{"id":474,"date":"2016-03-05T12:48:31","date_gmt":"2016-03-05T11:48:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cuem.info\/?page_id=474"},"modified":"2016-03-05T12:51:48","modified_gmt":"2016-03-05T11:51:48","slug":"resume-l-a-sanchi","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=474","title":{"rendered":"R\u00e9sum\u00e9 L.-A. Sanchi"},"content":{"rendered":"<h1><strong>Luigi Alberto SANCHI<\/strong><\/h1>\n<h1><strong><em>Empire romain et lutte des classes<\/em><\/strong><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Conf\u00e9rence no 5 du Cycle 2015-2016 &#8211; Jeudi 4 F\u00e9vrier 2016 &#8211; Amphi Roussy (Campus des Cordeliers)<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Luigi Alberto Sanchi<\/strong>, charg\u00e9 de recherche CNRS \u00e0 l&rsquo;Institut d&rsquo;Histoire du Droit (UMR de l\u2019Universit\u00e9 Paris II), est dipl\u00f4m\u00e9 de lettres et agr\u00e9g\u00e9 de grammaire. Il est docteur en histoire. Sa th\u00e8se a \u00e9t\u00e9 codirig\u00e9e par Luciano Canfora. Sp\u00e9cialiste de la renaissance fran\u00e7aise, ses livres et articles portent sur la philologie, en particulier grecque, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Guillaume Bud\u00e9. En 2015, il a organis\u00e9 avec la Sorbonne \u2013 Paris IV un colloque intitul\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0Le carrefour culturel parisien au tournant de 1500\u00a0\u00bb (actes parus aux \u00e9ditions PUPS sous le titre <em>Paris, Carrefour culturel au tournant de 1500<\/em>. Il a traduit en fran\u00e7ais plusieurs ouvrages italiens, parmi lesquels <em>La Crise du capitalisme et Marx. <\/em><em>Abr\u00e9g\u00e9 du capital rapport\u00e9 au xxi<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em> de Domenico Moro (\u00c9ditions Delga, 2009).<\/p>\n<p><strong>Michel Gruselle<\/strong> ouvre la s\u00e9ance en rappelant quelques pr\u00e9cautions d&rsquo;usage, y compris de rallumer les t\u00e9l\u00e9phones portables <em>en sortant<\/em> (et par cons\u00e9quent de les \u00e9teindre maintenant). Il fait remarquer que, cette ann\u00e9e, le CUEM a introduit quelques nouveaux th\u00e8mes et de nouveaux orateurs (faisant partie du collectif d&rsquo;organisation) dont la conf\u00e9rence d&rsquo;aujourd&rsquo;hui fait partie. Il annonce, pour le d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e prochaine un cycle de conf\u00e9rence sur Renault, forteresse ouvri\u00e8re, avant d&rsquo;introduire Luigi Alberto Sanchi sur la question des luttes de classes dans l&rsquo;Empire Romain.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<h2><strong>Plan de l&rsquo;expos\u00e9<\/strong><\/h2>\n<p><em>Pr\u00e9ambule<\/em> \u2014 Int\u00e9r\u00eat de la question, g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s sur l&rsquo;histoire romaine, le point de vue marxiste.<\/p>\n<ol>\n<li>\u2014 <em>Origines et d\u00e9veloppement de l&rsquo;antagonisme patriciens-pl\u00e9b\u00e9iens<\/em> (v. 550-350 av. JC).\u00a0Les dernier rois \u00e9trusques philo-pl\u00e9b\u00e9iens. La r\u00e9action oligarchique r\u00e9publicaine (509), hostile \u00e0 la pl\u00e8be. Les luttes pour les droits et pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9.<\/li>\n<li>\u2014 <em>Au tournant du mill\u00e9naire\u00a0: la crise de la r\u00e9publique romaine et la fondation du \u00ab\u00a0principat\u00a0\u00bb<\/em> (que nous appelons \u00ab\u00a0Empire\u00a0\u00bb).\u00a0Les transformations sociales\u00a0: ruine des citoyens-soldats agriculteurs et d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;esclaves. Toute-puissance du S\u00e9nat apr\u00e8s la Seconde Guerre punique (204). L&rsquo;\u00e9chec des Gracques (122), Livius Drusus. La r\u00e9forme de l&rsquo;arm\u00e9e par C.\u00a0Marius (107)\u00a0: des g\u00e9n\u00e9raux ambitieux entra\u00eenent des masses prol\u00e9taris\u00e9es et d\u00e9terminent la politique de Rome. Jules C\u00e9sar r\u00e9ussit \u00e0 vaincre la r\u00e9action s\u00e9natoriale et, apr\u00e8s son assassinat, \u00ab\u00a0l&rsquo;Empire\u00a0\u00bb inaugure un syst\u00e8me d&rsquo;exploitation du travail plus \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb.<\/li>\n<li>\u2014 <em>Le mode de production esclavagiste.<\/em> Types d&rsquo;esclaves. Les r\u00e9voltes d&rsquo;esclaves aux IIe et Ier si\u00e8cles (en Sicile, puis Spartacus). R\u00e9pressions et affranchissements d&rsquo;esclaves. L&rsquo;influence du christianisme. La politique mon\u00e9taire et les classes moyennes avant et apr\u00e8s Constantin. Comment dater la fin de l&rsquo;Antiquit\u00e9? Par la fin du \u00ab\u00a0mode de production esclavagiste\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ol>\n<p><em>Conclusions et d\u00e9bat.<\/em> \u2014 N\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudier Rome du point de vue socio-\u00e9conomique\u00a0: Exemplarit\u00e9 politique et persistance de certains \u00e9l\u00e9ments aux \u00e9poques suivantes. Mais attention aux anachronismes !\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>Pr\u00e9ambule<\/strong><\/h2>\n<p>Luigi Sanchi se d\u00e9finit d&rsquo;abord comme \u00ab\u00a0non-sp\u00e9cialiste\u00a0\u00bb d&rsquo;un sujet \u00ab\u00a0tr\u00e8s vaste\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0tr\u00e8s complexe\u00a0\u00bb, mais qu&rsquo;il semble tout de m\u00eame int\u00e9ressant de parcourir rapidement pour brosser un r\u00e9sum\u00e9 simplifi\u00e9. En effet, bien que le sujet paraisse obsol\u00e8te, il reste tout \u00e0 fait fondamental pour illustrer la capacit\u00e9 de la m\u00e9thode marxiste de lire les \u00e9v\u00e9nements du pass\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re de la lutte des classes comme \u00ab\u00a0moteur de l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb. Le but est \u00e9videmment de (re)construire un consensus (si possible h\u00e9g\u00e9monique) chez les intellectuels.<\/p>\n<p>Sur le sujet, il existe d&rsquo;ailleurs une litt\u00e9rature marxiste authentique, \u00e0 commencer par des d\u00e9veloppements de Marx lui-m\u00eame, ou d&rsquo;Engels (<em>Origines de la Famille, de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et de l&rsquo;\u00c9tat<\/em> et le <em>Christianisme primitif<\/em>), et les analyses de l&rsquo;\u00e9cole sovi\u00e9tique d&rsquo;histoire, par exemple le manuel de Kovalev ou les volumes consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9 de l\u2019Histoire universelle de l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences de l\u2019URSS.<\/p>\n<p><strong style=\"font-size: 24px; line-height: 1;\">1. Les origines et le d\u00e9veloppement de l&rsquo;antagonisme patriciens-pl\u00e9b\u00e9iens<\/strong><\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de l&rsquo;antagonisme des classes \u00e0 Rome est pos\u00e9 clairement lorsque les derniers rois \u00e9trusques doivent c\u00e9der la place \u00e0 la premi\u00e8re r\u00e9publique patricienne (509 av. JC). Ces rois \u00e9trusques avantageaient la pl\u00e8be \u00e0 travers l\u2019institution militaire, pilier de leur r\u00e9gime\u00a0 &#8211; une sorte de \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie militaire\u00a0\u00bb, comme on l\u2019a appel\u00e9e. La r\u00e9action solidaire des \u00e9lites fut l&rsquo;instauration d&rsquo;une R\u00e9publique oligarchique orient\u00e9e clairement contre la pl\u00e8be. Alors commence une longue lutte pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits qui durera jusqu&rsquo;au milieu du IVe si\u00e8cle apr\u00e8s JC. Pour encadrer et d\u00e9voyer les revendications et les \u00e9nergies populaires, les patriciens ont utilis\u00e9 couramment les aventures guerri\u00e8res, voire l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;exception. L&rsquo;\u00e9poque actuelle n&rsquo;a rien invent\u00e9. On peut voir des reflets de cette opposition dans des pages c\u00e9l\u00e8bres, comme celles de Tite-Live qui, bien que post\u00e9rieures de quelques si\u00e8cles, s\u2019efforcent de rendre l\u2019esprit de ces temps recul\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<h3><strong>Lecture-1<\/strong><strong>\u00a0: Tite-Live\u00a0: <em>Discours du Consul Titus Quinctus Capitolinus au peuple<\/em><\/strong><\/h3>\n<p>Point de vue des patriciens. Titus est consul pour la 4<sup>e<\/sup> fois et feint de regretter de ne pas avoir disparu apr\u00e8s son troisi\u00e8me mandat, pour \u00e9viter la honte militaire.<\/p>\n<p>(Tite-Live, <em>Histoire romaine<\/em>, livre III\u00a0;\u00a0traduction fran\u00e7aise de D\u00e9sir\u00e9 Nisard, 1864)<\/p>\n<p><strong>[Les \u00c8ques r\u00e9unis aux Volsques marchent sur Rome apr\u00e8s avoir envahi le territoire romain, en l\u2019an 446 av. J.-C.]<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>67<\/strong> \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 (1)\u00a0[\u2026] \u00ab\u00a0Quoique ma conscience ne me fasse aucun reproche, Romains, ce n\u2019est cependant qu\u2019avec une extr\u00eame honte que je me pr\u00e9sente devant votre assembl\u00e9e. Vous le savez, la tradition en conservera le souvenir pour nos descendants, les \u00c8ques et les Volsques, \u00e0 peine les \u00e9gaux des Herniques, sous le quatri\u00e8me consulat de Titus Quinctius, se sont impun\u00e9ment pr\u00e9sent\u00e9s en armes sous les murs de Rome.\u00a0(2)\u00a0Si j\u2019avais su que cette infamie f\u00fbt r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 cette ann\u00e9e (quoique depuis longtemps l\u2019\u00e9tat des affaires ne permette de rien pr\u00e9voir d\u2019heureux), l\u2019exil ou la mort, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019autre moyen, m\u2019eussent \u00e9vit\u00e9 le d\u00e9shonneur.\u00a0(3)\u00a0Quoi\u00a0! si des hommes de c\u0153ur eussent mani\u00e9 ces armes que nous avons vues devant nos portes, Rome \u00e9tait prise sous mon consulat\u00a0! J\u2019avais assez d\u2019honneurs, assez et trop de jours\u00a0; il m\u2019e\u00fbt fallu mourir \u00e0 mon troisi\u00e8me consulat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0(4)\u00a0\u00c0 qui s\u2019adresse le m\u00e9pris de ces l\u00e2ches ennemis\u00a0? \u00c0 nous, consuls, ou bien \u00e0 vous, Romains\u00a0? Si la faute en est \u00e0 nous, enlevez l\u2019autorit\u00e9 \u00e0 ces mains indignes, et, si ce n\u2019est assez, infligez-nous un ch\u00e2timent.\u00a0(5)\u00a0Si c\u2019est votre faute, ah\u00a0! que les dieux et les hommes se gardent de vous en punir\u00a0; il suffit que vous vous en repentiez. Non, l\u2019ennemi n\u2019a pas m\u00e9pris\u00e9 des l\u00e2ches, il n\u2019a pas eu confiance en son courage. Si souvent mis en d\u00e9roule et en fuite, d\u00e9pouill\u00e9 de son camp et de ses terres, envoy\u00e9 sous le joug, il sait se conna\u00eetre et nous conna\u00eetre.\u00a0(6)\u00a0La discorde qui r\u00e8gne entre les divers ordres, l\u2019acharnement des patriciens et des pl\u00e9b\u00e9iens les uns contre les autres\u00a0: voil\u00e0 le poison qui nous tue. Cette soif immod\u00e9r\u00e9e, chez nous, de puissance\u00a0; chez vous, de libert\u00e9\u00a0; votre d\u00e9go\u00fbt pour les magistrats patriciens, le n\u00f4tre pour les pl\u00e9b\u00e9iens, ont enfl\u00e9 leur courage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0(7)\u00a0Au nom des dieux, que voulez-vous\u00a0? Vous avez d\u00e9sir\u00e9 des tribuns du peuple\u00a0; nous avons consenti \u00e0 vous les donner par amour pour la concorde. Vous avez voulu des d\u00e9cemvirs\u00a0; nous avons souffert leur cr\u00e9ation. Vous vous \u00eates d\u00e9go\u00fbt\u00e9s des d\u00e9cemvirs\u00a0; nous les avons forc\u00e9s \u00e0 r\u00e9signer leurs charges.\u00a0(8)\u00a0Votre ressentiment les poursuivit dans la vie priv\u00e9e\u00a0; nous avons support\u00e9 la mort et l\u2019exil des plus illustres, des plus honorables personnages.\u00a0(9)\u00a0Vous avez voulu de nouveau cr\u00e9er des tribuns du peuple\u00a0; vous les avez cr\u00e9\u00e9s\u00a0: des consuls de votre ordre, bien que cela nous par\u00fbt une injure pour les patriciens, nous avons vu donner au peuple une magistrature patricienne. Vous avez l\u2019appui du tribunat, l\u2019appel au peuple, des pl\u00e9biscites obligatoires pour les patriciens\u00a0; sous pr\u00e9texte d\u2019\u00e9galit\u00e9 dans les lois, vous opprimez nos droits\u00a0; nous l\u2019avons souffert, nous le souffrirons.\u00a0(10)\u00a0Quel sera donc le terme de nos dissensions\u00a0? Quand n\u2019aurons-nous qu\u2019une seule ville\u00a0? quand sera-t-elle notre commune patrie\u00a0? Nous, vaincus, nous supportons mieux le repos que vous, nos vainqueurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0(11)\u00a0Vous suffit-il de vous \u00eatre rendus redoutables pour nous\u00a0? C\u2019est en haine de nous qu\u2019on occupe l\u2019Aventin\u00a0; c\u2019est en haine de nous qu\u2019on occupe le mont Sacr\u00e9. Les Esquilies sont presque tomb\u00e9es au pouvoir de l\u2019ennemi, le Volsque en franchissait la chauss\u00e9e, et personne ne l\u2019en a repouss\u00e9. Contre nous vous \u00eates des hommes, contre nous vous avez des armes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>68<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 (1)\u00a0\u00ab\u00a0Courage\u00a0! et quand vous aurez ici assi\u00e9g\u00e9 le s\u00e9nat, quand vous aurez sem\u00e9 la haine dans le forum, quand vous aurez rempli les prisons des premiers citoyens,\u00a0(2)\u00a0profitez de cette ardeur si bouillante, et sortez par la porte Esquiline. Si vous n\u2019osez encore le faire, voyez du moins du haut de vos murs vos champs d\u00e9vast\u00e9s par le fer et la flamme, voyez emmener le butin, et fumer \u00e9pars les toits incendi\u00e9s.\u00a0(3)\u00a0Mais c\u2019est l\u2019\u00e9tat seul qui souffre. On br\u00fble nos campagnes, on assi\u00e8ge notre ville, l\u2019honneur de la guerre reste aux ennemis. Et vous donc\u00a0! en quel \u00e9tat sont vos int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s\u00a0? Bient\u00f4t chacun apprendra quelles pertes il a faites dans la campagne. Que pourrez-vous obtenir ici en d\u00e9dommagement\u00a0?\u00a0(4)\u00a0Les tribuns vous ram\u00e8neront-ils, vous rendront-ils ce que vous avez perdu\u00a0? Des cris, des paroles tant qu\u2019il vous plaira d\u2019en ou\u00efr\u00a0; des accusations contre les premiers de la cit\u00e9, des lois les unes sur les autres, des assembl\u00e9es enfin. Mais jamais aucun de vous n\u2019a retir\u00e9 de ces assembl\u00e9es le moindre avantage pour ses affaires, pour sa fortune\u00a0(5)\u00a0Qui de vous en a rapport\u00e9 autre chose \u00e0 sa femme ou \u00e0 ses enfants, que des haines, des rancunes, des inimiti\u00e9s publiques ou priv\u00e9es, contre lesquelles votre courage et votre innocence ne sauraient vous garantir, et qui n\u00e9cessitent des secours \u00e9trangers\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0(6)\u00a0Certes, lorsque vous faisiez la guerre guid\u00e9s par nous, consuls, et non par des tribuns\u00a0; dans le camp et non dans le forum\u00a0; lorsque vos cris \u00e9taient la terreur de l\u2019ennemi dans les batailles, et non celle des s\u00e9nateurs de Rome dans l\u2019assembl\u00e9e\u00a0; charg\u00e9s de butin, ma\u00eetres du camp de l\u2019ennemi, gorg\u00e9s de richesses et de gloire, de celle de l\u2019\u00e9tat et de la v\u00f4tre, vous reveniez triomphants chez vous dans vos p\u00e9nates\u00a0; maintenant vous en laissez sortir l\u2019ennemi charg\u00e9 de vos d\u00e9pouilles.\u00a0(7)\u00a0Restez attach\u00e9s \u00e0 cette tribune, passez votre vie au forum\u00a0! la n\u00e9cessit\u00e9 de combattre vous poursuit \u00e0 mesure que vous la fuyez. Il vous semblait doux de marcher contre les \u00c8ques et les Volsques\u00a0? la guerre est \u00e0 vos portes. Si vous ne l\u2019en chassez, vous l\u2019aurez bient\u00f4t dans vos murs, elle montera sur la citadelle, au Capitole\u00a0; elle vous poursuivra dans vos demeures.\u00a0(8)\u00a0Il y a deux ans que le s\u00e9nat ordonna l\u2019enr\u00f4lement, et d\u00e9cida que l\u2019arm\u00e9e partirait pour l\u2019Algide. Nous demeurons tranquillement chez nous, disputant \u00e0 la mani\u00e8re des femmes, jouissant de la tranquillit\u00e9 pr\u00e9sente, sans pr\u00e9voir que de ce repos na\u00eetrait une foule de guerres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0(9)\u00a0Je sais qu\u2019on pourrait dire des choses plus agr\u00e9ables\u00a0: mais il faut sacrifier l\u2019agr\u00e9ment \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, et si mon caract\u00e8re ne m\u2019en faisait une loi, la n\u00e9cessit\u00e9 m\u2019y r\u00e9duirait. En v\u00e9rit\u00e9, Romains, je voudrais vous plaire, mais j\u2019aime encore mieux vous sauver, quelles que doivent \u00eatre vos dispositions \u00e0 mon \u00e9gard.\u00a0(10)\u00a0La nature veut que celui qui parle \u00e0 la multitude pour son propre int\u00e9r\u00eat, soit plus go\u00fbt\u00e9 que celui dont l\u2019esprit n\u2019envisage que le bien g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 moins que vous ne pensiez que ces complaisants publics, ces courtisans du peuple qui ne veulent vous voir ni sous les armes ni en repos, vous excitent, vous poussent dans votre propre int\u00e9r\u00eat.\u00a0(11)\u00a0De vos agitations, ils recueillent de l\u2019honneur ou du profit. Comme la bonne harmonie des deux ordres r\u00e9duirait ces hommes au n\u00e9ant, ils pr\u00e9f\u00e8rent un mauvais r\u00f4le \u00e0 la nullit\u00e9, et, pour \u00eatre quelque chose, ils se font chefs d\u2019\u00e9meutes et de s\u00e9ditions.\u00a0(12)\u00a0Si vous pouviez enfin vous d\u00e9go\u00fbter de ces abus, et reprendre les m\u0153urs de vos p\u00e8res et vos anciennes habitudes, en d\u00e9pouillant les nouvelles, je ne me refuse \u00e0 aucun supplice,\u00a0(13)\u00a0si dans peu de jours je n\u2019ai battu et mis en fuite ces d\u00e9vastateurs de nos campagnes, si je ne les ai chass\u00e9s de leur camp, et fait passer de nos portes et de nos remparts, dans leurs villes, la terreur dont vous \u00eates frapp\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>Lecture-2<\/strong><strong>\u00a0: Tite-Live\u00a0: <em>Discours du tribun Canul\u00e9ius devant l\u2019assembl\u00e9e du peuple<\/em><\/strong><\/h3>\n<p>Point de vue des pl\u00e9b\u00e9iens. Les tribuns de la pl\u00e8be insistent sur l&rsquo;humiliation permanente subie par les pl\u00e9b\u00e9iens, plus maltrait\u00e9s que des \u00e9trangers. Revendication du droit au mariage mixte (interclassiste) et de l&rsquo;acc\u00e8s aux charges publiques hautes, appel\u00e9es \u00ab\u00a0honneurs\u00a0\u00bb. Il est rappel\u00e9 que l&rsquo;Histoire est faite d&rsquo;\u00e9volutions et de conqu\u00eates d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong>\u00a0(Tite-Live, <em>Histoire romaine<\/em>, livre IV\u00a0;\u00a0traduction fran\u00e7aise de D\u00e9sir\u00e9 Nisard, 1864)<\/p>\n<p><strong>[En 445, Canuleius s\u2019oppose \u00e0 la lev\u00e9e militaire que proposaient les patriciens pour faire diversion, ne voulant pas accepter les mariages mixtes ni des consuls pl\u00e9b\u00e9iens]<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong>(1)\u00a0Tandis que ces choses se passaient dans le s\u00e9nat, Canul\u00e9ius parlait ainsi pour ses lois et contre les consuls\u00a0:\u00a0(2)\u00a0\u00ab\u00a0D\u00e9j\u00e0, Romains, j\u2019ai souvent eu l\u2019occasion de remarquer \u00e0 quel point vous m\u00e9prisaient les patriciens, et combien ils vous jugeaient indignes de vivre avec eux dans la m\u00eame ville, entre les m\u00eames murailles.\u00a0(3)\u00a0Mais je n\u2019en ai jamais \u00e9t\u00e9 plus frapp\u00e9 qu\u2019aujourd\u2019hui, en voyant avec quelle fureur ils s\u2019\u00e9l\u00e8vent contre nos propositions. Et cependant, \u00e0 quoi tendent- elles, qu\u2019\u00e0 leur rappeler que nous sommes leurs concitoyens, et que si nous n\u2019avons pas les m\u00eames richesses, nous habitons du moins la m\u00eame patrie\u00a0?\u00a0(4)\u00a0Par la premi\u00e8re, nous demandons la libert\u00e9 du mariage, laquelle s\u2019accorde aux peuples voisins et aux \u00e9trangers\u00a0: nous-m\u00eames nous avons accord\u00e9 le droit de cit\u00e9, bien plus consid\u00e9rable que le mariage, \u00e0 des ennemis vaincus.\u00a0(5)\u00a0L\u2019autre proposition n\u2019a rien de nouveau\u00a0; nous ne faisons que redemander et r\u00e9clamer un droit qui appartient au peuple, le droit de confier les honneurs \u00e0 ceux \u00e0 qui il lui pla\u00eet.\u00a0(6)\u00a0Y a-t-il l\u00e0 de quoi bouleverser le ciel et la terre\u00a0? de quoi se jeter sur moi, comme ils l\u2019ont presque fait tout \u00e0 l\u2019heure dans le s\u00e9nat\u00a0? de quoi annoncer qu\u2019ils emploieront la force, qu\u2019ils violeront une magistrature sainte et sacr\u00e9e\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0(7)\u00a0Eh quoi\u00a0! donc, si l\u2019on donne au peuple romain la libert\u00e9 des suffrages, afin qu\u2019il puisse confier \u00e0 qui il voudra la dignit\u00e9 consulaire\u00a0; et si l\u2019on n\u2019\u00f4te pas l\u2019espoir de parvenir \u00e0 cet honneur supr\u00eame \u00e0 un pl\u00e9b\u00e9ien qui en sera digne, cette ville ne pourra subsister\u00a0! C\u2019en est fait de l\u2019empire\u00a0! et parler d\u2019un consul pl\u00e9b\u00e9ien, c\u2019est presque dire qu\u2019un esclave, qu\u2019un affranchi pourra le devenir\u00a0!\u00a0(8)\u00a0Ne sentez-vous pas dans quelle humiliation vous vivez\u00a0? Ils vous emp\u00eacheraient, s\u2019ils le pouvaient, de partager avec eux la lumi\u00e8re. Ils s\u2019indignent que vous respiriez, que vous parliez, que vous ayez figure humaine.\u00a0(9)\u00a0Ils vont m\u00eame (que les dieux me pardonnent\u00a0!) jusqu\u2019\u00e0 appeler sacril\u00e8ge la nomination d\u2019un consul pl\u00e9b\u00e9ien. Je vous en atteste\u00a0! \u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Si les fastes de la r\u00e9publique, si les registres des pontifes ne nous sont pas ouverts, ignorons-nous pour cela ce que pas un \u00e9tranger n\u2019ignore\u00a0? Les consuls n\u2019ont-ils pas remplac\u00e9 les rois\u00a0? n\u2019ont-ils pas obtenu les m\u00eames droits, la m\u00eame majest\u00e9\u00a0?\u00a0(10)\u00a0Croyez-vous que nous n\u2019ayons jamais entendu dire que Numa Pompilius, qui n\u2019\u00e9tait ni patricien, ni m\u00eame citoyen romain, fut appel\u00e9 du fond de la Sabine par l\u2019ordre du peuple, sur la proposition du s\u00e9nat, pour r\u00e9gner sur Rome\u00a0?\u00a0(11)\u00a0Que, plus tard, Lucius Tarquinius, qui n\u2019appartenait ni \u00e0 cette ville ni m\u00eame \u00e0 l\u2019Italie, et qui \u00e9tait fils de D\u00e9marate de Corinthe, transplant\u00e9 de Tarquinies, fut fait roi du vivant des fils d\u2019Ancus\u00a0?\u00a0(12)\u00a0Qu\u2019apr\u00e8s lui Servius Tullius, fils d\u2019une captive de Corniculum, Servius Tullius, n\u00e9 d\u2019un p\u00e8re inconnu et d\u2019une m\u00e8re esclave, parvint au tr\u00f4ne sans autre titre que son intelligence et ses vertus\u00a0? Parlerai-je de Titus Tatius le Sabin, que Romulus lui-m\u00eame, fondateur de notre ville, admit \u00e0 partager son tr\u00f4ne\u00a0? \u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0(13)\u00a0Ainsi, c\u2019est en n\u2019excluant aucune classe o\u00f9 brillait le m\u00e9rite, que l\u2019empire romain s\u2019est agrandi. Rougissez donc d\u2019avoir un consul pl\u00e9b\u00e9ien, quand vos anc\u00eatres n\u2019ont pas d\u00e9daign\u00e9 d\u2019avoir des \u00e9trangers pour rois\u00a0; quand, apr\u00e8s m\u00eame l\u2019expulsion des rois, notre ville n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e au m\u00e9rite \u00e9tranger.\u00a0(14)\u00a0En effet, n\u2019est-ce pas apr\u00e8s l\u2019expulsion des rois que la famille Claudia a \u00e9t\u00e9 re\u00e7ue non seulement parmi les citoyens, mais encore au rang des patriciens\u00a0?\u00a0(15)\u00a0Ainsi, d\u2019un \u00e9tranger on pourra faire un patricien, puis un consul\u00a0; et un citoyen de Rome, s\u2019il est n\u00e9 dans le peuple, devra renoncer \u00e0 l\u2019espoir d\u2019arriver au consulat\u00a0!\u00a0(16)\u00a0Cependant croyons-nous qu\u2019il ne puisse sortir des rangs populaires un homme de courage et de c\u0153ur, habile dans la paix et dans la guerre, qui ressemble \u00e0 Numa, \u00e0 Lucius Tarquinius, \u00e0 Servius Tullius\u00a0?\u00a0(17)\u00a0ou si cet homme existe, pourquoi ne pas permettre qu\u2019il porte la main au gouvernail de l\u2019\u00e9tat\u00a0? Voulons-nous que nos consuls ressemblent aux d\u00e9cemvirs, les plus odieux des mortels, qui tous alors \u00e9taient patriciens, plut\u00f4t qu\u2019aux meilleurs des rois, qui furent des hommes nouveaux\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>4<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0(1)\u00a0Mais, dira-t-on, jamais depuis l\u2019expulsion des rois un pl\u00e9b\u00e9ien n\u2019a obtenu le consulat. Que s\u2019ensuit-il\u00a0? Est-il d\u00e9fendu d\u2019innover\u00a0? et ce qui ne s\u2019est jamais fait (bien des choses sont encore \u00e0 faire chez un peuple nouveau) doit-il, malgr\u00e9 l\u2019utilit\u00e9, ne se faire jamais\u00a0?\u00a0(2)\u00a0Nous n\u2019avions sous le r\u00e8gne de Romulus, ni pontifes, ni augures\u00a0: ils furent institu\u00e9s par Numa Pompilius. Il n\u2019y avait \u00e0 Rome ni cens, ni distribution par centuries et par classes\u00a0; Servius Tullius les \u00e9tablit.\u00a0(3)\u00a0Il n\u2019y avait jamais eu de consuls\u00a0: les rois une fois chass\u00e9s, on en cr\u00e9a. On ne connaissait ni le nom, ni l\u2019autorit\u00e9 de dictateur\u00a0: nos p\u00e8res y pourvurent. Il n\u2019y avait ni tribuns du peuple, ni \u00e9diles, ni questeurs\u00a0: on institua ces fonctions. Dans l\u2019espace de dix ans, nous avons cr\u00e9\u00e9 les d\u00e9cemvirs pour r\u00e9diger nos lois, et nous les avons abolis.\u00a0(4)\u00a0Qui doute que dans la ville \u00e9ternelle, qui est destin\u00e9e \u00e0 s\u2019agrandir sans fin, on ne doive \u00e9tablir de nouveaux pouvoirs, de nouveaux sacerdoces, de nouveaux droits des nations et des hommes\u00a0? \u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0(5)\u00a0Cette prohibition des mariages entre patriciens et pl\u00e9b\u00e9iens, ne sont-ce pas ces mis\u00e9rables d\u00e9cemvirs qui l\u2019ont eux-m\u00eames imagin\u00e9e dans ces derniers temps, pour faire affront au peuple\u00a0? Y a-t-il une injure plus grave, plus cruelle, que de juger indigne du mariage une partie des citoyens, comme s\u2019ils \u00e9taient entach\u00e9s de quelque souillure\u00a0?\u00a0(6)\u00a0N\u2019est-ce pas souffrir dans l\u2019enceinte m\u00eame de la ville une sorte d\u2019exil et de d\u00e9portation\u00a0? Ils se d\u00e9fendent d\u2019unions et d\u2019alliances avec nous\u00a0; ils craignent que leur sang ne se m\u00eale avec le n\u00f4tre.\u00a0(7)\u00a0Eh bien\u00a0! si ce m\u00e9lange souille votre noblesse que la plupart, originaires d\u2019Albe ou de Sabine, vous ne devez ni au sang, ni \u00e0 la naissance, mais au choix des rois d\u2019abord, et ensuite \u00e0 celui du peuple qui vous a \u00e9lev\u00e9s au rang de patriciens\u00a0; il fallait en conserver la puret\u00e9 par des mesures priv\u00e9es\u00a0; il fallait ne pas choisir vos femmes dans la classe du peuple, et ne pas souffrir que vos filles, que vos s\u0153urs choisissent leurs \u00e9poux en dehors des patriciens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0(8)\u00a0Jamais pl\u00e9b\u00e9ien n\u2019e\u00fbt fait violence \u00e0 une jeune patricienne\u00a0: de pareils caprices ne si\u00e9ent qu\u2019aux patriciens\u00a0; et jamais personne ne vous e\u00fbt contraint \u00e0 des unions auxquelles vous n\u2019auriez pas consenti.\u00a0(9)\u00a0Mais les prohiber par une loi, mais d\u00e9fendre les mariages entre patriciens et pl\u00e9b\u00e9iens, c\u2019est un outrage pour le peuple\u00a0: ce serait aussi bien d\u2019interdire les mariages entre les riches et les pauvres.\u00a0(10)\u00a0Jusqu\u2019ici on a toujours laiss\u00e9 au libre arbitre des particuliers le choix de la maison o\u00f9 une femme devait entrer par mariage, de celle o\u00f9 un homme devait prendre une \u00e9pouse\u00a0; et vous, vous l\u2019encha\u00eenez dans les liens d\u2019une loi orgueilleuse, pour diviser les citoyens, et faire deux \u00e9tats d\u2019un seul.\u00a0(11)\u00a0Pourquoi ne d\u00e9cr\u00e9tez-vous pas \u00e9galement qu\u2019un pl\u00e9b\u00e9ien ne pourra demeurer dans le voisinage d\u2019un patricien, ni marcher dans le m\u00eame chemin, ni s\u2019asseoir \u00e0 la m\u00eame table, ni se montrer sur le m\u00eame forum\u00a0? N\u2019est-ce pas la m\u00eame chose que de d\u00e9fendre l\u2019alliance d\u2019un patricien avec une pl\u00e9b\u00e9ienne, d\u2019un pl\u00e9b\u00e9ien avec une patricienne\u00a0? Qu\u2019y aurait-il de chang\u00e9 au droit, puisque les enfants suivent l\u2019\u00e9tat de leur p\u00e8re\u00a0?\u00a0(12)\u00a0Tout ce que nous demandons par l\u00e0, c\u2019est que vous nous admettiez au nombre des hommes et des citoyens\u00a0; et, \u00e0 moins que notre abaissement et notre ignominie ne soient pour vous un plaisir, vous n\u2019avez pas de raison pour vous y opposer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>5<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0(1)\u00a0Mais enfin, est-ce \u00e0 vous ou au peuple romain qu\u2019appartient l\u2019autorit\u00e9 supr\u00eame\u00a0? A-t-on chass\u00e9 les rois pour fonder votre domination, ou pour \u00e9tablir l\u2019\u00e9galit\u00e9 de tous\u00a0?\u00a0(2)\u00a0Il doit \u00eatre permis au peuple de porter, quand il lui pla\u00eet, une loi. Sit\u00f4t que nous lui avons soumis une proposition, viendrez-vous toujours, pour le punir, ordonner des lev\u00e9es\u00a0? Au moment o\u00f9 moi, tribun, j\u2019appellerai les tribus au suffrage, toi, consul, tu forceras la jeunesse \u00e0 pr\u00eater serment, tu la tra\u00eeneras dans les camps, tu menaceras le peuple, tu menaceras le tribun\u00a0?\u00a0(3)\u00a0En effet, n\u2019avons-nous pas d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9 deux fois ce que peuvent ces menaces contre l\u2019union du peuple\u00a0? Mais c\u2019est sans doute, par indulgence que vous vous \u00eates abstenus d\u2019en venir aux mains\u00a0! non\u00a0! s\u2019il n\u2019y a pas eu de prise, n\u2019est-ce pas que le parti le plus fort a \u00e9t\u00e9 aussi le plus mod\u00e9r\u00e9\u00a0?\u00a0(4)\u00a0Et aujourd\u2019hui encore, il n\u2019y aura pas de lutte, Romains\u00a0; ils tenteront toujours votre courage, et ne mettront jamais vos forces \u00e0 l\u2019\u00e9preuve.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0(5)\u00a0Ainsi, consuls, que cette guerre soit feinte ou s\u00e9rieuse, le peuple est pr\u00eat \u00e0 vous y suivre, si, en permettant les mariages, vous r\u00e9tablissez enfin dans Rome l\u2019unit\u00e9\u00a0; s\u2019il lui est permis de s\u2019unir, de se joindre, de se m\u00ealer \u00e0 vous par des liens de famille\u00a0; si l\u2019espoir, si l\u2019acc\u00e8s aux honneurs cessent d\u2019\u00eatre interdits au m\u00e9rite et au courage\u00a0; si nous sommes admis \u00e0 prendre rang dans la r\u00e9publique\u00a0; si, comme le veut une libert\u00e9 \u00e9gale, il nous est accord\u00e9 d\u2019ob\u00e9ir et de commander tour \u00e0 tour par les magistratures annuelles.\u00a0(6)\u00a0Si ces conditions vous r\u00e9pugnent, parlez, parlez de guerre tant qu\u2019il vous plaira\u00a0; personne ne donnera son nom, personne ne prendra les armes, personne ne voudra combattre pour des ma\u00eetres superbes qui ne veulent nous admettre ni \u00e0 partager avec eux les honneurs, ni \u00e0 entrer dans leurs familles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il est important d&rsquo;entendre ces textes et de se souvenir que, bien avant Marx, les luttes de la pl\u00e8be romaine ont inspir\u00e9 la vision politique de Machiavel qui \u00e9tablit un lien direct entre les \u00ab\u00a0bonnes lois\u00a0\u00bb et la dialectique de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>Lecture-3<\/strong><strong>\u00a0: Machiavel, <em>Discours sur la Premi\u00e8re d\u00e9cade de Tite-Live<\/em> (1519)<\/strong><\/h3>\n<h3><\/h3>\n<p><strong><em>La d\u00e9sunion entre le peuple et le S\u00e9nat de Rome,\u00a0<\/em><\/strong><strong><em>cause de la grandeur et de la libert\u00e9 de la r\u00e9publique<\/em><\/strong><\/p>\n<p>(Machiavel, <em>Discours sur la Premi\u00e8re d\u00e9cade de Tite-Live<\/em>, 1519, chap. I, 4\u00a0;\u00a0traduction fran\u00e7aise de Jean-Vincent P\u00e9ri\u00e8s, 1825)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne veux point passer sous silence les d\u00e9sordres qui r\u00e9gn\u00e8rent dans Rome depuis la mort des Tarquins jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement des tribuns; je m&rsquo;\u00e9l\u00e8verai en outre contre les assertions de ceux qui veulent que Rome n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;une r\u00e9publique tumultueuse et d\u00e9sordonn\u00e9e, et qu&rsquo;on e\u00fbt trouv\u00e9e bien inf\u00e9rieure \u00e0 tous les autres gouvernements de la m\u00eame esp\u00e8ce, si sa bonne fortune et ses vertus militaires n&rsquo;avaient suppl\u00e9\u00e9 aux vices qu&rsquo;elle renfermait dans son sein. Je ne nierai point que la fortune et la discipline n&rsquo;aient contribu\u00e9 \u00e0 la puissance des Romains\u00a0; mais on aurait d\u00fb faire attention qu&rsquo;<strong><u>une discipline excellente n&rsquo;est que la cons\u00e9quence n\u00e9cessaire des bonnes lois<\/u><\/strong>, et que partout o\u00f9 elle r\u00e8gne, la fortune, \u00e0 son tour, ne tarde pas \u00e0 faire briller ses faveurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais venons-en aux autres particularit\u00e9s de cette cit\u00e9. Je dis que ceux qui bl\u00e2ment les dissensions continuelles des grands et du peuple me paraissent d\u00e9sapprouver les causes m\u00eames qui conserv\u00e8rent la libert\u00e9 de Rome, et qu&rsquo;ils pr\u00eatent plus d&rsquo;attention aux cris et aux rumeurs que ces dissensions faisaient na\u00eetre, qu&rsquo;aux effets salutaires qu&rsquo;elles produisaient. Ils ne veulent pas remarquer qu&rsquo;il existe dans chaque gouvernement deux sources d&rsquo;opposition, les int\u00e9r\u00eats du peuple et ceux des grands ; que toutes les lois que l&rsquo;on fait au profit de la libert\u00e9 naissent de leur d\u00e9sunion, comme le prouve tout ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 dans Rome, o\u00f9, pendant les trois cents ans et plus qui s&rsquo;\u00e9coul\u00e8rent entre les Tarquins et les Gracques, les d\u00e9sordres qui \u00e9clat\u00e8rent dans ses murs produisirent peu d&rsquo;exils, et firent couler le sang plus rarement encore. On ne peut donc regarder ces dissensions comme funestes, ni l&rsquo;\u00c9tat comme enti\u00e8re\u00adment divis\u00e9, lorsque durant un si long cours d&rsquo;ann\u00e9es ces diff\u00e9rends ne caus\u00e8rent l&rsquo;exil que de huit ou dix individus, les condamnations \u00e0 l&rsquo;amende de bien peu de citoyens, et la mort d&rsquo;un plus petit nombre. On ne peut donc en aucune mani\u00e8re appeler d\u00e9sordonn\u00e9e une r\u00e9publique o\u00f9 l&rsquo;on voit \u00e9clater tant d&rsquo;exemples de vertus ; car <strong><u>les bons exemples naissent de la bonne \u00e9ducation, la bonne \u00e9ducation des bonnes lois, et les bonnes lois de ces d\u00e9sordres m\u00eames que la plupart condamnent inconsid\u00e9r\u00e9ment<\/u><\/strong>. En effet, si l&rsquo;on examine avec attention la mani\u00e8re dont ils se termin\u00e8rent, on verra qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais enfant\u00e9 ni exil ni violences funestes au bien public, mais au contraire qu&rsquo;ils ont fait na\u00eetre des lois et des r\u00e8glements favorables \u00e0 la libert\u00e9 de tous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et si quelqu&rsquo;un disait\u00a0: Mais n&rsquo;est-ce pas une conduite extraordinaire, et pour ainsi dire sauvage, que de voir tout un peuple accuser \u00e0 grands cris le s\u00e9nat, et le s\u00e9nat, le peuple, les citoyens courir tumultueusement \u00e0 travers les rues, fermer les boutiques, et d\u00e9serter la ville? Toutes choses qui \u00e9pouvantent m\u00eame \u00e0 la simple lecture. Je r\u00e9pondrai que chaque \u00c9tat doit avoir ses usages, au moyen desquels le peuple puisse satisfaire son ambition, surtout dans les cit\u00e9s o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;appuie de son influence pour traiter les affaires importantes. Parmi les \u00c9tats de cette esp\u00e8ce, Rome avait pour habitude, lorsque le peuple voulait obtenir une loi, de le voir se livrer aux extr\u00e9mit\u00e9s dont nous venons de parler, ou refuser d&rsquo;inscrire son nom pour la guerre; de sorte que, pour l&rsquo;apaiser, il fallait le satisfaire sur quelque point. <strong><u>Le d\u00e9sir qu&rsquo;ont les nations d&rsquo;\u00eatre libres est rarement nuisible \u00e0 la libert\u00e9, car il na\u00eet de l&rsquo;oppression ou de la crainte d&rsquo;\u00eatre opprim\u00e9.<\/u><\/strong> Et s&rsquo;il arrivait qu&rsquo;elles se trompassent, les harangues publiques sont l\u00e0 pour redresser leurs id\u00e9es ; il suffit qu&rsquo;un homme de bien se l\u00e8ve et leur d\u00e9montre par ses discours qu&rsquo;elles s&rsquo;\u00e9garent. Car les peuples, comme l&rsquo;a dit Cic\u00e9ron, quoique plong\u00e9s dans l&rsquo;ignorance, sont susceptibles de comprendre la v\u00e9rit\u00e9, et ils c\u00e8dent facilement lorsqu&rsquo;un homme digne de confiance la leur d\u00e9voile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soyons donc avares de critiques envers le gouvernement romain et faisons attention que tout ce qu&rsquo;a produit de meilleur cette r\u00e9publique provient d&rsquo;une bonne cause. Si le tribunat doit son origine au d\u00e9sordre, ce d\u00e9sordre m\u00eame devient digne d&rsquo;\u00e9loges, puisque le peuple obtint par ce moyen sa part dans le gouvernement, et que les tribuns furent les gardiens des libert\u00e9s romaines.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>2. Au tournant du mill\u00e9naire\u00a0: Crise de la r\u00e9publique romaine et fondation du \u00ab\u00a0principat\u00a0\u00bb<\/strong><\/h2>\n<p>[voir entre autres le livre d&rsquo;Henry Parenti sur <em>L&rsquo;assassinat de Jules C\u00e9sar<\/em> r\u00e9cemment paru chez Delga]<\/p>\n<p>Avec la victoire sur Hannibal dans la Deuxi\u00e8me Guerre Punique, le S\u00e9nat est politiquement tout-puissant. De plus, avec l&rsquo;extension des conqu\u00eates militaires, la composition de classe \u00e0 Rome devient plus complexe. La masse des prisonniers de guerre est devenue une masse d&rsquo;esclaves qui a investi la production. En outre, les denr\u00e9es alimentaires affluent de toutes les r\u00e9gions conquises et les prix baissent. Les petits cultivateurs romains sont ruin\u00e9s. Or ce sont des citoyens-soldats qui fournissent le plus gros des effectifs de l&rsquo;arm\u00e9e. Laquelle est encore une arm\u00e9e de conscription. Les patriciens, dont beaucoup se sont enrichis au gouvernement des nouvelles provinces, rach\u00e8tent les terres vacantes. Autour de Rome, ils deviennent de grands propri\u00e9taires terriens dont les domaines sont cultiv\u00e9s par des esclaves. Loin de Rome, dans les pays conquis, les m\u00eames deviennent des colonisateurs particuli\u00e8rement rapaces. Le S\u00e9nat &#8211; qui est leur organe politique &#8211; refuse tout am\u00e9nagement. Cette aristocratie est appuy\u00e9e par les pl\u00e9b\u00e9iens riches qui font des affaires dans la finance et la production industrielle.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans ce contexte de tensions croissantes que se situe l&rsquo;histoire de Gracques, les deux fr\u00e8res Tib\u00e9rius et Caius, assassin\u00e9s respectivement en 133 et 121 av. JC. Issus d&rsquo;une famille aristocratique, ils voulaient r\u00e9former la structure \u00e9conomique par des lois agraires, limiter les pouvoirs du S\u00e9nat et accorder la parit\u00e9 aux peuples italiques, alli\u00e9s mais subordonn\u00e9s \u00e0 Rome. Leurs tentatives furent noy\u00e9es dans le sang et les intrigues, la plus significative \u00e9tant la manipulation men\u00e9e par Livius Drusus, tribun aux ordres du S\u00e9nat promouvant une politique ultra-populaire afin de d\u00e9tourner de Gracchus les sympathies de la pl\u00e8be. Il faut \u00e0 ce propos renvoyer \u00e0 la tr\u00e8s belle <em>Vie des Gracques<\/em> compos\u00e9e par Plutarque. Ce dernier \u00e9chec ouvre une p\u00e9riode de troubles \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, tandis qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, l&rsquo;imp\u00e9rialisme romain est \u00e0 son comble de sauvagerie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>Lectures 4 et 5 : Extraits de Cic\u00e9ron et de Juv\u00e9nal sur l&rsquo;imp\u00e9rialisme romain<\/strong><\/h3>\n<p>(qui s&rsquo;appliquent d&rsquo;ailleurs tout aussi bien aux imp\u00e9rialismes modernes.)<\/p>\n<p><strong>Cic\u00e9ron, <em>Discours en faveur de la loi Manilia<\/em> (en l\u2019an 66 av. J.-C.), trad. fr. D. Nisard (1878)<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>65<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne saurait dire, Romains, tout ce que nous ont valu de haine, parmi les nations \u00e9trang\u00e8res, les honteux d\u00e9sordres et les injustices des magistrats que nous y avons envoy\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Quel temple, dans ces contr\u00e9es, a \u00e9t\u00e9, selon vous, respect\u00e9? Quelle ville sacr\u00e9e pour eux? quelle maison assez close et assez fortifi\u00e9e? On cherche aujourd&rsquo;hui quelles sont les cites riches et florissantes; on leur d\u00e9clare Ia guerre, et cette guerre n&rsquo;est qu&rsquo;un pr\u00e9texte pour l\u00e9gitimer le pillage et la d\u00e9vastation. J&rsquo;agiterais volontiers cette question s\u00e9rieuse en pr\u00e9sence de mes illustres adversaires, Q. Catulus et Q. Hortensius; ils savent quel les sanglantes blessures ont re\u00e7ues nos alli\u00e9s; ils voient leur infortune, ils entendent leurs plaintes. Est-ce contre l&rsquo;ennemi, dites-moi, et pour vos alli\u00e9s que vous faites marcher vos arm\u00e9es; ou bien l&rsquo;ennemi n&rsquo;est-il qu&rsquo;un pr\u00e9texte d&rsquo;agression contre vos alli\u00e9s, contre vos amis\u00a0? Citez une ville, dans toute l&rsquo;Asie, qui soit capable de suffire \u00e0 l&rsquo;avarice inextinguible, je ne dis pas d&rsquo;un g\u00e9n\u00e9ral ou d&rsquo;un lieutenant, mais du dernier tribun militaire\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Juv\u00e9nal, <em>Satire VIII<\/em> (autour de 100 apr. J.-C.), vers 98-107 \u2013 en deux versions fran\u00e7aises\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p><strong>A) Trad. de L.-V. Raoul (1812)<\/strong><\/p>\n<p>Les vaincus, accabl\u00e9s d\u2019un joug moins rigoureux,<\/p>\n<p>Au temps de la conqu\u00eate \u00e9taient encore heureux.<\/p>\n<p>Ils portaient sans g\u00e9mir le fardeau de leurs cha\u00eenes:<\/p>\n<p>Le vol \u00e9tait proscrit: les maisons \u00e9taient pleines:<\/p>\n<p>La pourpre s\u2019y montrait parmi des monceaux d\u2019or;<\/p>\n<p>Et des Parrhasius, des Myron, des Mentor,<\/p>\n<p>L\u2019art, animant la toile et le marbre et l\u2019ivoire,<\/p>\n<p>Des beaux jours de la Gr\u00e8ce y conservait la gloire.<\/p>\n<p>C\u2019est plus tard que l\u2019on vit un Antoine, un Verr\u00e8s,<\/p>\n<p>Pirates triomphants \u00e0 l\u2019ombre de la paix,<\/p>\n<p>Des tributs entass\u00e9s de vingt peuples fid\u00e8les,<\/p>\n<p>Charger furtivement leurs poupes criminelles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>B) Trad. Henri Clouard<\/strong><\/p>\n<p>On se lamentait moins autrefois, la blessure \u00e9tait moins profonde,<\/p>\n<p>Quand nos alli\u00e9s conquis de la veille \u00e9taient en pleine prosp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Chaque maison \u00e9tait un tr\u00e9sor : \u00e9normes tas<\/p>\n<p>D\u2019or, chlamydes de Sparte, pourpre de Cos,<\/p>\n<p>L\u2019ivoire qu&rsquo;a fait vivre Phidias,<\/p>\n<p>Les tableaux de Parrhasius et les statues de Myron,<\/p>\n<p>Maintes cr\u00e9ations de Polycl\u00e8te,<\/p>\n<p>peu de tables sans une parure de Mentor.<\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;ont pass\u00e9 Dolabella, puis Antoine<\/p>\n<p>Et Verr\u00e8s le sacril\u00e8ge, rapportant dans la cale des navires<\/p>\n<p>Leur butin, plus abondant en pleine paix que pour les triomphes de la guerre.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><strong>TEXTE LATIN<\/strong> <em>Non idem gemitus olim, nec vulnus erat par\u00a0| Damnorum, sociis florentibus, et modo victis.\u00a0| Plena domus tunc omnis, et ingens stabat acervus\u00a0| Nummorum, Spartana chlamys, conchylia Coa,\u00a0| Et cum Parrhasii tabulis signisque Myronis\u00a0| Phidiacum vivebat ebur, necnon Policleti\u00a0| Multus ubique labor: rar\u00e6 sine Mentore mens\u00e6.\u00a0| Inde Dolabella est, atque hinc Antonius; inde\u00a0| Sacrilegus Verres. Referebant navibus altis\u00a0| Occulta spolia, et plures <span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>de pace triumphos<\/strong><\/span>.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avec ces exc\u00e8s et la paup\u00e9risation du peuple, le m\u00e9canisme civique de la R\u00e9publique romaine se grippe. Intervient alors la r\u00e9forme militaire de Caius Marius (107) qui d\u00e9finit un nouveau format des l\u00e9gions romaines. C&rsquo;est aussi et surtout une soupape de s\u00e9curit\u00e9 vis-\u00e0-vis des tensions sociales\u00a0: elle permet aux prol\u00e9taires, autrefois exclus de la guerre (<em>capite censi<\/em>), de s&rsquo;engager pour une longue p\u00e9riode, avec un \u00e9quipement qui leur est fourni par l&rsquo;Etat. Auparavant, l&rsquo;arm\u00e9e \u00e9tait une arm\u00e9e de conscription compos\u00e9e de citoyens-soldats, propri\u00e9taires et volontaires, et qui devaient financer leur \u00e9quipement. D\u00e9sormais, c&rsquo;est une arm\u00e9e professionnelle \u00e0 laquelle on promet de s&rsquo;enrichir par le butin. Ainsi est introduit un syst\u00e8me cli\u00e9nt\u00e9liste qui ouvre la voie aux g\u00e9n\u00e9raux ambitieux. Ceux-ci pourront compter sur des troupes d\u00e9vou\u00e9es \u00e0 leur personne et qu&rsquo;ils pourront r\u00e9compenser en distribuant des terres aux v\u00e9t\u00e9rans. La loyaut\u00e9 de l&rsquo;arm\u00e9e n&rsquo;est plus acquise au S\u00e9nat qui est, de toutes fa\u00e7ons, de plus en plus discr\u00e9dit\u00e9. Enfin, les l\u00e9gions \u00e9tant solidaires de leur g\u00e9n\u00e9ral, Rome devient le cadre et la proie de factions arm\u00e9es. Les g\u00e9n\u00e9raux d\u00e9terminent la politique tandis que le peuple romain,\u00a0 au ch\u00f4mage, est entretenu gratuitement\u00a0: \u00ab\u00a0<em>pour le peuple, du pain et des jeux<\/em>\u00ab\u00a0. C&rsquo;est l&rsquo;histoire du 1<sup>er<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral capable de se doter d&rsquo;une arm\u00e9e efficace l&#8217;emporte sur ses concurrents. Pomp\u00e9e, d&rsquo;abord, aspire au pouvoir supr\u00eame mais il n&rsquo;a pas le courage d&rsquo;aller jusqu&rsquo;au bout. Jules C\u00e9sar \u00e9limine Pomp\u00e9e et devient dictateur \u00e0 vie, s\u2019inspirant du mod\u00e8le des royaut\u00e9s orientales. Par une s\u00e9rie de r\u00e9formes, il r\u00e9sout la question de la terre et de la direction de l&rsquo;Etat. Il instaure plusieurs nouveaux s\u00e9nateurs issus de cat\u00e9gories autrefois exclues et une centralisation des pouvoirs. Le S\u00e9nat est domestiqu\u00e9, mais les ambitions de Jules C\u00e9sar sont trop voyantes. Accus\u00e9 de pr\u00e9tendre \u00e0 la royaut\u00e9, il est assassin\u00e9 en 44 avant JC par une conjuration men\u00e9e par Brutus. Son successeur Octavien, en devenant Auguste, trouve la \u00ab\u00a0bonne formule\u00a0\u00bb en faisant admettre un principe monarchique d\u00e9guis\u00e9. L&rsquo;Empereur devient une sorte de pr\u00e9sident de la r\u00e9publique \u00e0 vie et un \u00e9quilibre relatif est trouv\u00e9. L&rsquo;exploitation \u00e9conomique des provinces continue, mais cet imp\u00e9rialisme se fait moins ouvertement pr\u00e9dateur et la diminution du nombre de guerres permet \u00e0 l&rsquo;Orient de redevenir prosp\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>3.\u00a0Le mode de production esclavagiste.<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;utilisation des esclaves est la cons\u00e9quence du droit de la guerre. Les vaincus sont tu\u00e9s ou vendus comme esclaves. Les guerres de la R\u00e9publique et de l&rsquo;Empire ont rafl\u00e9 de nombreux prisonniers et les esclaves sont tr\u00e8s nombreux \u00e0 Rome. Ils se comptent par dizaines de milliers et sont plus nombreux que les hommes libres. L&rsquo;opposition fondamentale est celles des esclaves et des hommes libres. En facilitant les \u00e9changes commerciaux, l&rsquo;Empire amplifie l&rsquo;utilisation \u00e9conomique des esclaves. C&rsquo;est la \u00ab\u00a0premi\u00e8re globalisation\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la M\u00e9diterran\u00e9e. Le \u00ab\u00a0mode de production esclavagiste\u00a0\u00bb caract\u00e9rise toute l&rsquo;Antiquit\u00e9 mais c\u2019est pendant la p\u00e9riode romaine qu\u2019il entra\u00eene des luttes de classes sp\u00e9cifiques, avec de grandes r\u00e9voltes.<\/p>\n<p><em>Qui sont les esclaves? <\/em>\u2014 On trouve des esclaves dans une grande diversit\u00e9 d&#8217;emplois, depuis les travaux dans les mines (dans d&rsquo;effroyables conditions) et dans les exploitations agricoles, jusqu&rsquo;\u00e0 des t\u00e2ches intellectuelles et d&rsquo;intendance r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 une petite \u00e9lite d&rsquo;esclaves lettr\u00e9s.<\/p>\n<p><em>Les r\u00e9voltes d&rsquo;esclaves<\/em> \u2014 Elles ont jalonn\u00e9 l&rsquo;histoire de la R\u00e9publique romaine, les plus fameuses \u00e9tant les trois grandes Guerres Serviles, celle de 133-132 (av. JC) en Sicile, celle de 104-100 \u00e9galement en Sicile et celle de Spartacus qui commence en 73 en Campanie et s&rsquo;ach\u00e8ve en 62 av. JC. Cette derni\u00e8re r\u00e9volte fut particuli\u00e8rement s\u00e9rieuse, l&rsquo;arm\u00e9e romaine ayant \u00e9t\u00e9 battue plusieurs fois. Dans tous les cas, les r\u00e9voltes se terminent par des massacres, des tortures et des supplices (crucifiement) pour les r\u00e9volt\u00e9s. Retour \u00e0 la vie servile dans le meilleur des cas.<\/p>\n<p>L&rsquo;affranchissement des esclaves constitue une soupape de s\u00e9curit\u00e9 pour la soci\u00e9t\u00e9 mais les affranchis sont victimes d&rsquo;un certain ostracisme de la part des citoyens n\u00e9s libres.<\/p>\n<p>Le christianisme (et d&rsquo;autres religions orientales) apporte une am\u00e9lioration dans la mesure o\u00f9 il reconna\u00eet une \u00e2me \u00e0 tout \u00eatre humain, donc aux esclaves. D&rsquo;abord r\u00e9volutionnaire, cette religion devient ensuite r\u00e9formiste et \u00ab\u00a0interclassiste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>La crise du iii<sup>e<\/sup> si\u00e8cle <\/em>\u2014 Le d\u00e9s\u00e9quilibre social s&rsquo;accro\u00eet et de nombreuses couches de citoyens sont appauvris tandis que les peuples semi-nomades, \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de l&rsquo;Empire manifestent des app\u00e9tits et une agressivit\u00e9 accrus. Cette pression sur les fronti\u00e8res accompagne une p\u00e9riode d&rsquo;anarchie militaire caract\u00e9ris\u00e9e par le fait que les empereurs n&rsquo;ont pas beaucoup de l\u00e9gitimit\u00e9 car ils sont d\u00e9sign\u00e9s par l&rsquo;arm\u00e9e ou par une partie de l&rsquo;arm\u00e9e (ce qui, dans ce cas, les oblige \u00e0 vaincre des concurrents \u00e9lus ailleurs). De ce fait, ils sont \u00e0 la merci d&rsquo;une d\u00e9faite, d&rsquo;une invasion ext\u00e9rieure, de troubles sociaux, ou de v\u00e9ritables s\u00e9cessions (comme celles qui von frapper une partie de la Gaule, ou le royaume de Palmyre). Les r\u00e9formes politico-administratives de Diocl\u00e9tien (r\u00e9organisation de l&rsquo;administration, partage de l&rsquo;Empire en quatre r\u00e9gions dirig\u00e9es par des co-empereurs &#8211; la T\u00e9trarchie), puis de Constantin, redonneront \u00e0 l&rsquo;Empire un peu de stabilit\u00e9. Mais gu\u00e8re plus.<\/p>\n<p><em>Le vrai probl\u00e8me est \u00e9conomique et social.<\/em> \u2014 Dans toutes les r\u00e9gions occidentales, en Italie, en Gaule, en Ib\u00e9rie, en Afrique du Nord occidentale, l&rsquo;extr\u00eame polarisation de la soci\u00e9t\u00e9 entra\u00eene un certain d\u00e9peuplement. D&rsquo;immenses propri\u00e9t\u00e9s latifondi\u00e8res sont exploit\u00e9es par des cohortes d&rsquo;esclaves ou de \u00ab\u00a0serfs de la gl\u00e8be\u00a0\u00bb (cat\u00e9gorie interm\u00e9diaire entre les esclaves et les hommes libres, attach\u00e9e \u00e0 un domaine, et qui pr\u00e9figure le servage du Moyen \u00c2ge). Le manque de citoyens libres a pour cons\u00e9quence le recrutement dans l&rsquo;arm\u00e9e de nombreux barbares mercenaires.<\/p>\n<p>L&#8217;empire se fragmente en r\u00e9gions plus isol\u00e9es les unes des autres qu&rsquo;auparavant. Le caract\u00e8re autarcique et r\u00e9gional de cette \u00e9conomie entra\u00eene une perte de valeur de la monnaie et justifie les d\u00e9valuations successives (surtout la monnaie m\u00e9tallique secondaire). Il y a trop de monnaie par rapport au volume des \u00e9changes qui subsistent apr\u00e8s le ralentissement du commerce. Le cours de la monnaie est artificiellement maintenu jusqu&rsquo;au d\u00e9but du IVe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>L&#8217;empereur Constantin, protagoniste d\u2019un tournant historique dans plusieurs domaines, casse cette fiction avec une r\u00e9forme mon\u00e9taire brutale : il cr\u00e9e une monnaie d&rsquo;or, forte et non-convertible en (petite) monnaire divisionnaire. La petite monnaie de bronze ne vaut alors plus rien\u00a0: m\u00eame l&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;en veut plus pour le paiement des imp\u00f4ts qui sont souvent pay\u00e9s en nature (r\u00e9coltes). On assiste au d\u00e9classement d&rsquo;une partie importante de la population des grandes villes. Les couches moyennes commer\u00e7antes ou lettr\u00e9es, autrefois prosp\u00e8res, sont jet\u00e9es dans la mis\u00e8re, surtout dans les territoires occidentaux (moins peupl\u00e9s, moins dynamiques et moins solides que les rives sud-orientales de la M\u00e9diterran\u00e9e) et survivent parfois dans des conditions proches de celles des esclaves. A l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 du spectre social, les riches vivent entre eux, comme une caste s\u00e9par\u00e9e du reste de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Avec les pi\u00e8ces d&rsquo;or de forte valeur, on sort peu \u00e0 peu de l&rsquo;\u00e9conomie mon\u00e9taire. La \u00ab\u00a0valeur naturelle\u00a0\u00bb de l&rsquo;or favorise le retour \u00e0 une \u00ab\u00a0\u00e9conomie naturelle\u00a0\u00bb de troc, de paiements en nature (produits agricoles ou corv\u00e9es) et d\u2019\u00e9vitement du service militaire (afin de pouvoir cultiver les champs) sous le patronage des riches. Au cours du 4<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la partie occidentale de l&rsquo;Empire se d\u00e9peuple et sa structure \u00e9conomique se rapproche de celle du Moyen-Age.<\/p>\n<p><em>Analyse marxiste<\/em> \u2014 Du point de vue marxiste, le d\u00e9bat historiographique sur la fin de l&rsquo;Empire Romain est centr\u00e9 sur <em>la fin du mode de production esclavagiste<\/em>. Sur ce point, les historiens marxistes et, parmi eux, l&rsquo;\u00e9cole sovi\u00e9tique ont insist\u00e9 sur les grandes r\u00e9voltes des opprim\u00e9s de la fin du IV<sup>e<\/sup> et du d\u00e9but du V<sup>e<\/sup> si\u00e8cles (les <em>bacaudae<\/em> en Gaule etc.). Un exemple significatif\u00a0: en 410, lors du sac de Rome par les Goths dirig\u00e9s par Alaric, ce sont les esclaves rebelles qui auraient ouvert aux barbares les portes de la ville. Ils se solidarisent avec les envahisseurs. Cet exemple montre que des d\u00e9s\u00e9quilibres socio-\u00e9conomiques croissants ont facilit\u00e9 les invasions barbares. Celles-ci ont disloqu\u00e9 l&rsquo;Empire romain d&rsquo;Occident que ses \u00e9lites, de plus en plus parasitaires, n&rsquo;ont su ni r\u00e9former ni d\u00e9fendre.<\/p>\n<p><em>En guise de conclusion<\/em> \u2014 Depuis les origines, l&rsquo;histoire de Rome est jalonn\u00e9e de luttes de classes ayant pour th\u00e8me l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et pour but d&rsquo;obtenir \u00e0 chaque fois une extension des droits pour les pl\u00e9b\u00e9iens, de nouvelles possibilit\u00e9s d&rsquo;action sociale et \u00e9conomiques, ou des portions de pouvoir\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; La pl\u00e8be revendique des droits \u00e9gaux au mariage interclassiste et aux charges honorifiques<\/p>\n<p>&#8211; Revendication de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre pl\u00e9b\u00e9iens de Rome et les autres pl\u00e9b\u00e9iens d&rsquo;Italie<\/p>\n<p>&#8211; Revendication de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les aristocraties de province<\/p>\n<p>&#8211; Revendication de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les esclaves affranchis et les autres hommes libres<\/p>\n<p>&#8211; Revendication de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de tous les hommes libres de l&rsquo;Empire, instaur\u00e9e par Caracalla en 212<\/p>\n<p>Des changements r\u00e9volutionnaires se sont produits \u00e0 chaque fois que les \u00e9lites parasitaires ont refus\u00e9 de c\u00e9der du pouvoir et d&rsquo;int\u00e9grer de nouvelles populations. En cons\u00e9quence de plus en plus d&rsquo;inclusions \u00e9galitaires ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es dans les institutions.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse du mode de production en vigueur \u00e0 Rome est tr\u00e8s utile pour comprendre notre monde actuel <em>en termes d&rsquo;analyse comparative\u00a0<\/em>: \u00e9tudier les sp\u00e9cificit\u00e9s d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 et d&rsquo;une \u00e9conomie antiques avec une monnaie, un syst\u00e8me commercial, des industries et un Etat, nous aide \u00e0 saisir les sp\u00e9cificit\u00e9s du capitalisme industriel moderne. Cette analyse comparative peut \u00e9galement nous permettre de comprendre pourquoi le communisme est aujourd&rsquo;hui possible alors que les crises de l&rsquo;Antiquit\u00e9, provoqu\u00e9es autant que celles d&rsquo;aujourd&rsquo;hui par l&rsquo;\u00e9goisme et la cupidit\u00e9 des \u00e9lites, ont abouti \u00e0 une structure \u00e9conomique d\u00e9cadente.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>Discussion<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Q1 :<\/strong> (Maurice Cukierman) La derni\u00e8re question est centrale car on a vu, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960, des historiens commencer \u00e0 remettre en cause cette description de Rome bas\u00e9e sur les luttes de classes et, par cons\u00e9quent, l&rsquo;id\u00e9e que les luttes de classes sont le moteur de l&rsquo;histoire. C&rsquo;est un peu le m\u00eame probl\u00e8me pour la Gr\u00e8ce antique. L&rsquo;Empire d&rsquo;Alexandre a \u00e9t\u00e9 une immense r\u00e9action en comparaison de ce qui avait \u00e9t\u00e9 acquis dans certaines cit\u00e9s\u2026 Ce serait une bonne chose de revenir l\u00e0-dessus.<\/p>\n<p><strong>Q2 : <\/strong>(x) Que pensez-vous de l&rsquo;analyse de Marx selon laquelle ce qui fit la force de l&rsquo;arm\u00e9e romaine, c&rsquo;\u00e9tait son recrutement paysan. Tant que cette arm\u00e9e fut populaire et paysanne elle \u00e9tait puissante. Apr\u00e8s la r\u00e9forme de Marius elle fut l&rsquo;instrument des in\u00e9galit\u00e9s et de l&rsquo;imp\u00e9rialisme.<\/p>\n<p><strong>Q3 :<\/strong> (x) Reprendre cette question romaine en fonction de la situation politique actuelle. Sch\u00e9ma : (1) la R\u00e9publique romaine \u00e9tait un mod\u00e8le, (2) Rome a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite par les barbares.<\/p>\n<p><strong>Q4 :<\/strong> (x) Ajouter \u00e0 Q1 + Q2 ce chass\u00e9-crois\u00e9 entre le pr\u00e9sent et l&rsquo;Antiquit\u00e9. On nous met sous les yeux une image de femme afghane, embl\u00e8me d&rsquo;une sorte de Moyen-Age qui persisterait aujourd&rsquo;hui. Mais qu&rsquo;en \u00e9tait-il des femmes corses, il n&rsquo;y a pas si longtemps? Je rappelle que Hegel fut le premier lecteur (philosophe-lecteur) de Machiavel \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne\u2026 Et subsidiairement\u2026 un commentaire sur le christianisme \u00e9galitariste (le premier christianisme) : (1) tout le monde a une \u00e2me et (2) on s&rsquo;agenouille devant Dieu, pas devant un mortel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ponses<\/strong> \u2014 Merci de vos remarques. Ce qui est important, c&rsquo;est de montrer que la lecture marxiste de l&rsquo;histoire romaine est pertinente.<\/p>\n<p>(\u00e0 Cukierman) \u00e7a continue aujourd&rsquo;hui\u00a0: on continue des voir des critiques explicites contre l\u2019interpr\u00e9tation des marxistes m\u00eame dans des ouvrages tr\u00e8s r\u00e9cents, tels que la somme d\u2019Yann Le\u00a0Bohec sur Spartacus ou l\u2019essai de Brian Ward-Perkins sur la fin de l\u2019Antiquit\u00e9 (alors qu\u2019il reproduit \u00e0 juste titre, dans la substance, les th\u00e8ses marxistes\u00a0!). On peut donc dire que le cadavre de l\u2019analyse historique marxiste n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait froid. Ce qui d\u00e9montre que l&rsquo;id\u00e9e de la lutte des classes est bien entr\u00e9e dans la culture et qu&rsquo;il ne suffit pas de quelques \u00ab\u00a0d\u00e9monstrations\u00a0\u00bb pour l&rsquo;en faire sortir. A nous d&#8217;emp\u00eacher qu&rsquo;elle soit enterr\u00e9e.<\/p>\n<p>(x) C&rsquo;est parce que le capitalisme s&rsquo;est r\u00e9pandu dans le monde entier que le passage au communisme est possible.<\/p>\n<p>(x) Sur l&rsquo;arm\u00e9e des paysans, je suis d&rsquo;accord. Je l&rsquo;ai \u00e9galement soulign\u00e9, mais il faut bien comprendre les raisons du changement. Le service militaire durait 25 ans (!) et pendant ce temps-l\u00e0, les patriciens se constituaient d&rsquo;immenses propri\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>Les Gracques, issus de l&rsquo;aristocratie patricienne, avaient compris les dangers que l&rsquo;arrogance des gens de leur propre classe faisait courir \u00e0 Rome. Quelques d\u00e9cennies plus tars, Jules C\u00e9sar fit face au m\u00eame probl\u00e8me, avec cette diff\u00e9rence qu&rsquo;il avait m\u00e9dit\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9chec de la pr\u00e9c\u00e9dente tentative de Catilina d\u2019abattre le pouvoir moribond du S\u00e9nat. La question \u00e9tait toujours d&rsquo;\u00e9viter que l&rsquo;Etat soit confisqu\u00e9 par la caste patricienne totalement parasitaire et crisp\u00e9e sur ses privil\u00e8ges.<\/p>\n<p>Autre \u00ab\u00a0chass\u00e9-crois\u00e9\u00a0\u00bb entre Rome et l&rsquo;actualit\u00e9 : la probl\u00e9matique des \u00ab\u00a0migrants \u00e9conomiques\u00a0\u00bb. appara\u00eet \u00e0 Rome \u00e0 partir d&rsquo;un certain degr\u00e9 d&rsquo;extension de l&rsquo;Empire. Le parall\u00e8le avec la situation des migrants d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est sujet \u00e0 caution : aujourd\u2019hui, les guerres imp\u00e9rialistes ont d\u00e9truit des \u00c9tats souverains (Irak, Syrie, Libye\u2026), d\u2019o\u00f9 les masses de r\u00e9fugi\u00e9s, tandis que les \u00ab\u00a0barbares\u00a0\u00bb \u00e9taient le plus souvent des royaumes semi-nomades vivant de pillages \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de l&rsquo;Empire.<\/p>\n<p>Sur le christianisme et les religions orientales (Mithra, Isis, etc.). D\u00e8s le premier si\u00e8cle avant JC, le culte des dieux de la Cit\u00e9 ne recueille plus la m\u00eame adh\u00e9sion. Il y a d\u00e9j\u00e0 eu le succ\u00e8s d\u2019un culte extatique, les bacchanales, un si\u00e8cle et demi plus t\u00f4t, mais il avait fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9pression. Le petit peuple, exclu de tout, se console dans les superstitions, fond\u00e9es sur la croyance d\u2019un rapport individuel avec la divinit\u00e9 ou l\u2019\u00e9l\u00e9ment surnaturel, alors que la religion officielle s\u2019exprime \u00e0 travers de grandes c\u00e9r\u00e9monies collectives, civiles, car on consid\u00e9rait que les dieux s\u2019int\u00e9ressaient \u00e0 la protection de la cit\u00e9, pas des individus.\u00a0 C&rsquo;est dans ce contexte que le christianisme se r\u00e9pand. Remarquons que ce premier christianisme est tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui de nos jours, qui s\u2019est install\u00e9 par la suite d\u2019un long processus, \u00e0 savoir une religion des campagnes typique des paysans pauvres\u00a0: au contraire, les fid\u00e8les antiques sont des habitants des villes, le peuple des ouvriers, des artisans, des petits commer\u00e7ants des villes m\u00e9diterran\u00e9ennes et du Proche-Orient, comme le montrent les personnages des \u00c9vangiles.<\/p>\n<p><strong>Q5 :<\/strong> (Anne-Marie) C&rsquo;est d\u00e9primant ! C&rsquo;est toujours pareil depuis la civilisation sum\u00e9rienne ! Lisez \u00ab\u00a0<em>1177 avant J\u00e9sus Christ : le jour o\u00f9 la civilisation s&rsquo;est effondr\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb (livre d&rsquo;E. Cline)\u2026 Guerres, famines, conqu\u00eates et esclavages. Migrations de populations\u2026 Et le g\u00e9nocide des Am\u00e9rindiens!\u2026 Tout cela pour que les privil\u00e9gi\u00e9s continuent d&rsquo;entasser!\u2026 On dirait que l&rsquo;humanit\u00e9 est incapable d&rsquo;apprendre. Qu&rsquo;est-ce qui a chang\u00e9 depuis l&rsquo;Empire romain?<\/p>\n<p><strong>Q6 :<\/strong> (\u00e9tudiant ENS) Comment d\u00e9finir pr\u00e9cis\u00e9ment le mode de production esclavagiste? Je suis d&rsquo;accord avec la perspective historique qui aboutit au projet communiste, bas\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s du pass\u00e9. Or, m\u00eame chez les marxistes ce mode de production esclavagiste n&rsquo;est pas bien clair : pour ce qui est de la p\u00e9riode de la R\u00e9publique romaine, on n&rsquo;en parle pas. On l&rsquo;\u00e9voque pour la fin de cette p\u00e9riode avec les vraies guerres d&rsquo;esclaves (Spartacus). Mais plus tard, avec la paix romaine, il n&rsquo;y a plus de r\u00e9serves d&rsquo;esclaves \u00e0 razzier. Il faut donc que les esclaves se reproduisent\u00a0; pour cela, il est n\u00e9cessaire d\u2019am\u00e9liorer leurs conditions mat\u00e9rielles&#8230; et c&rsquo;est sans doute l\u00e0 la raison fondamentale qui pousse \u00e0 un changement du mode de production. Le sch\u00e9ma des cinq modes de production est un sch\u00e9ma fig\u00e9 qui se comprend par le fait que Marx et Engels ne disposaient que de donn\u00e9es limit\u00e9es. Aujourd&rsquo;hui on a acc\u00e8s \u00e0 beaucoup plus d&rsquo;informations, ethnographiques, arch\u00e9ologiques, historiques, etc. et on devrait pouvoir faire mieux que de r\u00e9p\u00e9ter ces g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s\u2026 De votre point de vue, quelles sont les meilleures pistes de recherche?\u2026<\/p>\n<p><strong>Q7 :<\/strong> (Nicolas Spathis) Sur la d\u00e9mocratie ath\u00e9nienne et la r\u00e9action de l&rsquo;Empire d&rsquo;Alexandre, c&rsquo;est la m\u00eame probl\u00e9matique. On a des analogies avec l&rsquo;\u00e9poque moderne, par exemple le \u00ab\u00a0socialisme d&rsquo;Etat\u00a0\u00bb et le civisme de l&rsquo;\u00e9poque de P\u00e9ricl\u00e8s qui sont remplac\u00e9s par la royaut\u00e9 d&rsquo;Alexandre et la mont\u00e9e d&rsquo;une sorte de \u00ab\u00a0capitalisme\u00a0\u00bb individualiste.<\/p>\n<p><strong>Q8 :<\/strong> (JC Lecas) Tr\u00e8s bri\u00e8vement, en r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;interrogation d&rsquo;Anne-Marie (ce sera donc toujours pareil?) Non : la r\u00e9volution technique et scientifique rebat les cartes, change les conditions de l&rsquo;exploitation, mais aussi les solutions possibles\u2026<\/p>\n<p><strong>Q9 :<\/strong> (\u00e9tudiant) Trois questions ou probl\u00e8mes. (a) Dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 romaine = classe ou caste, ou les deux? (b) Pourquoi les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9 romaine sont-elles si nombreuses dans l&rsquo;histoire moderne (les symboles r\u00e9publicains de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l&rsquo;Empire romain chez Mussolini, etc.) (c) Une question \u00e0 un historien du droit : peut-on parler d&rsquo;un \u00ab\u00a0droit social\u00a0\u00bb dans l&rsquo;Empire romain?<\/p>\n<p><strong>Q10 :<\/strong> (Cukierman) Pour compl\u00e9ter Q6, pensons aux trahisons historiques comme celle de Vidal-Naquet qui n&rsquo;avait de cesse de relire et de r\u00e9interpr\u00e9ter l&rsquo;Antiquit\u00e9 pour contredire Marx et enterrer la lutte des classes. M\u00eame remarque pour Monique Clavel-L\u00e9v\u00eaque (\u00e9pouse du grand historien Pierre L\u00e9v\u00eaque) sur les colonies romaines\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ponses<\/strong> \u2014<\/p>\n<p>Sur la question de la d\u00e9prime due \u00e0 l\u2019\u00e9ternel retour de l&rsquo;identique (Q5)\u2026 On doit noter qu\u2019au contraire, il y a des changements constants\u00a0! Ceci s&rsquo;applique particuli\u00e8rement aux civilisations anciennes. D\u2019abord isol\u00e9es l\u2019une de l\u2019autre et caract\u00e9ris\u00e9es par de degr\u00e9s diff\u00e9rents de d\u00e9veloppement technologique, elles sont fatalement amen\u00e9es \u00e0 se \u00ab\u00a0rencontrer\u00a0\u00bb\u2026 h\u00e9las, elles se rencontrent d\u2019ordinaire par le biais de la guerre et des d\u00e9portations (esclaves). Ainsi, les peuples successivement mis en contact les uns avec les autres commencent \u00e0 \u00e9changer et \u00e0 s\u2019int\u00e9grer, formant des \u00ab\u00a0globalisations\u00a0\u00bb successives\u00a0: de la Perse \u00e0 l\u2019empire alexandrin, de l\u2019unification romaine \u00e0 celle arabo-islamique, qui met en contact des populations allant du Maroc et de la P\u00e9ninsule ib\u00e9rique jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Asie centrale et \u00e0 l\u2019Indon\u00e9sie, \u00e0 travers les voies caravani\u00e8res ou l\u2019Oc\u00e9an indien&#8230; puis vient la \u00ab\u00a0d\u00e9couverte\u00a0\u00bb de l\u2019Am\u00e9rique de la part des Europ\u00e9ens&#8230; et l\u2019on arrive \u00e0 nous jours. C&rsquo;est en tous cas le postulat de Marx\u00a0: la base \u00e9conomique pousse les hommes \u00e0 se relier entre eux et l&rsquo;histoire humaine progresse ainsi vers le march\u00e9 mondial. Il y a augmentation de la socialisation dans tous les domaines. La Route de la soie qui ne v\u00e9hiculait pas que des marchandises. Et si l&rsquo;on a pu parler de \u00ab\u00a0capitalisme romain\u00a0\u00bb, celui-ci n&rsquo;avait pas grand chose \u00e0 voir avec le capitalisme moderne.<\/p>\n<p>Marx a gagn\u00e9, au moins sur le fond, dans la mesure o\u00f9 aucun historien s\u00e9rieux, aujourd&rsquo;hui, ne se risquerait \u00e0 refaire de \u00ab\u00a0l&rsquo;histoire \u00e9v\u00e9nementielle\u00a0\u00bb, de l&rsquo;histoire des grands hommes. M\u00eame ceux qui ex\u00e8crent le marxisme \u00e9tudient les bases \u00e9conomiques des encha\u00eenements historiques.<\/p>\n<p>En ce qui concerne la d\u00e9finition du mode de production esclavagiste (Q6) qu\u2019il faudrait mettre au centre de la recherche en histoire ancienne aujourd\u2019hui, j&rsquo;ai envie de r\u00e9pondre\u00a0: Allez-y! Qui l\u2019emp\u00eache\u00a0? De l&rsquo;audace, encore de l&rsquo;audace, toujours de l&rsquo;audace!\u2026<\/p>\n<p>Quant aux dangers des analogies entre l&rsquo;Antiquit\u00e9 et le monde moderne (Q7), on voit bien l&rsquo;hypocrisie des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie ath\u00e9nienne\u00a0\u00bb de la part de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne (Ath\u00e8nes d\u00e9mocratique et esclavagiste). Comme Mussolini abusait de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Rome pour faire croire \u00e0 son Empire de carton-p\u00e2te.<\/p>\n<p>Sur la question du progr\u00e8s technique (Q8)\u00a0: aujourd&rsquo;hui, la science et la technique sont \u00e0 la base de la production, donc de l&rsquo;exploitation. Marx avait bien compris que cette question ne soul\u00e8ve pas seulement des \u00ab\u00a0probl\u00e8mes techniques\u00a0\u00bb, qu&rsquo;elle mettait en cause <em>toute l&rsquo;organisation de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>. Un exemple frappant : les Anciens avaient imagin\u00e9 des automates et m\u00eame une machine \u00e0 vapeur. Mais ceux-ci \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des jouets et l&rsquo;id\u00e9e de s&rsquo;en servir dans la production leur paraissait choquante (l\u00e0-dessus, une intervention du public\u00a0: \u00ab\u00a0il existe un texte de Platon disant, en substance, qu\u2019il n&rsquo;est pas moral de faire faire le travail des esclaves par des machines.\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p>Enfin, sur le droit social \u00e0 Rome (Q9, Q10), la r\u00e9ponse est simple : il n&rsquo;en est pas explicitement question comme de nos jours, car le travail des hommes libres n&rsquo;est pas au centre du dispositif juridique (du moins, tel que je le connais, n\u2019\u00e9tant pas un expert en la mati\u00e8re). En revanche, les sources \u00e9voquent des conflits li\u00e9s au travail d\u00e8s l\u2019\u00e9poque des Pharaons\u00a0: on sait qu&rsquo;il y avait des gr\u00e8ves d&rsquo;esclaves etc. Plus tard, lorsque l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie religieuse (monoth\u00e9iste) s&rsquo;est install\u00e9e, la question du droit social a \u00e9t\u00e9 traduite en termes religieux et moraux, et pas politiques ni \u00e9conomiques. A ce propos, n\u2019oublions pas que l&rsquo;histoire des grandes religions est un mille-feuille. On trouve donc des expressions tr\u00e8s diff\u00e9rentes de la lutte des classes aux diff\u00e9rentes \u00e9poques, mais il faut savoir les lires en termes socio-\u00e9conomiques\u00a0: l\u00e0 aussi, c&rsquo;est de la lutte des classes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Luigi Alberto SANCHI Empire romain et lutte des classes &nbsp; Conf\u00e9rence no 5 du Cycle 2015-2016 &#8211; Jeudi 4 F\u00e9vrier 2016 &#8211; Amphi Roussy (Campus des Cordeliers) \u00a0 Luigi Alberto Sanchi, charg\u00e9 de recherche CNRS \u00e0 l&rsquo;Institut d&rsquo;Histoire du Droit (UMR de l\u2019Universit\u00e9 Paris II), est dipl\u00f4m\u00e9 de lettres et agr\u00e9g\u00e9 de grammaire. Il est &hellip; <a href=\"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=474\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">R\u00e9sum\u00e9 L.-A. Sanchi<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":471,"menu_order":2,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/474"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=474"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/474\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":478,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/474\/revisions\/478"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/471"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=474"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}