{"id":440,"date":"2016-01-11T17:39:34","date_gmt":"2016-01-11T16:39:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cuem.info\/?page_id=440"},"modified":"2016-01-11T17:39:34","modified_gmt":"2016-01-11T16:39:34","slug":"resume-a-g-leduc","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=440","title":{"rendered":"R\u00e9sum\u00e9 A. (G.) Leduc"},"content":{"rendered":"<p><strong>Alain (Georges) LEDUC :<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Roger Vailland et la litt\u00e9rature communiste<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Conf\u00e9rence no 2 du Cycle 2015-2016 &#8211; Jeudi 3 d\u00e9cembre 2015 \u00e0 l&rsquo;Amphi Roussy (Campus des Cordeliers)<\/p>\n<p>Alain Leduc est \u00e9crivain et critique d&rsquo;art, Professeur \u00e0 l&rsquo;Ecole Sup\u00e9rieure d&rsquo;Art de Lorraine \/ ESAL \u00e0 Metz<\/p>\n<p>Michel Gruselle ouvre la s\u00e9ance avec les remerciements d&rsquo;usage et attire l&rsquo;attention sur deux conf\u00e9rences prochaines, Maurice Cukierman samedi prochain (5 d\u00e9cembre) \u00e0 la Sorbonne &#8211; S\u00e9minaire \u00ab\u00a0Marx au XXIe si\u00e8cle\u00a0\u00bb (Jean Salem) &#8211; et Annie Lacroix-Riz, ici-m\u00eame, le 17 d\u00e9cembre prochain. Puis, Aymeric Monville pr\u00e9sente le conf\u00e9rencier, Alain Georges Leduc, professeur, critique d&rsquo;art, romancier, po\u00e8te et militant et que nous avons la chance d&rsquo;\u00e9couter aujourd&rsquo;hui. Parmi ses essais les plus connus, on citera \u00ab\u00a0<em>Les mots de la peinture<\/em>\u00a0\u00bb (2002), \u00ab\u00a0<em>Art morbide? Morbid Art<\/em>\u00a0\u00bb (2007), \u00ab\u00a0<em>Br\u00e8ves de sculpture<\/em>\u00a0\u00bb (2011), \u00ab\u00a0<em>R\u00e9solument moderne : Gauguin c\u00e9ramiste<\/em>\u00a0\u00bb (2004), des recueil de po\u00e9sie, une bonne demi-douzaine de romans\u2026 et un livre qui nous am\u00e8ne \u00e0 la pr\u00e9sente conf\u00e9rence, un livre sur un personnage embl\u00e9matique d&rsquo;une certaine \u00e9poque : \u00ab\u00a0<em>Roger Vailland (1907-1965), un homme encombrant<\/em>\u00ab\u00a0. Etant donn\u00e9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;il lui porte, en tant qu&rsquo;auteur communiste, Alain Leduc a contribu\u00e9 \u00e0 fonder l&rsquo;Association des Amis de Roger Vailland qui g\u00e8re le site \u00ab\u00a0<em>roger-vailland.com<\/em>\u00a0\u00bb et organise r\u00e9guli\u00e8rement les \u00ab\u00a0<em>Rencontres de Bourg-en-Bresse<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que Roger et Elisabeth Vailland de la ville (voir le site <em>roger-vailland.com<\/em>, et les <em>Cahiers de Roger Vailland<\/em>). On pourra s&rsquo;y reporter pour toute information suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>Autrefois aux Editions Sociales, on trouvait un livre d&rsquo;initiation \u00e0 la philosophie intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Penser par soi-m\u00eame<\/em>\u00ab\u00a0, c&rsquo;est-\u00e0-dire penser contre soi-m\u00eame, contre ses propres pr\u00e9jug\u00e9s. Ce principe r\u00e9sume un aspect de la personnalit\u00e9 de Roger Vailland. Il avait une pens\u00e9e avant d&rsquo;avoir un style.<\/p>\n<p>Roger Vailland (1907-1965) \u00e9tait issu de la petite bourgeoisie catholique de province originaire de l&rsquo;Est. Son p\u00e8re, expert g\u00e9om\u00e8tre avait particip\u00e9 \u00e0 la Grande Guerre et le jeune Roger, n\u00e9 en 1907, fut tr\u00e8s marqu\u00e9 par les r\u00e9cits de cette boucherie. La famille s&rsquo;est install\u00e9e \u00e0 Reims en 1919 alors que la ville \u00e9tait en pleine reconstruction. Lors de ses \u00e9tudes secondaires \u00e0 Reims il tisse des liens d&rsquo;amiti\u00e9 avec Roger Gilbert-Lecomte, Ren\u00e9 Daumal et Robert Meyrat, avec qui il constitue un groupe d&rsquo;amateurs de po\u00e9sie, les <em>Phr\u00e8res Simplistes<\/em>. En 1925, Roger passe son Baccalaur\u00e9at. Puis, sa famille s&rsquo;installe \u00e0 Montmorency et il entre \u00e0 Louis-le-Grand pour pr\u00e9parer le concours de l&rsquo;ENS, qu&rsquo;il abandonnera pour commencer une licence de philosophie \u00e0 la Sorbonne.<\/p>\n<p>Notons qu&rsquo;\u00e0 cette \u00e9poque les \u00e9tudes secondaires sont r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 une toute petite minorit\u00e9. En 1934, 2,9% de jeunes fran\u00e7ais passent le Baccalaur\u00e9at. Les groupes d&rsquo;amateurs de po\u00e9sie comme les <em>Phr\u00e8res<\/em> favorisent l&rsquo;acquisition rapide d&rsquo;une vaste culture litt\u00e9raire. Aragon par exemple, avec qui Vailland sera bient\u00f4t en relation, avait lu \u00e0 14 ans presque tous les auteurs grecs et latins. En arrivant \u00e0 Paris, Vailland fait partie de ce petit nombre de lyc\u00e9ens cultiv\u00e9s. En 1928, avec d&rsquo;anciens <em>Phr\u00e8res<\/em> comme Ren\u00e9 Daumal et de nouveaux arrivants, comme Robert Brasillach, Thierry Maulnier, et Maurice Henry (1907-1984) po\u00e8te et dessinateur \u00e0 l&rsquo;humour noir, il fonde un nouveau groupe, \u00ab\u00a0<em>Le Grand Jeu<\/em>\u00ab\u00a0, avec l&rsquo;objectif de publier une revue du m\u00eame nom (elle aura trois num\u00e9ros). Avec le <em>Grand Jeu<\/em>, Vailland va rencontrer beaucoup de gens qui, ensuite, ne seront vraiment pas du m\u00eame bord\u2026 Outre Brasillach, il y aura D\u00e9at (alors professeur de philosophie), mais aussi les surr\u00e9alistes, Tristan Tzara et Robert Desnos qui deviendra son ami. En 1928, Vailland abandonne ses \u00e9tudes. Desnos le pr\u00e9sente \u00e0 Pierre Lazareff qui commence une grande carri\u00e8re d&rsquo;entrepreneur de presse et de capitaliste d&rsquo;opinion. Lazareff l&#8217;embauche comme journaliste \u00e0 <em>Paris-Midi<\/em>.<\/p>\n<p>Une parenth\u00e8se, mais aussi une premi\u00e8re cl\u00e9 pour comprendre Vailland\u00a0: <em>le surr\u00e9alisme<\/em>. Personnellement, explique Alain Leduc, j&rsquo;ai d\u00e9couvert les textes de Roger Vailland au lyc\u00e9e de Cambrai, en 1964-67, \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 l&rsquo;on cherche \u00ab\u00a0autre chose\u00a0\u00bb, en lisant Camus, Sartre, et donc, assez naturellement, Roger Vailland. Dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, \u00e0 Cambrai, il y avait encore des surr\u00e9alistes ! C&rsquo;est dire l&#8217;empreinte laiss\u00e9e par ce mouvement.<\/p>\n<p>Le groupe du <em>Grand Jeu<\/em> \u00e9tait fascin\u00e9 par le <em>Minima moralia<\/em> d&rsquo;Adorno et la \u00ab\u00a0m\u00e9taphysique exp\u00e9rimentale\u00a0\u00bb, le Moi, la Vie et la Mort. Il cultivait l&rsquo;occultisme et le spiritisme, les orientalismes et les Rose-Croix, etc. Certains vont donc naturellement vers les surr\u00e9alistes, l&rsquo;\u00e9criture automatique, l&rsquo;inconscient, etc. Nous voyons donc, dans cette p\u00e9riode autour de 1927-1929, des gamins de 18 \u00e0 22 ans prendre comme \u00ab\u00a0grands fr\u00e8res\u00a0\u00bb les surr\u00e9alistes, les Breton, Soupault, Aragon, etc.. Ces derniers, qui sont d\u00e9j\u00e0 connus, sont passablement \u00e9nerv\u00e9s par ces \u00ab\u00a0petits jeunes\u00a0\u00bb qui n&rsquo;ont aucune conscience politique. En effet, c&rsquo;est justement \u00e0 cette \u00e9poque l\u00e0, avant 1929, que le mouvement surr\u00e9aliste \u00e9volue politiquement et se rapproche du Parti communiste. Avec quelques \u00ab\u00a0\u00e9tats d&rsquo;\u00e2me\u00a0\u00bb, ses t\u00e9nors se posent concr\u00e8tement la question de \u00ab\u00a0franchir le pas\u00a0\u00bb. Breton, Aragon et quelques autres l&rsquo;adh\u00e9sion en 1927. Breton restera au PCF jusqu&rsquo;en 1935, et Aragon toute sa vie mais sans rompre pour autant avec son ami Drieu La Rochelle qui \u00e9volue vers l&rsquo;extr\u00eame droite. Rien n&rsquo;est simple. Par ailleurs, ces auteurs et artistes ne peuvent pas ignorer (\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque mais aussi plus tard) qu&rsquo;il n&rsquo;existe aucune corr\u00e9lation entre le positionnement politique et la qualit\u00e9 artistique et litt\u00e9raire des \u0153uvres. Celles de Brasillach et de Drieu La Rochelle, certes in\u00e9gales, ont \u00e9t\u00e9 ostracis\u00e9es apr\u00e8s la Lib\u00e9ration (sans parler de celle de C\u00e9line) mais contiennent des textes marquants : \u00ab\u00a0<em>Une femme \u00e0 sa fen\u00eatre<\/em>\u00a0\u00bb de Drieu La Rochelle, par exemple.<\/p>\n<p>Alain Leduc poursuit son explication. Depuis cette p\u00e9riode de sa jeunesse, il n&rsquo;a cess\u00e9 de s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 Roger Vailland, jusqu&rsquo;\u00e0 la fondation de l&rsquo;Association des Amis de Roger Vailland et au site Internet qui lui correspond. En 1973-75, dit-il, jeune professeur de philosophie, j&rsquo;ai lu syst\u00e9matiquement l&rsquo;\u0153uvre de Roger Vailland, roman par roman, texte par texte, avec en t\u00eate une question-ouvre-bo\u00eete\u00a0: <em>que signifie l&rsquo;\u00e9tiquette \u00ab\u00a0libertin-communiste<\/em>\u00a0\u00bb qu&rsquo;on lui a donn\u00e9e. Une question qui se d\u00e9compose en deux autres\u00a0: (a) quelle fut la pratique communiste de Roger Vailland ? et (b) quelle sorte de libertinage pratiquait-il ? Ici, remarquons que la biographie de Roger Vailland par Yves Courri\u00e8re est fort peu satisfaisante car elle ne r\u00e9pond pas \u00e0 ces questions, bien qu&rsquo;elle soit tr\u00e8s document\u00e9e,<\/p>\n<p>La question du libertinage est plus profonde qu&rsquo;il n&rsquo;y para\u00eet car nous ne sommes pas du tout dans une pratique comparable \u00e0 celle de Sade ou du dernier Stendhal. Avec la domination de la bourgeoisie sur les m\u0153urs que d\u00e9crit Balzac, le libertinage a chang\u00e9 de sens car l&rsquo;argent est partout. Aragon, lui aussi s&rsquo;est adonn\u00e9 au libertinage au moment de sa liaison avec l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re Nancy Cunard. Il en a fait un r\u00e9cit (d\u00e9test\u00e9 par Breton) et un opuscule libertin (\u00ab\u00a0<em>Le Con d&rsquo;Ir\u00e8ne<\/em>\u00ab\u00a0, 1928). Voir le \u00ab\u00a0<em>Dictionnaire des sexualit\u00e9s<\/em>\u00ab\u00a0, \u00e9dit\u00e9 par Janine Mossuz-Lavau chez Robert Laffont (2014), et plus particuli\u00e8rement l&rsquo;article de Leduc (pp 862-865) sur Vailland et le libertinage. [A ne pas confondre avec le \u00ab\u00a0<em>Dictionnaire libertin<\/em>\u00a0\u00bb (Gallimard)].<\/p>\n<p>Le libertinage est une transgression des r\u00e8gles qui peut s\u00e9duire un surr\u00e9aliste. Aragon transgresse les r\u00e8gles mais se retrouve tout de m\u00eame \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Breton pour faire le proc\u00e8s du <em>Grand Jeu<\/em>. Tous deux convoquent les \u00ab\u00a0petits jeunes\u00a0\u00bb devant un v\u00e9ritable tribunal (le 11 mars 1929 au \u00ab\u00a0Bar du Ch\u00e2teau\u00a0\u00bb) dont Aragon est le procureur, et ils leur posent la question : \u00ab\u00a0<em>Quelle position devons-nous prendre vis-\u00e0-vis de Trotski?<\/em>\u00a0\u00bb Roger Vailland se demande ce qu&rsquo;il fait l\u00e0, mais il est bient\u00f4t pris \u00e0 partie \u00e0 cause d&rsquo;un article qu&rsquo;il a publi\u00e9 comme journaliste et qui fait l&rsquo;\u00e9loge du Pr\u00e9fet Chiappe, homme d&rsquo;extr\u00eame droite qui vient de p\u00e9rir dans un accident d&rsquo;avion. Il est exclu du groupe par les surr\u00e9alistes pour \u00ab\u00a0flirt avec l&rsquo;extr\u00eame-droite\u00a0\u00bb. Personne ne le d\u00e9fend et il rentre chez lui tr\u00e8s affect\u00e9. Son premier contact avec les communistes, par surr\u00e9alistes interpos\u00e9s, est un fiasco. Lui parti, la revue le <em>Grand Jeu<\/em>, qu&rsquo;il tenait \u00e0 bout de bras, dispara\u00eet.<\/p>\n<p>Vailland travaille alors comme un fou pour la grande presse populaire. Reporter \u00e0 <em>Paris-Soir<\/em>, il publie, en plus de ses articles, des r\u00e9cits de ses voyages et des feuilletons. C&rsquo;est un journaliste talentueux. Il gagne beaucoup d&rsquo;argent et il exhibe son go\u00fbt pour l&rsquo;alcool, la drogue et les femmes. Tous les sujets sont bons. On l&rsquo;envoie \u00e0 la piscine des Tourelles pour faire un article sur une \u00e9quipe de nageurs japonais. Ou sur l&rsquo;incendie d&rsquo;un immeuble. Mais, comme Dashiel Hammett, le journaliste communiste am\u00e9ricain victime du maccarthysme et c\u00e9l\u00e8bre auteur de romans \u00ab\u00a0noirs\u00a0\u00bb, ou Etienne Merpin (\u00ab\u00a0<em>Su\u00e8de, 1940<\/em>\u00ab\u00a0), Vailland met \u00e0 profit le journalisme pour peaufiner son style d&rsquo;\u00e9crivain. Un style concis, caract\u00e9ris\u00e9 par trois \u00e9l\u00e9ments : des phrases courtes, des adjectifs justes, des anecdotes frappantes. La machine \u00e0 \u00e9crire Remington aide aussi \u00e0 \u00ab\u00a0faire court\u00a0\u00bb et \u00e0 \u00e9viter les phrases longues. Mais rien n&rsquo;est automatique, la plupart des journalistes ne sont pas \u00e9crivains. En fait, il y a beaucoup de points communs entre Vailland et Hammett. Surtout dans ce souci du d\u00e9tail authentique. Ainsi, dans \u00ab\u00a0<em>La Loi<\/em>\u00ab\u00a0, Vailland d\u00e9crit le \u00ab\u00a0<em>trabucco<\/em>\u00ab\u00a0, cette grande installation de p\u00eache compos\u00e9e d&rsquo;une cabane sur pilotis et d&rsquo;un genre de carrelet archa\u00efque. En 1938, Vailland propose de faire des reportages sur l&rsquo;URSS mais \u00e7a ne marche pas.<\/p>\n<p>Vailland fut effectivement un libertin, mais d&rsquo;un genre difficile \u00e0 cerner car il fait penser \u00e0 La Mettrie, mort d&rsquo;indigestion apr\u00e8s avoir (trop) mang\u00e9 d&rsquo;un p\u00e2t\u00e9 de faisan. Il \u00e9tait fascin\u00e9 par Choderlos de Laclos qui \u00e9tait libertin (\u00e0 la fa\u00e7on du XVIIIe si\u00e8cle), g\u00e9om\u00e8tre (comme papa) et inventeur du boulet creux (explosible). Mais aussi par le cardinal de Bernis ambassadeur de France \u00e0 Venise qui avait livr\u00e9 sa ma\u00eetresse, une superbe nonne, \u00e0 Casanova pour faire le voyeur. Vailland a consacr\u00e9 un essai \u00e0 ces deux grands libertins, \u00ab\u00a0<em>Laclos par lui-m\u00eame<\/em>\u00a0\u00bb (1953) et un \u00ab\u00a0<em>Eloge du cardinal de Bernis<\/em>\u00a0\u00bb (1956) avec une question sous-jacente : apprendre \u00e0 mourir.<\/p>\n<p>Une locution latine, <em>carpe diem<\/em> (un po\u00e8me d&rsquo;Horace), qui signifie \u00ab\u00a0<em>cueille le jour pr\u00e9sent<\/em>\u00a0\u00bb se rapporte \u00e0 cette conception du libertinage.<\/p>\n<p>Parmi les amis libertins de Vailland, il faut citer Emmanuel Berl (1892-1976), qui finira, apr\u00e8s deux mariages par \u00e9pouser la chanteuse Mireille en 1937 (du Petit Conservatoire de la Chanson). Ecrivain et historien issu de la grande bourgeoisie juive il fut bri\u00e8vement le n\u00e8gre de P\u00e9tain en 1940 (deux discours) avant de s&rsquo;installer en Corr\u00e8ze en 1941. A cette \u00e9poque, Vailland est \u00e0 Lyon o\u00f9 il a suivi son journal Paris-Soir \u00e0 la fin de 1940. Vailland met en avant la morale et l&rsquo;honneur. Dans les traboules de Lyon il rencontre des r\u00e9sistants. Il rejoint la R\u00e9sistance et se rapproche des communistes. De cette exp\u00e9rience il tirera le contexte de \u00ab\u00a0<em>Dr\u00f4le de Jeu<\/em>\u00a0\u00bb (Prix Interalli\u00e9, 1945, et premier prix litt\u00e9raire d\u00e9cern\u00e9 \u00e0 un journaliste).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;\u0153uvre de Roger Vailland est tr\u00e8s diverse. Ce n&rsquo;est pas le lieu de la passer en revue (voir le site roger-vailland). Citons seulement quatre de ses neufs romans importants\u2026<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0<em>Beau Masque<\/em>\u00a0\u00bb (1954), sur le th\u00e8me de la fraternit\u00e9 syndicale et de la lutte contre l&rsquo;ali\u00e9nation. L&rsquo;ouvri\u00e8re et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e syndicale Pierrette h\u00e9site entre le patron, Philippe Letourneur et le camionneur Belmaschio (francis\u00e9 en <em>Beau Masque<\/em>), sur fond de lutte syndicale dans l&rsquo;industrie textile du Bugey.<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0<em>325\u00a0000 francs<\/em>\u00a0\u00bb (1955). Un chef d&rsquo;\u0153uvre et une histoire embl\u00e9matique de la condition ouvri\u00e8re, issu d&rsquo;une reportage dans l&rsquo;industrie du plastique alors en plein boom, \u00e0 Oyonnax. Le livre a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 au cin\u00e9ma (t\u00e9l\u00e9film) par Jean Prat, en 1964. Un ouvrier individualiste, Bernard Busard, veut sortir de sa condition et \u00e9pouser Marie-Jeanne, une ling\u00e8re d&rsquo;esprit petit bourgeois. Pour cela il faut 325\u00a0000 francs pour s&rsquo;installer comme g\u00e9rant d&rsquo;un snack-bar sur la N7 (c&rsquo;est le d\u00e9but des vacances de masse estivales) et il se lance dans un marathon de six mois pour fabriquer une s\u00e9rie de petits carrosses en plastique sur une presse \u00e0 injecter. Il travaille jour et nuit, d\u00e9branche les s\u00e9curit\u00e9s pour gagner quelques secondes, et finit par y laisser un bras.<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0<em>La F\u00eate<\/em>\u00a0\u00bb (1960) Roman sur \u00ab\u00a0la souverainet\u00e9\u00a0\u00bb du libertin. Le personnage principal, Duc, est un homme d\u00e9sabus\u00e9 qui forme un couple tr\u00e8s libre avec sa femme L\u00e9one (une projection du couple Vailland) et se livre \u00e0 la chasse au plaisir. A l&rsquo;occasion d&rsquo;une f\u00eate il se donne comme objectif de vivre trois jours de plaisir avec la femme de son ami Jean-Marc, puis d&rsquo;\u00e9crire un livre sur l&rsquo;aventure.<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0<em>La Truite<\/em>\u00a0\u00bb (1964) Dans un bowling, deux hommes d&rsquo;affaires Rambert et Saint-Genis accompagn\u00e9s de leurs \u00e9pouses rencontrent un curieux couple, form\u00e9 par une belle fille, Fr\u00e9d\u00e9rique (surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0la truite\u00a0\u00bb) mari\u00e9e \u00e0 un homosexuel, Galuchat. Fr\u00e9d\u00e9rique les aguiche pour les pousser \u00e0 jouer gros jeu (jeu \u00e0 points). Mais c&rsquo;est une arnaqueuse et ils vont perdre. Outre le r\u00e9cit d&rsquo;une arnaque, Vailland met en sc\u00e8ne deux hommes d&rsquo;affaires embl\u00e9matiques du capitalisme, l&rsquo;un est un entrepreneur et l&rsquo;autre un financier. Le premier sera ruin\u00e9 par les man\u0153uvres boursi\u00e8res du second. Le livre croise des destins embl\u00e9matiques du capitalisme. Il a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 au cin\u00e9ma, en 1982, par Joseph Losey dans son film \u00ab\u00a0<em>La Truite<\/em>\u00ab\u00a0, avec Isabelle Huppert dans le r\u00f4le du personnage principal.<\/p>\n<p>Vailland a \u00e9t\u00e9 critique d&rsquo;Art et a beaucoup travaill\u00e9 pour le cin\u00e9ma (comme critique et comme sc\u00e9nariste). C&rsquo;est un sujet en soi qu&rsquo;on n&rsquo;abordera pas ici. Il a tent\u00e9 aussi quelques incursions au th\u00e9\u00e2tre, mais avec moins de bonheur. Ainsi, par exemple, il a voulu reprendre le mythe de Don Juan dans une pi\u00e8ce \u00ab\u00a0<em>Monsieur Jean<\/em>\u00a0\u00bb (commenc\u00e9e en 1957, publi\u00e9e en 1959). Pas terrible.<\/p>\n<p>Citons quelques amis de Vailland :<\/p>\n<p>Vailland fut un grand ami de Pierre Courtade (1915-1963), chroniqueur \u00e0 l&rsquo;Humanit\u00e9 (voir le site Roger Vailland) et auteur de nouvelles comme : \u00ab\u00a0<em>Les circonstances<\/em>\u00a0\u00bb (1946, 1954, 1991), \u00ab\u00a0<em>La Place Rouge<\/em>\u00a0\u00bb (1961, 1970, 1982)<\/p>\n<p>Courtade \u00e9tait lui-m\u00eame ami de Vladimir Pozner (1905-1992), qui fut un remarquable t\u00e9moin du si\u00e8cle (\u00ab\u00a0<em>Le Mors aux Dents<\/em>\u00ab\u00a0, 1937, consacr\u00e9 au baron Ungern de la guerre civile russe), de la guerre d&rsquo;Espagne (\u00ab\u00a0<em>Espagne, Premier Amour<\/em>\u00ab\u00a0, 1965), de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale (\u00ab\u00a0<em>Deuil en 24 heures<\/em>\u00ab\u00a0, 1942), de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie (\u00ab\u00a0<em>Le lieu du supplice<\/em>\u00ab\u00a0, 1959), etc. Vailland et Pozner ont \u00e9crit les dialogues d&rsquo;une adaptation cin\u00e9matographique de \u00ab\u00a0<em>Bel-Ami<\/em>\u00a0\u00bb de Maupassant.<\/p>\n<p>Claude Roy (1915-1997) fut l&rsquo;un de ses amis les plus proches. Roy avait commenc\u00e9 son parcours \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame-droite (il \u00e9tait proche de la Cagoule avant la guerre) mais son entr\u00e9e dans la R\u00e9sistance va le rapprocher du PC, via Aragon et Vailland<\/p>\n<p>Jacques-Francis Rolland n\u00e9 en 1922 (Albertville), mort en 2008 (Beauvais) \u00e9tait un r\u00e9sistant communiste, compagnon de Vailland et d&rsquo;Edgard Morin, dans le r\u00e9seau Mithridate. A la Lib\u00e9ration il devient reporter \u00e0 Ce Soir. Professeur d&rsquo;histoire en 1950, il collabore \u00e0 <em>France-Observateur<\/em>, avant d&rsquo;\u00eatre exclu du PCF en novembre 1956 (affaire de Budapest).<\/p>\n<p>Ren\u00e9 Ballet (1928-), r\u00e9sistant communiste, grand lettr\u00e9 et \u00e9crivain, cofondateur du \u00ab\u00a0Temps des Cerises\u00a0\u00bb, grand reporter \u00e0 l&rsquo;Humanit\u00e9, journaliste et expert automobile (il a travaill\u00e9 chez Fiat). Cofondateur avec Elisabeth Vailland de <em>l&rsquo;Association des Amis de Roger Vailland<\/em>. Parfois curieusement mim\u00e9tique de Vailland.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Stil (1921-2004) est issu d&rsquo;un milieu ouvrier tr\u00e8s modeste du Nord. Instituteur en 1940 et r\u00e9sistant communiste en 1942-43, il collabore \u00e0 la Lib\u00e9ration au quotidien local du Parti <em>Libert\u00e9<\/em>. Obtient une licence de lettres en 1944 et publie son premier ouvrage en 1949, ce qui le met en rapport avec Aragon. Celui-ci lui propose le poste de r\u00e9dacteur en chef de son quotidien <em>Ce Soir<\/em>, apr\u00e8s quoi il sera celui de <em>l&rsquo;Humanit\u00e9<\/em> pendant dix ans (1950-59) et membre du Comit\u00e9 Central (1950-70). Auteur prolifique, Andr\u00e9 Stil publiera pendant longtemps un ouvrage par an. Il veut illustrer le r\u00f4le \u00e9ducatif de l&rsquo;\u00e9crivain r\u00e9aliste proche du peuple, d&rsquo;une fa\u00e7on qu&rsquo;il explique dans son essai, <em>Vers le r\u00e9alisme socialiste<\/em> (1953), proche des th\u00e9ories jdanoviennes.<\/p>\n<p>Pierre Gamarra (1919-2009), \u00e9crivain et po\u00e8te, auteur de contes et romans centr\u00e9s sur Toulouse et le Sud-Ouest. Il est particuli\u00e8rement connu pour ses romans policiers et son \u0153uvre de litt\u00e9rature pour la jeunesse. \u00ab\u00a0Le ma\u00eetre d&rsquo;\u00e9cole\u00a0\u00bb (1955) est peut-\u00eatre son livre le plus connu.<\/p>\n<p>Et, bien s\u00fbr, l&rsquo;ami-ennemi\u2026 Louis Aragon (1897-1982) dont les derni\u00e8res \u0153uvres ont un rapport avec lui? Dans \u00ab\u00a0<em>La mise \u00e0 mort<\/em>\u00a0\u00bb (1965), il est question d&rsquo;une mise \u00e0 mort du \u00ab\u00a0m\u00e9rou\u00a0\u00bb, un personnage que l&rsquo;on retrouve chez Vailland\u00a0 \u00ab\u00a0<em>Blanche ou l&rsquo;Oubli<\/em>\u00a0\u00bb (1967)<\/p>\n<p>Une place particuli\u00e8re pour Anicet Le Pors (1931-), \u00e9conomiste, m\u00e9t\u00e9orologiste et grand lettr\u00e9, qui fut l&rsquo;un des quatre ministres communistes des gouvernements Maurois de 1981 \u00e0 1984. Il a adh\u00e9r\u00e9 au PCF en 1958 (et l&rsquo;a quitt\u00e9 en 1993)<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0<em>Rencontres de Bourg-en-Bresse<\/em>\u00a0\u00bb sont organis\u00e9es r\u00e9guli\u00e8rement depuis 1996 par <em>l&rsquo;Association des Amis de Roger Vailland <\/em>\u00e0 la M\u00e9diath\u00e8que Roger et Elisabeth Vailland de la ville (voir le site <em>roger-vailland.com<\/em>, et les <em>Cahiers de Roger Vailland<\/em>)\u2026 En 2007 Anicet Le Pors \u00e9tait venu, faire un d\u00e9bat sur la d\u00e9composition des partis et associations communistes, avec, en toile de fond, ses relations avec Vailland.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Vailland communiste\u2026<\/p>\n<p>Vailland s&rsquo;\u00e9tait rapproch\u00e9 du PCF en 1938, mais il le fait plus clairement dans la R\u00e9sistance en 1943. Cependant, il n&rsquo;adh\u00e8re pas imm\u00e9diatement \u00e0 la Lib\u00e9ration. Il \u00e9crit r\u00e9guli\u00e8rement dans la presse communiste et n&rsquo;envoie finalement son adh\u00e9sion qu&rsquo;en 1952 sous le coup de l&rsquo;indignation provoqu\u00e9e par \u00ab\u00a0le complot des pigeons\u00a0\u00bb li\u00e9e \u00e0 la manifestation contre la venue \u00e0 Paris du g\u00e9n\u00e9ral Ridgway. Il envoie d&rsquo;ailleurs cette adh\u00e9sion \u00e0 Jacques Duclos emprisonn\u00e9.<\/p>\n<p>Vailland est tr\u00e8s actif au PCF de 1952 \u00e0 1956, et il \u00e9crit beaucoup de textes militants. Sur la guerre de Cor\u00e9e, sur la gr\u00e8ve des dockers poursuivis pour refus de charger le mat\u00e9riel militaire pour l&rsquo;Indochine, etc. Mais il ne renouvelle pas sa cotisation en 1958 sous divers pr\u00e9textes dilatoires. Cependant, il ne claque pas la porte et continuera longtemps d&rsquo;envoyer des textes \u00e0 <em>l&rsquo;Humanit\u00e9<\/em>. On trouve toutes les explications dans son journal intime qui parle beaucoup du Parti et de l&rsquo;URSS, mais jamais en des termes hostiles. Vailland est rest\u00e9 militant de base quoique tr\u00e8s critique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de Maurice Thorez. Il \u00e9crit dans son journal qu&rsquo;il a pleur\u00e9 deux fois : \u00e0 la mort de Staline (1953) et \u00e0 sa seule visite en URSS, et en f\u00e9vrier 1956 \u00e0 cause du Rapport Khrouchtchev. C&rsquo;est ce Rapport qui amorce la rupture. Son ami Henri Lefebvre, dont il partageait la r\u00e9flexion sur l&rsquo;ali\u00e9nation, s&rsquo;\u00e9tait procur\u00e9 le texte en allemand et tous les deux l&rsquo;ont \u00e9tudi\u00e9 soigneusement, avant d&rsquo;\u00e9crire au Comit\u00e9 Central. Puis, apr\u00e8s l&rsquo;intervention sovi\u00e9tique \u00e0 Budapest, en novembre, Vailland signe, avec Sartre, Vercors, etc. la p\u00e9tition des communistes et des intellectuels sympathisants, oppos\u00e9s \u00e0 cette intervention. Convoqu\u00e9 au Comit\u00e9 Central pour explication, il r\u00e9pond : \u00ab\u00a0<em>Chers camarades, j&rsquo;ai mieux \u00e0 faire, j&rsquo;ai un roman \u00e0 terminer\u2026<\/em>\u00a0\u00bb Et, effectivement, il termine \u00ab\u00a0<em>La Loi<\/em>\u00a0\u00bb qui d\u00e9crit magnifiquement l&rsquo;exploitation et obtient le Prix Goncourt en 1957. Certes, Vailland n&rsquo;est pas exclu et il restera au Parti jusqu&rsquo;en 1958. Mais son copain, Andr\u00e9 Stil, le vilipende dans <em>l&rsquo;Humanit\u00e9<\/em> en sugg\u00e9rant que la bourgeoisie l&rsquo;a r\u00e9compens\u00e9 par le Goncourt parce qu&rsquo;il venait de renier le Parti. Vailland est mort en 1965, c&rsquo;est-\u00e0-dire avant la R\u00e9volution Culturelle chinoise.<\/p>\n<p>Une anecdote. En 1952, Vailland est all\u00e9 faire un reportage en Egypte et il fut arr\u00eat\u00e9 au Caire. La presse de droite (l&rsquo;Aurore) titra imm\u00e9diatement \u00ab\u00a0<em>Un espion sovi\u00e9tique fran\u00e7ais arr\u00eat\u00e9 par les Egyptiens<\/em>\u00ab\u00a0. Cet \u00e9pisode n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement tir\u00e9 au clair. Par ailleurs, on sait que Vailland fut un \u00ab\u00a0porteur de valises\u00a0\u00bb pour le FLN \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, qu&rsquo;il arr\u00eata \u00e0 temps pour ne pas se faire prendre. Et il allait souvent en Suisse\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Genre de vie<\/p>\n<p>Vailland s&rsquo;\u00e9tait retir\u00e9 \u00e0 Meillonnas (Ain) en 1954, apr\u00e8s son mariage avec Elisabeth Naldi, rencontr\u00e9e en 1949 et avec qui il vivait depuis 1951. C&rsquo;est \u00e0 qu&rsquo;il mourra en 1965 et qu&rsquo;il est enterr\u00e9. Il avait toutes sortes de petites habitudes. Il descendait chez le boucher chercher sa viande, mais aussi son whisky, car le boucher gardait sa r\u00e9serve \u00e0 l&rsquo;insu (en apparence) d&rsquo;Elisabeth. Il avait une Jaguar verte (comme Soulages qu&rsquo;il connaissait bien), mais avec des si\u00e8ges-couchettes \u00e0 l&rsquo;avant, \u00e0 cause des auto-stoppeuses. Les gens du pays le voyaient passer \u00ab\u00a0par ici\u00a0\u00bb, et ils savait qu&rsquo;il allait \u00e0 Gen\u00e8ve, ou bien \u00ab\u00a0par l\u00e0\u00a0\u00bb, il se rendait \u00e0 Paris. Dans les deux cas, le libertin allait visiter les prostitu\u00e9es.<\/p>\n<p>L&rsquo;avant-dernier roman de Vailland, \u00ab\u00a0<em>La F\u00eate<\/em>\u00a0\u00bb (1960) est une sorte de testament intellectuel d\u00e9sabus\u00e9, o\u00f9 un critique litt\u00e9raire a voulu voir la fin du r\u00f4le politique noble de la classe ouvri\u00e8re. Le livre commence par un vague cours de botanique qui met en sc\u00e8ne des \u00ab\u00a0bricolages\u00a0\u00bb lyssenko\u00efstes sur les plantes. A ses amis, Vailland parlait de ses obsessions. Pour lui, le h\u00e9ros moderne \u00e9tait le bolchevique, et il d\u00e9plorait \u00ab\u00a0l&#8217;embourgeoisement\u00a0\u00bb, pour ne pas dire la d\u00e9ch\u00e9ance, de la classe ouvri\u00e8re avec le plastique, les frigos et la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 de consommation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dernier texte connu \u00ab\u00a0<em>Eloge de la politique<\/em>\u00ab\u00a0, parfaitement d&rsquo;actualit\u00e9 : \u00ab\u00a0je ne peux pas croire qu&rsquo;il ne se passe plus rien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p><strong>Discussion<\/strong><\/p>\n<p><strong>Q1-Q2 :<\/strong> <strong>Les deux premi\u00e8res questions \u00e9voquent la diversit\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre de Vailland,<\/strong> en mentionnant, par exemple, un roman de 1936 dont Vailland \u00e9tait co-auteur et dont l&rsquo;action se d\u00e9roulait pendant la R\u00e9volution Fran\u00e7aise avec le retour du Roi \u00e0 Paris. Par ailleurs, aucune femme-auteur n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 cit\u00e9e. Pourquoi? Et quelles \u00e9taient les relations de Vailland avec les po\u00e8tes et la po\u00e9sie? Et avec les auteurs de th\u00e9\u00e2tre?<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ponses<\/strong> : En plus des neuf romans publi\u00e9s sous son propre nom, Vailland a laiss\u00e9 des ouvrages sous pseudonyme, des feuilletons, etc. En particulier un feuilleton publi\u00e9 dans le quotidien communiste du Nord, \u00ab\u00a0<em>Libert\u00e9<\/em>\u00ab\u00a0. A ma connaissance, dit Alain Leduc, Vailland n&rsquo;a pas laiss\u00e9 de po\u00e9sie. Parfois (pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre) il cite des vers d&rsquo;Aragon. Son journal montre qu&rsquo;il \u00e9tait tr\u00e8s copain avec Elsa Triolet. Plus qu&rsquo;avec Aragon, d&rsquo;ailleurs, mais Elsa et Aragon \u00e9taient dans une relation construite. Sinon, les femmes-auteurs sont peu nombreuses dans l&rsquo;entourage de Vailland.<\/p>\n<p>Ses rapports avec les hommes de th\u00e9\u00e2tre? Vailland \u00e9tait proche de Jean Vilar et il a eu des discussions et des \u00e9changes importants avec Brecht.<\/p>\n<p>Une remarque : si l&rsquo;on distingue, au sein du PCF et de la mouvance communiste, un courant \u00ab\u00a0sovi\u00e9tique\u00a0\u00bb et un courant \u00ab\u00a0endog\u00e8ne\u00a0\u00bb purement fran\u00e7ais, Vailland appartiendrait au second. On trouve tr\u00e8s peu d&rsquo;influences russes, sovi\u00e9tiques chez Vailland. Par contre, il appr\u00e9ciait le po\u00e8te roumain Ilarie Voronca (1903-1946), r\u00e9fugi\u00e9 en France et naturalis\u00e9 en 1938, r\u00e9sistant pendant la guerre, ainsi qu&rsquo;avec le po\u00e8te turc Nazim Hikmet (1901-1963), pers\u00e9cut\u00e9 et emprisonn\u00e9 pour son engagement communiste. Un comit\u00e9 parisien pour sa lib\u00e9ration s&rsquo;\u00e9tait form\u00e9 \u00e0 l&rsquo;initiative de Tristan Tzara et Elisabeth Naldi, l&rsquo;\u00e9pouse de Vailland, en faisait partie.<\/p>\n<p>Concernant la po\u00e9sie, Vailland avait retenu l&rsquo;antagonisme entre prose et pos\u00e9sie d\u00e9fini par Alfred de Musset : On doit r\u00e9server la po\u00e9sie \u00e0 ce qu&rsquo;il est impossible de dire en prose.<\/p>\n<p><strong>Q3 et R\u00e9ponses : Les controverses.<\/strong><\/p>\n<p>Certains, comme Louis Martin-Chauffier, ont voulu tirer Vailland vers la m\u00e9taphysique\u00a0: \u00ab\u00a0Tu parles d&rsquo;un ath\u00e9e! Un ath\u00e9e, c&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui cherche Dieu et ne l&rsquo;a pas trouv\u00e9\u2026\u00a0\u00bb Pas du tout! r\u00e9pond Vailland qui entame alors un d\u00e9bat public sur l&rsquo;ath\u00e9isme et les mat\u00e9rialistes qui continue encore aujourd&rsquo;hui. Voir (site \u00ab\u00a0roger-vailland.com\u00a0\u00bb) les \u00ab\u00a0<em>Cahiers Octave Mirbeau<\/em>\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0<em>Cahiers Roger Vailland<\/em>\u00a0\u00bb se faisant l&rsquo;\u00e9cho d&rsquo;un d\u00e9bat aux Rencontres de Bourg-en-Bresse en 2012.<\/p>\n<p>En 1948, avec l&rsquo;essai, \u00ab\u00a0<em>Le Surr\u00e9alisme contre la R\u00e9volution<\/em>\u00ab\u00a0, Vailland a tourn\u00e9 une page. Il attaquait Breton qui s&rsquo;\u00e9tait mis \u00e0 publier dans le Figaro et il soulignait la diff\u00e9rence entre le respect de l&rsquo;ouvrier pour les grandes \u0153uvres &#8211; Vailland voulait que le peuple s&rsquo;approprie la culture &#8211; toute la culture &#8211; et les blagues \u00ab\u00a0potaches\u00a0\u00bb de jeunes bourgeois en rupture de ban. Il prenait comme exemple les moustaches dont la Joconde avait \u00e9t\u00e9 affubl\u00e9e par Marcel Duchamp en 1919, pour devenir l&#8217;embl\u00e8me du dada\u00efsme, et qui annon\u00e7aient celles de Dali, en 1954, pour vendre aux bourgeois des \u0153uvres \u00ab\u00a0rebelles\u00a0\u00bb. Pour Vailland, contester la culture bourgeoise avait un sens progressiste \u00ab\u00a0iconoclaste\u00a0\u00bb dans l&rsquo;entre-deux-guerres, mais plus apr\u00e8s 1945.<\/p>\n<p>Maurice Cukierman intervient\u2026 Non, iconoclaste n&rsquo;est pas le mot juste! Ce n&rsquo;est pas la m\u00eame d\u00e9marche. Celle de l&rsquo;iconoclaste repose sur une th\u00e9orie nihiliste mettant en cause la bourgeoisie et son pouvoir. Effrayer le bourgeois ne contribue pas \u00e0 la lutte des classes. C&rsquo;est m\u00eame parfois le contraire : autrefois, dans la mouvance \u00ab\u00a0gauchiste\u00a0\u00bb, type \u00ab\u00a0gauche prol\u00e9tarienne\u00a0\u00bb, l&rsquo;action pouvait se retourner <em>contre<\/em> la classe ouvri\u00e8re. Comme chez Souvarine, financ\u00e9 par la CIA (voir le livre de Sanders sur les enjeux culturels et la CIA).<\/p>\n<p><strong>Q4 : <\/strong>Quelle est la signification de la <em>Jaguar<\/em> de Vailland ? Un genre de double personnalit\u00e9 schizo\u00efde, ou un pr\u00e9curseur de la \u00ab\u00a0gauche bobo\u00a0\u00bb?<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ponse :<\/strong> Les <em>Carnets Intimes<\/em> de Vailland parlent de tout cela, mais il n&rsquo;y a pas de r\u00e9ponse simple car on touche au probl\u00e8me de la \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 personnelle\u00a0\u00bb (l&rsquo;individu totalement ma\u00eetre de lui-m\u00eame), \u00e0 celui de son rapport avec l&rsquo;Art (la peinture : Klein et Soulages) et avec le libertinage. Vailland avait une maxime\u00a0: \u00ab\u00a0<em>savoir se d\u00e9gager \u00e0 temps, mais rester engag\u00e9<\/em>\u00ab\u00a0. Dans ses r\u00e9flexions sur l&rsquo;art il discute des dictateurs et des crapules qui n&rsquo;en sont pas moins amateurs d&rsquo;art et de beaut\u00e9 (ami de Yves Klein qui a vendu des toiles \u00e0 des dictateurs). <strong>Ici<\/strong>, Aymeric Monville \u00e9voque la p\u00e9riode de la R\u00e9sistance et se demande si Klein y avait particip\u00e9. Klein avait s\u00e9journ\u00e9 au Japon de 1952 \u00e0 1954 et certains Japonais consid\u00e9raient comme un escroc\u2026 <strong>R\u00e9ponse<\/strong> : Klein n&rsquo;a probablement jamais fait partie du moindre r\u00e9seau. Toutefois, il y a un probl\u00e8me d&rsquo;information : \u00e0 la diff\u00e9rence de quelqu&rsquo;un comme Pasqua, r\u00e9pertori\u00e9 au r\u00e9seau \u00ab\u00a0<em>Combat<\/em>\u00ab\u00a0, Vailland bien que r\u00e9sistant \u00e9tait en marge et non r\u00e9pertori\u00e9. Mais on est s\u00fbr qu&rsquo;il a bien particip\u00e9 \u00e0 la R\u00e9sistance en raison de nombreux t\u00e9moignages et de ses propres descriptions ou anecdotes impossibles \u00e0 inventer.<\/p>\n<p><strong>Q5 (derni\u00e8re) :<\/strong> Une question difficile sur les compromissions et les rapports entre l&rsquo;engagement et l&rsquo;\u0153uvre artistique et litt\u00e9raire. L&rsquo;artiste doit souvent louvoyer entre les \u00e9cueils car il est soumis \u00e0 une forte pression de la part de la bourgeoisie et du commerce de l&rsquo;Art (peinture). L&rsquo;argent et les femmes : on n&rsquo;a rien trouv\u00e9 de mieux pour corrompre quelqu&rsquo;un. Par exemple, en tant qu&rsquo;auteur, critique d&rsquo;Art et conf\u00e9rencier, Leduc \u00e9voque une visite \u00e0 Shanghai : h\u00f4tel de luxe tous frais pay\u00e9s et superbes cr\u00e9atures\u2026<\/p>\n<p>Mais les artistes gardent toujours une part d&rsquo;initiative. Par exemple, l&rsquo;itin\u00e9raire de Bernanos a bifurqu\u00e9 de fa\u00e7on impr\u00e9visible : extr\u00eame-droite catholique, Action Fran\u00e7aise, qui se trouve en Espagne au d\u00e9but de la guerre civile et dont on aurait pu croire qu&rsquo;il allait soutenir Franco. Et au contraire il revient en France avec \u00ab\u00a0<em>Les Grands Cimeti\u00e8res sous la Lune<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Mais parmi les intellectuels (et journalistes), certains cachent leur jeu. Ainsi, Laurent Joffrin passe pour un homme \u00ab\u00a0de gauche\u00a0\u00bb, bien qu&rsquo;il soit le fils d&rsquo;un ami (qui ne s&rsquo;appelle pas Joffrin) tr\u00e8s proche de Le Pen. Il existe une photo de Joffrin d\u00e9jeunant avec Le Pen lors d&rsquo;un barbecue en pleine guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Actuellement on nage en pleine ambigu\u00eft\u00e9, avec un pouvoir \u00ab\u00a0socialiste\u00a0\u00bb qui prend une mesure impopulaire par jour et donne l&rsquo;impression de vouloir faire gagner Le Pen aux prochaines \u00e9lections.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alain (Georges) LEDUC : Roger Vailland et la litt\u00e9rature communiste Conf\u00e9rence no 2 du Cycle 2015-2016 &#8211; Jeudi 3 d\u00e9cembre 2015 \u00e0 l&rsquo;Amphi Roussy (Campus des Cordeliers) Alain Leduc est \u00e9crivain et critique d&rsquo;art, Professeur \u00e0 l&rsquo;Ecole Sup\u00e9rieure d&rsquo;Art de Lorraine \/ ESAL \u00e0 Metz Michel Gruselle ouvre la s\u00e9ance avec les remerciements d&rsquo;usage et &hellip; <a href=\"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=440\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">R\u00e9sum\u00e9 A. 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