{"id":506,"date":"2016-06-08T10:36:03","date_gmt":"2016-06-08T09:36:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cuem.info\/?page_id=506"},"modified":"2016-06-08T10:49:29","modified_gmt":"2016-06-08T09:49:29","slug":"resume-bouffartigue-gruselle","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=506","title":{"rendered":"R\u00e9sum\u00e9 Bouffartigue &#8211; Gruselle"},"content":{"rendered":"<p><strong>Paul Bouffartigue\u00a0 &amp;\u00a0 Jeannine Morandat-Gruselle<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Le Retour des classes sociales<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Conf\u00e9rence n. 6 du Cycle 2015-2016 &#8211; Jeudi 17 Mars 2016 &#8211; Amphi Roussy (Campus des Cordeliers)<\/p>\n<p><strong>Michel Gruselle<\/strong> ouvre la s\u00e9ance par quelques annonces. Tout d&rsquo;abord, le CUEM envisage de publier les r\u00e9sum\u00e9s des conf\u00e9rences. Ensuite, on travaille au programme de l&rsquo;ann\u00e9e prochaine 2016-2017 qui devrait s&rsquo;ouvrir par une s\u00e9rie de conf\u00e9rences consacr\u00e9es aux luttes syndicales et aux luttes de classes aux usines Renault. La mati\u00e8re est tr\u00e8s riche : historique, nationalisation, immigration et main d&rsquo;\u0153uvre immigr\u00e9e, unit\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re. Peut-\u00eatre en ferons-nous une sorte de \u00ab\u00a0journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p><strong>Jeannine Morandat-Gruselle<\/strong> est Ma\u00eetre de Conf\u00e9rences honoraire en sociologie. Apr\u00e8s une th\u00e8se, \u00e0 l&rsquo;Ecole Pratique des Hautes \u00c9tudes en Sciences sociales (EHESS) sur la question du rapport entre pouvoir local et luttes de classes, sous la direction de Jean Lojkine, elle a travaill\u00e9 \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Paris V Ren\u00e9 Descartes. Son activit\u00e9 de recherche, en sociologie urbaine puis en sociologie du travail, a \u00e9t\u00e9 soutenue par des contrats avec des organismes publics (en particulier des programmes du CNRS) et des entreprises priv\u00e9es et associatives (par exemple Rh\u00f4ne-Poulenc, \u00c9coles d&rsquo;ing\u00e9nieurs, UGICT-CGT&#8230;).<\/p>\n<p><strong>Paul Bouffartigue <\/strong>est Directeur de recherche au CNRS. Il travaille au Laboratoire d&rsquo;\u00e9conomie et de sociologie du travail (LEST) \u00e0 Aix-en-Provence. Il a fond\u00e9 le Groupe de Recherche CNRS \u00ab\u00a0Cadres\u00a0\u00bb (2000-2008). Il a publi\u00e9 de nombreux articles dans les revues scientifiques\u00a0 et participe actuellement au comit\u00e9 de r\u00e9daction de la <em>Nouvelle Revue du Travail<\/em>. Parmi ses derniers ouvrages remarquables, notons\u00a0: (1) <em>Le Retour des classes sociales, in\u00e9galit\u00e9s, dominations, conflits,<\/em> (collectif)<em> 2005,<\/em> La Dispute (nouvelle \u00e9dition, 2015)\u00a0; (2) <em>Cadres, classes moyennes\u00a0: vers l&rsquo;\u00e9clatement\u00a0?<\/em> (collectif) Armand Colin, 2011\u00a0; (3) avec Sophie B\u00e9roud, Henri Eckert et Denis Merklen, <em>En qu\u00eate des classes populaires. Essai politique,<\/em> La Dispute, \u00e0 para\u00eetre en 2016.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p>En introduction <strong>Jeannine Morandat-Gruselle<\/strong> revient bri\u00e8vement sur le concept de classes chez Karl Marx.<\/p>\n<p>La pens\u00e9e de Karl Marx est essentielle pour les scientifiques\u00a0: philosophes, \u00e9conomistes, historiens, sociologues&#8230; puisque Marx travaille sur la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste europ\u00e9enne. Par exemple l&rsquo;am\u00e9ricain Robert Nisbet, peu soup\u00e7onnable de sympathie envers le marxisme, classe &#8211; dans son ouvrage <em>la tradition sociologique<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a>&#8211;<\/em> Karl Marx dans le groupe des p\u00e8res de la sociologie.<\/p>\n<p>Mais Marx est aussi un apport incontournable pour les militants qui travaillent \u00e0 \u00abl&rsquo;abolition du salariat\u00a0et du patronat\u00bb, comme le formule la Charte d&rsquo;Amiens: c&rsquo;est un scientifique, mais c&rsquo;est aussi un militant de grande envergure\u00a0: n&rsquo;oublions pas qu&rsquo;il a, d\u00e8s 1847, adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 la Ligue des Justes, devenue ensuite La Ligue des Communistes et qu&rsquo;il a \u00e9crit, avec Engels, le Manifeste pour ce Parti au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1848 (avant les r\u00e9volutions qui ont secou\u00e9 l&rsquo;Europe). Il est \u00e9galement l&rsquo;un des cr\u00e9ateurs et l&rsquo;un des dirigeants de l&rsquo;Association Internationale des Travailleurs cr\u00e9\u00e9e en 1864. Il est aussi l&rsquo;un des militants du Parti allemand SDAP (Parti social d\u00e9mocrate des travailleurs) cr\u00e9\u00e9 en 1869. Ses \u00e9crits militants\u00a0: adresses, articles, brochures tous destin\u00e9s aux militants ouvriers ; sa correspondance (avec Liebknecht, Bebel, Lassalle&#8230;) \u00e9clairent et permettent de mieux comprendre son analyse.<\/p>\n<p>Remettre le nez dans ses \u00e9crits est un vrai bonheur car sa pens\u00e9e est d&rsquo;une extraordinaire modernit\u00e9.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;en est-il du concept de classe\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Marx formule \u00e0 de nombreuses reprises une affirmation tr\u00e8s claire qui est fondamentale\u00a0: la classe n&rsquo;existe ni \u00e0 priori, ni en soi, elle se construit en s&rsquo;organisant pour d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats au quotidien et au del\u00e0, pour prendre le pouvoir pour servir sa cause. Son existence, son unit\u00e9 sont le r\u00e9sultat de luttes constantes.<\/strong><\/p>\n<p>Ainsi, <strong>du point de vue marxiste<\/strong>, se poser la question de savoir si tel ou tel groupe d&rsquo;individus appartient \u00e0 telle ou telle classe, peut \u00eatre utile pour progresser dans l&rsquo;analyse mais on ne peut r\u00e9duire une analyse des classes \u00e0 cette comptabilit\u00e9. Les travaux sur la condition de tel ou tel groupe social (par exemple ceux de St\u00e9phane Beaud et Michel Pialoux<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, sur la condition ouvri\u00e8re) fournissent des \u00e9l\u00e9ments essentiels \u00e0 la connaissance des r\u00e9alit\u00e9s mat\u00e9rielles d&rsquo;existence et de v\u00e9cu de tel ou tel groupe social. C&rsquo;est le terreau de la structuration de classe et il faut le conna\u00eetre, mais cela ne suffit pas. De m\u00eame, le sentiment d&rsquo;appartenance \u00e0 la classe ouvri\u00e8re (sur lequel travaillent par exemple Michel Simon et Guy Michelat<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> dans leurs enqu\u00eates quantitatives et qualitatives sur <em>les ouvriers et la politique<\/em>) renvoie au \u00ab\u00a0eux et nous\u00a0\u00bb de l&rsquo;Anglais Richard Hoggart<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, c&rsquo;est \u00e0 dire \u00e0 la solidarit\u00e9 de l&rsquo;entre nous et \u00e0 l&rsquo;hostilit\u00e9 envers les autres. C&rsquo;est l&rsquo;un des\u00a0 germes de la conscience de classe et cela donne des \u00e9l\u00e9ments de compr\u00e9hension des processus d&rsquo;identification \u00e0 telle ou telle classe. Mais l\u00e0 aussi une telle approche est insuffisante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans les ouvrages de Marx on trouve bien s\u00fbr les termes ouvriers, classes ouvri\u00e8res, bourgeoisies, etc&#8230;mais c&rsquo;est \u00e0 travers sa recherche sur le syst\u00e8me de production capitaliste (et au del\u00e0 dans sa r\u00e9flexion sur les r\u00e9volutions ouvri\u00e8res) qu&rsquo;il aborde la question des classes. C&rsquo;est donc en partant de sa th\u00e9orie sur le capitalisme, du fil conducteur de cette th\u00e9orie que l&rsquo;on peut saisir ce qu&rsquo;il veut dire. Le fil conducteur de sa th\u00e9orie, c&rsquo;est l&rsquo;appropriation priv\u00e9e des moyens de production et la division du travail. Revenons l\u00e0-dessus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Pour lui, la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e <\/strong>(inscrite en France dans les constitutions depuis la d\u00e9claration des droits de l&rsquo;homme d&rsquo;ao\u00fbt 1789) est <strong>le fondement de la division entre le capital et le travail<\/strong> car elle permet l&rsquo;appropriation priv\u00e9e des moyens SOCIALIS\u00c9S de production et d&rsquo;\u00e9change, par des individus, des familles, (Marx met hors de son analyse principale les producteurs individuels, ce qu&rsquo;il nomme \u00ab\u00a0petite bourgeoisie\u00a0\u00bb, c&rsquo;est \u00e0 dire les propri\u00e9taires qui vivent essentiellement de leur travail\u00a0: artisans, commer\u00e7ants, paysans parcellaires&#8230; petite bourgeoisie d\u00e9j\u00e0 en d\u00e9clin \u00e0 son \u00e9poque, au moins en Angleterre). Cette appropriation priv\u00e9e est \u00e0 l&rsquo;origine des <u>deux groupes sociaux fondamentalement antagoniques<\/u>: les propri\u00e9taires des moyens socialis\u00e9s de produire et les salari\u00e9s (les uns disposent de la propri\u00e9t\u00e9, les autres sont oblig\u00e9s de vendre leur force de travail pour vivre). Il y a donc division structurelle entre les salari\u00e9s et les propri\u00e9taires [les bourgeois]. Bien entendu le salariat est con\u00e7u par Marx comme \u00ab\u00a0<u>travailleur collectif<\/u>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pourquoi <strong>antagonisme de classe entre propri\u00e9taires et salari\u00e9s<\/strong>\u00a0? Parce que cette privatisation des moyens de production met le propri\u00e9taire en position (dans la cha\u00eene de production) de dominer et d&rsquo;exploiter les salari\u00e9s. Elle lui permet de s&rsquo;approprier la force de travail des salari\u00e9s (qui devient elle m\u00eame marchandise) et d&rsquo;accaparer les richesses cr\u00e9\u00e9es. Si la valeur des machines, des mati\u00e8res premi\u00e8res, des b\u00e2timents&#8230;se transf\u00e8rent totalement dans la valeur des marchandises, il n&rsquo;en est pas de m\u00eame pour la valeur de la force de travail qui est pourtant la seule capable d&rsquo;utiliser les moyens de production disponibles pour produire des marchandises ensuite accessibles sur le march\u00e9. Ces propri\u00e9taires des grands moyens de production et d&rsquo;\u00e9change ach\u00e8tent cette force de travail. Ils lui font produire PLUS DE VALEUR que sa propre valeur (dit de fa\u00e7on plus simple plus que son \u00ab\u00a0prix\u00a0\u00bb traduit par un salaire [vers\u00e9 \u2013 ne l&rsquo;oublions pas- avant la vente de la marchandise]). Pour le dire autrement, ils font produire \u00e0 la force de travail du travail gratuit, donc plus de marchandises \u00e0 vendre que ce qu&rsquo;ils d\u00e9boursent pour acheter les machines, mati\u00e8res premi\u00e8res&#8230; et pour payer les salari\u00e9s\u00a0: c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;ils accumulent des richesses et du capital. <strong>Les producteurs sont donc les producteurs du capital<\/strong> et ces industriels <strong>EXPLOITENT<\/strong> donc cette force de travail.<\/p>\n<p>Le concept de <strong>VALEUR<\/strong> est donc le c\u0153ur de la th\u00e9orie marxiste, y compris de sa conception des classes car il permet de comprendre ce qu&rsquo;est le capitalisme, le processus de production capitaliste et la violence des rapports sociaux capitalistes de production. Les \u00e9crits de Marx sont tr\u00e8s p\u00e9dagogiques et le concept de valeur \u00e9tant tr\u00e8s abstrait, il d\u00e9veloppe beaucoup en raisonnant \u00e0 partir de la marchandise, c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs le titre du premier chapitre du livre I du capital (sa lecture, longue certes, n&rsquo;est pas si difficile qu&rsquo;on le dit).<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;accumulation du capital provient donc de l&rsquo;accumulation de la valeur produite par le travail non pay\u00e9<\/strong>, autrement dit par le travail gratuit.\u00a0 Rappelons que Marx parle de la vente de la force de travail et non du travail ce qui est fondamentalement original par rapport aux \u00e9conomistes de son \u00e9poque (par exemple Ricardo), mais aussi par rapport aux \u00e9coles \u00e9conomiques dominantes actuellement car cela met en cause la notion, tr\u00e8s en vogue, de \u00ab\u00a0co\u00fbt du travail\u00a0\u00bb (mais ce n&rsquo;est pas l&rsquo;objet de cette conf\u00e9rence). Dans cette recherche, c&rsquo;est avant tout \u00e0 la fraction industrielle de la bourgeoisie que Marx s&rsquo;int\u00e9resse (m\u00eame s&rsquo;il parle aussi de la bourgeoisie fonci\u00e8re, de la bourgeoisie financi\u00e8re et de la petite bourgeoisie). Cette fraction de la bourgeoisie qui vit de la production industrielle est \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque dominante en Angleterre, elle le devient en France, et elle est au centre du mode de production capitaliste. Il ne traite pas de la bourgeoisie commer\u00e7ante mais elle \u00e9tait encore au milieu du XIX\u00e9me si\u00e8cle peu diff\u00e9renci\u00e9e de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie industrielle (\u00e0 Paris, le premier grand magasin ouvre en 1852).<\/p>\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on, parmi tous les salari\u00e9s qui sont contraints de vendre leur force de travail, ce sont <strong>les PRODUCTEURS, directs et indirects<\/strong> &#8211; de marchandises, de valeur et de capital comme on l&rsquo;a vu- qui sont au centre de sa th\u00e9orie et c&rsquo;est le terme qui revient le plus souvent et qui a le plus de signification dans son raisonnement.\u00a0Pour Marx si l&rsquo;on veut comprendre le capitalisme et ses crises, si on veut l&rsquo;abattre, le producteur est la cl\u00e9 de vo\u00fbte: il fabrique, il produit des marchandises mat\u00e9rielles ou des marchandises immat\u00e9rielles (ces derni\u00e8res \u00e9taient encore, pour l&rsquo;essentiel, \u00e0 venir). Sur cette question de l&rsquo;immat\u00e9riel Marx parle peu de la production de services cependant il nomme l&rsquo;instituteur d&rsquo;\u00e9cole priv\u00e9e&#8230; Rappelons qu&rsquo;au milieu du XIX \u00e8me si\u00e8cle le secteur des services \u00e9taient aux mains de la petite bourgeoisie,\u00a0 Il n&rsquo;y a donc rien d&rsquo;\u00e9tonnant \u00e0 ce quasi silence mais cette r\u00e9f\u00e9rence de Marx au Ma\u00eetre d&rsquo;\u00e9cole permet de v\u00e9rifier que le concept de producteur chez Marx ne repose pas sur le type de m\u00e9tier exerc\u00e9 (boulanger, fileur, tourneur, coiffeur&#8230;) mais bien sur <strong>la place dans le processus de production et d&rsquo;\u00e9change<\/strong>. Lorsqu&rsquo;il parle d&rsquo;ouvriers, d&rsquo;ouvriers d&rsquo;usines, <strong>des <\/strong>classes ouvri\u00e8res, il faut replacer ces termes dans l&rsquo;\u00e9poque, les ouvriers \u00e9taient alors quasi les seuls producteurs salari\u00e9s. Quant aux employ\u00e9s salari\u00e9s, en particulier du commerce, ils \u00e9taient peu nombreux \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Eux aussi vendent leur force travail, eux aussi sont n\u00e9cessaires au syst\u00e8me de production capitaliste puisque seule la vente de la marchandise assure la continuit\u00e9 de la production capitaliste, eux aussi sont exploit\u00e9s par la bourgeoisie, mais ils ne produisent pas de marchandises, ni de capital\u00a0: ils sont pay\u00e9s sur une partie de <strong>la r\u00e9alisation<\/strong> de la valeur (lors de la vente de la marchandise).<\/p>\n<p>La socialisation de la production et l&rsquo;introduction de la machine &#8211; pour aller tr\u00e8s vite dans l&rsquo;histoire \u2013 modifient les processus et les conditions de travail, la <strong>DIVISION DU TRAVAIL <\/strong>explose sur la base des besoins de rentabilit\u00e9 maximum du capital (on peut lire par exemple <em>Le Sublime<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><strong>[5]<\/strong><\/a><\/em>), elle \u00a0permet des gains de temps et donc une croissance du travail gratuit. Ce morcellement du travail divise les producteurs et les vendeurs mais aussi les producteurs entre eux: ouvriers, man\u0153uvres, techniciens, ing\u00e9nieurs&#8230; (Marx parle de ces deux derni\u00e8res cat\u00e9gories tout en pr\u00e9cisant qu&rsquo;elles sont peu d\u00e9velopp\u00e9es et qu&rsquo;elles constituent une \u00ab\u00a0classe sup\u00e9rieure d&rsquo;ouvriers\u00a0\u00bb). Dans cette division du travail salari\u00e9, Marx ne met pas tous les salari\u00e9s dans le m\u00eame sac. Il explique qu&rsquo; il y a \u2013 parmi les salari\u00e9s &#8211; les alli\u00e9s des capitalistes\u00a0: ceux qui dirigent, surveillent, managent et encadrent\u00a0: les officiers et sous officiers \u00e0 la solde de la bourgeoisie.<\/p>\n<p>Dans ce qui pr\u00e9c\u00e8de le concept de PRODUCTEURS est central, celui d&rsquo;ouvriers peu utilis\u00e9. POURQUOI\u00a0? Tout d&rsquo;abord parce que c&rsquo;est bien du producteur quel que soit son m\u00e9tier et sa qualification dont parle Marx, mais aussi pour \u00e9viter d&rsquo;alimenter le vieux d\u00e9bat centr\u00e9 sur l&rsquo;id\u00e9e que la classe ouvri\u00e8re aurait aujourd&rsquo;hui disparu avec l&rsquo;introduction de l&rsquo;informatique, de la robotique&#8230; Parlant des salari\u00e9s, Marx explique qu&rsquo;ils vendent leur capacit\u00e9 \u00e0 travailler c.a.d \u00ab\u00a0leurs mains et leurs cerveaux agissants\u00a0\u00bb. On est loin de l&rsquo;assimilation du travail ouvrier au travail manuel, conception reproch\u00e9e \u00e0 tort \u00e0 Marx. Il conviendrait aujourd&rsquo;hui de mesurer le processus de <u>mondialisation<\/u> de cette exploitation avec l&rsquo;extension \u00e0 toute la plan\u00e8te du travail ouvrier et du travail salari\u00e9, la disparition de la production individuelle ind\u00e9pendante et de l&rsquo;auto-subsistance.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette explication br\u00e8ve du sens \u00e0 donner \u00e0 l&rsquo;antagonisme entre les bourgeoisies et les salari\u00e9s, venons-en au concept de <strong>prol\u00e9tariat<\/strong>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour Karl Marx, le prol\u00e9tariat c&rsquo;est <strong>l&rsquo;organisation <\/strong>en classe des ouvriers et au del\u00e0 des salari\u00e9s (ceux qui ne vivent qu&rsquo;\u00e0 la condition de trouver du travail). Cette organisation n&rsquo;est jamais d\u00e9finitivement gagn\u00e9e \u00e0 cause de la concurrence entre les salari\u00e9s (il y a aussi concurrence entre les fractions de la bourgeoisie pour l&rsquo;accaparement de la plus-value, ce qui m\u00e9riterait une autre note). Cette classe se structure \u00e0 travers ses luttes au quotidien pour r\u00e9sister aux attaques constantes et d\u00e9fendre ses conditions de travail (en particulier, les salaires, la dur\u00e9e et l&rsquo;intensit\u00e9 du travail) et ses conditions de vie. Il faut relire <em>Le Capital<\/em>, il y analyse en long, en large et en travers, ces offensives permanentes des bourgeoisies. Mais Marx insiste sur le fait que ces luttes quotidiennes ne suffisent pas. Au del\u00e0, le prol\u00e9tariat, classe r\u00e9volutionnaire, lutte pour conqu\u00e9rir le pouvoir politique (c&rsquo;est le sens des luttes de classe chez Marx et cela devrait faire l&rsquo;objet d&rsquo;une autre note). Il a l&rsquo;objectif de s&rsquo;attaquer \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 et il se constitue en classe en combattant pour renverser la domination bourgeoise et en luttant pour l&rsquo;abolition du salariat et pour l&rsquo;\u00e9mancipation d\u00e9finitive de la classe travailleuse.<\/p>\n<p>Pour conclure, une belle citation. Marx \u00e9crit en 1875 dans sa <em>critique du programme de Gotha<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><strong>[6]<\/strong><\/a> <\/em><strong>\u00ab\u00a0le <\/strong><strong>prol\u00e9tariat est une classe universelle porteuse de l&rsquo;\u00e9mancipation humaine\u00a0\u00bb<\/strong> <em>\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em><\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p><strong>Paul Bouffartigue<\/strong>\u00a0: <strong>Les classes populaires aujourd&rsquo;hui<\/strong><\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>Paul Bouffartigue se pr\u00e9sente comme un sociologue du &#8211; ou des &#8211; mondes du travail, ayant d\u00e9j\u00e0 une longue carri\u00e8re au CNRS. Il rappelle sa rencontre avec Jeannine Morandat-Gruselle dans les ann\u00e9es 1980, \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;enqu\u00eates qui int\u00e9ressait l&rsquo;UJIC-CGT et qui concernait la reproduction et la transmission d&rsquo;une culture de classe dans un monde du travail alors en pleine mutation. Cette \u00e9tude concernait ceux que l&rsquo;on appelait alors \u00ab\u00a0les jeunes dipl\u00f4m\u00e9s\u00a0\u00bb, qui \u00e9taient souvent per\u00e7us, d\u00e8s leur premier emploi, comme \u00ab\u00a0individualistes\u00a0\u00bb, difficiles \u00e0 syndiquer et \u00e0 organiser collectivement. Ceci t\u00e9moignait d&rsquo;un changement, et m\u00eame d&rsquo;un changement radical, des formes de la conscience sociale. Ces enqu\u00eates sont un exemple trop rare de rencontre entre le monde de la recherche et celui d&rsquo;un acteur social majeur [la CGT].<\/p>\n<p>Depuis ce temps l\u00e0, P. Bouffartigue a accumul\u00e9 les travaux \u00ab\u00a0empiriques\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire les enqu\u00eates (il revendique d&rsquo;ailleurs le titre de sociologue d&rsquo;enqu\u00eates) consacr\u00e9es \u00e0 des groupes sociaux bien pr\u00e9cis, en l&rsquo;occurrence les ing\u00e9nieurs, cadres et travailleurs hautement qualifi\u00e9s, plut\u00f4t que les ouvriers proprement dits. Mais p\u00e9riodiquement, il a \u00e9prouv\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;intercaler entre ces travaux empiriques des moments de r\u00e9flexions sur une question qui devenait par trop absente de la sociologie, \u00e0 partir des ann\u00e9es 80-90 : la question g\u00e9n\u00e9rale de la dynamique des rapports de classe et de la structure de classe de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. L&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait d&rsquo;entreprendre une synth\u00e8se articulant ce que disait la description des groupes sociaux et la dynamique de classe en termes d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s, d&rsquo;exploitation, de conflits dans une perspective marxiste, ou marxienne.<\/p>\n<p>Cette pr\u00e9occupation a d\u00e9bouch\u00e9 sur un ouvrage collectif paru en 2005, et intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Le Retour des Classes Sociales<\/em>\u00a0\u00bb (r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2015), qui a mobilis\u00e9 une quinzaine de sociologues et qui avait l&rsquo;ambition de tenir deux bouts\u2026 Il s&rsquo;agissait, certes, de d\u00e9crire les \u00ab\u00a0grands groupes sociaux\u00a0\u00bb (selon les d\u00e9finitions de l&rsquo;INSEE, par exemple : les \u00ab\u00a0couches moyennes\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0moyennes sup\u00e9rieures\u00a0\u00bb, etc.) du point de vue de leurs caract\u00e9ristiques objectives et de leurs conditions de vie, mais en introduisant <em>la perspective d&rsquo;une r\u00e9flexion sur les classes sociales<\/em> (le terme \u00ab\u00a0retour\u00a0\u00bb, dans le titre, traduisait une intention malicieuse, un \u00ab\u00a0retour\u00a0\u00bb apr\u00e8s une absence?). L&rsquo;originalit\u00e9 du livre &#8211; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la description &#8211; \u00e9tait d&rsquo;intervenir sur la question des conflits, des luttes et des mouvements. Mais comment les caract\u00e9riser et les distinguer? Car il existe diff\u00e9rentes sortes de luttes qui ne se d\u00e9codent pas forc\u00e9ment comme des luttes de classes\u2026 Donc voil\u00e0 les deux facettes de mon personnage de chercheur un peu engag\u00e9. Ce genre de travail se poursuit aujourd&rsquo;hui avec les employ\u00e9s des Postes, les facteurs et les factrices.<\/p>\n<p><strong>Le probl\u00e8me des classes pour un sociologue<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette entr\u00e9e en mati\u00e8re, P. Bouffartigue pr\u00e9sente son ouvrage (qui doit sortir cet automne) \u00ab\u00a0<em>En Qu\u00eate des Classes Populaires<\/em>\u00a0\u00bb (La Dispute). Un ouvrage r\u00e9alis\u00e9 avec trois coll\u00e8gues, Sophie B\u00e9roud (\u00e9tudes sur le syndicalisme), Henri Eckert (travaux sur les jeunes ouvriers et le monde de la formation professionnelle) et Denis Merklen (travaux sur les classes populaires pr\u00e9caris\u00e9es, et les banlieues). Ces \u00e9tudes d\u00e9crivent les formes actuelles de la contestation populaire, d\u00e9gradation des biens publics et notamment de biblioth\u00e8ques. Sont elles caract\u00e9ristiques du comportement contestataire de la jeunesse prol\u00e9tarienne d&rsquo;aujourd&rsquo;hui?<\/p>\n<p>On peut rebondir ici sur ce qu&rsquo;a dit Jeannine Gruselle qui a soulign\u00e9 l&rsquo;existece de deux p\u00f4les : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;identification objective de la classe par le rapport d&rsquo;exploitation \u00e9conomique, et de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 la construction sociale et politique de la classe dans les luttes syndicales et politiques. La difficult\u00e9 aujourd&rsquo;hui, consiste bien \u00e0 tenir ces deux p\u00f4les, pour amorcer des luttes qui sont essentiellement politiques, ce qui n&rsquo;est pas simple du tout. Et pour cela, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Marx est absolument essentielle, mais elle n&rsquo;est pas suffisante car depuis son \u00e9poque beaucoup d&rsquo;auteurs, majeurs ou mineurs, sont intervenus en se r\u00e9clamant explicitement de Marx pour actualiser ces questions (par exemple, Gramsci, Althusser, ou Poulantzas), mais aussi un certain nombre d&rsquo;autres qui se sont plac\u00e9s en dehors du marxisme mais qu&rsquo;on peut n\u00e9anmoins mettre en rapport avec Marx (Foucault, Bourdieu, etc.) Ce serait un travail \u00e9norme, impossible, que de reprendre tous ces auteurs pour en faire la synth\u00e8se. Mais si quelqu&rsquo;un y parvenait, il s&rsquo;apercevrait sans doute de certains \u00ab\u00a0blancs\u00a0\u00bb dans les \u00e9crits de Marx dus, pour l&rsquo;essentiel, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque historique dans laquelle il a travaill\u00e9. Comme par exemple, la question de l&rsquo;Etat, qui est rest\u00e9e tr\u00e8s peu d\u00e9velopp\u00e9e chez Marx car, au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l&rsquo;Etat se r\u00e9duisait en gros \u00e0 ses fonctions r\u00e9galiennes. Les fonctions de l&rsquo;Etat se sont d\u00e9velopp\u00e9es de mani\u00e8re consid\u00e9rable apr\u00e8s la mort de Marx. Aujourd&rsquo;hui, si l&rsquo;on prend comme indicateurs la part des d\u00e9penses d&rsquo;Etat dans le PIB, ou les emplois qu&rsquo;il d\u00e9pendent de lui, l&rsquo;Etat s&rsquo;est consid\u00e9rablement dilat\u00e9. Il existe des travailleurs de l&rsquo;Etat dans beaucoup de domaines. Certes, les enseignants n&rsquo;appartiennent pas aux fonctions r\u00e9galiennes (ce ne sont pas des policiers) mais pour Althusser ils entrent dans les \u00ab\u00a0appareils id\u00e9ologiques d&rsquo;Etat\u00a0\u00bb qui jouent un r\u00f4le dans la reproduction des classes. En poursuivant l&rsquo;inventaire des questions que Marx n&rsquo;a pas pu aborder, on trouvera aussi (par exemple) les rapports de la domination paternaliste, les luttes f\u00e9ministes, et toutes les questions du colonialisme et du post-colonialisme\u2026 Il y aurait donc beaucoup \u00e0 actualiser et tout cela donne un peu le vertige.<\/p>\n<p>Donc, voil\u00e0 : les classes sont des p\u00f4les dans les rapports sociaux et non pas des bo\u00eetes dans lesquelles on peut mettre des individus. Ici, P. Bouffartigue r\u00e9cuse une d\u00e9finition purement statistique des \u00ab\u00a0classes-objet\u00a0\u00bb, comme disait Bourdieu, (m\u00eame si l&rsquo;on est bien oblig\u00e9 de les utiliser, \u00e0 la fa\u00e7on INSEE). Il y a une multiplicit\u00e9 de rapports sociaux au sein des classes, des rapports de genres et de g\u00e9n\u00e9ration\u2026 Les individus vont circuler dans ces rapports ne serait-ce que par l&rsquo;\u00e2ge et les responsabilit\u00e9s, on est enfant, ado, jeune adulte, adulte confirm\u00e9, puis on devient vieux, et tous cela change la position au sein de la classe.<\/p>\n<p>L&rsquo;id\u00e9e marxienne qui semble \u00e0 Paul Bouffartigue la plus f\u00e9conde est la celle-ci : <em>il n&rsquo;existe pas de classe a-priori, la classe se construit dans des luttes, dans des rapports sociaux multiples<\/em>. Cette id\u00e9e est appuy\u00e9e, par exemple, par Edward P. Thompson le grand sociologue et historien britannique, de la classe ouvri\u00e8re britannique : \u00ab\u00a0<em>la classe s&rsquo;est faite autant qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 faite<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Une autre citation, issue d&rsquo;un travail collectif de coll\u00e8gues qui s&rsquo;inscrivent dans la continuit\u00e9 de Bourdieu et publi\u00e9 l&rsquo;automne dernier, \u00ab\u00a0<em>De la classe ouvri\u00e8re aux classes populaires<\/em>\u00a0\u00bb (un ouvrage en pleine r\u00e9sonnance avec nos pr\u00e9occupations). Les auteurs y donnent une excellente citation de Sartre, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;est rapproch\u00e9 du PCF en 1948 : \u00ab\u00a0<em>la classe se d\u00e9fait et se fait sans cesse, elle a besoin de la m\u00e9diation d&rsquo;un groupe qui se soit form\u00e9 en son sein<\/em>\u00ab\u00a0. Ce groupe auquel Sartre faisait allusion, c&rsquo;\u00e9tait \u00e9videmment l&rsquo;\u00e9lite ouvri\u00e8re des militants communistes.<\/p>\n<p>Ici, P. Bouffartigue lance une autre citation en voyant les g\u00e9n\u00e9rations rassembl\u00e9es dans la salle, notre g\u00e9n\u00e9ration, guett\u00e9e par un grand danger : la nostalgie. Citation d&rsquo;un certain G\u00e9rard Gen\u00eat : \u00ab\u00a0<em>Attention \u00e0 la nostalgie, qui est ce regret st\u00e9rile d&rsquo;un pass\u00e9 imaginaire<\/em>.\u00a0\u00bb On doit travailler sur les repr\u00e9sentations d&rsquo;un pass\u00e9 qu&rsquo;on a toujours tendance \u00e0 id\u00e9aliser. Pas facile, car certains \u00e9v\u00e9nements sont propices aux reconstructions mythologiques. Les \u00e9v\u00e9nements de 1968 sont de ceux-l\u00e0 qui ont \u00e9t\u00e9 fondateurs pour beaucoup d&rsquo;entre nous (P. Bouffartigue n&rsquo;avait pas 16 ans, dit-il, mais il est toujours aussi fier d&rsquo;y avoir particip\u00e9). De tels \u00e9v\u00e9nements peuvent faire r\u00eaver toute la vie, surtout si l&rsquo;on croit possible le retour de ces grandes mobilisations\u2026<\/p>\n<p><strong>Fin de l&rsquo;Introduction <\/strong>qui situe le parcours et le contexte des travaux de P Bouffartigue avant son analyse du discours sur \u00ab\u00a0les classes populaires\u00a0\u00bb. [NB : le m\u00eame contenu que celui d&rsquo;un expos\u00e9 qu&rsquo;il a fait, la semaine derni\u00e8re, \u00e0 l&rsquo;invitation de <em>l&rsquo;Institut Tribune Socialiste<\/em> (fond\u00e9 par d&rsquo;anciens membres du PSU), un groupe qui se pr\u00e9occupe \u00e9galement du retour [\u00e9ventuel?] des classes sociales].<\/p>\n<p><strong>Gen\u00e8se d&rsquo;un nouveau discours sur les \u00ab\u00a0classes populaires\u00a0\u00bb<\/strong>.<\/p>\n<p>Voici 3-4 ans, P. Bouffartigue venait de terminer un ouvrage collectif sur les classes moyennes, les ing\u00e9nieurs et cadres et il a ressenti la n\u00e9cessit\u00e9 de prolonger ce travail en direction des classes populaires, avec l&rsquo;acquis des r\u00e9flexions pr\u00e9c\u00e9dentes, et dans un segment de la sociologie tr\u00e8s marqu\u00e9 par l&rsquo;influence de Pierre Bourdieu. L&rsquo;id\u00e9e cependant, \u00e9tait celle d&rsquo;un ouvrage plus engag\u00e9 que d&rsquo;habitude, pour se d\u00e9marquer du discours acad\u00e9mique (et de l&rsquo;ouvrage savant \u00e9voqu\u00e9 plus haut, \u00ab\u00a0<em>De la classe ouvri\u00e8re\u2026<\/em>\u00a0\u00bb et publi\u00e9 r\u00e9cemment). Il fallait discuter cette \u00e9vidence\u00a0: l&rsquo;existence des \u00ab\u00a0classes populaires\u00a0\u00bb. Nous avons donc, dit-il, choisi pour titre de cet ouvrage, \u00ab\u00a0<em>En Qu\u00eate des Classes Populaires<\/em>\u00ab\u00a0, un titre qui demande explication.<\/p>\n<p>Ce titre \u00e9voque en effet un enjeu important : le passage, au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, de l&rsquo;expression \u00ab\u00a0<em><u>la<\/u> classe ouvri\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb (au singulier) \u00e0 l&rsquo;expression \u00ab\u00a0<em><u>les<\/u> classes populaires<\/em>\u00a0\u00bb (au pluriel). Un passage qui ne va pas du tout de soi. Dans le langage politico-m\u00e9diatique, il arrive encore (rarement) que des hommes politiques emploie l&rsquo;expression \u00ab\u00a0<em>les classes populaires<\/em>\u00ab\u00a0, ce qui a du sens, \u00e0 cause de la pr\u00e9sence du mot \u00ab\u00a0classes\u00a0\u00bb au lieu de termes comme \u00ab\u00a0<em>les pauvres<\/em>\u00ab\u00a0, \u00ab\u00a0<em>les exclus<\/em>\u00ab\u00a0, \u00ab\u00a0<em>les banlieues<\/em>\u00ab\u00a0, etc. Mais globalement, on peut dire que les \u00ab\u00a0classes populaires\u00a0\u00bb (une bonne moiti\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lectorat) ont disparu des radars et qu&rsquo;elles ne r\u00e9apparaissent qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un probl\u00e8me ou d&rsquo;un conflit. Lorsque le pouvoir (par exemple, le PS) est un peu \u00ab\u00a0bouscul\u00e9\u00a0\u00bb par des \u00e9lections ou par tout autre type d&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Et si l&rsquo;on remonte un peu plus loin en arri\u00e8re, par exemple en 1995 avec la gr\u00e8ve des transports, il s&rsquo;est produit une clarification. Ce fut un moment-cl\u00e9 car, entre 1989 et 1990-91, tout discours inspir\u00e9 de Marx et \u00e9voquant la \u00ab\u00a0lutte des classes\u00a0\u00bb \u00e9tait criminalis\u00e9, disqualifi\u00e9. Et \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9, il n&rsquo;\u00e9tait pas du tout \u00e9vident de maintenir un discours \u00ab\u00a0classiste\u00a0\u00bb. Mais \u00e0 partir de 1995 (et de ces gr\u00e8ves) : Ouf! Tout \u00e0 coup, la question des classes revenait.<\/p>\n<p>D&rsquo;o\u00f9 le livre \u00ab\u00a0<em>Le Retour des classes sociales<\/em>\u00ab\u00a0, que P. Bouffartigue et son \u00e9quipe a publi\u00e9 en 2005 et r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2015 avec une explication dans la Pr\u00e9face : ce ne sont pas \u00ab\u00a0les classes\u00a0\u00bb qui reviennent \u00e0 proprement parler, c&rsquo;est \u00ab\u00a0<em>la question des classes<\/em>\u00a0\u00bb comme r\u00e9f\u00e9rence en d\u00e9finitive indispensable pour comprendre comment les gens se d\u00e9finissent et se positionnent dans la soci\u00e9t\u00e9. [Qu&rsquo;ils l&#8217;emploient ou la rejettent]. En gros, ce sont les mouvements sociaux qui mettent en marche des millions de gens ou des luttes politiques ou \u00e9lectorales impr\u00e9vues qui autorisent un questionnement en termes de \u00ab\u00a0rapports de classes\u00a0\u00bb. Qui est mobilis\u00e9? Qui ne l&rsquo;est pas?<\/p>\n<p>S&rsquo;ajoute \u00e0 cela le d\u00e9veloppement explosif et insupportable des in\u00e9galit\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale. Une petite minorit\u00e9 de milliardaires accaparent une fraction \u00e9norme des richesses tandis qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9, des milliards de gens sont toujours dans la survie. Tout le monde reconna\u00eet l&rsquo;existence d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s de classes, de patrimoine, de ressources, au plan national comme au plan international. De moins en moins de gens le contestent, comme ils contestent de moins en moins que tout ceci soit li\u00e9 au d\u00e9veloppement du capital financiaris\u00e9. A partir de l\u00e0, il faut bien parler de classe : quelle est cette nouvelle classe parasitaire qui gouverne le monde?<\/p>\n<p>Dans ce contexte, on voit aussi appara\u00eetre de nouvelle formes de mobilisation par les \u00ab\u00a0r\u00e9seaux sociaux\u00a0\u00bb : je pense aux mouvements des jeunes (actuellement). \u00ab\u00a0P\u00e9titions #\u00a0\u00bb (hachtag), mouvement des \u00ab\u00a0indign\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0r\u00e9volutions\u00a0\u00bb arabes, etc. mobilisation par les r\u00e9seaux sociaux en marge des organisations syndicales Mais en m\u00eame temps, et c&rsquo;est l&rsquo;aspect le plus pr\u00e9occupant, ces mobilisations ne d\u00e9bouchent sur rien, ce qui provoque un reflux. M\u00eame par rapport \u00e0 ces tout derniers mois o\u00f9 l&rsquo;on pouvait croire (je l&rsquo;ai \u00e9crit, confesse Bouffartigue) qu&rsquo;en Am\u00e9rique du Sud, au moins, certains changements \u00e9taient bien partis (Venuzuela, Bolivie, et m\u00eame Br\u00e9sil). L\u00e0 aussi, nous voyons un reflux. Pour ne rien dire de la situation catastrophique des \u00ab\u00a0r\u00e9volutions\u00a0\u00bb et du monde arabe, de l&rsquo;Europe du sud, de \u00ab\u00a0Podemos\u00a0\u00bb en Espagne, de la situation de la Gr\u00e8ce, etc. On voit des mobilisations consid\u00e9rables, mais sans traduction politique positive. Au contraire, m\u00eame : on assiste \u00e0 une mont\u00e9e de l&rsquo;extr\u00eame-droite et des grilles de lecture identitaires. Pour Andr\u00e9 Tosel, il y a conflit entre deux conflits : identitaire et social (ou classiste). Dans son dernier livre, Roger\u00a0 Martelli, lance un message qui est un cri d&rsquo;alarme : les conflits identitaires conduisent \u00e0 la guerre.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;ouvrage \u00ab\u00a0<em>En qu\u00eate des classes populaires<\/em>\u00a0\u00bb comporte trois parties :<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> <em>Constitution de la classe comme sujet, et comme sujet politique. Partie historique.<\/em><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Cette partie, r\u00e9dig\u00e9e par Henri Eckert, veut comprendre (a) comment s&rsquo;est construite, en France, la classe ouvri\u00e8re, une entit\u00e9 sociologique h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, en partie mythifi\u00e9e, mais (b) qui exerce un effet d&rsquo;entra\u00eenement syndical et politique, gr\u00e2ce \u00e0 la CGT et au Parti communiste, qui deviennent un acteur social et politique majeur dans l&rsquo;histoire de notre pays.<\/p>\n<p>Soulignons que la premi\u00e8re question garde toute son actualit\u00e9. Comment <em>se construit<\/em> &#8211; <em>et se d\u00e9construit<\/em> &#8211; cette \u00ab\u00a0classe ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb fran\u00e7aise ? L&rsquo;\u00e9tude insiste sur cette dualit\u00e9, ce\u00a0 double visage de la classe ouvri\u00e8re : \u00e0 la fois groupe social susceptible d&rsquo;une description <em>objective<\/em> (sociologique, culturelle, etc., c&rsquo;est la classe \u00ab\u00a0en soi\u00a0\u00bb) et <em>acteur politique<\/em> qui suppose la convergence des volont\u00e9s individuelles conscientes (c&rsquo;est la \u00ab\u00a0classe pour soi\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on veut risquer une d\u00e9finition : du c\u00f4t\u00e9 objectif, on parlera \u00ab\u00a0<em>d&rsquo;une communaut\u00e9 de conditions et de destins<\/em>\u00ab\u00a0, et de l&rsquo;autre, on verra des formes d&rsquo;identit\u00e9 et de \u00ab\u00a0conscience\u00a0\u00bb plus ou moins \u00e9labor\u00e9es. Cette conscience peut aller jusqu&rsquo;\u00e0 <em>l&rsquo;ambition de conqu\u00e9rir le pouvoir<\/em> (classe ouvri\u00e8re), ou <em>de le garder<\/em> (dans le cas de la classe dominante). Comme le montrent bien nos amis Pinson-Charlot, les individus appartenant \u00e0 celle-ci manifestent sans ambiguit\u00e9s cette ambition et cette conscience de la classe \u00ab\u00a0pour soi\u00a0\u00bb. L&rsquo;actualit\u00e9 en fournit un exemple extraordinaire : le \u00ab\u00a0communautarisme\u00a0\u00bb et le racisme de classe de la (grande) bourgeoisie fran\u00e7aise du 16<sup>e<\/sup> arrt de Paris mobilis\u00e9e contre le projet de la Mairie de Paris d&rsquo;h\u00e9berger des r\u00e9fugi\u00e9s syriens au Bois de Boulogne. Lev\u00e9e de boucliers caract\u00e9ristique du racisme et de la haine de classe \u00e0 Neuilly. Cet exemple montre clairement que la classe se construit (ou se renforce) d&rsquo;abord en opposition \u00e0 quelque chose : \u00ab\u00a0eux et nous\u00a0\u00bb. Voir, par exemple la \u00ab\u00a0<em>culture de pauvre<\/em>\u00a0\u00bb de Richard Hoggart. A sa mani\u00e8re, Alain Touraine \u00e9tait (presque) marxiste en faisant allusion aux trois moments de l&rsquo;identification\u00a0: (1) identification n\u00e9gative, (2) identification positive et (3) identification comme sujet politique \u00e0 part enti\u00e8re, c&rsquo;est la revendication d&rsquo;une \u00ab\u00a0historicit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: la classe se veut porteuse d&rsquo;avenir pour toute la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Ici, Roger Martelli aurait sans doute beaucoup de choses \u00e0 dire sur le fait que la constitution de la classe comme sujet politique est tout sauf quelque chose d&rsquo;\u00e9vident. Et ceci nous am\u00e8ne \u00e0 d&rsquo;importantes questions subsidiaires\u00a0: pourquoi, a-t-on eu des Parti communistes en France et en Italie? et pas dans d&rsquo;autres pays comme l&rsquo;Angleterre (en Allemagne, on ne sait pas : il y a eu le nazisme)\u2026 Roger Martelli a beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi sur les traditions locales qui ont facilit\u00e9 ou frein\u00e9 les id\u00e9es communistes. Par exemple, chez nous les traditions pl\u00e9b\u00e9iennes issues de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise qui ont facilit\u00e9 l&rsquo;accueil des id\u00e9es de la R\u00e9volution d&rsquo;Octobre, ont permis de cr\u00e9er le nouveau Parti communiste et d&rsquo;installer une \u00ab\u00a0tradition bolchevique fran\u00e7aise\u00a0\u00bb qui \u00e9tait au d\u00e9part un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;importation.<\/p>\n<p>On trouve un d\u00e9but de r\u00e9ponse dans les travaux de Bernard Pudal et de Julian Mischi sur le r\u00f4le des \u00e9coles du PCF et des formations de militants. Dans un article r\u00e9cent Pudal \u00e9voque la n\u00e9cessaire repr\u00e9sentation des classes populaires <em>par une \u00ab\u00a0\u00e9lite\u00a0\u00bb endog\u00e8ne que ces classes doivent cr\u00e9er sous peine de n&rsquo;\u00eatre jamais repr\u00e9sent\u00e9es<\/em>. Il analyse les trois \u00ab\u00a0figures populaires\u00a0\u00bb, le dirigeant (militant) communiste, le pr\u00eatre et l&rsquo;instituteur, qui structuraient autrefois la sc\u00e8ne id\u00e9ologique. Trois figures d&rsquo;origine populaire qui toutes les trois <em>entrent en crise en m\u00eame temps<\/em>.<\/p>\n<p>Ces id\u00e9es, on les trouve aussi chez Julian Mischi \u00ab\u00a0<em>Le communisme d\u00e9sarm\u00e9 : le PCF et les classes populaires depuis les ann\u00e9es 1970<\/em>\u00a0\u00bb (Agone, 2014). Mischi explique comment le PCF n&rsquo;a plus \u00e9t\u00e9 capable, \u00e0 partir d&rsquo;un certain moment, de produire des dirigeants d&rsquo;origine populaire. A partir de ce moment, les couches populaires n&rsquo;ont plus \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9es et la question de la \u00ab\u00a0repr\u00e9sentation populaire\u00a0\u00bb a disparu de l&rsquo;agenda de ce parti, mais aussi des autres partis (PS notemment).<\/p>\n<p>R\u00e9flexion tr\u00e8s importante : il est clair que la constitution historique de la classe n&rsquo;a rien d&rsquo;automatique. Aujourd&rsquo;hui, on a des mobilisations, on a des militants, y compris chez les pr\u00e9caires de banlieue, mais jusqu&rsquo;ici ils sont rest\u00e9s, \u00e0 la porte, des partis, et du PCF en particulier. Ce qui explique peut-\u00eatre pourquoi ces mouvements ne d\u00e9bouchent sur rien.<\/p>\n<p>Ce qui nous am\u00e8ne alors, dans la suite de cette r\u00e9flexion, \u00e0 rechercher et \u00e0 discuter les faiblesses anciennes du mouvement ouvrier depuis la constitution du PCF dans les ann\u00e9es 20.<\/p>\n<p>On \u00e9voquera un piste possible avec Bruno Trentin \u00ab\u00a0<em>La Cit\u00e9 du Travail : le Fordisme et la Gauche<\/em>\u00a0\u00bb (Fayard,\u00a0 2012, \u00e9d. originale italienne 1997) est une histoire du mouvement ouvrier avec une r\u00e9flexion critique sur le travail et ce moment crucial des ann\u00e9es 1920 o\u00f9 le mouvement ouvrier a accept\u00e9 le \u00ab\u00a0compromis fordien\u00a0\u00bb qui focalise l&rsquo;attention sur les salaires et la redistribution et \u00ab\u00a0oublie\u00a0\u00bb les revendications centr\u00e9es sur le proc\u00e8s de production, les conditions de travail, la taylorisation, les cadences, etc. Trentin associe ce moment \u00e0 l&rsquo;organisation verticale des Partis communistes (\u00ab\u00a0ceux d&rsquo;en haut et ceux d&rsquo;en bas\u00a0\u00bb) et au d\u00e9dain des courants autogestionnaires [qualifi\u00e9s \u00ab\u00a0d&rsquo;anarchistes.\u00a0\u00bb]<\/p>\n<p>Trentin (militant italien de la CGIL, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2007) critique cet enfermement dans le courant fordien qui a \u00e9t\u00e9 cause d&rsquo;occasions de rencontre manqu\u00e9es entre le mouvement ouvrier et les intellectuels (par exemple, le mouvement de mai 1968 \u00e0 Paris). Ainsi, la critique sociale des ouvriers n&rsquo;a pas rencontr\u00e9 la critique \u00ab\u00a0culturelle\u00a0\u00bb des intellectuels bourgeois \u00e9duqu\u00e9s. Le malentendu se prolonge aujourd&rsquo;hui avec l&rsquo;absence de connexion entre le mouvement ouvrier et le mouvement \u00e9cologique. Pourtant, la critique \u00e9cologique aurait tout \u00e0 gagner \u00e0 faire converger les luttes de producteurs agricoles et celles de mouvements de consommateurs. Un domaine o\u00f9 il est m\u00eame possible de marquer de points avec des luttes victorieuses.<\/p>\n<p>Pour finir, P. Bouffartigue cite rapidement au passage d&rsquo;autres faiblesses, d&rsquo;autres impens\u00e9s, ou refoulements, au sein du mouvement ouvrier (au sens tr\u00e8s large, c&rsquo;est-\u00e0-dire syndical et politique), en particulier l&rsquo;indiff\u00e9rence vis-\u00e0-vis des rapports de domination de sexe et vis-\u00e0-vis de l&rsquo;immigration et du racisme. Ainsi, en grande partie, les discriminations vis-\u00e0-vis des femmes et des immigr\u00e9s \u00e9taient reproduites pas une sous-repr\u00e9sentation dans la hi\u00e9rarchie de ces organisations. Ces probl\u00e8mes de l&rsquo;immigration et des immigr\u00e9s, comme la contestation f\u00e9ministe de la domination patriarcale n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 pris en compte, n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s aux revendications et les repr\u00e9sentants immigr\u00e9s et feministes n&rsquo;ont pas eu toute leur place au sein des instances dirigeantes du mouvement ouvrier. En cons\u00e9quence, ces mouvements se sont d\u00e9velopp\u00e9s <em>\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur<\/em> du mouvement ouvrier et ils n&rsquo;ont pas eu la force qu&rsquo;ils auraient d\u00fb avoir.<\/p>\n<ol>\n<li><strong><em> Les classes \u00ab\u00a0populaires\u00a0\u00bb<\/em><\/strong> (P. Bouffartigue, auteur principal)<\/li>\n<\/ol>\n<p>Paul Bouffartigue pose cette question : si l&rsquo;on parle toujours <em><u>des<\/u><\/em> classes populaires au pluriel, ce pluriel sous-entend que l&rsquo;on est dans un monde \u00e9clat\u00e9, atomis\u00e9, dispers\u00e9, avec le risque de ne pas pouvoir faire converger quoi que ce soit. O\u00f9 sont les possibilit\u00e9s, les facteurs, d&rsquo;unification? D&rsquo;autant que les dirigeants et les m\u00e9dia s&#8217;emploient \u00e0 opposer tout ce qui peut l&rsquo;\u00eatre, comme par exemple l&rsquo;opposition blancs et non-blanc qui n&rsquo;est jamais tr\u00e8s loin.<\/p>\n<p>Il y a le non-dit [\u00ab\u00a0politiquement correct\u00a0\u00bb] d&rsquo;une \u00ab\u00a0classe populaire blanche\u00a0\u00bb des campagnes et des zones pavillonnaires lointaines qu&rsquo;on oppose aux \u00ab\u00a0banlieues\u00a0\u00bb, nettement plus \u00ab\u00a0color\u00e9es\u00a0\u00bb. Dans la premi\u00e8re, on a surtout des employ\u00e9s de bureau, tandis que dans les banlieues, au sein d&rsquo;une \u00ab\u00a0classe populaire color\u00e9e\u00a0\u00bb, on a surtout des m\u00e9tiers manuels. On voit bien la tentative politique extr\u00eamement dangereuse d&rsquo;opposer ces deux \u00ab\u00a0classes populaires\u00a0\u00bb. Bien s\u00fbr, la distante est \u00e9norme entre les extr\u00eames, entre le p\u00f4le des employ\u00e9s de bureau et celui des \u00ab\u00a0gens des banlieues\u00a0\u00bb qui survivent dans l&rsquo;\u00e9conomie parall\u00e8le. Mais si on \u00e9tudie tout cela avec les outils statistiques et sociologiques ad\u00e9quat, cette dichotomie (comme d&rsquo;autres dichotomies) est tr\u00e8s artificielle. Un indicateur int\u00e9ressant, \u00ab\u00a0<em>qui vit avec qui?<\/em>\u00ab\u00a0, montre <em>l&rsquo;absence de fracture<\/em> entre une \u00ab\u00a0classe populaire\u00a0\u00bb soi-disant \u00ab\u00a0<em>stabilis\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb et une autre qui serait \u00ab\u00a0<em>pr\u00e9caris\u00e9e<\/em>\u00ab\u00a0. On voit des employ\u00e9s de bureau qualifi\u00e9s qui vivent avec des femmes de m\u00e9nages ou des personnels de service non-qualifi\u00e9s. Ces r\u00e9sultats s&rsquo;opposent absolument \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une fracture entre qualifi\u00e9s et non qualifi\u00e9s, stabilis\u00e9s et pr\u00e9caris\u00e9s. <em>En fait, la pr\u00e9carisation n&rsquo;a pas de limites fixes. Elle frappe de fa\u00e7on certes diff\u00e9renci\u00e9e, mais tr\u00e8s largement<\/em>. Elle frappe aujourd&rsquo;hui des cat\u00e9gories nouvelles. Une nouvelle question appara\u00eet donc : quelle diff\u00e9rence cela fait-il pour les classes populaires d&rsquo;aujourd&rsquo;hui par rapport aux classes populaires d&rsquo;hier? En particulier vis-\u00e0-vis de la \u00ab\u00a0f\u00e9minisation\u00a0\u00bb des m\u00e9tiers. Notre coll\u00e8gue Dani\u00e8le Kergoat affirmait, dans les ann\u00e9es 1970 : \u00ab\u00a0<em>la classe ouvri\u00e8re a deux sexes et on l&rsquo;a oubli\u00e9<\/em>\u00ab\u00a0. [NbVoir son livre, \u00ab\u00a0<em>Se battre, disent-elles<\/em>\u00ab\u00a0, La Dispute, 2012\u2026 et cette phrase qui r\u00e9sume : \u00ab\u00a0<em>Ouvri\u00e8re n&rsquo;est pas le f\u00e9minin d&rsquo;ouvrier<\/em>\u00ab\u00a0]. Il y avait alors deux grandes raisons\u00a0: (1) les ph\u00e9nom\u00e8nes de domination masculine, mais aussi (2) le fait que la pr\u00e9sence des femmes dans le monde ouvrier n&rsquo;\u00e9tait pas un ph\u00e9nom\u00e8ne continu et toutes les femmes n&rsquo;\u00e9taient pas concern\u00e9es. Aujourd&rsquo;hui, par rapport \u00e0 ces ann\u00e9es 1960-70, les femmes sont compl\u00e8tement entr\u00e9es dans la vie active et la repr\u00e9sentation des classes populaires ne peut plus \u00eatre la m\u00eame. La moiti\u00e9 des ouvriers et employ\u00e9s sont des femmes. Elles ne sont plus seulement femmes d&rsquo;ouvrier ou d&#8217;employ\u00e9, mais ouvri\u00e8res ou employ\u00e9es elles-m\u00eame, et cela change beaucoup de choses.<\/p>\n<p>Ce qui nous am\u00e8ne au fait que certaines fractions des classes populaires sont assign\u00e9es \u00e0 un territoire, elles sont captives, \u00ab\u00a0enclav\u00e9es\u00a0\u00bb en quelque sorte. Ce sujet de r\u00e9flexion, les probl\u00e9matiques \u00ab\u00a0d&rsquo;enclavement\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0d\u00e9senclavement\u00a0\u00bb, sont riches de situations paradoxales. Le logement peut \u00eatre enclav\u00e9 mais, avec Internet et la TV, on a des ph\u00e9nom\u00e8nes de \u00ab\u00a0d\u00e9senclavement\u00a0\u00bb culturel. Par contre, pour ceux dont les revenus sont apparemment meilleurs, le logement \u00e0 la campagne, chacun dans sa petite maison, cr\u00e9e de nouveaux probl\u00e8mes. On voit des d\u00e9serts culturels et de nouvelles souffrances li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;isolement. Mais surtout, les \u00e9tudes montrent que les cat\u00e9gories d&rsquo;ouvriers qui se sont le plus d\u00e9velopp\u00e9es dans les derni\u00e8res ann\u00e9es sont celles des m\u00e9tiers des transports. Or ces travailleurs des transports sont quotidiennement en contact avec d&rsquo;autres cat\u00e9gories de travailleurs, d&rsquo;autres \u00ab\u00a0couches populaires\u00a0\u00bb, ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas le cas des ouvriers d&rsquo;usine autrefois. On a donc aussi un d\u00e9senclavement qui r\u00e9sulte de l&rsquo;\u00e9volution du travail, le travail productif laissant de plus en plus la place aux services.<\/p>\n<p><strong><em>III. Les classes \u00ab\u00a0populaires\u00a0\u00bb\u00a0: Enqu\u00eates<\/em><\/strong> (Sophie B\u00e9roud et Denis Merklen)<\/p>\n<p>Cette partie est la plus passionnante. Apr\u00e8s tout, pourquoi ne pas reprendre cette notion de \u00ab\u00a0classe populaire\u00a0\u00bb, ou la \u00ab\u00a0classe laborieuse\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0les travailleurs\u00a0\u00bb. Mais au-del\u00e0 des mots, quel est le sens. Imaginons-nous demander aux gens, dans une enqu\u00eate sur le sentiment d&rsquo;appartenance\u00a0: \u00ab\u00a0Vous sentez-vous faire partie des \u00ab\u00a0classes populaires?\u00a0\u00bb\u2026 La r\u00e9ponse est bien incertaine. Pas s\u00fbr que les gens r\u00e9pondent \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb. Et ceci contraste avec les r\u00e9ponses d&rsquo;il y a cinquante ans. Dans les enqu\u00eates de Michel Simon, dans les ann\u00e9es 1970, la r\u00e9ponse : \u00ab\u00a0oui, oui! on fait partie de la classe ouvri\u00e8re!\u00a0\u00bb n&rsquo;\u00e9tait pas rare du tout. Il y avait une auto-identification tr\u00e8s forte avec le monde ouvrier. Or les syndicats \u00ab\u00a0ouvriers\u00a0\u00bb, aujourd&rsquo;hui, parlent des \u00ab\u00a0gens\u00a0\u00bb et non plus de la \u00ab\u00a0classe ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb. Alors \u00e0 force se s&rsquo;entendre appeler \u00ab\u00a0gens\u00a0\u00bb, les gens\u2026<\/p>\n<p>On touche le fond du probl\u00e8me. Celui devant lequel nos coll\u00e8gues &#8211; m\u00eame les plus progressistes &#8211; h\u00e9sitent : relier cette notion de \u00ab\u00a0classes populaires\u00a0\u00bb aux rapport de domination, \u00e0 l&rsquo;exploitation, et par cons\u00e9quent aux luttes de classes. Comment penser les \u00ab\u00a0classes populaires\u00a0\u00bb d&rsquo;aujourd&rsquo;hui en termes de luttes de classes? On n&rsquo;a pas trouv\u00e9 d&rsquo;autres moyen que d&rsquo;examiner comment les classes populaires se mobilisent. C&rsquo;est l&rsquo;apport de Denis Merklen qui nous dit : attention, il faut lire <em>toutes les conduites sociales<\/em> et pas seulement le vote, l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 un parti, etc. Tous les comportements expressifs dans l&rsquo;espace public sont porteurs d&rsquo;une signification politique\u2026 Certains diront infra-politiques, ou proto-politiques. Par exemple, les grafitis, les r\u00e9voltes (et les destructions) des jeunes de banlieue ont \u00e9videmment cette signification. Car c&rsquo;est une forme de protestation publique contre un sort per\u00e7u comme injuste, un sort de citoyen de seconde zone. Si l&rsquo;on est capable de lire ces manifestations et de les prendre pour ce qu&rsquo;elles sont, on pourra peut-\u00eatre \u00e9tablir la communication avec ce qui ressemble tout de m\u00eame \u00e0 un \u00ab\u00a0prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb. Pourquoi pas? Apr\u00e8s tout, les mots ne s&rsquo;usent que si on ne s&rsquo;en sert pas.<\/p>\n<p>Ensuite, dans cette partie r\u00e9dig\u00e9e par Sophie B\u00e9roud puis par Denis Merklen, on a cherch\u00e9 les catalyseurs possibles d&rsquo;une conscience politique. Comment se construit le rapport \u00e0 la politique? Etant donn\u00e9 que, sur les partis politiques (PCF) il n&rsquo;y a plus grand chose \u00e0 dire, apr\u00e8s le travail de Julian Mischi, Sophie B\u00e9roud est all\u00e9e examiner le probl\u00e8me au niveau de<em> la base sociale de la CGT<\/em>. Mais aussi au niveau <em>des luttes des salari\u00e9s<\/em>, particuli\u00e8rement de celles des employ\u00e9s et m\u00eame des employ\u00e9s du secteur public. Car il est vrai que ces cat\u00e9gories sont bien repr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 la CGT alors que celle-ci est actuellement peu ancr\u00e9e chez les travailleurs pr\u00e9caris\u00e9s. Ce probl\u00e8me est d&rsquo;ailleurs \u00e0 l&rsquo;ordre du jour des congr\u00e8s de la CGT depuis longtemps : comment \u00ab\u00a0red\u00e9ployer\u00a0\u00bb l&rsquo;action syndicale et reconqu\u00e9rir les \u00ab\u00a0d\u00e9serts syndicaux\u00a0\u00bb? Ces larges secteurs d&#8217;employ\u00e9s de PME qui encha\u00eenent les boulots mal pay\u00e9s en passant d&rsquo;une bo\u00eete \u00e0 une autre\u2026 Mais faisons aussi l&rsquo;inventaire des luttes qui se d\u00e9veloppent parfois dans des secteurs pr\u00e9caires (travailleurs sans-papiers, femmes de m\u00e9nage de l&rsquo;h\u00f4tellerie, jeunes de la restauration rapide, etc.). Dans des secteurs que l&rsquo;on n&rsquo;attendait pas, et avec des cat\u00e9gories que l&rsquo;on croyait perdues pour la lutte revendicative. Eh bien non. Ces luttes d\u00e9mentent les pr\u00e9visions les plus pessimistes : les gens ne se r\u00e9signent pas.<\/p>\n<p>Et pour finir cette 3<sup>e<\/sup> Partie, Denis Merklen examine ce qu&rsquo;il appelle <em>la \u00ab\u00a0politicit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em> pour souligner le fait qu&rsquo;on n&rsquo;a pas d&rsquo;abord socialisation dans un certain milieu, puis apprentissage de la politique. Non : la politique vient tout de suite, elle est d&#8217;embl\u00e9e pr\u00e9sente avec les rapports sociaux. Dans ces enqu\u00eates en banlieue, il constate que les habitants doivent se battre tous les jours pour faire valoir leurs droits. Ce qui se traduit (malheureusement) par des conflits entre les habitants et ce qu&rsquo;on appellerait \u00ab\u00a0la main gauche\u00a0\u00bb de l&rsquo;Etat, les travailleurs municipaux et sociaux, les employ\u00e9s de la scolarit\u00e9, etc. Tous ces petits fonctionnaires des services sociaux qui sont tous les jours oblig\u00e9s de g\u00e9rer la p\u00e9nurie des services publics et donc amen\u00e9s \u00e0 refuser des services ou des aides. Pour Denis Merklen, ceci pose une question centrale. Dans ces quartiers, <em>les gens ne sont plus confront\u00e9s directement au capital<\/em>, puisqu&rsquo;il n&rsquo;ont qu&rsquo;un rapport \u00e9pisodique avec le travail salari\u00e9. Cependant, la confrontation existe avec la police, avec les services publics d\u00e9faillants, avec les moyens d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la citoyennet\u00e9. M\u00eame les conflits avec la police peuvent \u00eatre g\u00e9n\u00e9rateurs de citoyennet\u00e9. Tel est le message de Denis Merklen avec la \u00ab\u00a0politicit\u00e9 : c&rsquo;est un mod\u00e8le (politique) de revendication de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la citoyennet\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Conclusion : Est-ce que la cat\u00e9gories \u00ab\u00a0pr\u00e9carit\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0pr\u00e9carisation\u00a0\u00bb peuvent-elles aider <em>\u00e0 construire du commun<\/em> dans les classes populaires d&rsquo;aujourd&rsquo;hui qui sont toutes expos\u00e9es au travail pr\u00e9caire. Voila des question assez \u00e9normes, et m\u00eame monstrueuses, et qu&rsquo;on aimerait partager avec vous.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p><strong>Discussion<\/strong><\/p>\n<p><strong>Q1 :<\/strong> (Maurice Cukierman) Il faut souligner ce qui para\u00eet fondamental, comme l&rsquo;a dit Jeannine, la production et le producteur. De ce point de vue, la d\u00e9marche de Toni Negri (que je per\u00e7ois en filigrane dans votre expos\u00e9) est une d\u00e9marche qui divise. Il faut savoir s\u00e9parer ce qui est essentiel de ce qui est secondaire, en l&rsquo;occurrence les femmes, le patriarcat, etc. D\u00e9j\u00e0, Engels d\u00e9montait la question du patriarcat \u00e9voqu\u00e9e par D\u00fchring\u2026 Les questions relatives aux banlieues, \u00e0 l&rsquo;immigration, aux femmes se rapportent-elles \u00e0 ce qui est commun (aux classes populaires laborieuses) ou \u00e0 ce qui est marginal (et qui touche plus au \u00ab\u00a0lumpen-prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb). Etant enseignant, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 de ce que les enfants de ces gens des banlieues voulaient \u00eatre flics. Ma question : quels sont, et o\u00f9 sont, les enjeux de classe? Il y a une dualit\u00e9 (de ce qui est ext\u00e9rieur \u00e0 ces enjeux) lumpen-prol\u00e9tariat \/ aristocraties ouvri\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Q2 :<\/strong> (Paul Fraisse) On peut r\u00e9pondre \u00e0 cette question : on n&rsquo;est pas sur le m\u00eame terrain. Voyez ce qui unit tous les exploit\u00e9s. L&rsquo;\u00e9vocation des immigr\u00e9s et des rapports coloniaux complique les rapports de production capitalistes et les relations avec les travailleurs mais ne les remplace pas. Certes, l&rsquo;essentiel, c&rsquo;est ce qui unit, mais il faut tout de m\u00eame comprendre aussi les divisions, voire les diff\u00e9rences l\u00e9gitimes (qui peuvent \u00eatre des facteurs de mobilisation). Bref il y a un certain nombre de rapports secondaires et complexes [en plus du rapport fondamental].<\/p>\n<p><strong>Q3 :<\/strong> Un commentaire sur l&rsquo;effacement du PCF et la disparition de URSS. Sans question.<\/p>\n<p><strong>Q4 :<\/strong> (Sylvain X). Je suis un ouvrier et j&rsquo;ai travaill\u00e9 chez Renault de 15 \u00e0 57 ans. J&rsquo;ai eu une chance extraordinaire. J&rsquo;ai fait les \u00e9coles du Parti, la petite et la grande o\u00f9 l&rsquo;on ne travaillait que sur deux th\u00e8mes : Marx et L\u00e9nine. Marx pensait que le basculement au mode de production socialiste ne pourrait se faire que globalement. Je ne partage pas l&rsquo;id\u00e9e que 1917 a \u00e9t\u00e9 ce basculement global. On doit donc reprendre le probl\u00e8me au niveau de Marx, en l&rsquo;enrichissant. On commence \u00e0 peine \u00e0 mesurer le traumatisme qu&rsquo;a repr\u00e9sent\u00e9 l&rsquo;effondrement de l&rsquo;URSS. Or le nouveau d\u00e9part se fait attendre! Robert Hue a ouvert toute grande la porte au r\u00e9formisme en d\u00e9clarant : \u00ab\u00a0pas de politique \u00e0 l&rsquo;entreprise!\u00a0\u00bb Repartons de Marx !<\/p>\n<p><strong>Q5 :<\/strong> (X) Les sociologues sont d\u00e9routants ! Vous avez donn\u00e9 beaucoup d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments qu&rsquo;on a du mal \u00e0 mettre ensemble pour trouver une conclusion. Mais la question \u00ab\u00a0Q1\u00a0\u00bb est trop sch\u00e9matique avec son \u00e9vocation du \u00ab\u00a0lumpen-proletariat\u00a0\u00bb. Les probl\u00e8mes actuels ne se r\u00e9sument pas \u00e0 \u00e7a. Dans les anciennes banlieues \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb, on a aujourd&rsquo;hui 70% d&rsquo;abstention, et \u00e0 St Denis, le FN n&rsquo;a eu que 10%. Aujourd&rsquo;hui, il y a dans la jeunesse de ces banlieues-l\u00e0, les ferments de la r\u00e9volte capable de \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb un mouvement authentique.<\/p>\n<p><strong>Q6 :<\/strong> (Michel Gruselle) Vous avez fait allusion \u00e0 Bruno Trentin. Dans la m\u00eame veine, on voit actuellement un \u00ab\u00a0retour tr\u00e8s fort\u00a0\u00bb du th\u00e8me de la \u00ab\u00a0redistribution\u00a0\u00bb. Je le vois \u00e0 la CGT (et au PCF). L&rsquo;id\u00e9e du partage a obscurci les rapports d&rsquo;exploitation. Comment les ramener au premier plan?<\/p>\n<p><strong>Q7 :<\/strong> (Ouvrier retrait\u00e9) J&rsquo;ai eu un parcours compliqu\u00e9, ouvrier, ch\u00f4meur, pr\u00e9caire, etc. Mais dans ces exp\u00e9riences, j&rsquo;ai toujours vu beaucoup d&rsquo;unit\u00e9 entre ouvriers et employ\u00e9s. Par contre, on ne peut pas en dire autant de la conscience de classe pour laquelle il faut un Parti et des objectifs. Je conteste la critique (Q1) avec l&rsquo;argument du \u00ab\u00a0lumpen-proletariat\u00a0\u00bb. Par ailleurs, sur la question du taylorisme [le \u00ab\u00a0fordisme\u00a0\u00bb, selon Trentin], il faut rappeler que le PCF, dans les ann\u00e9es 1920, \u00e9tait contre le taylorisme. Et puis\u2026 et puis, les objectifs ont chang\u00e9 : on a accept\u00e9 le taylorisme en m\u00eame temps qu&rsquo;on esp\u00e9rait (ce qui est fou) arriver au pouvoir par la voie \u00e9lectorale, ce qui est logique si on comprend que le Parti est devenu objectivement l&rsquo;instrument d&rsquo;une aristocratie ouvri\u00e8re. A Stains, les vrais ouvriers s&rsquo;abstiennent [de voter] \u00e0 80%.<\/p>\n<p><strong>Q8 :<\/strong> (Jeannine Gruselle) Question : l&rsquo;abstention n&rsquo;est-elle pas une forme de r\u00e9sistance? N&rsquo;oublions pas qu&rsquo;au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les ouvriers brisaient les machines. La r\u00e9sistance n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0gentille\u00a0\u00bb. Il a fallu plus d&rsquo;un si\u00e8cle pour que la classe ouvri\u00e8re existe et se donne un parti r\u00e9volutionnaire. M\u00eame chose aujourd&rsquo;hui. M\u00eame si l&rsquo;on obtient prochainement le retrait de la loi Macron, ce ne sera qu&rsquo;une goutte d&rsquo;eau dans l&rsquo;oc\u00e9an des luttes.<\/p>\n<p>Pour revenir \u00e0 l&rsquo;expos\u00e9 de Paul, la composition de la classe ouvri\u00e8re s&rsquo;est transform\u00e9e, bien s\u00fbr. Les jeunes sont davantage dipl\u00f4m\u00e9s, c&rsquo;est certain. Mais pour le producteur salari\u00e9, rien n&rsquo;a chang\u00e9. Ce qu&rsquo;on voit, c&rsquo;est une croissance des emplois de service. C&rsquo;est logique : pour que les femmes aillent travailler, il faut des personnels de service pour s&rsquo;occuper des enfants\u2026<\/p>\n<p>Concernant la \u00ab\u00a0nostalgie\u00a0\u00bb, je r\u00e9pondrais qu&rsquo;on n&rsquo;a jamais vu d&rsquo;unit\u00e9 ouvri\u00e8re spontan\u00e9e. L&rsquo;unit\u00e9 est une lutte. La visibilit\u00e9 des ouvriers est devenue \u00e9vidente en 1945, apr\u00e8s la R\u00e9sistance [NB ici, on peut rappeler la phrase de Mauriac sur la classe ouvri\u00e8re \u00ab\u00a0la seule dans sa masse \u2026 qui est rest\u00e9e fid\u00e8le \u00e0 la Patrie profan\u00e9e\u00a0\u00bb] et elle a disparu des \u00e9crans en 1948.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ponses<\/strong><\/p>\n<p>Impossible \u00e9videmment de r\u00e9pondre \u00e0 tout le monde de fa\u00e7on compl\u00e8te. N\u00e9anmoins, et \u00e0 propos de ce qui unit et de ce qui divise, disons ceci. D&rsquo;abord, on est directement sur le terrain politique. Voyez ce qui unit tous les exploit\u00e9s. Je suis bien d&rsquo;accord il faut mettre l&rsquo;accent sur ce qui unit et combattre ce qui divise. Seulement, pour comprendre ce qui divise, il faut aussi admettre des rapports sociaux <em>qui ne sont pas tous enti\u00e8rement d\u00e9riv\u00e9s du rapport central d&rsquo;exploitation<\/em>. Nous sommes devant une formation sociale complexe qui ne se r\u00e9duit pas au seul mode de production capitaliste. Il y a l&rsquo;h\u00e9ritage colonial et, en plus, il faut introduire d&rsquo;autres rapports sociaux. D\u00e9sol\u00e9, mais le rapport de domination masculine pr\u00e9c\u00e8de les rapports capitalistes et il a sa propre dynamique. Et dire que la question est r\u00e9gl\u00e9e parce que les femmes travaillent\u2026 Oh! l\u00e0 l\u00e0\u2026 Je suis d&rsquo;accord sur le fait que les rapports d&rsquo;exploitation sont plus importants et je ne suivrai pas certains coll\u00e8gues qui mettent tout sur un m\u00eame plan et veulent croiser tout \u00e7a. Mais si l&rsquo;on veut comprendre, on ne peut pas tout r\u00e9duire aux rapports d&rsquo;exploitation. Il existe des diff\u00e9rences l\u00e9gitimes entre les groupes sociaux. Et ces diff\u00e9rences sont potentiellement int\u00e9ressantes dans la lutte politique car elles peuvent servir de vecteur \u00e0 d&rsquo;autres id\u00e9es. Bref, j&rsquo;ai le plus grand respect pour Marx et Engels, mais ils ne suffisent pas. Il y a d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments, que je consid\u00e8re comme compl\u00e9mentaires. Si l&rsquo;on veut avoir prise sur la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;on vit, il faut tenir compte de facteurs et de rapports de domination multiples qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas pu d\u00e9crire. Sauf \u00e0 tenir un discours inaudible, on ne peut pas se contenter du seul rapport d&rsquo;exploitation. En r\u00e9sum\u00e9, je ne suis pas convaincu que le retour \u00e0 la \u00ab\u00a0puret\u00e9 r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb et \u00e0 la lettre de Marx et d&rsquo;Engels tels qu&rsquo;ils apparaissaient dans le jeune parti communiste des ann\u00e9es 1920 suffirait \u00e0 r\u00e9gler tous les probl\u00e8mes. Voil\u00e0.<\/p>\n<p>Sur une question tr\u00e8s importante pos\u00e9e par Jeannine, la question du mode d&rsquo;organisation de la classe et de la prise du pouvoir. L&rsquo;id\u00e9e de Bruno Trentin, c&rsquo;est que l&rsquo;organisation des partis ouvriers, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque \u00ab\u00a0social-d\u00e9mocrates\u00a0\u00bb et devenus ou non \u00ab\u00a0communistes\u00a0\u00bb, a \u00e9t\u00e9 calqu\u00e9e sur l&rsquo;organisation de l&rsquo;Etat (un parlement, et un ex\u00e9cutif) et qu&rsquo;elle tournait le dos \u00e0 l&rsquo;auto-organisation de la classe et \u00e0 son potentiel d&rsquo;imagination gestionnaire. On consid\u00e9rait qu&rsquo;il fallait d&rsquo;abord prendre le pouvoir avec ce type d&rsquo;organisation et qu&rsquo;une fois le pouvoir conquis, on pourrait voir les choses autrement. C&rsquo;est le c\u0153ur de la critique de Bruno Trentin et elle est \u00e0 mon avis pertinente. Si on attend la prise du pouvoir d&rsquo;Etat, en reproduisant, dans les pratiques militantes et dans les conceptions politiques, ce qui existe dans la soci\u00e9t\u00e9, les rapports hi\u00e9rarchiques, la division du travail, etc. (et l\u00e0, il faudrait int\u00e9grer le bilan de l&rsquo;exp\u00e9rience sovi\u00e9tique) le jour o\u00f9 l&rsquo;on aura pris le pouvoir, qu&rsquo;est-ce qui pourra bien changer dans les rapports sociaux quotidiens qui n&rsquo;aura jamais pr\u00e9par\u00e9 avant? Question immense, bien s\u00fbr. Peut-\u00eatre que les \u00e9checs d&rsquo;aujourd&rsquo;hui sont li\u00e9s \u00e0 cela. Aujourd&rsquo;hui, on n&rsquo;a plus de \u00ab\u00a0pr\u00eat-\u00e0-porter\u00a0\u00bb politique, de mod\u00e8le de la transformation sociale, de mod\u00e8le de ce qu&rsquo;il faut faire, ou ne pas faire. On a d&rsquo;ailleurs plut\u00f4t des exemples de ce qu&rsquo;il ne faut pas faire. Donc, difficult\u00e9, mais aussi utilit\u00e9, d&rsquo;un bilan critique des exp\u00e9riences r\u00e9volutionnaires et socialistes au 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Deux petites choses suppl\u00e9mentaires :<\/p>\n<p>(1) Dans les banlieues, ce n&rsquo;est pas uniquement du \u00ab\u00a0lumpen-prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb, m\u00eame si celui-ci existe. Toutefois, cette cat\u00e9gorie marxienne devait certainement \u00eatre revisit\u00e9e car le lumpen d&rsquo;aujourd&rsquo;hui n&rsquo;est plus celui de Marx, celui qu&rsquo;il a d\u00e9crit, en le distinguant d&rsquo;ailleurs de l&rsquo;arm\u00e9e industrielle de r\u00e9serve (les ch\u00f4meurs) \u00e0 une \u00e9poque, au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, o\u00f9 le capitalisme \u00e9tait dans une dynamique ascendante. Aujourd&rsquo;hui, il existe, m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale, des masses consid\u00e9rables de gens durablement exclus et qu&rsquo;il faut prendre en compte dans une analyse de classes.<\/p>\n<p>(2) Je trouve tr\u00e8s int\u00e9ressante la remarque de Jeannine sur la n\u00e9cessit\u00e9 des personnels de service, souvent des femmes, pour que les (autres) femmes puissent travailler. Parfois ces personnels sont non qualifi\u00e9es (ex. femmes de m\u00e9nage) et parfois qualifi\u00e9es (ex. pu\u00e9ricultrices). On peut lier cela \u00e0 la question des luttes f\u00e9ministes d&rsquo;\u00e9mancipation, mais d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, comme l&rsquo;une est r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;autre, leur rapport n&rsquo;est pas un rapport de solidarit\u00e9. C&rsquo;est une question \u00e0 approfondir.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p><strong>Q9 :<\/strong> (Ouvrier retrait\u00e9 de la Q7) Un commentaire sur les deux points suivants? (a) le \u00ab\u00a0prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb, aujourd&rsquo;hui, est mondial. (b) Il ya eu d&rsquo;autres exp\u00e9riences socialistes que l&rsquo;URSS : Cuba, le Vietnam, la Chine (o\u00f9 l&rsquo;on a m\u00eame vu des luttes des ouvriers contre le parti communiste).<\/p>\n<p><strong>Q10 :<\/strong> (Maurice Cukierman) Revient sur l&rsquo;organisation du Parti communiste, le parti r\u00e9volutionnaire, qui doit \u00eatre un parti disciplin\u00e9 (centralisme d\u00e9mocratique) si l&rsquo;on veut aboutir \u00e0 quelque chose. Qui est Bruno Trentin? Un philosophe pay\u00e9 par la CIA et qui \u00e9vacue la question de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production (m\u00eame s&rsquo;il y a des r\u00e9flexions int\u00e9ressantes). Donc, attention !<\/p>\n<p><strong>Q11 :<\/strong> Merci pour cet essai de compr\u00e9hension des caract\u00e9ristiques et tendances diverses pr\u00e9sentes dans les classes populaires (au pluriel)\u2026 Et les couches \u00ab\u00a0moyennes\u00a0\u00bb ?<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ponses<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Je laisse de c\u00f4t\u00e9 les bilans des diff\u00e9rentes exp\u00e9riences socialistes.<\/p>\n<p>&#8211; Concernant Bruno Trentin, je me suis focalis\u00e9 sur un aspect particulier qui m&rsquo;a paru int\u00e9ressant.<\/p>\n<p>&#8211; Sur la derni\u00e8re question : quelles sont les convergences entre les classes \u00ab\u00a0populaires\u00a0\u00bb et les classes \u00ab\u00a0moyennes\u00a0\u00bb ? En fait, c&rsquo;est le probl\u00e8me des rapports entre les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories au sein du monde du travail au sens large, puisque ces \u00ab\u00a0classes moyennes\u00a0\u00bb sont aussi des classes \u00ab\u00a0travailleuses\u00a0\u00bb. Mais \u00ab\u00a0classes moyennes\u00a0\u00bb se construit autrement que classes travailleuses. Prenons l&rsquo;exemple de certaines luttes \u00e0 Marseille. Prenez un mouvement comme Attac, que certains trouveront \u00e9videmment \u00ab\u00a0r\u00e9formiste\u00a0\u00bb et m\u00eame \u00ab\u00a0social-tra\u00eetre\u00a0\u00bb. Il permet n\u00e9anmoins de mobiliser des couches moyennes sensibles au capitalisme qui d\u00e9truit la plan\u00e8te et nous empoisonne dans nos assiettes, etc. Bref aux questions de destruction de l&rsquo;environnement, de privatisation des biens publics, de d\u00e9fense de l&rsquo;\u00e9cole et des services publics en g\u00e9n\u00e9ral. Evidemment\u2026 pas toutes les couches moyennes (je pense aux instituteurs), mais certaines qui sont mobilisables, en convergence avec la classe ouvri\u00e8re, sur des luttes de ce type\u00a0: consommer autrement, consommer intelligemment en lien avec les luttes des producteurs. Je trouve \u00e7a int\u00e9ressant et je regrette que \u00e7a n&rsquo;ait pas plus d&rsquo;ampleur. Comme, par exemple, les luttes pour l&rsquo;\u00e9cole, qui sont r\u00e9currentes en Seine st Denis, r\u00e9unissent les enseignants et la population. Mais il faut tenir compte de toutes les sp\u00e9cificit\u00e9s. Prochainement, il va y avoir des gr\u00e8ves pour le pouvoir d&rsquo;achat des fonctionnaires. Eh bien, essayez donc de mobiliser les chercheurs sur la question des salaires! Pourtant, ils se mobiliseront sur d&rsquo;autres enjeux. Il y a donc des convergences possibles et c&rsquo;est cela qu&rsquo;on doit chercher syst\u00e9matiquement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong><strong>Robert A. NISBET, <\/strong><em>La tradition sociologique<\/em>, 1966, traduit aux PUF, 1984<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong><strong>St\u00e9phane BEAUD et Michel PIALOUX, <\/strong><em>retour sur la condition ouvri\u00e8re<\/em>, Fayard, 1999<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong><strong>Michel SIMON et Guy MICHELAT <\/strong><em>Les ouvriers et la politique, Permanence, ruptures, r\u00e9alignement, <\/em>Presses de Sciences Po, 2004<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong><strong>Richard HOGGART<\/strong>, <em>la culture du pauvre, \u00e9tude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre, <\/em>Chatto and Windus, 1957, traduction par les \u00e9ditions de minuit, collection le sens commun, pr\u00e9sentation de J.C. Passeron, 1970<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong><strong>Denis POULOT, <\/strong><em>le sublime ou le travailleur comme il est en 1870, et ce qu&rsquo;il peut \u00eatre<\/em>, 1870, r\u00e9\u00e9dition chez F. Masp\u00e9ro, avec une introduction d&rsquo;Alain Cottereau, collection actes et m\u00e9moires du peuple, 1980<\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a><strong><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Karl MARX<\/em><\/strong><em> Critique du programme de Gotha<\/em>, 1875, \u00c9ditions sociales, collection Grande \u00c9dition Marx et Engels (GEME), 2008<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paul Bouffartigue\u00a0 &amp;\u00a0 Jeannine Morandat-Gruselle Le Retour des classes sociales Conf\u00e9rence n. 6 du Cycle 2015-2016 &#8211; Jeudi 17 Mars 2016 &#8211; Amphi Roussy (Campus des Cordeliers) Michel Gruselle ouvre la s\u00e9ance par quelques annonces. Tout d&rsquo;abord, le CUEM envisage de publier les r\u00e9sum\u00e9s des conf\u00e9rences. Ensuite, on travaille au programme de l&rsquo;ann\u00e9e prochaine 2016-2017 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=506\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">R\u00e9sum\u00e9 Bouffartigue &#8211; Gruselle<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":503,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/506"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=506"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/506\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":513,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/506\/revisions\/513"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/503"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=506"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}