de l\u2019entreprise mais est directement utilisable \u00e0 son service quotidien, Louis Renault s\u2019engage dans cette p\u00e9riode de quatre ans o\u00f9 il a retrouv\u00e9 le go\u00fbt, comme de 1914 \u00e0 1918, de fabriquer du mat\u00e9riel de guerre, et m\u00eame de ne plus fabriquer que cela. Non plus d\u00e9sormais pour le service pr\u00e9sum\u00e9 de la nation fran\u00e7aise, mais pour celui de l\u2019Allemagne occupante et de sa Wehrmacht. Mais, nous ont certifi\u00e9 ses h\u00e9ritiers, \u00ab\u00a0il n\u2019a cherch\u00e9 \u00e0 travailler que pour le secteur fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, suppos\u00e9 \u00ab\u00a0civil\u00a0\u00bb. Sa production aurait irrigu\u00e9 la population fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Mais Renault, d\u00e8s qu\u2019il revient en France fin juillet 1940, parce qu\u2019il est all\u00e9 aux \u00c9tats Unis\u00a0\u2011\u00a0non pas comme nous l\u2019ont racont\u00e9 les h\u00e9ritiers pour aller organiser la r\u00e9sistance avant l\u2019\u00e9t\u00e9 de la d\u00e9faite, mais pour aller s\u2019occuper de ses vastes int\u00e9r\u00eats investis l\u00e0-bas avant de revenir en France occup\u00e9e\u00a0\u2011, annonce aux Allemands d\u00e8s le 1<sup>er<\/sup>\u00a0ao\u00fbt qu\u2019il est tout \u00e0 fait dispos\u00e9 \u00e0 construire le mat\u00e9riel dont ils ont besoin, et notamment des chars. Des chars, grands dieux, pourquoi faire, la guerre \u00e9tant quasiment finie avec la D\u00e9b\u00e2cle-\u00e9clair de la France, ces chars qu\u2019on n\u2019avait pas lanc\u00e9s contre la Wehrmacht en mai 1940\u00a0? Tout l\u2019Ouest du continent a \u00e9t\u00e9 vaincu, et la France avec le m\u00eame \u00e9clat et, de fait, presque aussi vite (en trois jours) que la Pologne (an\u00e9antie en deux)&#8230; Qu\u2019est-ce qu\u2019on peut faire comme guerre encore, les chars n\u2019\u00e9tant pas envisag\u00e9s pour \u00e9craser l\u2019Angleterre, derni\u00e8re cible \u00e0 l\u2019Ouest\u00a0? Eh bien si, il y en a encore une \u00e0 faire et donc en ao\u00fbt 1940, Louis Renault le \u00ab\u00a0pacifiste\u00a0\u00bb obstin\u00e9 que la boucherie de la Premi\u00e8re Guerre mondiale a d\u00e9go\u00fbt\u00e9 \u00e0 jamais de la guerre<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>, d\u00e9cide qu\u2019il va r\u00e9parer et fabriquer des chars pour les vendre aux Allemands.<\/p>\n<p>Ah, nous ont jur\u00e9 ses h\u00e9ritiers, notre grand-p\u00e8re n\u2019a jamais fabriqu\u00e9 de char ou de pi\u00e8ces de char. Et, s\u2019il en a fait, c\u2019est que ses usines \u00e9taient r\u00e9quisitionn\u00e9es. Gros mensonge\u00a0! Elles n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9quisitionn\u00e9es\u00a0; il n\u2019y a d\u2019ailleurs pas eu d\u2019usines r\u00e9quisitionn\u00e9es en France entre 1940 et 1942, voire pas avant 1944. La r\u00e9quisition c\u2019est quelque chose que le patronat fran\u00e7ais ne demande pas aux Allemands avant 1942 au plus t\u00f4t<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>.<\/p>\n<p>Nous nous occuperons de vos commandes mais soyez assez aimables pour prendre officiellement la direction des ateliers Renault de chars, demande Lehideux aux Allemands le 4\u00a0ao\u00fbt, plus prudent que Louis Renault qui le 1<sup>er<\/sup> n\u2019a formul\u00e9 aucune requ\u00eate de ce genre. \u00ab\u00a0M. Lehideux a indiqu\u00e9 [\u2026] que ce n\u2019est pas au moment pr\u00e9cis o\u00f9 l\u2019on demande \u00e0 l\u2019industrie automobile et aux usines Renault de s\u2019engager dans la voie de la collaboration avec l\u2019industrie allemande qu\u2019on peut demander aux cadres de l\u2019usine d\u2019effectuer les travaux qui apparaissent comme les plus p\u00e9nibles pour leur sentiment national. Il fait part de la d\u00e9cision d\u00e9j\u00e0 prise [par Louis Renault le 1<sup>er<\/sup>\u00a0ao\u00fbt] de fournir les pi\u00e8ces de rechange de la fabrication Renault qui seraient utiles pour la r\u00e9paration des chars, de donner tous renseignements utiles sur les pi\u00e8ces fabriqu\u00e9es au dehors, de faciliter le recrutement de la main-d&rsquo;\u0153uvre. Mais il demande avec insistance que la direction des travaux de r\u00e9parations soit assur\u00e9e par les autorit\u00e9s allemandes.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a><\/p>\n<p>\u00c0 partir du moment o\u00f9, dans les plaines russes d\u00e8s juin-juillet 1941, s\u2019enlise le Blitzkrieg qui devait faire plaisir \u00e0 tout le monde et d\u00e9barrasser la plan\u00e8te des Soviets, vous comprenez l\u2019usage auquel sont destin\u00e9es les commandes, de chars notamment, qui battent leur plein dans les premiers mois de 1941. Donc, Renault veut bien fabriquer imm\u00e9diatement des chars ou des pi\u00e8ces de chars, lui qui n\u2019aimait que \u00ab\u00a0les voitures [de tourisme] qui paient\u00a0\u00bb. Et Lehideux s\u2019en vient poliment demander aux Allemands d\u2019affecter la fabrication des chars \u00e0 deux ateliers de Boulogne-Billancourt (Fiat et Astra) que les petits-enfants qualifieront de \u00ab\u00a0r\u00e9quisitionn\u00e9s\u00a0\u00bb. Non, ils n\u2019ont pas du tout \u00e9t\u00e9 r\u00e9quisitionn\u00e9s par les Allemands, \u00ab\u00a0la direction\u00a0\u00bb (apparemment) allemande des ateliers concern\u00e9s a fourni, \u00e0 la demande expresse du neveu, une couverture \u00e0 Louis Renault.<\/p>\n<p>Et puis Renault a fabriqu\u00e9 plein d\u2019autres choses, entre autres des camions. Il y a eu deux types de rois du camion du front de l\u2019Est, les Am\u00e9ricains, avec Ford et General Motors (c\u2019est \u00e0 dire Opel, \u00e0 100% de capital GM), pour le 3 tonnes\u00a0; et Renault, avec le 3 tonnes 5, champion fran\u00e7ais toutes cat\u00e9gories du camion pour le Reich. Je n\u2019irai pas plus loin, vous verrez toutes les statistiques officielles du Comit\u00e9 d\u2019Organisation de l\u2019Automobile dans mon ouvrage <em>Industriels et banquiers fran\u00e7ais sous l\u2019Occupation<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\"><strong>[26]<\/strong><\/a><\/em>. On ne saurait \u00eatre plus modeste\u00a0: ces statistiques sont largement fausses car la quasi-totalit\u00e9 des contrats franco-allemands \u00e9taient sign\u00e9s, directement par les organismes priv\u00e9s ou publics allemands et les entreprises fran\u00e7aises, sans passer par le filtre des comit\u00e9s d\u2019organisation. Ce gommage statistique pr\u00e9sentait en outre un \u00e9norme avantage fiscal. Donc du camion, exclusivement militaire, et du char, bien entendu.<\/p>\n<p>Ce qui permet d\u2019ailleurs \u00e0 Renault de faire rena\u00eetre l\u2019usine maudite dont il ne voulait plus depuis la crise et dont il rouvre des ateliers d\u00e8s l\u2019armistice, \u00e0 partir du moment o\u00f9 il ne peut plus fabriquer des \u00ab\u00a0voitures qui paient\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019usine du Mans qui sera consid\u00e9rablement d\u00e9velopp\u00e9e pour pouvoir fabriquer notamment des tanks et des pi\u00e8ces de tank. La production est consid\u00e9rablement augment\u00e9e mais il on ne peut voir dans la statistique officielle de la fabrication de chars, parce que les usines fran\u00e7aises fabriquent des pi\u00e8ces. Et ce d\u2019autant plus syst\u00e9matiquement que, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019industrie automobile fran\u00e7aise, son homologue allemande de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle est une industrie de montage\u00a0: en Allemagne, il n\u2019y a pas d\u2019usine int\u00e9gr\u00e9e comme en France avant et pendant la guerre, mais les usines automobiles montent des pi\u00e8ces de provenance tr\u00e8s diverse. Par cons\u00e9quent, la majorit\u00e9 de la production au b\u00e9n\u00e9fice du Reich pendant toute l\u2019Occupation consiste en pi\u00e8ces. \u00c7a vous explique pourquoi on fabrique des \u00ab\u00a0chenillettes de chars\u00a0\u00bb qui naturellement ne sont pas destin\u00e9es l\u00e0 non plus au tourisme mais entrent exclusivement dans la fabrication des tanks.<\/p>\n<p>Renault fabrique aussi des tracteurs, en masse, mais pas du tout parce que l\u2019agriculture fran\u00e7aise a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de tracteurs sous l\u2019Occupation. Il s\u2019agit de tracteurs de transports de troupes et aussi de commandes de tracteurs pour l\u2019Ukraine. La perspective que le Reich exploite l\u2019Ukraine fait m\u00eame exploser les commandes chez Renault et chez les autres constructeurs. Mais \u00e7a se g\u00e2te vite dans ce secteur parce que, \u00e0 partir de la fin 1942, il n\u2019y a plus d\u2019espoir de tracteurs agricoles allemands en Ukraine. \u00c7a ne se passe pas en Russie comme pr\u00e9vu, car la tactique sovi\u00e9tique ne consiste pas \u00e0 ouvrir le pays pour le livrer \u00e0 l\u2019occupant, mais \u00e0 se battre farouchement pour \u00e9viter que les territoires sovi\u00e9tiques ne tombent dans ses griffes\u00a0: ce qui aboutit \u00e9videmment \u00e0 des r\u00e9sultats tr\u00e8s diff\u00e9rents de ceux de la France si accueillante. Renault a tout livr\u00e9, avions compris, bien entendu, avec, entre autres, la production de Caudron (100% Renault).<\/p>\n<p>Renault a vendu des dizaines de milliers de camions, premi\u00e8re de toutes les firmes automobiles qui n\u2019ont travaill\u00e9 que pour le Reich (et seul fabricant du 3 tonnes 5), comme vient s\u2019en flatter le chef du COA de l\u2019automobile Lehideux le 18\u00a0mai 1942, \u00e0 Berlin, devant ses \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb, les g\u00e9n\u00e9raux allemands Ehrard Milch et Wilhelm von Loeb\u00a0: j\u2019ai d\u00e9montr\u00e9 ma volont\u00e9 d\u2019\u00ab\u00a0entente entre la France et l\u2019Allemagne\u00a0\u00bb par l\u2019\u00ab\u00a0aide r\u00e9elle et efficace\u00a0\u00bb que j\u2019ai apport\u00e9e \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019Allemagne [\u2026] puisque 150\u00a0000 camions ont \u00e9t\u00e9 livr\u00e9s \u00e0 l\u2019arm\u00e9e allemande par les diff\u00e9rentes usines fran\u00e7aises.\u00a0\u00bb M\u00eame chose \u00ab\u00a0sur le plan de la production [g\u00e9n\u00e9rale..], et, <em>soit par mon fait, soit par celui de mes amis<\/em>, de nombreuses fournitures ont \u00e9t\u00e9 faites \u00e0 l\u2019arm\u00e9e allemande\u00a0: des centaines de millions de commandes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es dans les usines fran\u00e7aises, et une coop\u00e9ration \u00e9conomique d\u00e9passant les esp\u00e9rances que les autorit\u00e9s allemandes avaient pu former s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e entre la France et l\u2019Allemagne. [\u2026] J\u2019agissais non pas en technicien, mais en homme politique, en homme qui faisait confiance \u00e0 la sagesse politique de l\u2019Allemagne et qui, en quelque sorte, tirait en ch\u00e8que en blanc sur la compr\u00e9hension politique et sur la largeur de vues des hommes d\u2019\u00c9tat responsables de l\u2019Allemagne.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a><\/p>\n<p>Vous comparerez ces documents d\u2019\u00e9poque aux \u00ab\u00a0m\u00e9moires de d\u00e9fense\u00a0\u00bb d\u2019apr\u00e8s-Lib\u00e9ration selon lesquels, Renault en t\u00eate, les constructeurs automobiles ont travaill\u00e9 \u00e0 65\u00a0% pour le \u00ab\u00a0secteur civil\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. Pour mieux faire, Renault ne manque pas d\u2019id\u00e9es. Ses h\u00e9ritiers nous ont expliqu\u00e9 que leur malheureux grand-p\u00e8re \u00e9tait tr\u00e8s malade pendant la guerre, et m\u00eame \u00ab\u00a0aphasique\u00a0\u00bb. C\u2019est un muet qui n\u2019a cess\u00e9 de discuter avec les Allemands, par exemple, depuis 1942-1943, pour faire \u00e9chapper sa production aux cons\u00e9quences f\u00e2cheuses des bombardements.<\/p>\n<p>Car Boulogne-Billancourt a fini par \u00eatre bombard\u00e9, le 3\u00a0mars 1942 (bombardement d\u2019ailleurs particuli\u00e8rement meurtrier pour les ouvriers et la population). Le bombardement n\u2019a surpris personne, et surtout pas Louis Renault, \u00ab\u00a0c\u00e9l\u00e8bre collaborationniste parisien\u00a0\u00bb qui, selon la grande presse am\u00e9ricaine, avait organis\u00e9 le 2\u00a0mars 1942, \u00ab\u00a0tout juste 24\u00a0heures avant le bombardement des usines Renault de Boulogne-Billancourt\u00a0\u00bb, pour \u00ab\u00a0c\u00e9l\u00e9brer la livraison [de leur] milli\u00e8me tank \u00e0 l\u2019arm\u00e9e allemande\u00a0\u00bb, un grand d\u00e9jeuner mondain, auquel \u00ab\u00a0participaient des officiers allemands, des barons de l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7ais et nazis ainsi que divers dirigeants des <em>Usines Renault<\/em>\u00a0\u00bb. Immense surprise et terrible injustice, nous ont assur\u00e9 les historiens complaisants et la t\u00e9l\u00e9vision, selon lesquels \u00ab\u00a0on ne fait pas de chars chez Renault [\u2026] et on ne r\u00e9pare aucun char \u00e0 Billancourt\u00a0\u00bb. Pas du tout. Des bombardements en r\u00e9gion parisienne \u00e9tant logiquement pr\u00e9vus, le 28\u00a0f\u00e9vrier 1942 avait \u00e9t\u00e9 conclu entre, d\u2019une part l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, et, d\u2019autre part, le consortium occupants et soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es, dont Renault, un accord sur les \u00ab\u00a0d\u00e9dommagements\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0dommages de guerre\u00a0\u00bb dus auxdites soci\u00e9t\u00e9s travaillant pour le Reich\u00a0: il permettrait d\u2019imputer au contribuable fran\u00e7ais les dommages r\u00e9sultants des bombardements, anglais \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Tout ceci est racont\u00e9 en d\u00e9tail dans <em>Industriels et banquiers<\/em>, o\u00f9 nos grands synarques des minist\u00e8res des finances et de la production industrielle devisent gaiement en mars-avril 1942 de ces questions d\u2019indemnisation. Si Renault n\u2019est pas le seul \u00e0 \u00eatre bombard\u00e9, c\u2019est le groupe industriel le plus massivement indemnis\u00e9\u00a0: des statistiques de 1943-1944 indiquent qu\u2019il touche \u00e0 peu pr\u00e8s le quart des indemnisations de tout l\u2019\u00e9chantillon dont on dispose, autre signe de surface de l\u2019entreprise<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les bombardements, l\u2019\u00ab\u00a0aphasique\u00a0\u00bb Renault conf\u00e8re avec les Allemands pour pouvoir rouvrir ou d\u00e9velopper des usines moins menac\u00e9es par les bombardements\u00a0: donc, d\u00e9lester les usines de Boulogne-Billancourt, les plus expos\u00e9es, \u00ab\u00a0d\u00e9centraliser les ateliers\u00a0\u00bb \u00e0 travers toute la R\u00e9gion parisienne, d\u00e9velopper la production au Mans et ailleurs, dans des installations plus discr\u00e8tes.<\/p>\n<p>Le dossier avance avec les Allemands jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1944, jusqu\u2019\u00e0, au moins, un mois apr\u00e8s le d\u00e9barquement anglo-am\u00e9ricain sur les plages de Normandie. Louis Renault ordonne encore \u00e0 ses collaborateurs de tout faire pour maintenir la production, y compris gr\u00e2ce aux usines souterraines, qui, sur le mod\u00e8le d\u2019une Allemagne d\u00e9sormais soumise aussi \u00e0 bombardements industriels, sont en construction en r\u00e9gion parisienne. Elles pullulent, \u00e0 la veille de la Lib\u00e9ration de Paris, dans les champignonni\u00e8res de l\u2019Ouest parisien, \u00ab\u00a0de la r\u00e9gion de Maisons-Laffitte, Saint-Germain, pr\u00e8s de Mesnil-le-Roi, dans la r\u00e9gion de Carri\u00e8res-sous-Bois\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0dans les champignonni\u00e8res de S\u00e8vres\u00a0\u00bb o\u00f9, en avril 1944, les installations de Renault-Billancourt ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es \u00ab\u00a0en partie\u00a0\u00bb, pour \u00eatre mises \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019abri des bombardements.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Knochen, le deuxi\u00e8me personnage de la police allemande en France, interrog\u00e9 en janvier 1947, confirme aux Renseignements g\u00e9n\u00e9raux ce que les archives ont d\u00e9crit jusqu\u2019en juillet 1944\u00a0: \u00ab\u00a0La construction des usines souterraines s\u2019est poursuivie sans discontinuer et surtout sans tenir compte de la situation militaire qui \u00e9voluait d\u00e9favorablement. C\u2019est ainsi que malgr\u00e9 le repli de la Wehrmacht aussi bien en Russie, en Italie qu\u2019en Afrique, et m\u00eame apr\u00e8s le d\u00e9barquement alli\u00e9 en France, les travaux se sont poursuivis comme si de rien n\u2019\u00e9tait. Au moment o\u00f9 il a fallu quitter le sol fran\u00e7ais, ces usines \u00e9taient pr\u00eates \u00e0 fonctionner\u00a0\u00bb. Louis Renault se posait en champion de cette ultime fa\u00e7on de servir, avec l\u2019appareil de guerre allemand, ses propres profits<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>, le tout, selon la coutume de l\u2019Occupation, aux frais du contribuable fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Cette hyperactivit\u00e9 conduite jusqu\u2019au bout de l\u2019Occupation allemande allait de pair avec un traitement de la classe ouvri\u00e8re qui, on s\u2019en doute, s\u2019\u00e9tait s\u00e9rieusement aggrav\u00e9 depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 1940. Ceux qui me succ\u00e9deront \u00e0 cette tribune \u00e9voqueront sans doute cet aspect des choses. En cela, Renault a \u00e9t\u00e9, comme pour le reste, semblable \u00e0 ses pareils du capital financier pendant la guerre, et \u00e0 l\u2019avant-garde d\u2019une \u00e9pouvantable politique de r\u00e9pression. Nous savons par les archives polici\u00e8res quelle a \u00e9t\u00e9 l\u2019intensit\u00e9 de la collaboration non plus seulement entre patronat fran\u00e7ais et police fran\u00e7aise, selon la tradition de la France d\u2019avant l\u2019invasion, mais d\u00e9sormais entre patronat fran\u00e7ais, police fran\u00e7aise et police allemande.<\/p>\n<p>On l\u2019a vu, Renault, Lehideux et l\u2019appareil \u00e9norme de r\u00e9pression de la SAUR, des hauts collaborateurs de Renault aux ex\u00e9cutants, \u00e9taient avant-guerre en contact quotidien avec la police, \u00e0 tous les niveaux de hi\u00e9rarchie. Cette police fran\u00e7aise continuait sous l\u2019Occupation \u00e0 <em>tout<\/em> savoir des usines Renault, comme le prouvent tous les types de fonds policiers. Par exemple, fin 1941, un ouvrier sollicit\u00e9 d\u2019aller d\u00e9noncer ses camarades de travail militants communistes depuis l\u2019avant-guerre (consid\u00e9r\u00e9s comme les \u00ab\u00a0meneurs\u00a0\u00bb des ann\u00e9es combatives), est amen\u00e9 au commissariat de police de Billancourt. On lui soumet la liste des 20 000 ouvriers, et cet ouvrier int\u00e8gre d\u00e9clare qu\u2019il ne reconna\u00eet personne\u00a0: \u00ab\u00a0Baudin a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 au fichier des usines Renault et apr\u00e8s avoir consult\u00e9 les 20\u00a0000 fiches avec les photos il n\u2019a pu nous d\u00e9signer cet ancien ouvrier qui travaillait avec lui en 1937\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>. Or, effectivement, il n\u2019y a plus alors \u00e0 Boulogne-Billancourt que 20\u00a0000 salari\u00e9s, contre 35\u00a0000 avant la guerre, ce qui atteste avec quelle minutie la liste est tenue \u00e0 jour. On a l\u00e0 une des preuves que la police est quotidiennement inform\u00e9e, y compris sur le fichier des effectifs, par \u00ab\u00a0la direction de Renault\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette police fran\u00e7aise, d\u00e9j\u00e0 si violente avant-guerre, travaille d\u00e9sormais en symbiose avec la police allemande d\u2019Occupation, avec tant d\u2019ardeur que l\u2019occupant a pu exercer une r\u00e9pression ravageuse avec des effectifs minimes\u00a0: au plus fort de l\u2019occupation allemande de la France, le Sipo-SD (qu\u2019on appelle couramment Gestapo) n\u2019y dispose pas de beaucoup plus de 3\u00a0000 hommes<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>. Car les dizaines de milliers de morts de la r\u00e9pression, majoritairement issus de la classe ouvri\u00e8re, et bien davantage si l\u2019on y ajoute les d\u00e9port\u00e9s, sont le r\u00e9sultat d\u2019une collaboration polici\u00e8re au sein de laquelle les Fran\u00e7ais \u00e9taient ultra-majoritaires. Dans cette collaboration de sang, Renault s\u2019est illustr\u00e9 comme tous ses pareils.<\/p>\n<p>Renault a tant et si bien fait, en tous domaines, \u00e0 commencer par sa contribution \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de guerre allemande, qu\u2019entre novembre 1941 et janvier 1942, apr\u00e8s quelques semaines de tractations, les Allemands ont agr\u00e9\u00e9 la requ\u00eate pr\u00e9sent\u00e9e par Lehideux, au nom du COA et au b\u00e9n\u00e9fice de son oncle, d\u2019accorder \u00e0 la SAUR un taux de profit exceptionnel. Hommage d\u00e9finitif au r\u00f4le primordial de Louis Renault dans la collaboration \u00e9conomique et dans la Collaboration tout court, et symbole du capitalisme et des privil\u00e8ges de sa fraction la plus concentr\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour de petites entreprises\u00a0: 6% du prix de revient<\/p>\n<p>Pour de moyennes entreprises\u00a0: 8% du prix de revient<\/p>\n<p>Pour de grandes entreprises\u00a0: 10% du prix de revient<\/p>\n<p>Pour Renault, entreprise particuli\u00e8rement importante \u00e0 activit\u00e9s multiples\u00a0: 12% du prix de revient. [\u2026] Les repr\u00e9sentants du COA ont [argu\u00e9\u2026] que, du fait des livraisons \u00e0 la Wehrmacht, les ateliers sont susceptibles d\u2019\u00eatre bombard\u00e9s par l\u2019aviation ennemie et, qu\u2019\u00e0 ce titre, les firmes couraient des risques particuliers.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a> Observation faite le 13 janvier 1942, pr\u00e8s de deux mois avant le bombardement de Boulogne-Billancourt.<\/p>\n<p>C\u2019est pour faire conna\u00eetre certaines de ces v\u00e9rit\u00e9s que les anciens de Renault et une historienne curieuse se sont unis depuis 2011\u00a0: pour que de l\u2019\u00e9norme marais du mensonge historique se d\u00e9gagent quelques gouttelettes de v\u00e9rit\u00e9, qui seront utiles pour l\u2019avenir, parce que, on le sait, la connaissance de l\u2019Histoire permet de se mouvoir avec un petit peu plus de facilit\u00e9 face aux rigueurs et aux mensonges du jour<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>RENAULT\u00a0: DE LA NATIONALISATION \u00c0 LA PRIVATISATION<\/strong><\/p>\n<p><strong>intervention de Pierre Fabre<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je vais traiter de Renault entreprise nationale, c\u2019est-\u00e0-dire la p\u00e9riode qui va du 15 janvier 1945 au 12 d\u00e9cembre 1994 date de sa privatisation d\u00e9finitive. Cet expos\u00e9 sera centr\u00e9 sur trois questions.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re question\u00a0: les conditions de travail, de salaire, d\u2019exploitation chez Renault entreprise nationale sont-elles meilleures que dans le secteur priv\u00e9\u00a0? La r\u00e9ponse est non<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me question\u00a0: Renault entreprise nationale a-t-elle donn\u00e9 toujours priorit\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat national\u00a0? La r\u00e9ponse est non, elle a d\u2019abord recherch\u00e9 le profit capitaliste.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me question\u00a0: Renault entreprise nationale a-t-elle \u00e9t\u00e9 \u00e0 la pointe des libert\u00e9s syndicales et politiques dans l\u2019entreprise\u00a0? La r\u00e9ponse est non.<\/p>\n<p>Toutes les avanc\u00e9es sociales ou politiques n\u2019ont \u00e9t\u00e9 obtenues que par la lutte.<\/p>\n<p>Pour bien comprendre ces trois non, il faut se replacer dans le contexte qui a amen\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation de la R\u00e9gie Nationale des Usines Renault. Elle est issue de la lutte pour la lib\u00e9ration du pays du joug hitl\u00e9rien et de ses valets de Vichy, lutte de lib\u00e9ration nationale et d\u2019avanc\u00e9es sociales.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la d\u00e9faite nazie \u00e0 Stalingrad et le d\u00e9barquement anglo-am\u00e9ricain en Afrique du Nord, la fin de l\u2019Allemagne hitl\u00e9rienne devient \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence qu\u2019une question de temps. Le temps de l\u2019apr\u00e8s- guerre est venu et le patronat qui va jusqu\u2019au bout satisfaire les exigences nazies dans le domaine de la production industrielle et soutenir au r\u00e9gime de Vichy, doit se pr\u00e9parer \u00e0 cette \u00e9vidence.<\/p>\n<p>On assiste \u00e0 une s\u00e9rie de ralliements d\u2019hommes politiques de tous bords, de hauts fonctionnaires, de patrons envers le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle install\u00e9 \u00e0 Alger et chef du Gouvernement Provisoire de la R\u00e9publique. Dans le m\u00eame temps les partis qui agissent clandestinement en France occup\u00e9e, les syndicats, les mouvements de r\u00e9sistance se regroupent au sein du Conseil National de la R\u00e9sistance qui met sur pied, au c\u00f4t\u00e9 de la lutte n\u00e9cessaire pour la lib\u00e9ration, un programme politique et social \u00e0<\/p>\n<p>appliquer apr\u00e8s la lib\u00e9ration. Programme qui pr\u00e9voit sur le plan \u00e9conomique la punition du patronat, pour son attitude pendant l\u2019occupation, par la nationalisation de ses moyens de productions et un vaste plan de protection sociale.<\/p>\n<p>A la Lib\u00e9ration la question se pose de passer des paroles aux actes. Si le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle a eu le m\u00e9rite de refuser la capitulation de juin 1940, en mati\u00e8re \u00e9conomique et sociale son opinion rel\u00e8ve plus d\u2019une conception r\u00e9actionnaire que progressiste. Son premier souci est de r\u00e9tablir l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat en s\u2019appuyant sur la haute administration qui a servi sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me Vichy et a apport\u00e9 toute son aide \u00e0 l\u2019occupant. Sur le plan \u00e9conomique les comit\u00e9s de production mis en place par Vichy et dirig\u00e9s par le patronat demeurent en place et vont continuer \u00e0 g\u00e9rer l\u2019\u00e9conomie pendant encore quelques ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Il faut toute l\u2019insistance du PCF, de campagnes de presse de l\u2019Humanit\u00e9 pour que Renault qui symbolise la trahison patronale soit mise sous s\u00e9questre en octobre 1944 et nationalis\u00e9e le 15 janvier 1945. Remarquons que cette nationalisation confisque l\u2019appareil productif poss\u00e9d\u00e9 par Louis Renault mais pas ses biens personnels issus de l\u2019exploitation des salari\u00e9s. Le d\u00e9cret de nationalisation refl\u00e8te bien le rapport des forces du moment. Confiscation, sans indemnisation &#8211; \u00e0 la diff\u00e9rence des autres nationalisations qui interviendront plus tard -, mais qui pr\u00e9cise que l\u2019entreprise reste dans le secteur concurrentiel, donc sans statut pour ses salari\u00e9s avec un conseil d\u2019administration et un PDG d\u00e9sign\u00e9s par l\u2019\u00c9tat, sans aucune repr\u00e9sentation du personnel. C\u2019est donc une entreprise capitaliste dirig\u00e9e par l\u2019\u00c9tat, dans un pays capitaliste et qui sera g\u00e9r\u00e9e comme telle. C\u2019est la convention collective de la m\u00e9tallurgie qui en sera le cadre social. Elle sera adh\u00e9rente au syndicat patronal. Le d\u00e9cret pr\u00e9voit aussi la r\u00e9partition des b\u00e9n\u00e9fices\u00a0: 1\/3 pour l\u2019entreprise, 1\/3 pour l\u2019\u00c9tat actionnaire, 1\/3 pour le personnel. Disons tout de suite et nous d\u00e9taillerons plus loin que ce faux partage des richesses n\u2019a jamais eu lieu.<\/p>\n<p>On doit \u00e0 Renault, ou plut\u00f4t \u00e0 l\u2019ensemble de son personnel, d\u2019importantes avanc\u00e9es techniques. Les machines transferts de 1946-47 vont permettre la production de masse, le hayon arri\u00e8re qui \u00e9quipe la 4L en 1961 va \u00eatre repris par tous les constructeurs, les robots, l\u2019informatique naissante et autres \u00e9quipements industriels, vont pendant des ann\u00e9es constituer un de ses points forts.<\/p>\n<p>Dans ces conditions politiques, l\u2019exploitation des salari\u00e9s ne peut pas \u00eatre diff\u00e9rente chez Renault de chez les autres constructeurs. Les progr\u00e8s techniques ne servent pas \u00e0 am\u00e9liorer les conditions de travail, la peine des ouvriers,\u00a0 mais \u00e0 r\u00e9aliser le maximum de profits. Cela dans tous les secteurs de production. Si la litt\u00e9rature s\u2019est focalis\u00e9e sur les cha\u00eenes de montage, j\u2019y reviendrai, les autres secteurs sont aussi durs, usant pour les hommes qui y travaillent.<\/p>\n<p>Les forges, en est un exemple parfait. Le bruit rend sourd, la chaleur oblige \u00e0 boire 5 \u00e0 6 litres de liquide par jour, la manipulation de lourdes pi\u00e8ces br\u00fblantes, la poussi\u00e8re attaque les poumons, les accidents quotidiens aux mains, aux pieds, font de ce d\u00e9partement un enfer. Le journal de la section syndicale d\u00e9nombre que sur quinze ans, un seul forgeron avait r\u00e9ussi l\u2019exploit de partir en retraite \u00e0 65 ans, 57 \u00e9taient mort entre 41 et 61 ans. En 1967 les forgerons ont port\u00e9 en terre sept des leurs. La direction qui ne fait rien pour am\u00e9liorer les conditions de travail se fend d\u2019une couronne \u00e0 chaque enterrement. Le journal des communistes de Renault, \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9cho des M\u00e9tallos\u00a0\u00bb, \u00e9crit le 28 f\u00e9vrier 1964 \u00ab\u00a0La forge tue\u00a0? Non\u00a0! La direction, le patron, le capitalisme tuent\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019installation de nouvelles machines augmentent la productivit\u00e9 au d\u00e9triment des hommes. Sur les nouvelles machines 8 hommes fabriquent 12.000 pi\u00e8ces par jour contre 2.600 avec les anciennes, ou encore 4 travailleurs produisaient 6.000 pi\u00e8ces, apr\u00e8s modernisation cinq en produisent 13.000. Le tout sous l\u2019\u0153il indiff\u00e9rent des m\u00e9decins du travail salari\u00e9s de Renault qui trouvent l\u2019air des forges aussi pur qu\u2019ailleurs et les ouvriers en excellente sant\u00e9. Lorsque ces ouvriers n\u2019en peuvent plus, ils sont retir\u00e9s des forges et affect\u00e9s \u00e0 des postes dit doux\u00a0: gardien, garde vestiaire voire man\u0153uvre, avec perte de salaire. Avec une double peine puisque le calcul du montant de leur retraite va en \u00eatre affect\u00e9.<\/p>\n<p>Ces conditions de travail se retrouvent aux fonderies, \u00e0 l\u2019atelier dit du caoutchouc o\u00f9 travaillent de nombreuses femmes, partout dans l\u2019usine quelque soit l\u2019endroit c\u2019est la course \u00e0 la rentabilit\u00e9. Cette course conduit \u00e0 des absurdit\u00e9s dont les travailleurs font les frais. Ainsi le 14 janvier 1964, 710 forgerons sur 860, ceux des fonderies\u00a0au total 2800 ouvriers sont mis au ch\u00f4mage pour la journ\u00e9e. Motif\u00a0: l\u2019inventaire des stocks montre qu\u2019il y a trop de pi\u00e8ces. Un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 remarque avec raison \u00ab\u00a0ce sont encore les travailleurs qui ont produit beaucoup, \u00e0 des cadences trop \u00e9lev\u00e9es qui sont p\u00e9nalis\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le travail \u00e0 la cha\u00eene a suscit\u00e9 des milliers d\u2019articles \u00e9crits par des gens qui n\u2019y ont jamais travaill\u00e9 un seul instant, qui ne comprennent pas la r\u00e9volte des ouvriers sp\u00e9cialis\u00e9s (OS) qui y sont asservis. Ils ont oubli\u00e9 dans leurs savantes \u00e9tudes un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant\u00a0: l\u2019exploitation capitaliste. C\u2019est la direction qui fixe au d\u00e9part la rentabilit\u00e9 des voitures produites, le profit qui doit \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 sur chacune d\u2019entre elle. A partir de l\u00e0 s\u2019organise les moyens de production \u00e0 mettre en \u0153uvre pour atteindre l\u2019objectif. Dans cette mise en \u0153uvre, les hommes ne sont que le prolongement de la machine. Le poste de travail n\u2019est pas con\u00e7u pour lui, mais pour la rentabilit\u00e9 maximum.<\/p>\n<p>A voir une cha\u00eene de montage, automobile ou autre, tout parait tranquille. La cha\u00eene avance sans h\u00e2te, les ouvriers ne courent pas comme Charlot dans les Temps Modernes et pourtant\u2026. Quand Billancourt produit 1100 voitures par jour, pour les ouvriers en cha\u00eene cela signifie que toutes les minutes une nouvelle voiture se pr\u00e9sente devant leur poste de travail et qu\u2019ils ont un m\u00e8tre \u00e0 parcourir pour accomplir les op\u00e9rations qu\u2019ils sont charg\u00e9s d\u2019effectuer. Ils installent sur la voiture qui passe devant eux diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments, utilisant visseuses pneumatiques, ou autres outillages. Parmi les postes les plus p\u00e9nibles celui des ouvriers qui travaillent dans les fosses, les bras lev\u00e9s toute la journ\u00e9e. On imagine sans effort la duret\u00e9 de ces postes o\u00f9 rien n\u2019est r\u00e9fl\u00e9chi pour soulager la peine des hommes. Les d\u00e9lais de montage, \u00e9tablis \u00e0 partir des chronom\u00e9trages sont calcul\u00e9s au plus juste. Impossible de prendre le temps d\u2019allumer une cigarette, d\u2019\u00e9changer une phrase avec son voisin encore moins de satisfaire un besoin naturel. Il faut attendre les pauses &#8211; une de 8 minutes, l\u2019autre de 6 minutes par jour &#8211; pour souffler. Il est fr\u00e9quent de voir arriver avant l\u2019heure des ouvriers qui pr\u00e9parent le travail qu\u2019ils vont devoir effectuer, tel que mettre la rondelle sur la vis pour gagner quelques dixi\u00e8mes de seconde ou d\u2019autres petits travaux pr\u00e9paratoires pour tenir la cadence impos\u00e9e.<\/p>\n<p>A cela s\u2019ajoute l\u2019\u00e9tude de poste qui fait appel \u00e0 deux notions\u00a0:<\/p>\n<p>La s\u00e9lection des ouvriers. Il s\u2019agit de choisir l\u2019ouvrier en fonction de ses aptitudes pour donner le meilleur r\u00e9sultat sur un poste de travail donn\u00e9. Pour cela il est fait appel \u00e0 des techniciens pour l\u2019\u00e9tude des mouvements \u00e0 r\u00e9aliser, au service psychotechnique et \u00e0 la m\u00e9decine du travail qui r\u00e9alise une v\u00e9ritable s\u00e9lection humaine. La machine exige, l\u2019ouvrier doit suivre.<\/p>\n<p>La cotation du poste. Elle consiste \u00e0 d\u00e9terminer une s\u00e9rie de points servant \u00e0 d\u00e9finir le salaire sur chaque poste. On voit sans mal le profit tir\u00e9 par Renault de ce salaire individualis\u00e9, celui de jouer sur la division des ouvriers faisant un travail aussi abrutissant \u00e0 un poste comme \u00e0 un autre. D\u00e9nonc\u00e9 d\u00e8s son installation en 1955 par la CGT, il faudra attendre 1975 pour la voir dispara\u00eetre et \u00eatre remplac\u00e9e par une grille de salaire, ou en fonction de leurs qualifications tous toucheront un m\u00eame salaire.<\/p>\n<p>Dans cette conception de la production, la hi\u00e9rarchie ne joue aucun r\u00f4le technique. Elle ne s\u2019y risque d\u2019ailleurs pas. Son seul r\u00f4le est d\u2019assurer par tous les moyens la production journali\u00e8re exig\u00e9e. Cela entra\u00eene des conflits permanents entre ouvriers et ma\u00eetrise, conflits le plus souvent justifi\u00e9s, mais qui d\u00e9tournent la col\u00e8re\u00a0: le seul responsable c\u2019est le patron.<\/p>\n<p>L\u2019affirmation faite au d\u00e9but de cet expos\u00e9 sur la duret\u00e9 de l\u2019exploitation des ouvriers confirme dans ces quelques exemples, qu\u2019il serait possible de multiplier presque \u00e0 l\u2019infini, que <strong>l\u2019exploitation est identique dans l\u2019entreprise nationale que dans le priv\u00e9. <\/strong>Au cours de son histoire d\u2019entreprise nationale, Renault a connu plusieurs \u00e9tapes, toujours en liaison avec le d\u00e9veloppement des besoins et des exigences du capitalisme.<\/p>\n<p>D\u2019abord celui de la reconstruction de ses usines ravag\u00e9es par la guerre. Ensuite celui du d\u00e9veloppement de la production, qui lui impose d\u2019importants investissements sans que l\u2019\u00c9tat seul actionnaire joue son r\u00f4le par des augmentations de capital. Pour l\u2019essentiel ces investissements seront r\u00e9alis\u00e9s sur les fonds propres de Renault, au d\u00e9triment des salari\u00e9s.<\/p>\n<p>En 1950 commencent les travaux pour une nouvelle usine \u00e0 Flins dans les Yvelines. Avec un double but\u00a0: augmenter la production en embauchant les ouvriers agricoles chass\u00e9s par la modernisation de l\u2019agriculture mais surtout, pense la direction, moins combatifs que ceux de Billancourt. L\u2019avenir dira qu\u2019elle s\u2019est tromp\u00e9e. Puis viendra les usines de Cl\u00e9on, de Sandouville, de Douai pour employer les mineurs chass\u00e9s par la fermeture des puits, Grand Couronne, Lardy. C\u2019est l\u2019am\u00e9nagement du territoire voulu par le pouvoir, impos\u00e9 \u00e0 l\u2019entreprise nationale sans tenir souvent compte de ses int\u00e9r\u00eats industriels et surtout sans apport financier. Le cas le plus flagrant est la r\u00e9organisation du poids lourd avec la reprise de Berliet-Citro\u00ebn et sa fusion avec Saviem, filiale de Renault, pour donner naissance \u00e0 Renault V\u00e9hicule Industriel.<\/p>\n<p>L\u2019autre \u00e9tape est celle de la mondialisation. Dans les ann\u00e9es 1970 celle-ci est \u00e0 l\u2019ordre du jour. La direction de Renault n\u2019a pas attendu pour y prendre une part active. Elle est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente depuis l\u2019avant-guerre en Belgique, puis dans l\u2019Espagne de Franco, en Turquie o\u00f9 elle exploite une usine en collaboration avec les militaires qui se sont empar\u00e9s du pouvoir, en Argentine, Colombie, Chili. Cette mondialisation a pour but de conqu\u00e9rir les march\u00e9s locaux sans r\u00e9importation de v\u00e9hicule en France, sauf avec la Yougoslavie ou un accord permet la fabrication de 4L qui seront vendues en France et en Europe.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1977-78, la direction explique sa politique de mondialisation devant le Comit\u00e9 Central d\u2019Entreprise. \u00ab\u00a0Il existe dans le monde trois march\u00e9s ouverts. En Europe il est pratiquement \u00e0 saturation et devient un march\u00e9 de renouvellement, au Japon mais il est imp\u00e9n\u00e9trable du fait de la culture japonaise, seul le march\u00e9 am\u00e9ricain est accessible\u00a0\u00bb et prend la d\u00e9cision, malgr\u00e9 les r\u00e9serves des \u00e9lus CGT, d\u2019acheter un constructeur am\u00e9ricain American Motors Corporation. Celui-ci poss\u00e8de deux usines vieillottes dans l\u2019\u00e9tat du Wisconsin. Suivra quelques ann\u00e9es plus tard la construction d\u2019une usine de moteurs au Mexique. Face \u00e0 G\u00e9n\u00e9ral Motors, Ford, Chrysler c\u2019est un combat perdu d\u2019avance.<\/p>\n<p>Une d\u00e9cision de cette importance n\u2019a pu \u00eatre prise sans l\u2019accord de l\u2019Etat au plus haut niveau. Les ambitions de conqu\u00eate du march\u00e9 am\u00e9ricain par Renault sont un signal clair pour le capitalisme fran\u00e7ais \u00ab\u00a0faites comme Renault aller chercher le profit o\u00f9 il est, en Am\u00e9rique\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que Renault va aux USA. En 1957 Renault y lance la vente de la Dauphine, une petite voiture sympathique qui rencontre dans un premier temps un vif succ\u00e8s mais qui se transforme en d\u00e9sastre devant la campagne des constructeurs am\u00e9ricains voyant d\u2019un mauvais \u0153il l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un concurrent sur ce qu\u2019ils consid\u00e8rent comme leur chasse gard\u00e9e.\u00a0 Les ventes sont stopp\u00e9es net, les voitures pourrissent sur les quais de New-York. Ce sont comme d\u2019habitude les ouvriers qui vont payer ces erreurs de la direction\u00a0: 3000 licenciements \u00e0 Billancourt.<\/p>\n<p>M\u00eame chose avec AMC. Tr\u00e8s vite, le succ\u00e8s n\u2019est pas au rendez- vous. Mois apr\u00e8s mois l\u2019usine est en d\u00e9ficit. Comme la R\u00e9gie n\u2019a pas les moyens financiers, elle emprunte aux banques am\u00e9ricaines qui avancent sans rechigner les centaines de millions de dollars. Hostiles par principe \u00e0 la nationalisation, elles ont bien compris l\u2019avantage d\u2019avoir affaire \u00e0 une entreprise nationale dont le seul actionnaire est l\u2019\u00c9tat qui lui est toujours solvable.<\/p>\n<p>Ce sont les ouvriers am\u00e9ricains qui sont les victimes. Les jours de ch\u00f4mage se multiplient, les salaires sont bloqu\u00e9s, les libert\u00e9s syndicales remises en cause. Malgr\u00e9 la politique anti-c\u00e9g\u00e9tiste et anticommuniste de leur conf\u00e9d\u00e9ration syndicale, le syndicat d\u2019AMC d\u00e9cide de nouer des relations avec les syndicats fran\u00e7ais et avec le premier d\u2019entre eux, largement majoritaire, la CGT. A chaque fois que cela a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire la solidarit\u00e9 ouvri\u00e8re n\u2019a jamais fait d\u00e9faut de la part de la CGT dans la lutte contre l\u2019exploiteur commun.<\/p>\n<p>Mais ce sont les travailleurs fran\u00e7ais, l\u2019emploi, qui vont faire les frais de cette politique. En 1985 Renault a laiss\u00e9 dans cette aventure 24 milliards de francs de perte. Sans se lasser, la CGT, le PCF vont mener une bataille pour expliquer qu\u2019il faut, en trouvant une solution qui sauvegarde AMC en tant qu\u2019outil industriel am\u00e9ricain, cesser cette aventure am\u00e9ricaine qui conduit Renault \u00e0 sa perte. La direction, soutenue par la CFDT. FO, la CGC, rejette les propositions de la CGT, avec le soutien sans faille de l\u2019\u00c9tat. Ce serait reconna\u00eetre l\u2019\u00e9chec de cette tentative de mondialisation, un contre- exemple pour le capitalisme fran\u00e7ais. La solution la direction pense la trouver en associant les syndicats \u00e0 une politique de baisse des co\u00fbts, en premier de la masse salariale par des suppressions massives d\u2019emplois. La cons\u00e9quence directe de ces suppressions massives d\u2019emploi c\u2019est que, pour maintenir le profit, il faut abandonner la production de petites voitures qui rapportent peu \u00e0 l\u2019unit\u00e9 et donc monter en gamme, vendre plus cher. Il faut choisir entre la marge et le volume. A l\u2019issue des discussions la CGT refuse la politique propos\u00e9e et demande \u00e0 la direction la consultation du personnel par un vote pour ou contre ces propositions. Vote refus\u00e9 par la direction mais organis\u00e9 dans les atelier et bureaux, \u00e0 bulletin secret, par la CGT. Le r\u00e9sultat est sans appel. A 80% le plan de la direction est refus\u00e9.<\/p>\n<p>Cette situation ne reste pas dans l\u2019entreprise. Elle fait l\u2019objet d\u2019un d\u00e9bat national. En janvier 1986 F. Mitterrand d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0Renault, je m\u2019en occupe\u00a0\u00bb. Le PDG, Bernard Hannon qui a \u00e9chou\u00e9 \u00e0 faire passer en douceur son plan est remplac\u00e9 manu militari par un autre, Georges Besse qui arrive avec pour mission de continuer l\u2019aventure am\u00e9ricaine et de redresser la situation financi\u00e8re. Avec les solutions capitalistes les plus classiques\u00a0: suppressions d\u2019emplois, vente des filiales, fermeture de sites, pression sur les salaires sans oublier, j\u2019y reviendrai la r\u00e9pression syndicale en premier contre la CGT, la seule qui refuse cet affaiblissement du groupe Renault, sa transformation d\u2019un groupe industriel int\u00e9gr\u00e9 en usines tournevis assurant le montage de pi\u00e8ces achet\u00e9es \u00e0 des sous-traitants. Sont liquid\u00e9s sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me les secteurs dans lesquels Renault est en pointe, l\u2019\u00e9lectronique embarqu\u00e9e et les robots. Sans pour autant \u00eatre en mesure de redresser la production d\u2019AMC, sa situation financi\u00e8re ce qui conduira en 1988 l\u2019Etat et la direction \u00e0 jeter l\u2019\u00e9ponge et \u00e0 vendre AMC \u00e0 Chrysler.<\/p>\n<p>Au grand soulagement du syndicat d\u2019AMC et des salari\u00e9s. Entre les positions de la CGT Renault et les syndicats d\u2019AMC les discussions ont \u00e9t\u00e9 vives. Nous voulions que Renault quitte les USA en assurant l\u2019avenir de l\u2019entreprise et de l\u2019emploi et eux voulaient qu\u2019il reste quel qu\u2019en fut le prix \u00e0 payer pour Renault. Apr\u00e8s la vente \u00e0 Chrysler nous avons re\u00e7u, Roger Sylvain et moi une lettre du secr\u00e9taire du syndicat d\u2019AMC, Rudy Kuzel \u00ab\u00a0Maintenant que la vente d\u2019AMC \u00e0 Chrysler a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e, je voudrais vous remercier pour le r\u00f4le que vous avez jou\u00e9 dans la d\u00e9cision de Renault de vendre AMC. Vous avez toujours \u00e9t\u00e9 honn\u00eates et ouverts avec nous et nous \u00e9tions bien s\u00fbr au courant de votre position en faveur d\u2019un d\u00e9sinvestissement de Renault en Am\u00e9rique du Nord. Nous avons \u00e9t\u00e9 avertis par plusieurs personnalit\u00e9s du mouvement syndical soit fran\u00e7ais [je pr\u00e9cise la CFDT], soit am\u00e9ricain [je pr\u00e9cise la f\u00e9d\u00e9ration de la m\u00e9tallurgie UAW anti-c\u00e9g\u00e9tiste et anticommuniste] que tout contact avec la CGT serait suicidaire pour nous. On nous a dit que votre position en faveur d\u2019un d\u00e9sinvestissement ne pourrait que se dresser contre les int\u00e9r\u00eats des travailleurs de Renault en Am\u00e9rique aussi bien qu\u2019en France. Comme vous le savez, nous n\u2019avons pas pris en compte ces avertissements et nous avons continu\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper des rapports qui sont vraiment uniques et qui s\u2019appuient sur la solidarit\u00e9 internationale syndicale. Bien qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque nous n\u2019ayons pas trouv\u00e9 votre solution r\u00e9aliste, votre position a toujours \u00e9t\u00e9 que Renault devait se retirer de mani\u00e8re que ce soit dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des travailleurs fran\u00e7ais et am\u00e9ricains. Maintenant il semble que c\u2019est exactement ce qui s\u2019est pass\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quand je relis cette lettre, je me dis qu\u2019au fond, quand on a une position de classe, c\u2019est toujours la bonne solution qui est trouv\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9ponse \u00e0 la deuxi\u00e8me question est bien non, l\u2019entreprise nationale g\u00e9r\u00e9e comme une entreprise capitaliste n\u2019a pas, sur l\u2019ensemble de son existence servie en premier l\u2019int\u00e9r\u00eat national.<\/strong><\/p>\n<p>Mais c\u2019est bien en mati\u00e8re sociale que la politique de la r\u00e9gie va le plus coller \u00e0 celle de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>La Lib\u00e9ration du pays en 1944 n\u2019est pas la fin de la guerre qui va se poursuivre encore jusqu\u2019au 8 mai 1945. Le pays sort \u00e9puis\u00e9 de la guerre. Ses transports, ses infrastructures, ses usines sont d\u00e9truites ainsi que des milliers d\u2019immeubles suite aux bombardements anglo-am\u00e9ricains. Le rationnement des produits alimentaires, des v\u00eatements, des chaussures, va perdurer encore plus de deux ans. Le chauffage n\u2019est pas ou mal assur\u00e9 faute de moyens de transport et au d\u00e9labrement des mines. L\u2019espoir n\u00e9 de la Lib\u00e9ration s\u2019amenuise et tr\u00e8s vite c\u2019est la d\u00e9ception qui s\u2019installe. Sous la pression des forces patronales et de droite, \u00e0 la question de qui va payer les cons\u00e9quences de la guerre, la r\u00e9ponse est la classe ouvri\u00e8re et le peuple. Malgr\u00e9 les avanc\u00e9es obtenues telles que la S\u00e9curit\u00e9 Sociale, le statut des fonctionnaires, de l\u2019EDF, des mineurs, les CE, c\u2019est sur la question des salaires que l\u2019affrontement se produit.<\/p>\n<p>Par tous les moyens, gouvernement et patronat vont s\u2019opposer aux augmentations des salaires, en limiter la port\u00e9e quand la pression devient trop forte. Des gr\u00e8ves \u00e9clatent pour les salaires, l\u2019une d\u2019elle va servir de pr\u00e9texte pour rompre l\u2019unit\u00e9 issue de la R\u00e9sistance. Le socialiste Ramadier, Pr\u00e9sident du Conseil exclu du gouvernement les ministres communistes qui ont apport\u00e9 leur soutien aux gr\u00e9vistes de Renault en avril 1947. Ce pr\u00e9texte cache une r\u00e9alit\u00e9 plus profonde. Les forces du capital, sous la direction de l\u2019imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain, ont repris la main contre les peuples, contre l\u2019Union Sovi\u00e9tique. C\u2019est le renversement des alliances issues de la deuxi\u00e8me guerre mondiale, la lutte de classe port\u00e9e \u00e0 son plus haut niveau entre le capitalisme et le socialisme. Ce sera ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la guerre froide, avec pour la France l\u2019acceptation du plan Marshall, la construction europ\u00e9enne, les guerres coloniales.<\/p>\n<p>Pour les jeunes g\u00e9n\u00e9rations il est difficile de s\u2019imaginer toute la violence de cette p\u00e9riode. Non seulement violence de la r\u00e9pression, mais l\u2019intensit\u00e9 de la bataille id\u00e9ologique pour faire reculer, voire an\u00e9antir les id\u00e9es de r\u00e9sistance au capitalisme, encore plus du changement de soci\u00e9t\u00e9, avec en prime le poids des guerres coloniales qui vont empoisonner toute la p\u00e9riode 1946-1962. C\u2019est l\u2019honneur de la classe ouvri\u00e8re, des organisations de lutte qu\u2019elle s\u2019est donn\u00e9e, d\u2019avoir men\u00e9 de front et avec succ\u00e8s, l\u2019action pour les salaires, de meilleures conditions de vie, l\u2019augmentation des cong\u00e9s pay\u00e9s et le soutien aux luttes des peuples coloniaux pour leur ind\u00e9pendance et pour la paix dans le monde.<\/p>\n<p>Le journal du CE \u00e9crit au printemps de 1947 \u00ab\u00a0Les entreprises nationalis\u00e9es deviennent dans leur ensemble des \u00eelots de r\u00e9sistance \u00e0 toute action ayant pour but d\u2019\u00e9lever le niveau de vie des travailleurs\u00a0\u00bb. C\u2019est bien vu. Les gouvernements successifs par la politique salariale qu\u2019ils m\u00e8nent dans les entreprises nationales donnent l\u2019exemple au patronat pour le refus d\u2019augmentation des salaires. S\u2019ouvre chez Renault comme ailleurs une longue p\u00e9riode de lutte ou la classe ouvri\u00e8re doit faire face non seulement \u00e0 la r\u00e9pression patronale mais aussi \u00e0 celle de l\u2019\u00c9tat sous la forme d\u2019interventions polici\u00e8res comme en novembre-d\u00e9cembre 1947, ou mars 1950. Le 28<sup>e<\/sup> Congr\u00e8s de la CGT en juin 1951 dresse le bilan de cette r\u00e9pression\u00a0: \u00abAu cours de nombreuses gr\u00e8ves pour les salaires la police est intervenue avec une plus grande brutalit\u00e9 que dans le pass\u00e9. 13 prol\u00e9taires ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s par la police, 2 par les nervis du RPR (nom du parti gaulliste \u00e0 l\u2019\u00e9poque) au cours des gr\u00e8ves. 3500 travailleurs ont \u00e9t\u00e9 poursuivis devant les tribunaux, 1200 condamn\u00e9s \u00e0 des peines de prison, d\u2019amendes, de dommages et int\u00e9r\u00eats\u00bb. Sans parler des sanctions dans l\u2019entreprise\u00a0: licenciement pour activit\u00e9 syndicale, brimade sur les salaires ou les conditions de travail pour les militants syndicaux de la CGT. Il faut y ajouter les arrestations des dirigeants syndicaux tel A. Le L\u00e9ap, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CGT, le passage \u00e0 la clandestinit\u00e9 de B. Frachon, autre secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, de dirigeants du PCF et de nombreux autres pour soutenir la lutte des peuples d\u2019Indochine pour leur ind\u00e9pendance, le refus de la politique de r\u00e9armement sous la houlette de l\u2019imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>Sans parler des campagnes de propagande contre ceux qui se battent contre la politique patronale et gouvernementale, pour les salaires, les conditions de travail et la paix, ils sont accus\u00e9s de vouloir saper l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7ais, d\u2019\u00eatre aux ordres de Moscou et du communisme international dans le but de prendre le pouvoir en France. A part cette derni\u00e8re accusation, en 2016 comme \u00e0 chaque fois que les travailleurs agissent pour la d\u00e9fense de leurs droits ils trouvent les m\u00eames face \u00e0 eux, avec les m\u00eames m\u00e9thodes, la m\u00eame argumentation.<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9pression,\u00a0 Renault, par tous les moyens, tient sa place et donne l\u2019exemple au patronat. Ainsi, en 1952 se tient un proc\u00e8s intent\u00e9 par la R\u00e9gie contre les syndicats CGT et CFTC pour avoir os\u00e9 apposer dans l\u2019usine une affiche affirmant que le bilan est truqu\u00e9 et que les travailleurs sont l\u00e9s\u00e9s par rapport \u00e0 l\u2019ordonnance de 1945.\u00a0\u00a0 Le proc\u00e8s est un \u00e9chec pour la direction.<\/p>\n<p>D\u00e8s qu\u2019elle le peut la direction frappe dur. En f\u00e9vrier et juin 1952, \u00e0 l\u2019occasion de jours de gr\u00e8ve qui ne recueillent pas le soutien de la majorit\u00e9 des salari\u00e9s, elle fait intervenir la police pour \u00e9vacuer les piquets de gr\u00e8ve. De violents affrontements \u00e9clatent entre la police, les gr\u00e9vistes et les non-gr\u00e9vistes qui refusent les brutalit\u00e9s polici\u00e8res, et se soldent par le licenciement de 265 salari\u00e9s de la CGT et du PCF. La direction pense avoir port\u00e9 un coup \u00e0 ceux qui s\u2019opposent \u00e0 sa politique de blocage des salaires, d\u2019augmentation des cadences. Elle doit d\u00e9chanter tr\u00e8s vite. Aux \u00e9lections des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du personnel qui se tiennent en mai la CGT recueille 70% des voix. Tout en pratiquant la r\u00e9pression, le patronat, la direction de Renault, mettent en \u0153uvre d\u2019autres moyens pour exploiter\u00a0: les accords d\u2019entreprises qui visent \u00e0 int\u00e9grer syndicats et salari\u00e9s \u00e0 leur propre exploitation. Moyennant quelques miettes ils comportent tous des mesures anti-gr\u00e8ves. Je veux m\u2019arr\u00eater sur l\u2019accord Renault de 1955 dont la signature par la CGT constitue un mod\u00e8le de d\u00e9mocratie syndicale et ouvri\u00e8re.<\/p>\n<p>En septembre 1955 la direction propose \u00e0 la signature des syndicats un accord. Il intervient apr\u00e8s une longue p\u00e9riode de lutte dans les ateliers et services sous des formes diverses. Il pr\u00e9voit\u00a0: une augmentation de salaire de 4%, puis 4% pour 1956 et 57, la troisi\u00e8me semaine de cong\u00e9s pay\u00e9s, le paiement int\u00e9gral de tous les jours f\u00e9ri\u00e9s, une retraite compl\u00e9mentaire \u00e0 gestion paritaire aliment\u00e9e \u00e0 part \u00e9gale par les salari\u00e9s et Renault. Si les augmentations de salaires sont jug\u00e9es insuffisantes par le syndicat Renault, les trois semaines de cong\u00e9, le paiement des jours f\u00e9ri\u00e9s, sont des avanc\u00e9es importantes qui ont fait l\u2019objet de luttes nombreuses. Mais, parce qu\u2019il y a un mais\u2026 l\u2019accord pr\u00e9voit aussi que \u00ab\u00a0les parties signataires ne doivent recourir ni \u00e0 la gr\u00e8ve ni au lock-out avant d\u2019avoir \u00e9puis\u00e9 les possibilit\u00e9s conventionnelles\u00a0\u00bb assortie d\u2019un abattement de 20% sur la prime trimestrielle en cas de gr\u00e8ve de 24h.<\/p>\n<p>Le syndicat demande \u00e0 consulter ses adh\u00e9rents et les travailleurs, tandis que la CFTC, la CGC et le SIR (syndicat ind\u00e9pendant Renault) signent sans h\u00e9sitation. La direction refuse la consultation des salari\u00e9s, tandis que le syndicat organise partout o\u00f9 c\u2019est possible des r\u00e9unions d\u2019explication et de consultation. Au sein du syndicat les discussions sont vives. Deux points accrochent\u00a0: la clause anti-gr\u00e8ve, la retraite compl\u00e9mentaire. Les discutions s\u2019\u00e9ternisent sans qu\u2019une majorit\u00e9 se dessine. Il est convenu de convoquer une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des syndiqu\u00e9s. Il faut se repr\u00e9senter la complexit\u00e9 d\u2019une telle initiative. Apr\u00e8s une journ\u00e9e de travail de 9h, plus le transport, prendre le temps de se r\u00e9unir pour d\u00e9cider de la position de son syndicat est le sommet de la d\u00e9mocratie syndicale. Benoit Frachon, secr\u00e9taire de la CGT participe \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e. La discussion qui va durer trois heures est souvent houleuse. Frachon y contribue en disant en substance\u00a0:\u00a0\u00ab c\u2019est le r\u00e9sultat de vos luttes qui comporte d\u2019importantes avanc\u00e9es, prenez-les. Les clauses anti-gr\u00e8ves vous les ferez tomber\u00bb. A l\u2019issue de l\u2019assembl\u00e9e il est d\u00e9cid\u00e9 de consulter les syndiqu\u00e9s en donnant une opinion favorable \u00e0 la signature. 70,78% se prononcent pour. Six mois apr\u00e8s, une gr\u00e8ve de trois heures \u00e0 l\u2019appel de tous les syndicats a lieu. Les clauses anti-gr\u00e8ves ne troublent pas les ouvriers. La direction encaisse sans r\u00e9agir.<\/p>\n<p>Moins d\u2019un an plus tard, alors que de nombreuses entreprises sont oblig\u00e9es de passer elles aussi aux trois semaines de cong\u00e9, l\u2019Assembl\u00e9e Nationale \u00e9tend par la loi cet acquit \u00e0 tous les salari\u00e9s.<\/p>\n<p>1955 me parait \u00eatre le moment pour aborder la lutte pour la paix, contre les guerres coloniales que la classe ouvri\u00e8re, le peuple ont men\u00e9 depuis 1947.<\/p>\n<p>Les deux bombes nucl\u00e9aires largu\u00e9es sur le Japon, n\u2019\u00e9taient pas destin\u00e9es \u00e0 terminer la guerre, comme le pr\u00e9tendent les USA et leurs soutiens. Le Japon \u00e9tait \u00e0 genoux. Il avait commenc\u00e9 des n\u00e9gociations en vue de sa capitulation. Ces bombes \u00e9taient un avertissement \u00e0 l\u2019Union Sovi\u00e9tique, aux peuples du monde qui aspiraient au progr\u00e8s social, pour leur dire\u00a0: \u00abattention, nous imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain avons le moyen de vous an\u00e9antir si vous ne vous pliez pas \u00e0 nos exigences\u00bb. Le plan Marshall, le rel\u00e8vement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie allemande, sa remilitarisation, puis la cr\u00e9ation de la CEE, cr\u00e9e un r\u00e9el danger de guerre. \u00ab\u00a0La paix est suspendue \u00e0 un fil\u00a0\u00bb selon la formule de M. Thorez.<\/p>\n<p>En mars 1950, le Conseil Mondial de la Paix lance depuis Stockholm sous forme de p\u00e9tition mondiale un appel simple \u00ab\u00a0Nous consid\u00e9rons que le gouvernement qui, le premier utiliserait contre n\u2019importe quel pays l\u2019arme atomique commettrait un crime contre l\u2019humanit\u00e9 et serait trait\u00e9 comme criminel de guerre\u00a0\u00bb. Cet appel va recueillir 14 millions de signatures en France, 500 millions dans le monde. Il porte un coup d\u00e9cisif \u00e0 tous ceux qui auraient la volont\u00e9 de d\u00e9clencher un conflit nucl\u00e9aire.<\/p>\n<p>Chez Renault un large front des partisans de la paix se constitue qui va bien aux del\u00e0 des opinions politiques et syndicales et va contribuer au succ\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019appel. Il faudra plusieurs semaines pour faire le tour avec des prises de contacts individuels et obtenir les signatures dans toutes les cat\u00e9gories du personnel.<\/p>\n<p>Depuis 1946 la France est engag\u00e9e dans des guerres coloniales, la r\u00e9pression des mouvements qui r\u00e9clament l\u2019ind\u00e9pendance des colonies. Aux peuples, que la France a mobilis\u00e9 sous couvert d\u2019un combat pour la libert\u00e9 pendant la guerre, elle r\u00e9pond par la guerre et la violence au moment de passer des paroles aux actes.<\/p>\n<p>Dans ce qui s\u2019appelle l\u2019Indochine (Vietnam, Laos, Cambodge), les peuples de ces pays, apr\u00e8s avoir men\u00e9 la lutte arm\u00e9e contre l\u2019occupant japonais, proclament leur ind\u00e9pendance en ao\u00fbt 1945. De Gaulle, Pr\u00e9sident du Gouvernement Provisoire, ne l\u2019entend pas de cette oreille. Il envoie au Vietnam la deuxi\u00e8me division blind\u00e9e pour r\u00e9tablir l\u2019ordre colonial. De premi\u00e8res escarmouches ont lieu. Apr\u00e8s le d\u00e9part du gouvernement de de Gaulle des discussions ont lieu entre la France et le Vietminh qui d\u00e9bouchent sur des accords que la France ne respectera pas. Elle fait bombarder le port d\u2019Haiphong, c\u2019est le d\u00e9but d\u2019une guerre qui se terminera par la d\u00e9faite de Dien Bien Phu en mai 1954 avec la cr\u00e9ation provisoire d\u2019un \u00c9tat au nord et au sud du 37eme parall\u00e8le. Cette guerre va co\u00fbter cher en hommes, en destructions, en argent. Un mouvement pour mettre fin \u00e0 cette guerre va se d\u00e9velopper en France au fur et \u00e0 mesure que celle-ci dure. Renault va y participer par des d\u00e9bats, des p\u00e9titions, des manifestations pour y mettre un terme. Action contre le d\u00e9part de deux automitrailleuses construites dans la plus grande discr\u00e9tion \u00e0 Billancourt, action du CE contre la perspective de fabrication d\u2019armement. Adh\u00e9rents de la CGT et du PCF y prendront une part d\u00e9cisive.<\/p>\n<p>Le 1<sup>er<\/sup> novembre 1954 le peuple alg\u00e9rien, las des promesses non tenues, prend les armes pour son ind\u00e9pendance. Va commencer une guerre qui se terminera en 1962 et qui entra\u00eenera la disparition de la 4<sup>e<\/sup> R\u00e9publique et le retour au pouvoir de de Gaulle. D\u00e8s le 3 novembre 1954 la direction de la CGT appelle \u00e0 la reconnaissance de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, pour la paix, seule organisation syndicale \u00e0 avoir cette position. M\u00eame position pour le PCF, seul lui aussi \u00e0 avoir cette position en tant que parti politique, face \u00e0 tous les syndicats et partis qui proclament que \u00abl\u2019Alg\u00e9rie, c\u2019est la France\u00bb. Position difficile \u00e0 tenir face \u00e0 l\u2019id\u00e9e profond\u00e9ment ancr\u00e9e, que oui l\u2019Alg\u00e9rie c\u2019est la France. Il faut expliquer, revenir sur les racines du colonialisme, sur la volont\u00e9 des peuples d\u2019\u00eatre libres, de d\u00e9cider de leur sort, mais aussi sur la pr\u00e9sence d\u2019un million d\u2019Europ\u00e9ens qui y vivent.<\/p>\n<p>Le rappel des r\u00e9servistes, l\u2019envoi des appel\u00e9s en Alg\u00e9rie, am\u00e8nent de premi\u00e8res r\u00e9actions. P\u00e9titions, d\u00e9brayages, poursuites des contacts avec les soldats par l\u2019envoi de mandats, produit des collectes organis\u00e9es dans l\u2019atelier, manifestations hors de l\u2019usine, actions contre le racisme que certains d\u00e9veloppent vis-\u00e0-vis des trois mille travailleurs alg\u00e9riens pr\u00e9sents dans l\u2019usine. Au fur et \u00e0 mesure que le conflit se prolonge, l\u2019opinion \u00e9volue, l\u2019id\u00e9e de l\u2019ind\u00e9pendance grandit et avec elle la fin du conflit. En avril 1961 la tentative de putsch de g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 Alger est bris\u00e9e par l\u2019appel de de Gaulle \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, mais aussi et surtout par la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l\u2019initiative des syndicats. Un d\u00e9brayage a lieu \u00e0 Billancourt suivi d\u2019un meeting g\u00e9ant sur l\u2019esplanade de l\u2019\u00eele S\u00e9guin. Ce qui n\u2019emp\u00eachera pas les pires des tenant du colonialisme, l\u2019OAS (1), de multiplier les exactions en Alg\u00e9rie comme en France, la r\u00e9pression qui fera des centaines de morts parmi les Alg\u00e9riens qui manifestent \u00e0 Paris en octobre, ou parmi les manifestants contre l\u2019OAS qui vont p\u00e9rir au m\u00e9tro Charonne en f\u00e9vrier 1962. Sur les 9 morts tous \u00e9taient membres de la CGT, 8 du PCF. La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 laquelle Renault participe, va permettre la signature entre la France et le gouvernement provisoire alg\u00e9rien de l\u2019accord sur l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie et la fin des combats.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9faite du colonialisme va mettre fin \u00e0 la pr\u00e9sence coloniale fran\u00e7aise dans le monde. Elle va aussi permettre \u00e0 la classe ouvri\u00e8re de d\u00e9velopper la lutte revendicative et politique contre le capital, de remporter d\u2019importantes avanc\u00e9es dans les salaires ou la 4<sup>e<\/sup> semaine de cong\u00e9s pay\u00e9s obtenue chez Renault d\u00e8s 1962.<\/p>\n<p>Renault, comme toute l\u2019industrie, a toujours eu recours \u00e0 la main d\u2019\u0153uvre immigr\u00e9e. Indochinois entre 1914-1918, russes fuyant la r\u00e9volution, espagnols r\u00e9publicains, italiens, Alg\u00e9riens, tous sans distinction, y ont connu l\u2019exploitation<\/p>\n<p>En 1961 est lanc\u00e9e \u00e0 Billancourt une nouvelle voiture, la 4L. Cela va modifier profond\u00e9ment les conditions de fabrication par la pr\u00e9sence massive, pour ne pas dire exclusive de personnel immigr\u00e9 dans les ateliers. Si la pr\u00e9sence de travailleurs immigr\u00e9s est une constante dans les entreprises, il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une toute autre dimension. Ces travailleurs, issus du Maghreb ou des anciennes colonies fran\u00e7aises d\u2019Afrique, en plus du d\u00e9racinement, de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la carte de travail, en l\u2019absence de toute tradition de luttes sociales va poser au mouvement politique et syndical des probl\u00e8mes nouveaux qu\u2019il prendra \u00e0 bras le corps. Bien s\u00fbr, ils vont vite se rendre compte de l\u2019exploitation \u00e0 laquelle ils sont soumis. Encore faut-il qu\u2019ils prennent conscience que leur exploiteur n\u2019est pas le petit chef qui les pousse \u00e0 aller toujours plus vite mais que c\u2019est le patron, le syst\u00e8me capitaliste qui est responsable de leur exploitation.<\/p>\n<p>Cela va \u00eatre le long et patient travail d\u2019explication men\u00e9 par la CGT et le PCF aupr\u00e8s d\u2019eux, pour surmonter les divisions nationales, les pr\u00e9jug\u00e9s, la barri\u00e8re de la langue. Les cours d\u2019alphab\u00e9tisation donn\u00e9s par le CE vont \u00eatre d\u2019une aide pr\u00e9cieuse. Petit \u00e0 petit vont se r\u00e9v\u00e9ler parmi ces travailleurs des dirigeants, qui vont tout naturellement prendre toute leur place dans les organisations de la CGT et du PCF.<\/p>\n<p>Je veux \u00e0 ce moment de mon intervention rappeler le nom de Logbi, premier d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du personnel \u00e9lu sur la liste pr\u00e9sent\u00e9e par la CGT, ou encore celui de Dioni Preira, s\u00e9n\u00e9galais, \u00e9lu au CE alors qu\u2019il \u00e9tait in\u00e9ligible du fait de la loi qui pr\u00e9cisait que seules les personnes de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise pouvaient \u00eatre \u00e9lues. La direction de Renault aurait eu l\u00e0, la possibilit\u00e9 de faire avancer le droit social en fonction de la modification du personnel intervenue depuis 1946. Elle n\u2019en fit rien et, apr\u00e8s jugement Dioni fut d\u00e9clar\u00e9 non \u00e9lu. A l\u2019\u00e9poque l\u2019affaire fit grand bruit. \u00ab\u00a0L\u2019Humanit\u00e9\u00a0\u00bb mena campagne, les d\u00e9put\u00e9s communistes prirent le relais, la loi fut modifi\u00e9e.<\/p>\n<p>Aux diverses \u00e9lections professionnelles, les travailleurs immigr\u00e9s trouv\u00e8rent toute leur place sur les listes de la CGT Renault, dans les organes de direction tant syndicale que politique. A la R\u00e9gie comme dans toutes les entreprises, par la voie du r\u00e8glement int\u00e9rieur les organisations politiques sont interdites. Les salari\u00e9s perdent leur statut de citoyen en passant les portes. Les actions politiques men\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur le sont toujours dans une situation de rapport de force, que ce soit l\u2019affichage de \u00ab\u00a0l\u2019Humanit\u00e9\u00a0\u00bb dans certains ateliers ou les r\u00e9unions pendant le temps de repas qui n\u00e9cessitent de faire preuve d\u2019une grande imagination pour les r\u00e9ussir. Lorsque la situation change la r\u00e9pression se fait brutale. 1978 voit le licenciement de Michel Certano, secr\u00e9taire du syndicat CGT de Billancourt, licenci\u00e9 pour avoir accompagn\u00e9 une d\u00e9l\u00e9gation de gr\u00e9vistes qui retiennent quelques heures le PDG pour obtenir l\u2019ouverture de n\u00e9gociations sur leurs revendications. Il sera r\u00e9int\u00e9gr\u00e9, avec une forte pression des salari\u00e9s et de la CGT \u00e0 tous les niveaux, en 1981. En 1988 le secr\u00e9taire de la section Renault du PCF entr\u00e9 dans l\u2019usine est kidnapp\u00e9 par les sbires de la direction, jet\u00e9 dans une voiture et abandonn\u00e9 dans le bois de Meudon. Jamais la direction n\u2019a fait un pas vers la reconnaissance de l\u2019activit\u00e9 politique \u00e0 l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>1968 fut la premi\u00e8re grande lutte revendicative que v\u00e9curent les travailleurs immigr\u00e9s. Les succ\u00e8s arrach\u00e9s au patronat et au pouvoir, leur firent prendre conscience et confiance dans leur force. Parmi eux une id\u00e9e grandit\u00a0: celle de ne pas rester OS \u00e0 vie, de la prise en compte de leur exp\u00e9rience professionnelle, du fait qu\u2019ils \u00e9taient capables de tenir plusieurs postes diff\u00e9rents et qu\u2019ils avaient la possibilit\u00e9 de passer professionnel de fabrication appel\u00e9 P1F. (2) La CGT, le PCF seuls comme organisation syndicale ou politique, firent leur cette revendication. La direction qui y voyait comme cons\u00e9quence une augmentation de salaire va, sans surprise, s\u2019y opposer. Il fallut une gr\u00e8ve d\u2019un mois en 1973 et une autre en 1975 pour que la direction capitule et que les ouvriers de fabrication puissent arriver non seulement \u00e0 la qualification de P1 mais aussi \u00e0 celle de P2.<\/p>\n<p>Si cette \u00e9volution ne solutionne pas toutes les questions li\u00e9es au travail parcellaire, elle rend en partie \u00e0 ceux qui l\u2019ex\u00e9cutent dignit\u00e9 et reconnaissance financi\u00e8re du travail. A tous ceux qui pr\u00e9tendent que le mouvement ouvrier s\u2019est servi des immigr\u00e9s, l\u2019histoire r\u00e9elle des luttes sociales et politiques de Renault Billancourt en est le meilleur d\u00e9menti. Dans une situation in\u00e9dite ils ont appliqu\u00e9 l\u2019appel du manifeste communiste de 1848 \u00ab\u00a0Prol\u00e9taires de tous les pays, unissez-vous\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>1968 a vu Renault dans la lutte et m\u00eame faire la \u00abune\u00bb de l\u2019actualit\u00e9. Je n\u2019en ferai pas le r\u00e9cit dans le d\u00e9tail, d\u2019autant que \u00ab33 jours et 33 nuits\u00bb \u00e9dit\u00e9 par le syndicat CGT et \u00abMai 1968, Renault Billancourt\u00bb de Michel Certano rendent parfaitement compte de cette gr\u00e8ve, des acquis obtenus tant en g\u00e9n\u00e9ral que chez Renault dans l\u2019imm\u00e9diat et dans les mois qui suivent telle la \u00abmensualisation\u00bb des ouvriers. Une bataille id\u00e9ologique intense va se mener pour que cette gr\u00e8ve d\u00e9vie de ses objectifs revendicatifs, tout en bouchant, par un anticommunisme acharn\u00e9, une solution politique.<\/p>\n<p>Le pouvoir gaulliste met en avant l\u2019id\u00e9e de l\u2019association capital\/travail au travers de l\u2019int\u00e9ressement sur les b\u00e9n\u00e9fices tandis que les r\u00e9formistes, CFDT en t\u00eate appelle au \u00ab\u00a0pouvoir ouvrier\u00a0\u00bb dans les usines sans pr\u00e9ciser qui d\u00e9tient le pouvoir \u00e9conomique ce qui est pourtant la question fondamentale. De m\u00eame les groupes gauchistes qui dans leurs discours ou leurs \u00e9crits utilisent le mot \u00abr\u00e9volution\u00bb sans en pr\u00e9ciser le contenu. Cela va permettre de taxer la CGT d\u2019opportunisme, de collusion avec le pouvoir. Le journal \u00ab\u00a0le Monde\u00a0\u00bb toujours pr\u00e9sent\u00e9 comme journal de r\u00e9f\u00e9rence, va se distinguer dans cette op\u00e9ration.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s trois semaines de gr\u00e8ve s\u2019ouvre une n\u00e9gociation gouvernement\/patronat\/ syndicats. Le 27 mai un constat de fin de discussion met fin \u00e0 36 heures d\u2019\u00e2pres n\u00e9gociations. Il comprend entre-autre, l\u2019augmentation du Smic, la diminution du temps de travail, la pr\u00e9sence du syndicat dans l\u2019entreprise. Le journal l\u2019Humanit\u00e9 du 27 mai titre \u00abLa CGT aux travailleurs. Renforcez la gr\u00e8ve. Restez vigilants\u00bb. Le m\u00eame jour les gr\u00e9vistes de Billancourt lors de leur meeting quotidien d\u00e9cident de poursuivre la gr\u00e8ve, la direction refuse toujours de satisfaire leurs revendications. Georges S\u00e9guy, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CGT, vient rendre compte aux gr\u00e9vistes des discussions. Applaudissements pour les avanc\u00e9es, sifflets pour ce que les gr\u00e9vistes consid\u00e8rent comme insuffisant. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient ce qu\u2019il convient d\u2019appeler la crapulerie du \u00abMonde\u00bb. En effet, dans son num\u00e9ro dat\u00e9 du 28 mai il rend compte du meeting sous le titre \u00abRenault\u00a0: la CGT n\u2019a pu convaincre les gr\u00e9vistes de reprendre le travail\u00bb. Le reste de l\u2019article d\u00e9ment le titre, mais c\u2019est ce dernier qui va faire r\u00e9f\u00e9rence dans les m\u00e9dias, aujourd\u2019hui encore chez les historiens malveillants.<\/p>\n<p>La mise en avant de Renault va attirer \u00e0 Billancourt tout ce que la France compte de mouvements gauchistes. Pour aider la classe ouvri\u00e8re dans sa lutte contre le patronat\u00a0? Non. Comme l\u2019explique l\u2019un d\u2019entre eux dans un livre, \u00ab Ceux de Billancourt \u00bb, il se fait embaucher chez Renault apr\u00e8s discussion avec son organisation l\u2019OCI (3). \u00abC\u2019\u00e9tait l\u2019occasion pour eux de placer un militant chez Renault, objectif de toutes les organisations politiques d\u2019extr\u00eame gauche \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00bb. Pour contrer \u00abla gestion et l\u2019orientation id\u00e9ologique des travailleurs qui sont majoritairement sous la domination du PCF \u00e0 travers la CGT\u00bb. En une phrase tout est dit. Un tel but ne peut g\u00eaner la direction qui les embauche sans aucun probl\u00e8me, tant la convergence des buts est \u00e9vidente. Certains groupes comme la Gauche Prol\u00e9tarienne iront jusqu\u2019\u00e0 la violence physique contre les adh\u00e9rents de la CGT et du PCF, condamnant \u00e0 mort dans un pr\u00e9tendu \u00abtribunal r\u00e9volutionnaire\u00bb les dirigeants du syndicat R. Sylvain et M. Certano. Les mots d\u2019ordre, les actions de ces provocateurs iront jusqu\u2019\u00e0 causer la mort de l\u2019un d\u2019entre eux, tu\u00e9 par un garde arm\u00e9 de la direction \u00e0 une porte de l\u2019usine. Il faudra toute la d\u00e9termination de la CGT qui les reconduit hors de l\u2019usine, pour que la direction proc\u00e8de aux licenciements de ces provocateurs. Au regard du bruit fait chez Renault et en dehors, il est possible de dire que leur influence sur la classe ouvri\u00e8re, sur ses luttes a \u00e9t\u00e9 inexistante. Ils ont \u00e9t\u00e9 battus sur le plan id\u00e9ologique et dans la pratique journali\u00e8re de la d\u00e9fense des revendications On ne se proclame pas d\u00e9fenseur de la classe ouvri\u00e8re en voulant se servir d\u2019elle pour des buts qui n\u2019ont rien \u00e0 voir avec la lib\u00e9ration de ses cha\u00eenes.<\/p>\n<p>1968 a une autre cons\u00e9quence. La volont\u00e9 de la direction et du pouvoir politique, quelle que soit sa couleur, de fermer Billancourt. Cela va \u00eatre une lutte de pr\u00e8s de 25 ans, mais \u00e0 la fin c\u2019est le capitalisme qui va gagner. M\u00eame les avanc\u00e9es obtenues par les luttes, tel que le remplacement de la 4L par un v\u00e9hicule moderne, la modernisation de Billancourt et l\u2019introduction massive des robots dans la production vont aboutir \u00e0 des suppressions massives d\u2019emplois, aid\u00e9es par les fonds publics qui vont les faciliter. Sous divers pr\u00e9textes, bruit, pollution, co\u00fbts trop \u00e9lev\u00e9s les ateliers professionnels sont d\u00e9mantel\u00e9s. Aux yeux de la direction ils sont le fer de lance de l\u2019esprit de classe qu\u2019il faut an\u00e9antir. Ce que l\u2019on a appel\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019affaire des dix de Billancourt\u00a0\u00bb en est l\u2019illustration.<\/p>\n<p>Un ancien directeur de l\u2019usine, Roger Vacher, le confirme dans un livre de souvenirs. Il \u00e9crit\u00a0\u00ab\u00a0Pour moderniser [comprendre liquider] Billancourt il fallait casser la CGT. C\u2019est ce que le pr\u00e9sident G. Besse a fait\u00a0\u00bb. Pour ce faire la direction, avec l\u2019aide permanente du pr\u00e9sident et du gouvernement socialiste, ne va h\u00e9siter devant rien.<\/p>\n<p>Le dernier jour de travail avant les vacances de 1985 la direction annonce plusieurs dizaines de licenciements dans divers secteurs de l\u2019usine. Devant ce qu\u2019il faut consid\u00e9rer comme une provocation la col\u00e8re gagne. Au cours de d\u00e9brayages divers bureaux sont envahis, quelques papiers jet\u00e9s par les fen\u00eatres. La r\u00e9ponse est brutale. Dix salari\u00e9s, tous militants syndicaux ou politiques sont licenci\u00e9s, poursuivies pour d\u00e9gradations. Il s\u2019agit d\u2019une prise d\u2019otages &#8211; l\u2019un d\u2019entre eux \u00e9tait en vacances au moment des faits &#8211; pour terroriser l\u2019ensemble des salari\u00e9s et pouvoir fermer Billancourt avec le moins de vagues possibles. Une double bataille est engag\u00e9e. Dans l\u2019usine pour leur r\u00e9int\u00e9gration et la solidarit\u00e9 mat\u00e9rielle et sur le plan juridique. Qui sera perdu dans un premier temps par Renault, la cour d\u2019appel de Versailles rejetant la plainte de la direction et ordonnant la r\u00e9int\u00e9gration des licenci\u00e9s. Ce que la direction va faire mais elle ne baisse pas les bras. Avec la b\u00e9n\u00e9diction du pouvoir qui laisse faire elle va aller en Cassation et obtenir gain de cause.<\/p>\n<p>C\u2019est un signal fort au patronat. C\u2019est l\u2019inviter \u00e0 entrer encore d\u2019avantage dans le nouveau cycle du capitalisme que repr\u00e9sente la mondialisation, la recherche du profit en exploitant les salari\u00e9s \u00e0 bas co\u00fbt, c\u2019est lui dire que l\u2019appareil de l\u2019\u00c9tat sera \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s pour casser l\u2019outil industriel fran\u00e7ais. La voie est ouverte pour fermer Billancourt dont la modernisation a co\u00fbt\u00e9 5 milliards de francs quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t. Il faut faire dispara\u00eetre le symbole d\u2019un si\u00e8cle de luttes ouvri\u00e8res, de succ\u00e8s revendicatifs, d\u2019actions politiques. Ce sera fait avec l\u2019annonce de Michel Rocard, premier ministre, en 1991. Cela ouvrira la porte \u00e0 la privatisation.<\/p>\n<p>J\u2019ai bien conscience d\u2019avoir pass\u00e9 sous silence nombre de faits, de luttes qui aurait p\u00fb \u00e9clairer encore davantage toutes cette p\u00e9riode. Le cadre de cette intervention ne le permet pas. Je compte sur votre compr\u00e9hension pour ne pas m\u2019en tenir rigueur. Je tiens \u00e0 dire quelques mots sur ceux qui ont fait l\u2019histoire sociale et politique chez Renault comme ailleurs, luttes et succ\u00e8s sont d\u00fbs \u00e0 des hommes et des femmes engag\u00e9es dans l\u2019action politique et syndicale. Diffuseurs semi-clandestins de la \u00ab\u00a0Vie Ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0l\u2019Humanit\u00e9\u00a0\u00bb, collecteurs de timbres, dirigeants des sections syndicales ou de cellules du PCF. Des hommes et des femmes au plus pr\u00e8s des salari\u00e9s, expliquant jours apr\u00e8s jours les raisons et la n\u00e9cessit\u00e9 des luttes quotidiennes pour aller vers des changements plus profonds.\u00a0 Des hommes et des femmes dont personne ne conna\u00eetra le nom, leur histoire, celle d\u2019un engagement de tous les jours contre l\u2019exploitation patronale. Permettez- moi au nom du Cercle Universitaire d&rsquo;\u00c9tudes Marxistes de leur rendre l\u2019hommage qui leur est d\u00fb.<\/p>\n<p><strong>La politique sociale de l\u2019entreprise nationale n\u2019est pas diff\u00e9rente de celle de la soci\u00e9t\u00e9 dans\u00a0 laquelle elle existe\u00a0: la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste.<\/strong><\/p>\n<p>En conclusion les nationalisations en r\u00e9gime capitaliste ne sont pas une r\u00e9ponse aux besoins de d\u00e9veloppement social et \u00e9conomique des travailleurs et de la Nation. La seule r\u00e9ponse c\u2019est la lutte quotidienne contre le capitalisme pour aboutir \u00e0 la fin de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des grands moyens de production et d\u2019\u00e9change, leur remplacement par la propri\u00e9t\u00e9 collective et la prise de contr\u00f4le de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat. A son \u00e9poque Marx avait vu juste. Cela reste enti\u00e8rement d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>Organisation de l\u2019Arm\u00e9e Secr\u00e8te, cr\u00e9\u00e9e en Alg\u00e9rie par la partie la plus r\u00e9actionnaire des colons et des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019arm\u00e9e de m\u00e9tier, responsable de milliers de morts Alg\u00e9riens et Fran\u00e7ais.<\/li>\n<li>Il existe dans la grille des qualifications de Renault, trois cat\u00e9gories d\u2019ouvriers de fabrication\u00a0: P1, P2,\u00a0P3 qui correspondent \u00e0 des niveaux diff\u00e9rents.<\/li>\n<li>Organisation Communiste Internationaliste. Organisation trotskiste qui fournira de nombreux cadres au PS, tel Jospin.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>T\u00c9MOIGNAGE D\u2019ARESKY AMAZOUZ, OS AU DEPARTEMENT 74 (ILE SEGUIN)<\/strong><\/p>\n<p><strong>SECRETAIRE DU SYNDICAT CGT RENAULT BILLANCOURT, PRESIDENT DE L&rsquo;ASSOCIATION DES ANCIENS TRAVAILLEURS DE RENAULT BILLANCOURT ET DE L\u2019ILE SEGUIN. (ATRIS)<\/strong><\/p>\n<p>Je suis entr\u00e9 chez Renault en 1971 comme ouvrier sp\u00e9cialis\u00e9 (OS) au d\u00e9partement 74 dans l\u2019\u00eele Seguin. En 1992 \u00e0 la fermeture de l\u2019usine j\u2019\u00e9tais toujours OS. Par nos luttes de 1973 et 1975 et le soutien sans r\u00e9serve du syndicat CGT nous avons obtenu la reconnaissance d\u2019une certaine qualification professionnelle et une augmentation de nos salaires ce qui n\u2019est pas n\u00e9gligeable, mais dans le travail rien n\u2019a chang\u00e9. C\u2019\u00e9tait toujours la m\u00eame pi\u00e8ce \u00e0 mettre au m\u00eame endroit dans le temps allou\u00e9 pour faire l\u2019op\u00e9ration. J\u2019\u00e9tais, nous n\u2019\u00e9tions que le prolongement d\u2019une immense machine appel\u00e9e la Cha\u00eene avec laquelle nous appartenions pendant 8 heures par jour, cinq voir six jours par semaine.<\/p>\n<p>A aucun moment Renault ne s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 une formation pour aucun d\u2019entre nous. Pour l\u2019entreprise j\u2019\u00e9tais, nous n\u2019\u00e9tions que le prolongement de la machine. Inutile de nous faire connaitre autre chose que notre poste de travail. Pas de temps ni d\u2019argent \u00e0 perdre pour nous former \u00e0 une \u00e9volution vers un travail plus int\u00e9ressant. Lorsque le corps ne pouvait plus suivre, us\u00e9 par ce travail r\u00e9p\u00e9titif, dans le meilleur des cas c\u2019\u00e9tait le d\u00e9classement, l\u2019atelier dit social.<\/p>\n<p>A la fermeture de Billancourt, rares sont ceux qui ont pu \u00eatre reclasser avec une promotion. L\u2019absence d\u2019une formation permanente en est la cause. Nous n\u2019\u00e9tions qu\u2019un produit jetable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Sur l\u2019\u00e9volution de Georges Villiers, index de mes ouvrages <em>Industriels et banquiers fran\u00e7ais sous l\u2019Occupation<\/em>, Paris, Armand Colin, 2013,<em> et Les \u00e9lites fran\u00e7aises, 1940-1944. De la collaboration avec l\u2019Allemagne \u00e0 l\u2019alliance am\u00e9ricaine<\/em>, Paris, Dunod-Armand Colin, 2016,<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9sistancialisme<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Archives BB18 et BB30 notamment, que je consulte depuis plusieurs ann\u00e9es pour pr\u00e9parer un nouvel ouvrage.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Sur l\u2019atmosph\u00e8re politique et historiographique, Lacroix-Riz, <em>L\u2019histoire contemporaine toujours sous influence<\/em>, Paris, Delga-Le temps des cerises, 2012, \u00ab\u00a0Troublante indulgence envers la collaboration\u00a0\u00bb, <em>Monde diplomatique<\/em>, juillet 2015, p.\u00a024\u00a0; http:\/\/www.humanite.fr\/critique-de-livre-par-claude-mazauric-la-grande-bourgeoisie-et-linavouable-collaboration<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> http:\/\/louisrenault.com\/2015\/12\/28\/lhumanite-du-23-decembre-2011-face-a-la-famille-renault-france-3-ecarte-annie-lacroix-riz-par-claude-mazauric\/<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Il faudrait mettre entre toutes les mains l\u2019ouvrage de Gis\u00e8le Jamet et Jo\u00eblle Fontaine, <em>Enseignement de l\u2019histoire. Enjeux, controverses autour de la question du fascisme<\/em>, Adapt-Snes \u00e9ditions, Millau, 2016 (r\u00e9\u00e9dition pr\u00e9vue, Paris, Delga).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Rappelons que, via les frais d\u2019occupation et le clearing, l\u2019occupant n\u2019a de 1940 \u00e0 1944 <em>rien<\/em> pay\u00e9 en France, et le contribuable <em>tout, Industriels et banquiers fran\u00e7ais, <\/em>p.\u00a025-26 et<em> passim.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Sur l\u2019intelligente \u00ab\u00a0tactique de l\u2019\u00e9clat de rire\u00a0\u00bb, Guillemin, sous le pseudonyme de Cassius, <em>La v\u00e9rit\u00e9 sur l\u2019affaire P\u00e9tain<\/em>, Gen\u00e8ve, Milieu du Monde, 1945, r\u00e9\u00e9d., \u00e9ditions d\u2019Utovie, 1996, p.\u00a050. Je l\u2019ai d\u00e9crite dans <em>Le choix de la d\u00e9faite : les \u00e9lites fran\u00e7aises dans les ann\u00e9es 1930<\/em>, Paris, Armand Colin, 2010, chapitres 1 et 6, et l\u2019applique \u00e0 la n\u00e9gation de la trahison de Bazaine par l\u2019historiographie dominante, \u00ab\u00a0La d\u00e9faite organis\u00e9e de 1870\u00a0\u00bb, Actes du colloque Henri Guillemin sur la Commune du 19 novembre 2016, \u00e0 para\u00eetre, \u00e9ditions d\u2019Utovie, 2017.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> \u00ab\u00a0Avant-guerre, la Cagoule a pu appara\u00eetre comme une menace s\u00e9rieuse contre la R\u00e9publique. En r\u00e9alit\u00e9, elle a \u00e9t\u00e9 un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne, certes bruyant, sanglant, fascinant m\u00eame pour une frange r\u00e9actionnaire, mais elle ne fut en rien, ni en 1936, encore moins sous l\u2019Occupation, une organisation politique d&rsquo;envergure. Apparemment, son parfum de romantisme noir ne s\u2019est pourtant pas totalement \u00e9vapor\u00e9.\u00a0\u00bb Henry Rousso, <em>Lib\u00e9ration<\/em>, 31\u00a0mai 1991, \u00ab\u00a0Les Cagoulards, terroristes noirs\u00a0\u00bb; critique, <em>Le choix de la d\u00e9faite<\/em>, p.\u00a043-44, et <em>passim<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Le choix de la d\u00e9faite<\/em> et <em>De Munich \u00e0 Vichy, l\u2019assassinat de la 3<sup>e<\/sup> R\u00e9publique, 1938-1940<\/em>, Paris, Armand Colin, 2008, index Fran\u00e7ois Lehideux.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Rapport officiel du commissaire de police de Boulogne-Billancourt, ?\u00a0janvier 1939, BA, 2136, Renault, archives de la Pr\u00e9fecture de police (APP).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Lettres \u00ab\u00a0recommand\u00e9e[s]\u00a0\u00bb et sign\u00e9es de Lehideux au ministre de l\u2019int\u00e9rieur Albert Sarraut et au pr\u00e9fet de police Roger Langeron, co-organisateur de la r\u00e9pression, 24\u00a0novembre 1938, BA, 2136, Renault, APP.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Sylvie Schweitzer, \u00ab\u00a0Partis et syndicats aux usines Renault (1936-1939)\u00a0\u00bb, m\u00e9moire de ma\u00eetrise, universit\u00e9 Paris\u00a01, 1975, r\u00e9sum\u00e9 et cit\u00e9 par <em>La d\u00e9faite du Front Populaire<\/em>, Paris, Masp\u00e9ro, 1977, p.\u00a0143-149; <em>De Munich \u00e0 Vichy<\/em>, p.\u00a095, et chapitre 3; <em>Industriels et banquiers<\/em>, p.\u00a051-52.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Pertinax, <em>Les fossoyeurs\u00a0: d\u00e9faite militaire de la France, armistice, contre-r\u00e9volution<\/em>, New York, 1943, 2 vol.<em>, <\/em>t.<em>\u00a0<\/em>II, p. 240\u00a0; sur Pertinax, <em>infra<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Contexte, <em>Les \u00e9lites<\/em>, p.\u00a0181 <em>sq<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Lettre de Fran\u00e7ois Lehideux, directeur g\u00e9n\u00e9ral des usines Renault, au pr\u00e9fet de la Seine Achille Villey, Billancourt, 19\u00a0mai 1940, et note de la pr\u00e9fecture, BA, 2136, Renault, APP, et <em>Industriels et banquiers fran\u00e7ais<\/em>, p.\u00a052.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> 1904-26\u00a0ao\u00fbt 1939 (date de son interdiction par d\u00e9cret-loi Daladier), et 1944, <a href=\"http:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb327877302\/date\">http:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb327877302\/date<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Jean Paul Depretto et Sylvie Schweitzer, <em>Le communisme \u00e0 l\u2019usine. Vie ouvri\u00e8re et mouvement ouvrier chez Renault, 1920<\/em><em>-1939<\/em>, Roubaix, Edires, 1986.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Et non, comme je l\u2019ai dit le jour de la conf\u00e9rence, Marcel Willard, qui fut un des avocats du proc\u00e8s des d\u00e9put\u00e9s communistes de janvier 1940<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 7-t 9\u00a0mars 1939. Sur le traitement des ouvriers extraits de l\u2019usine apr\u00e8s une heure de gr\u00e8ve, tabass\u00e9s, insult\u00e9s, arros\u00e9s avec les lances \u00e0 incendie, sous l\u2019\u0153il hilare de deux mondains tout juste sortis de leurs mondanit\u00e9s mondanit\u00e9s respectives, le pr\u00e9fet de police Langeron et Lehideux, les 290 arr\u00eat\u00e9s, entass\u00e9s dans les commissariats, Depretto et Schweitzer, <em>Le communisme \u00e0 l\u2019usine<\/em>, p.\u00a0264-271, et <em>De Munich \u00e0 Vichy<\/em>, p.\u00a095-96, et photos du cahier central.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Pertinax, <em>Les fossoyeurs<\/em>, I, p. 140, et ce chap.\u00a05, \u00ab\u00a0La faillite du r\u00e9armement\u00a0\u00bb, et mes <em>op. cit.<\/em> sur les ann\u00e9es 1930.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Information \u00ab\u00a0A.S. de la direction des usines Renault\u00a0\u00bb, commissariat de Boulogne-Billancourt (plus loin, B-B), 25 novembre 1939, BA, 2136, Renault, archives de la Pr\u00e9fecture de Police (APP), et <em>Industriels et banquiers<\/em>, p.\u00a039-40.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> C\u2019est le portrait qu\u2019en a dress\u00e9 Emmanuel Chadeau, <em>Louis Renault, biographie<\/em>, Paris, Plon, 1998, premi\u00e8re d\u2019une s\u00e9rie d\u2019hagiographies de Louis Renault, <em>passim.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> <em>Industriels et banquiers fran\u00e7ais sous l\u2019Occupation<\/em>, chapitres 3 et 4.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> \u00ab\u00a0M\u00e9mento de la r\u00e9union [franco-allemande] tenue le dimanche 4\u00a0ao\u00fbt [1940] \u00e0 10 heures, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Majestic\u00a0\u00bb, AN, 3W 217, fonds de la Haute Cour de Justice, Lehideux.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> <em>Industriels et banquiers fran\u00e7ais<\/em>, p.\u00a0157-159.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> R\u00e9sum\u00e9 expos\u00e9 Lehideux entretiens Berlin 18-19 mai 1942, \u00ab\u00a0malle P\u00e9tain\u00a0\u00bb, AN, W3, 217, AN. Soulign\u00e9 par moi.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> \u00ab\u00a0The French underground\u00a0\u00bb, <em>Life<\/em>, 24\u00a0ao\u00fbt 1942, p. 86, en fran\u00e7ais et en italique dans le texte\u00a0; Chadeau, <em>Louis Renault, <\/em>p.\u00a0320, 324, etc., et <em>Industriels et banquiers<\/em>, p.\u00a0153-154.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> Information 15\u00a0avril 1944, F1a, 3974, PV entretien Krause-Coulet, 30\u00a0mars 1944, W3, 227, et audition Knochen par le commissaire Marc Berg\u00e9, 4\u00a0janvier 1947, W3, 358, AN, et <em>Industriels et banquiers<\/em>, p.\u00a0155-156 et 217-218.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Lettre du commissaire de police Boulogne-Billancourt au directeur de la police judiciaire, B.O re\u00e7u 5 (d\u00e9cembre?) 1941, BA 2135, Renault (Renseignements g\u00e9n\u00e9raux de la Pr\u00e9fecture de police (RGPP), archives de la Pr\u00e9fecture de police<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Faiblesse d\u2019effectifs dont ses deux chefs, Oberg (depuis mai 1942) et Knochen, ne cess\u00e8rent de se plaindre \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la traque des r\u00e9fractaires au Service du travail obligatoire. Chiffres, Lacroix-Riz, <em>Les \u00e9lites fran\u00e7aises, 1940-1944<\/em>, p.\u00a023-24.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> PV Boerner, Wi\u00a0R\u00fc Stab, Gruppe Preispr\u00fcf (contr\u00f4le des prix) entretien du 12 au service avec COA, dont L\u2019\u00c9pine, Paris, 13\u00a0janvier 1942, W3, 232, AN.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> Voir aussi \u00ab\u00a0Louis Renault et \u201cla fabrication de chars pour la Wehrmacht\u201d\u00a0\u00bb, <a href=\"http:\/\/www.historiographie.info\/\">www.historiographie.info<\/a>, f\u00e9vrier 2011; \u00ab\u00a0L\u00e9gende et r\u00e9alit\u00e9 des conditions d\u2019arrestation et de d\u00e9c\u00e8s de Louis Renault\u00a0\u00bb, 8\u00a0janvier 2012, <a href=\"http:\/\/www.historiographie.info\/\">www.historiographie.info<\/a><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u201cLa d\u00e9ontologie des journalistes\u201d et l\u2019imposture\u00a0: G\u00e9rard Grizbec, Monika Ostler-Riess, les h\u00e9ritiers Renault, 25 janvier 2012, <a href=\"http:\/\/www.historiographie.info\/\">www.historiographie.info<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Colloque Renault\u00a0:\u00a0forteresse ouvri\u00e8re\u00a0ou haut lieu de la lutte de classes \u00a0 Texte int\u00e9gral des interventions &nbsp; Sommaire et pr\u00e9sentation des intervenants Introduction\u00a0: luttes sociales et politiques par Michel Gruselle Michel Gruselle est Directeur de Recherche au CNRS, il a exerc\u00e9 des responsabilit\u00e9s syndicales \u00e0 la CGT dans la recherche publique et repr\u00e9sent\u00e9 la CGT au &hellip; <a href=\"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=548\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Textes colloque Renault<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":546,"menu_order":1,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/548"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=548"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/548\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":564,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/548\/revisions\/564"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/546"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=548"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}