{"id":419,"date":"2015-11-02T19:08:48","date_gmt":"2015-11-02T18:08:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cuem.info\/?page_id=419"},"modified":"2015-11-02T19:08:48","modified_gmt":"2015-11-02T18:08:48","slug":"texte-a-ruscio","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=419","title":{"rendered":"Texte A. Ruscio"},"content":{"rendered":"<p>Le PCF et la colonisation\u00a0: 1920-1964<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>par Alain Ruscio<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>Donn\u00e9es de base<\/u><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La fondation du PCF, en d\u00e9cembre 1920, introduisit une donn\u00e9e nouvelle dans la vie politique fran\u00e7aise, particuli\u00e8rement dans l\u2019attitude \u00e0 l\u2019\u00e9gard des colonies. L\u2019ambition initiale des communistes \u00e9tait de modifier radicalement les raisonnements ant\u00e9rieurs et de proclamer le droit absolu des colonies \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ce principe ne fut pas absolue\u00a0: les communistes fran\u00e7ais, certes h\u00e9ritiers du radicalisme l\u00e9niniste, furent en m\u00eame temps les relais d\u2019une tradition r\u00e9publicaine fran\u00e7aise, nomm\u00e9e sur le tard \u2013 mais avec pertinence \u2013 <em>fraternalisme<\/em> par Aim\u00e9 C\u00e9saire<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>Le Congr\u00e8s de Tours<\/u><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>M\u00eame si une certaine historiographie communiste fait remonter au Congr\u00e8s de Tours un changement radical d\u2019attitude dans <em>tous <\/em>les domaines, il serait aventureux de pr\u00e9tendre que, dans le domaine colonial, ce fut le cas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En juillet 1920 s\u2019\u00e9tait tenu \u00e0 Moscou le II \u00e8me congr\u00e8s de l\u2019Internationale, qui avait retenu 21 conditions pour \u00eatre reconnu comme section. La (c\u00e9l\u00e8bre) huiti\u00e8me de ces conditions imposait de <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d&rsquo;\u00e9mancipation dans les colonies\u00a0\u00bb<\/em> et <em>\u00ab\u00a0d&rsquo;entretenir parmi les troupes de la m\u00e9tropole une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a><em>.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cinq mois plus tard se tient \u00e0 Tours le XVIII \u00e8 Congr\u00e8s national du Parti socialiste SFIO qui deviendra pour l\u2019histoire, suite \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 la nouvelle Internationale, le Parti communiste fran\u00e7ais. <em>La nuit finit \u00e0 Tours<\/em>\u2026 Ce fut le titre d\u2019un ouvrage de propagande, tr\u00e8s en vogue au sein du PCF des ann\u00e9es 1950 aux ann\u00e9es 1970<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Dans le domaine colonial, en tout cas, ce ne fut pas le cas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Deux interventions avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vues.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Celle d\u2019un professeur agr\u00e9g\u00e9 d\u2019histoire, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par les socialistes d\u2019Alg\u00e9rie pour d\u00e9fendre l\u2019adh\u00e9sion, qui signait alors Charles Julien<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, fut ajourn\u00e9e en raison de retards dans le d\u00e9roulement des travaux<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La seule intervention sp\u00e9cifique consacr\u00e9e au fait colonial \u00e0 Tours fut donc le fait d\u2019un jeune d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u2013 trente ans \u2013, pr\u00e9sent\u00e9 comme celui <em>de l\u2019Indo-Chine <\/em>(mais qui ne fut pas nomm\u00e9, pour des raisons \u00e9videntes de s\u00e9curit\u00e9). En fait, il s\u2019agissait de Nguyen Ai Quoc<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, plus tard Ho Chi Minh. Le ton et le fond en \u00e9taient extr\u00eamement mod\u00e9r\u00e9s. Le futur Ho n\u2019appelait nullement \u00e0 la lutte pour une ind\u00e9pendance,\u00a0m\u00eame lointaine, de son pays. Il d\u00e9non\u00e7ait les exactions coloniales et demandait \u00e0 ses camarades un peu plus d\u2019attention\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Nous voyons dans l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 la III \u00e8 Internationale la promesse formelle du Parti socialiste de donner enfin aux questions coloniales l\u2019importance qu\u2019elles m\u00e9ritent.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Ho Chi Minh, Intervention, 26 d\u00e9cembre 1920<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean Longuet ayant r\u00e9pondu et cit\u00e9, comme illustration de son engagement, ses interventions parlementaires, il se fait s\u00e8chement remettre en place par Vaillant-Couturier\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je dois rendre hommage \u00e0 l\u2019action que Longuet a faite en faveur des camarades annamites. Mais ce \u00e0 quoi notre camarade fait appel aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas seulement \u00e0 cette action parlementaire, mais \u00e0 celle de tout le Congr\u00e8s en faveur des nations opprim\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Paul Vaillant-Couturier, Intervention, 26 d\u00e9cembre 1920<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le 29, une nouvelle passe d\u2019armes, plus significative encore, oppose les deux hommes. Vaillant, lors de son allocution, affirme que la r\u00e9volution ne peut \u00eatre seulement <em>\u00ab\u00a0fran\u00e7aise\u00a0\u00bb<\/em>, mais <em>\u00ab\u00a0mondiale\u00a0\u00bb. <\/em>Il fait de nouveau r\u00e9f\u00e9rence au <em>\u00ab\u00a0camarade indochinois\u00a0\u00bb<\/em>, puis s\u2019interrompt\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0PVC\u00a0: Vous souriez, Longuet\u00a0? (\u2026). Vous souriez quand je fais appel au t\u00e9moignage du camarade indochinois\u2026<\/em><a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>JL\u00a0: Je souris de l\u2019id\u00e9e que c\u2019est sans le prol\u00e9tariat d\u2019Europe que vous feriez la r\u00e9volution\u2026<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>PVC\u00a0: (\u2026). Je voudrais vous demander si un mouvement comme celui des Indes, un mouvement comme celui qui couve, vous le savez, dans le Penjab et le Bengale, ne risque pas de porter un coup \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme anglais. Tous les coups port\u00e9s \u00e0 un imp\u00e9rialisme sont des coups port\u00e9s au capitalisme de tous les pays.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>Un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9\u00a0: C\u2019est absurde. <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>PVC\u00a0: Ce qui est absurde, c\u2019est de ne pas nous tourner vers l\u2019ensemble du mouvement mondial, dans une \u00e9poque o\u00f9 tout tend vers l\u2019universel.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Paul Vaillant-Couturier &amp; Jean Longuet, Interventions, 29 d\u00e9cembre 1920<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais n\u2019all\u00e8rent pas au del\u00e0 de ce d\u00e9bat. Ce furent donc les seules r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la question coloniale de ce congr\u00e8s fondateur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>Les premi\u00e8res ann\u00e9es<\/u><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais, m\u00eame si les th\u00e8ses de L\u00e9nine et les directives de l\u2019Internationale introduisent des concepts nouveaux, proposent \u2013 imposent \u2013 une strat\u00e9gie nouvelle, la question coloniale ne va pas devenir, pour le jeune Parti communiste, primordiale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ajoutons \u00e0 cette faiblesse en m\u00e9tropole l\u2019orientation nettement hostile \u00e0 la VIII \u00e8 condition prise en Alg\u00e9rie, dont la c\u00e9l\u00e8bre motion de la section de Sidi bel Abb\u00e8s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette situation am\u00e8ne le IV \u00e8 congr\u00e8s de l\u2019Internationale communiste \u00e0 adopter une\u00a0 <em>R\u00e9solution sur la question fran\u00e7aise<\/em> (novembre 1922). Cette r\u00e9solution est d\u2019une particuli\u00e8re rudesse sur divers aspects de la vie du PCF\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Notre parti fran\u00e7ais a conserv\u00e9 (\u2026) l\u2019h\u00e9ritage psychologique du r\u00e9formisme, du parlementarisme et du patriotisme.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>L\u2019Humanit\u00e9, <\/em>18 d\u00e9cembre 1922<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u00e9nonciations NAQ<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e, ce m\u00eame jeune Vietnamien, quelque part dans un bureau de l\u2019Internationale communiste, r\u00e9dige un Rapport sur son pays. Sa conclusion\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Rien n\u2019emp\u00eache de compl\u00e9ter le \u201cfondement historique\u201c du marxisme par l\u2019apport des mat\u00e9riaux dont le ma\u00eetre ne pouvait disposer \u00e0 son \u00e9poque. Marx a b\u00e2ti sa doctrine sur une certaine philosophie de l\u2019Histoire, mais quelle Histoire\u00a0? Celle de l\u2019Europe. Mais qu\u2019est-ce que l\u2019Europe\u00a0? Ce n\u2019est pas toute l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Nguyen Ai Quoc, <em>Rapport, <\/em>Moscou<em>, <\/em>1924<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Toujours au V \u00e8 congr\u00e8s de l\u2019IC, une autre attaque est port\u00e9e contre le PCF. Pour les dirigeants de celui-ci,\u00a0c\u2019est plus grave, car l\u2019orateur est Manouilski, une \u00e9toile montante de l\u2019Internationale.<\/p>\n<p>On peut voir la r\u00e9action imm\u00e9diate des communistes fran\u00e7ais \u00e0 ces injonctions de l\u2019Internationale \u00e0 la simple lecture de <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>. Le 3 juillet 1924, le quotidien communiste publie une lettre de l\u2019\u00e9mir Khaled \u00e0 Herriot, en<em> Une<\/em> (avec un portrait de l\u2019\u00e9mir)<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Le 7, c\u2019est Marcel Cachin qui expose le nouveau cours de la politique du PCF<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p><u>La lutte contre la guerre du Rif<\/u><a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a><\/p>\n<p>D\u00e8s lors, le terrain est id\u00e9ologiquement d\u00e9blay\u00e9\u00a0: le jeune Parti communiste est pr\u00eat pour soutenir son v\u00e9ritable bapt\u00eame du feu, la lutte contre une guerre qui oppose les Rifains \u00e0 deux occupants europ\u00e9ens, les Espagnols et les Fran\u00e7ais<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Avant m\u00eame l\u2019intervention fran\u00e7aise, le fameux t\u00e9l\u00e9gramme de Pierre Semard, Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PC, et de Jacques Doriot, des Jeunesses communistes, \u00e0 Abd el-Krim<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a> (septembre 1924), donne le ton\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Groupe parlementaire, comit\u00e9 directeur du Parti communiste, comit\u00e9 national des Jeunesses communistes saluent la brillante victoire du peuple marocain sur les imp\u00e9rialistes espagnols. Ils f\u00e9licitent son vaillant chef Abd el- Krim. Esp\u00e8rent qu\u2019apr\u00e8s la victoire d\u00e9finitive sur l\u2019imp\u00e9rialisme espagnol, qu\u2019il continuera, en liaison avec le prol\u00e9tariat fran\u00e7ais et europ\u00e9en, la lutte contre tous les imp\u00e9rialistes, fran\u00e7ais y compris, jusqu\u2019\u00e0 la lib\u00e9ration compl\u00e8te du sol marocain. Vive l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc\u00a0! Vive la lutte internationale\u00a0des peuples coloniaux et du prol\u00e9tariat mondial\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pierre Semard &amp; Jacques Doriot, <em>T\u00e9l\u00e9gramme \u00e0 Abd el-Krim<\/em>, 10 septembre 1924<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le moins que l\u2019on puisse \u00e9crire est que les communistes ne masquent pas leur soutien\u00a0: le texte figure en <em>Une<\/em> de <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, sous un titre flamboyant (<em>\u00ab\u00a0Le Parti communiste fran\u00e7ais unanime f\u00e9licite Abd-el-Krim pour ses succ\u00e8s\u00a0\u00bb<\/em>), accompagn\u00e9 d\u2019une photo de l\u2019insurg\u00e9 rifain. Ce texte fait grand bruit. D\u2019autant que Doriot le relit avec fougue et une fiert\u00e9 affich\u00e9e, \u00e0 la Chambre, le 4 f\u00e9vrier 1925, provoquant un torrent d\u2019invectives de tous les d\u00e9put\u00e9s non communistes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En octobre, un nouveau pas est franchi. \u00c0 l\u2019initiative de PC, de la CGTU et d\u2019un Comit\u00e9 d\u2019action \u2013 dirig\u00e9 par le jeune Maurice Thorez \u2013 a lieu une gr\u00e8ve <em>g\u00e9n\u00e9rale <\/em>contre la guerre\u00a0(th\u00e8me auquel est toujours associ\u00e9e la d\u00e9nonciation des \u00e9v\u00e9nements en Syrie)\u00a0:<\/p>\n<p>PCF, CGTU, Comit\u00e9 d\u2019Action contre la guerre du Rif, Appel \u00e0 la gr\u00e8ve, 10 octobre 1925<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Au lendemain de la gr\u00e8ve, Gaston Monmousseau, le 16 octobre, dans <em>La Vie Ouvri\u00e8re, <\/em>affirme que plus d\u2019un million de gr\u00e9vistes ont particip\u00e9 au mouvement, des centaines de milliers d\u2019autres <em>\u00ab\u00a0se sont solidaris\u00e9s par des moyens appropri\u00e9s\u00a0\u00bb. <\/em>Ce chiffre d\u2019un million de gr\u00e9vistes, l\u00e9g\u00e8rement \u00e9rod\u00e9 \u00e0 900.000, va d\u00e9sormais entrer dans la saga r\u00e9volutionnaire. Chiffre-\u00e9tendard, mais qui para\u00eet \u00e0 l\u2019analyse peu probable\u00a0: aux \u00e9lections l\u00e9gislatives de mai 1924, les listes communistes avaient recueilli 900.000 voix. Les \u00e9tudes historiques, plus prudentes, retiennent en g\u00e9n\u00e9ral une fourchette entre 400 et 600.000<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>, ce qui est d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette propagande et ces actions co\u00fbt\u00e8rent tr\u00e8s cher \u00e0 l\u2019appareil communiste. Lors des manifestations \u2013 violentes \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2013 il y eut des centaines de bless\u00e9s\u00a0; un ouvrier, Andr\u00e9 Sabatier, fut tu\u00e9 par balle par un ing\u00e9nieur de l\u2019usine Radio-Electric de Suresnes, qui avait re\u00e7u une pierre\u2026 La police proc\u00e9da \u00e0 plusieurs centaines d\u2019arrestations, beaucoup pour fait de gr\u00e8ve (167 pour le seul 12 octobre), d\u2019autres pour participation \u00e0 des mouvements ayant entra\u00een\u00e9 des heurts avec la police, d\u2019autres enfin pour des motifs\u00a0 pouvant aller jusqu\u2019\u00e0\u2026 fredonner des chansons subversives, telle que <em>Au Maroc, <\/em>ou r\u00e9citer le po\u00e8me de Month\u00e9hus <em>Aux victimes du Maroc<\/em><a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a><em>. <\/em>En novembre, on d\u00e9nombre 165 militants emprisonn\u00e9s et 263 poursuivis. Les tribunaux requi\u00e8rent 320 ann\u00e9es de prison<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>. Le record en la mati\u00e8re est d\u00e9tenu par Jean Georges, le Secr\u00e9taire de l\u2019UD CGTU de Haute-Garonne, qui est condamn\u00e9 \u00e0 15 mois. Le jeune Maurice Thorez \u00e9cope de 14 mois. Des \u00e9lus sont arr\u00eat\u00e9s\u00a0: le maire de Saint-Pierre-des-Corps, H\u00e9nault, qui r\u00e9pond au beau pr\u00e9nom de Robespierre, reste 6 mois en prison. Dans ces conditions, il fallait un caract\u00e8re tremp\u00e9 et une conviction \u00e0 toute \u00e9preuve pour participer \u00e0 de tels mouvements.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais il est une autre dimension\u00a0: si cet \u00e9pisode vit adh\u00e9rer au PCF des \u00e9l\u00e9ments venus du syndicalisme r\u00e9volutionnaire, dont Gaston Monmousseau, des intellectuels radicalis\u00e9s, Benjamin P\u00e9ret, Andr\u00e9 Breton, Eluard, Pierre Unik (qui ne resteront au Parti que peu de temps), Aragon, il fut aussi un moment de d\u00e9parts massifs d\u2019\u00e9l\u00e9ments d\u00e9rout\u00e9s par la gauchisation du discours et des pratiques, effray\u00e9s sans doute par la r\u00e9pression. Au V \u00e8 Congr\u00e8s, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral Pierre Semard admet qu\u2019il y a eu <em>\u00ab\u00a0baisse des effectifs\u00a0\u00bb. <\/em>La premi\u00e8re raison invoqu\u00e9e est la perte d\u2019 <em>\u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ments timor\u00e9s (\u2026) pendant notre campagne d\u00e9faitiste contre les guerres du Maroc et de Syrie\u00a0\u00bb, <\/em>la F\u00e9d\u00e9ration la plus sensible \u00e0 cette question, celle d\u2019Alg\u00e9rie, ayant <em>\u00ab\u00a0perdu les trois quarts de ses effectifs\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>La d\u00e9cennie h\u00e9ro\u00efque<\/u><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La d\u00e9nonciation de la guerre du Rif, \u00e0 laquelle est toujours associ\u00e9e celle de l\u2019intervention en Syrie, ouvre une d\u00e9cennie d\u2019intense activit\u00e9 anticolonialiste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le PCF est alors la seule force organis\u00e9e nationale qui axe sa propagande sur l\u2019exigence de l\u2019ind\u00e9pendance des pays colonis\u00e9s. Nous appelons, \u00e9crit alors <em>L\u2019Humanit\u00e9,<\/em> <em>\u00ab\u00a0\u00e0 la lib\u00e9ration totale\u00a0\u00bb<\/em> des indig\u00e8nes d\u2019Afrique du Nord et \u00e0 <em>\u00ab\u00a0l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a><em>.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Berthon fait scandale en s\u2019\u00e9criant\u00a0face aux d\u00e9put\u00e9s :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0<\/em><em>La Tunisie aux Tunisiens.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Berthon, Chambre des D\u00e9put\u00e9s, 20 janvier 1925<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans la presse, dans les meetings, dans les assembl\u00e9es \u00e9lues, les d\u00e9bats opposent d\u00e9sormais les communistes \u00e0 toutes les autres familles politiques, m\u00eame si les socialistes critiquent parfois les <em>exc\u00e8s <\/em>du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Durant cette p\u00e9riode, la d\u00e9nonciation des pratiques coloniales est quasi quotidienne dans <em>L\u2019Humanit\u00e9. <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Discours contemporain de Barbusse, lors du Congr\u00e8s fondateur de la Ligue contre l\u2019oppression coloniale et l\u2019imp\u00e9rialisme, \u00e0 Bruxelles\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0L<\/em><em>&lsquo;imp\u00e9ria\u00adlisme, c&rsquo;est l&rsquo;exploitation. Dans les colonies, l&rsquo;\u00e9tranger n&rsquo;est le tortionnaire que parce qu&rsquo;il est avant tout l&rsquo;exploiteur, et quand les b\u00eates de somme se dressent contre les b\u00eates de proie, c&rsquo;est un fait social et ce n&rsquo;est pas, comme on veut nous le faire croire, une question de x\u00e9nophobie et de na\u00adtionalisme.\u00a0Il n\u2019en reste pas moins que l\u2019ind\u00e9pendance nationale est la premi\u00e8re \u00e9tape de l\u2019ind\u00e9pendance humaine.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Henri Barbusse, Discours, 10 f\u00e9vrier 1927<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ou \u00e0 propos de l\u2019Indochine\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Maurice Thorez, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 13 mars 1933<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le PCF est alors bien seul \u2013 encore une fois comme force politique de dimension nationale \u2013 \u00e0 combattre de front les grandes initiatives officielles d\u2019exaltation du colonialisme. Lors des c\u00e9r\u00e9monies dites du <em>Centenaire de l\u2019Alg\u00e9rie <\/em>(1930)<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a><em>, <\/em>lors du congr\u00e8s eucharistique de Carthage (1930)<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>, puis \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019Exposition coloniale internationale de Paris Vincennes (1931)<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>, <em>L\u2019Humanit\u00e9 <\/em>porte le fer dans la plaie. En particulier, ils sont \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019organisation d\u2019une contre-Exposition coloniale<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>, qui se r\u00e9v\u00e9lera un \u00e9chec populaire, mais qui eut une forte valeur symbolique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette p\u00e9riode est \u00e9galement marqu\u00e9e par une activit\u00e9 des (rares) militants communistes vivant aux colonies.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019exemple le plus connu est celui de Robert Louzon<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>, install\u00e9 en Tunisie avant la Premi\u00e8re guerre mondiale, fondateur et secr\u00e9taire de la F\u00e9d\u00e9ration communiste tunisienne. Ayant \u00e9galement fond\u00e9 un journal, vite interdit, il est expuls\u00e9 de Tunisie en 1922<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 Madagascar, un \u00e9pisode a marqu\u00e9 les esprits. En 1927, deux m\u00e9tropolitains, Fran\u00e7ois Vittori<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a> et \u00c9douard Planque, et des Malgaches, fondent le <em>Parti communiste, Section malgache de l\u2019Internationale communiste<\/em>, dont la premi\u00e8re action d\u2019\u00e9clat a lieu le 19 mai 1929<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>, suite \u00e0 l\u2019interdiction faite aux Malgaches d\u2019assister \u00e0 une r\u00e9union publique<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>.\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Une manifestation de plus de 30.000 Malgaches se forme rapidement, aux cris de\u00a0: \u00ab\u00a0La libert\u00e9\u00a0! \u00c0 bas l\u2019indig\u00e9nat\u00a0! \u00c0 bas Ollivier<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\"><strong>[33]<\/strong><\/a>\u00a0! Madagascar aux Malgaches\u00a0!\u201c. L\u2019affolement r\u00e8gne \u00e0 la r\u00e9sidence et \u00e0 la police. Berthier, gouverneur par int\u00e9rim, fait appel \u00e0 la troupe. \u201cSurtout, dit-il, pas de tirailleurs malgaches, ils ne marcheront pas\u00a0; des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais et des m\u00e9tropolitains\u201c.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jacques P\u00e9raud, <em>L\u2019Humanit\u00e9,<\/em> 2 septembre 1929<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Leur proc\u00e8s, en d\u00e9cembre 1929-janvier 1930, sera un grand \u00e9v\u00e9nement local. Le Secours Rouge avait envoy\u00e9 un avocat parisien. Seuls Planque et Vittori furent\u00a0 condamn\u00e9s\u00a0: 18 mois de prison et 10 ann\u00e9es d\u2019interdiction de s\u00e9jour. \u00c0 l\u2019\u00e9coute de ce verdict, ils se mirent \u00e0 chanter <em>L\u2019Internationale<\/em>, ce qui leur valut\u2026 deux ann\u00e9es suppl\u00e9mentaires de prison, pour injures au Tribunal\u00a0! Vittori sortira de prison en 1933, Planque en 1934<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>Les communistes et les <em>travailleurs coloniaux<\/em><\/u><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les communistes ont une autre question, relativement nouvelle, \u00e0 g\u00e9rer\u00a0: comment s\u2019adresser \u00e0 la masse des travailleurs <em>coloniaux<\/em> \u2013 c\u2019\u00e9tait l\u2019expression la plus courante, alors \u2013 venus en m\u00e9tropole\u00a0? \u00c9taient-ils des \u00e9l\u00e9ments du prol\u00e9tariat\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse fut tr\u00e8s rapidement donn\u00e9e par les principaux int\u00e9ress\u00e9s. Autour du Vietnamien Nguyen Ai Quoc et de l\u2019Alg\u00e9rien Abdelkader Hadj Ali<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a> se forma un noyau de militants venus de tous les pays de l\u2019Empire, le Malgache Samuel Stephany, le S\u00e9n\u00e9galais Lamine Senghor, le Guadeloup\u00e9en Max Clainville-Bloncourt.\u00a0 Il prit d\u00e8s 1921 le nom d\u2019Union intercoloniale<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>, qui se dota d\u2019un p\u00e9riodique, <em>Le Paria, tribune du prol\u00e9tariat colonial <\/em>(1922-1926).<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Au passage, une fa\u00e7on discr\u00e8te, mais efficace, d\u2019affirmer que les peuples colonis\u00e9s ne pouvaient \u00eatre un appoint aux luttes du prol\u00e9tariat de m\u00e9tropole, mais une composante \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives de mai 1924 (qui verront la victoire du <em>Cartel des gauches<\/em>), pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire politique fran\u00e7aise, un <em>indig\u00e8ne <\/em>fut\u00a0 candidat officiel d\u2019un parti politique en m\u00e9tropole\u00a0: le PC pr\u00e9senta \u00e0 Paris Abdelkader Hadj Ali (souvent orthographi\u00e9 alors Hadjali). Il obtint 40.580 voix, la moyenne de la liste communiste \u00e9tant de 40.781, mais ne fut pas \u00e9lu, \u00e0 20 voix pr\u00e8s. D\u00e9monstration avait pourtant \u00e9t\u00e9 faite que l\u2019insertion des colonis\u00e9s dans la vie politique fran\u00e7aise \u00e9tait un des moyens de combattre le racisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le PC r\u00e9cidiva l\u2019ann\u00e9e suivante, pour les municipales\u00a0: outre Hadj Ali, candidat dans la quartier du Jardin des Plantes, Lamine Senghor fut pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Salpetri\u00e8re. Occasion pour les communistes de faire une campagne sp\u00e9cifique en direction des travailleurs colonis\u00e9s, \u00e9videmment non-\u00e9lecteurs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les deux candidats ne seront pas \u00e9lus\u00a0: Hadj Ali obtint 842 voix sur 5.923 exprim\u00e9s, soit 14 % et Senghor 905 sur 5.031, soit 18 %.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Allant m\u00eame plus loin, le groupe communiste \u00e0 la Chambre demanda m\u00eame, d\u00e8s 1927,\u00a0 le droit de vote pour les <em>\u00ab\u00a0indig\u00e8nes non naturalis\u00e9s de toutes les colonies\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a><em>. <\/em>On imagine que le projet fut repouss\u00e9, au milieu des quolibets et des invectives, seul le groupe communiste ayant vot\u00e9 pour\u2026<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Durant la guerre du Rif, les militants communistes distribu\u00e8rent des tracts et brochures en langue arabe aux immigr\u00e9s et soldats maghr\u00e9bins. <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em> se fit souvent l\u2019\u00e9cho d\u2019arrestations. On sait que le jeune Messali Hadj, encore inconnu, arriv\u00e9 en France en 1923, assista au congr\u00e8s des 4 et 5 juillet 1925 contre la guerre du Rif<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce m\u00eame Messali devint un temps communiste. Il fut particuli\u00e8rement influenc\u00e9 par son a\u00een\u00e9 \u2013 en \u00e2ge et en politique \u2013 Abdelkader Hadj Ali, d\u00e9j\u00e0 nomm\u00e9. Avec d\u2019autres militants, ils fond\u00e8rent en 1926 l\u2019\u00c9toile Nord-africaine (\u00c9NA)<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a> \u2013 en fait, pratiquement constitu\u00e9e des seuls Alg\u00e9riens, la principale exception \u00e9tant Chedly Kha\u00efrallah, membre du Destour tunisien, arriv\u00e9 en France en novembre 1926 pour y poursuivre des \u00e9tudes de Droit, vite rep\u00e9r\u00e9 par la police, puis expuls\u00e9<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>. Cette \u00c9NA restera dans l\u2019histoire comme la premi\u00e8re \u00e0 avoir revendique publiquement l\u2019ind\u00e9pendance. En octobre 1926, Hadj Ali et Messali tiennent un meeting, Salle des Ing\u00e9nieurs civils, qui s\u2019ach\u00e8ve par la promesse de lutter <em>\u00ab\u00a0jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a><em>. <\/em>Mot d\u2019ordre repris par Messali lors du Congr\u00e8s international de la <em>Ligue contre l\u2019oppression coloniale<\/em> (Bruxelles, f\u00e9vrier 1927<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les communistes, aux commandes de la CGTU, firent un effort syst\u00e9matique pour organiser les <em>travailleurs coloniaux<\/em>. En 1924, ils organisent le <em>Congr\u00e8s des ouvriers nord-Africains<\/em>. 150 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s y assistent. Jacques Doriot conclut de cet \u00e9v\u00e9nement\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Le front unique du prol\u00e9tariat fran\u00e7ais et des peuples coloniaux est constitu\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jacques Doriot, Discours, 7 d\u00e9cembre 1924<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si l\u2019on en croit les informateurs de police, les communistes et la CGTU auraient alors r\u00e9ussi \u00e0 organiser pr\u00e8s de 8.000 ouvriers nord-africains en France<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a>, essentiellement en r\u00e9gion parisienne, soit de l\u2019ordre de 10 % de cette main d\u2019\u0153uvre. Certains d\u2019entre eux, tel\u00a0 Salah Bouchafa, eurent des responsabilit\u00e9s alternativement \u2013 ou simultan\u00e9ment \u2013 \u00e0 la CGTU et au PCF.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>Le tournant du Front populaire<\/u><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais d\u00e8s 1934 se fait jour une \u00e9volution fondamentale dans la politique communiste. La prise du pouvoir par Hitler, la mont\u00e9e de l\u2019extr\u00eame droite et les \u00e9chauffour\u00e9es de f\u00e9vrier 1934 am\u00e8nent le PCF \u00e0 consid\u00e9rer que la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie, m\u00eame <em>bourgeoise<\/em>, l\u2019emporte sur les aspirations r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution produit ses effets dans le domaine colonial \u2013 plus sans doute que dans tous les autres aspects de la politique du PCF. Calquant leur raisonnement colonial sur le sch\u00e9ma hexagonal, les dirigeants communistes expliquent\u00a0: en France, l\u2019alternative n\u2019est plus <em>capitalisme ou socialisme\u00a0?<\/em> , mais <em>fascisme ou d\u00e9veloppement de la d\u00e9mocratie\u00a0?<\/em>\u00a0; de la m\u00eame fa\u00e7on, outre-mer, l\u2019alternative n\u2018est plus <em>encha\u00eenement ou ind\u00e9pendance\u00a0?<\/em> , mais <em>accaparement par les pays fascistes ou rapprochement avec une France d\u00e9mocratique\u00a0? <\/em>On sent, chez ces dirigeants, une hantise \u2013 probablement sinc\u00e8re \u2013 de la mont\u00e9e du fascisme dans le monde. Dans ces conditions, il ne faut pas affaiblir la d\u00e9mocratie fran\u00e7aise. Paradoxe, un des th\u00e8mes favoris du <em>parti colonial<\/em>, la grandeur par l\u2019Empire, vient trouver place dans le discours communiste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le tournant, esquiss\u00e9, d\u00e8s 1934, prend de l\u2019ampleur avec la victoire du Front populaire, puis sera th\u00e9oris\u00e9 par le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral en 1937\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0La revendication fondamentale de notre Parti communiste concernant les peuples coloniaux reste la libre disposition, le droit \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. Rappelant une formule de L\u00e9nine, nous avons d\u00e9j\u00e0 dit aux camarades tunisiens, qui nous ont approuv\u00e9s, que le droit au divorce ne signifiait pas l\u2019obligation de divorcer<\/em><a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a>.<em> Si la question d\u00e9cisive du moment, c\u2019est la lutte victorieuse contre le fascisme, l\u2019int\u00e9r\u00eat des peuples coloniaux est dans leur union avec le peuple de France et non dans une attitude qui pourrait favoriser les entreprises du fascisme et placer, par exemple, la Tunisie et le Maroc sous le joug de Mussolini ou de Hitler, ou faire de l\u2019Indochine une base d\u2019op\u00e9rations pour le Japon militariste.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>Cr\u00e9er les conditions de cette union, libre, confiante et fraternelle des peuples coloniaux avec notre peuple, n\u2019est-ce pas, l\u00e0 encore, travailler \u00e0<\/em> remplir la mission de la France \u00e0 travers le monde\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Maurice Thorez, IX \u00e8 congr\u00e8s du PCF, d\u00e9cembre 1937<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c9voquer ici Alg\u00e9rie = nation en formation (MT f\u00e9vrier 1939)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le premier accus\u00e9 \u00e9tait \u00e9videmment le Reich nazi, mais aussi l\u2019Italie fasciste (en particulier en Tunisie), l\u2019Espagne franquiste (au Maroc) et le Japon militariste (en Indochine).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Durant trois ann\u00e9es \u2013 en fait jusqu\u2019\u00e0 la veille de la guerre, la critique communiste de la politique gouvernementale va se faire \u00e0 fleurets mouchet\u00e9s, et souvent m\u00eame dispara\u00eetre. Misant sur une hypoth\u00e9tique bonne volont\u00e9 des responsables de la politique coloniale, le PCF expliquera les lenteurs, les h\u00e9sitations, puis le regain de r\u00e9pression, par le sabotage des agents fascistes. Lorsque, en novembre 1936, Marius Moutet r\u00e9unit les gouverneurs g\u00e9n\u00e9raux, il emploie des formules que <em>L\u2019Humanit\u00e9 <\/em>reprend sans distance critique\u00a0: il faut mettre fin \u00e0 une <em>\u00ab\u00a0colonisation \u00e9go\u00efste\u00a0\u00bb<\/em> qui ne se pr\u00e9occuperait que d\u2019exploiter les indig\u00e8nes, qui ne se soucierait <em>\u00ab\u00a0que d&rsquo;une exportation drainant richesse et capitaux et enrayant l&rsquo;\u00e9panouissement \u00e9conomique des colonies\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le journal communiste commente\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0H\u00e9las,<\/em><em> la politique \u00e9nonc\u00e9e par le camarade Moutet, est d\u00e9form\u00e9e et sabot\u00e9e dans les colonies par des hauts fonctionnaires fascistes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La presse communiste va certes annoncer et soutenir les revendications <em>sociales <\/em>des colonis\u00e9s, mais prendre ses distances avec la dimension <em>nationale<\/em> de la protestation \u2013 \u00e0 l\u2019exception de l\u2019Indochine, o\u00f9 leurs camarades \u00e9taient aux commandes. En t\u00e9moigne le soutien aux dissolutions successives de l\u2019\u00c9toile nord-africaine, du Comit\u00e9 d\u2019action marocaine et du N\u00e9o-Destour. Reprenant un sch\u00e9ma habituellement r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la pens\u00e9e conservatrice, les communistes vont m\u00eame voir des <em>meneurs<\/em><a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a><em> \u00e0 la solde de l\u2019\u00e9tranger <\/em>un peu partout.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>Durant la guerre mondiale<\/u><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Survient la guerre mondiale. On imagine que le PCF, priv\u00e9 de sa presse (26 ao\u00fbt 1939), puis interdit (26 septembre), ne peut avoir comme pr\u00e9occupation premi\u00e8re la question coloniale. <em>A fortiori <\/em>lorsque l\u2019occupant nazi, \u00e0 partir de mai 1940, vient renforcer la r\u00e9pression.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On sait que, durant une premi\u00e8re partie de la guerre, le PCF, calquant ses analyses sur celles de l\u2019Internationale, caract\u00e9rise le conflit en cours comme inter-imp\u00e9rialiste, renvoyant dos \u00e0 dos les deux camps. Les rares r\u00e9f\u00e9rences ou allusions dans la presse clandestine s\u2019inspirent \u2013 ou plut\u00f4t se r\u00e9-inspirent \u2013 d\u2019un anticolonialisme radical. La t\u00e2che d\u2019un gouvernement authentique du peuple sera de <em>\u00ab\u00a0proclamer l\u2019ind\u00e9pendance des peuples opprim\u00e9s des colonies, des protectorats, des territoires sous mandat\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a><em>. <\/em>L\u2019insurrection vietnamienne de novembre 1940, dans le sud du pays, est salu\u00e9e, la violente r\u00e9pression qui lui r\u00e9pond est d\u00e9nonc\u00e9e\u00a0;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019analyse du conflit comme opposant deux imp\u00e9rialismes pareillement honnis r\u00e9siste cependant mal. D\u2019une part, l\u2019occupation nazie est terrible. D\u2019autre part, l\u2019entr\u00e9e de l\u2019URSS dans le combat, en juin 1941, modifie aux yeux des communistes la nature m\u00eame du conflit. S\u2019ensuit un cheminement vers les autres mouvements de r\u00e9sistance. Les contacts avec le Comit\u00e9 fran\u00e7ais de lib\u00e9ration nationale (voyage de Fernand Grenier \u00e0 Londres, aupr\u00e8s de De Gaulle, f\u00e9vrier 1943, entr\u00e9e du m\u00eame Grenier et de Fran\u00e7ois Billoux au Comit\u00e9 en f\u00e9vrier 1944) sanctionne cette \u00e9volution rapide.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution est \u00e9videmment sensible dans les conceptions coloniales du PCF. Il n\u2019est plus question d\u2019<em>imp\u00e9rialisme fran\u00e7a<\/em>is. De nouveau s\u2019impose le th\u00e8me de l\u2019\u00e8re Front populaire, l\u2019union des forces des peuples fran\u00e7ais et colonis\u00e9s contre un ennemi \u00f4 combien dangereux. Dans un texte qui prend un ton tr\u00e8s officiel, il est indiqu\u00e9 que cette participation au CFLN a pour but de mettre en \u0153uvre \u00ab\u00a0tous les moyens de l\u2019Empire et de la France pour la guerre\u00a0\u00bb et, dans le domaine colonial, la mise en \u0153uvre d\u2019une <em>\u00ab\u00a0politique d\u2019union de la plus grande France par la compr\u00e9hension et la satisfaction des l\u00e9gitimes revendications des masses indig\u00e8nes\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a><em>\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 maintes fois soulign\u00e9 que les hommes de la R\u00e9sistance fran\u00e7aise, au courage immense, au patriotisme sans faille, n\u2019avaient pas port\u00e9 de regard neuf sur la question coloniale, n\u2019avaient nullement imagin\u00e9 que le droit \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance p\u00fbt concerner les peuples <em>indig\u00e8nes<\/em>. Dans le programme du CNR, une phrase seulement, on ne peut plus vague, est consacr\u00e9e \u00e0 cette question\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Une extension des droits politiques, sociaux et \u00e9conomiques des populations indig\u00e8nes et coloniales\u00a0\u00bb <\/em>(partie II, c)<em>. <\/em>En ce domaine, les communistes ne prirent pas \u2013 en tout cas publiquement \u2013 leurs distances.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La Lib\u00e9ration obtenue, le PCF reproduit, parfois au mot pr\u00e8s, l\u2019argumentaire de 1936. Son poids dans la vie politique, sa pr\u00e9sence au gouvernement, son prestige, bien au del\u00e0 des rangs de ses sympathisants, son contr\u00f4le de fait sur la puissante CGT r\u00e9unifi\u00e9e, ses espoirs d\u2019absorber la SFIO dans un Parti ouvrier unifi\u00e9, lui laissent entrevoir une \u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 vers un socialisme <em>\u00e0 la fran\u00e7aise<\/em>. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Maurice Thorez \u00e9met l\u2019hypoth\u00e8se, alors hardie, d\u2019une possible <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>marche au socialisme (par) d\u2019autres chemins que celui suivi par les communistes russes\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a>. Pourquoi, dans ces conditions, les peuples colonis\u00e9s, qui pourraient en profiter, se s\u00e9pareraient-ils d\u2019une France sur une si bonne voie\u00a0? La formule de L\u00e9nine sur le <em>droit au divorce<\/em>\u2026 (re)fleurit alors dans toute la presse communiste. Sans le dire ouvertement, le PCF imagine que cette France socialiste pourrait jouer le r\u00f4le qu\u2019avait jou\u00e9 la Russie bolch\u00e9vik \u00e0 l\u2019\u00e9gard des peuples allog\u00e8nes non russes. Un certain nombre de positions ult\u00e9rieures \u2013 l\u2019acceptation de l\u2019Union fran\u00e7aise, m\u00eame assortie des adjectifs <em>libre<\/em> et <em>fraternelle<\/em><a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a>, la dramatique approbation des massacres de S\u00e9tif<a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a>, les h\u00e9sitations lors du d\u00e9clenchement de la guerre d\u2019Indochine \u2013 proviennent de cette analyse originelle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Install\u00e9e \u00e0 Alger et \u00e0 Tunis comme \u00e0 Marseille, la France est et doit rester une grande puissance africaine.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Florimond Bonte, Assembl\u00e9e constituante, 21 novembre 1944<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un vieux militant comme Henri Lozeray, qui avait consacr\u00e9 toute sa vie militante \u00e0 la d\u00e9nonciation du colonialisme, en rajoutait m\u00eame sur les th\u00e8mes habituels\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il ne saurait \u00eatre question de l\u2019am\u00e9lioration du sort des peuples colonis\u00e9s sans une union \u00e9troite de ceux-ci avec le peuple, les masses travailleuses des pays m\u00e9tropolitains (\u2026). Nous le disons avec nettet\u00e9 et sans \u00e9quivoque, si les populations de la France d\u2019outre-mer ont le droit de se s\u00e9parer de la M\u00e9tropole, cette aspiration, \u00e0 l\u2019heure pr\u00e9sente, irait \u00e0 l\u2019encontre des int\u00e9r\u00eats de ces populations (\u2026). Il ne fait<\/em> <em>de doute pour personne que les colonies fran\u00e7aises (\u2026) sont absolument incapables d\u2019exister \u00e9conomiquement et, par cons\u00e9quent, politiquement, comme nations ind\u00e9pendantes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Henri Lozeray, <em>Cahiers du communisme, <\/em>avril 1945<a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On \u00e9tait donc pass\u00e9 du droit au divorce au refus absolu (<em>\u00ab\u00a0Il ne saurait \u00eatre question\u2026 <\/em><em>Il ne fait de doute pour personne\u2026\u00a0\u00bb<\/em>) du divorce par l\u2019un des conjoints.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans cet esprit, les communistes votent en faveur de la Constitution de 1946, et notamment de son titre VIII, portant sur l\u2019Union fran\u00e7aise, progr\u00e8s certes sur la situation coloniale <em>stricto sensu<\/em>, mais empreinte encore de la vieille id\u00e9e de possessions p\u00e9riph\u00e9riques li\u00e9es au centre, la m\u00e9tropole.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>Durant la guerre froide\u00a0: retour aux th\u00e8mes radicaux <\/u><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cependant, l\u2019\u00e9viction des ministres communistes (mai 1947), puis la fondation en Pologne du Kominform avec la participation du PCF (septembre) consacrent une rupture profonde. Les communistes sont d\u00e9sormais la seule force politique nationale<a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a> qui combat de front les choix gouvernementaux, que ce soit en mati\u00e8re sociale (gr\u00e8ves des mineurs), en politique internationale (la th\u00e9orie du <em>bloc de l\u2019imp\u00e9rialisme<\/em> et du <em>camp de la paix<\/em>) ou encore dans le domaine colonial.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avec la lutte contre la guerre d\u2019Indochine<a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a>, les communistes vont conna\u00eetre leur seconde grande \u00e9pop\u00e9e, apr\u00e8s le Rif. Renouant d\u2019ailleurs avec une ancienne pratique (voir le t\u00e9l\u00e9gramme de Semard et Doriot \u00e0 Abd el-Krim), Jacques Duclos envoie et rend public un message \u00e0 Ho Chi Minh\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Nous vous assurons de la solidarit\u00e9 agissante de la classe ouvri\u00e8re et du peuple de France (\u2026). Nous sommes certains que la lutte commune de nos deux peuples mettra fin \u00e0 cette guerre injuste, imposera la conclusion de la paix et assurera l\u2019ind\u00e9pendance du Viet Nam, permettant ainsi l\u2019\u00e9tablissement, sur une base d\u2019\u00e9galit\u00e9, de relations politiques, \u00e9conomiques et culturelles correspondant aux int\u00e9r\u00eats du peuple du Viet Nam et du peuple de France.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Jacques Duclos, Message \u00e0 Ho Chi Minh, 3 mars 1952<a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les th\u00e8mes de la campagne \u00e9taient clairs\u00a0: contrairement \u00e0 ce qui se passa ensuite avec l\u2019Alg\u00e9rie, les mots d\u2019ordre <em>Ind\u00e9pendance du Vi\u00eat Nam<\/em> et <em>N\u00e9gociation avec Ho Chi Minh<\/em>, s\u2019impos\u00e8rent d\u2019embl\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il faut n\u00e9gocier avec Ho Chi Minh.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Pierre Courtade, <em>L\u2019Humanit\u00e9, <\/em>8 f\u00e9vrier 1947<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Fait rare, au cours m\u00eame de la guerre, le PCF envoya trois de ses dirigeants, pour un soutien politique, aupr\u00e8s des dirigeants du Viet Minh, L\u00e9o Figu\u00e8res<a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\">[58]<\/a>, Jean Marrane, dit <em>Roland<\/em>, et X<a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\">[59]<\/a>, dit <em>Andr\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le PCF sera de 1947 \u00e0 1954 la cheville ouvri\u00e8re de la quasi totalit\u00e9 des mouvements de lutte contre la <em>sale guerre<\/em><a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\">[60]<\/a><em>. <\/em>Cette lutte prit parfois un tour violent (destruction de mat\u00e9riel de guerre) et radical (gr\u00e8ves des dockers). Cependant, la crainte de l\u2019isolement d\u2019une avant-garde amena les communistes \u00e0 chercher des formes plus rassembleuses. Les campagnes en faveur de la lib\u00e9ration de Raymonde Dien<a href=\"#_ftn61\" name=\"_ftnref61\">[61]<\/a> (1950) et d\u2019Henri Martin<a href=\"#_ftn62\" name=\"_ftnref62\">[62]<\/a> (1950-1953) permirent de mobiliser des masses importantes de militants, de sympathisants, mais aussi de femmes et d\u2019hommes peu habitu\u00e9s \u00e0 cheminer avec les communistes. Chez les intellectuels, par exemple, Jean-Paul Sartre<a href=\"#_ftn63\" name=\"_ftnref63\">[63]<\/a> fut \u00e0 l\u2019origine de la publication d\u2019un livre, L\u2019affaire Henri Martin<a href=\"#_ftn64\" name=\"_ftnref64\">[64]<\/a>,\u00a0auquel collabor\u00e8rent \u00e9galement Pr\u00e9vert, Herv\u00e9 Bazin, Vercors\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais les communistes furent alors pr\u00e9sents sur d\u2019autres fronts. Ils retrouv\u00e8rent d\u2019ailleurs les accents des premiers grands combats\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0<\/em><em>La Tunisie aux Tunisiens.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u00e9on Feix, <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 5 avril 1952<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c9crit lors de la d\u00e9position du sultan du Maroc, Mohammed ben Youssef\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est que le probl\u00e8me pos\u00e9 l\u2019est entre l\u2019ensemble du peuple marocain et ceux qui l\u2019exploitent, c\u2019est que la sinistre com\u00e9die et la sanglante aventure de ces derni\u00e8res semaines n\u2019ont absolument rien r\u00e9gl\u00e9, que la question, non seulement reste enti\u00e8re, mais pour l\u2019imp\u00e9rialisme fran\u00e7ais, elle s\u2019est encore aggrav\u00e9e encore sens qu\u2019il doit faire face aujourd\u2019hui \u00e0 un mouvement national qui prend chaque jour plus d\u2019ampleur et s\u2019organise dans la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Robert Lambotte, <em>L\u2019Humanit\u00e9, <\/em>8 septembre 1953<a href=\"#_ftn65\" name=\"_ftnref65\">[65]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ton radical \u00e9galement pour l\u2019Alg\u00e9rie. Th\u00e8me ind\u00e9pendance r\u00e9appara\u00eet par intermittences. Violentes d\u00e9nonciations r\u00e9pression, \u00ab\u00a0\u00e9lections \u00e0 la Naegelen\u00a0\u00bb, etc.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En Afrique subsaharienne, le PCF fut quelque temps le principal \u2013 en fait, le seul \u2013 soutien du jeune Rassemblement d\u00e9mocratique africain (RDA)<a href=\"#_ftn66\" name=\"_ftnref66\">[66]<\/a>, fond\u00e9 \u00e0 Bamako en 1946, avant le brusque passage dans le camp gouvernemental de son principal dirigeant, F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>Le <em>fraternalisme<\/em><\/u><a href=\"#_ftn67\" name=\"_ftnref67\">[67]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette activit\u00e9 multiforme ne fut pas pourtant exempte d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s. Comment ne pas s\u2019\u00e9tonner, par exemple, que, durant toute la d\u00e9cennie d\u2019apr\u00e8s Lib\u00e9ration, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette Union fran\u00e7aise, m\u00eame assortie des adjectifs <em>libre<\/em> et <em>fraternelle<\/em>, ait \u00e9t\u00e9 maintenue, malgr\u00e9 la guerre d\u2019Indochine, malgr\u00e9 les ratissages (Madagascar 1947, Tunisie 1952, Maroc 1953) et les r\u00e9pressions (arrestations de leaders africains et maghr\u00e9bins)\u00a0? M\u00eame\u00a0 au plus fort de leur isolement, les communistes pensaient pouvoir peser sur les choix du pays, voire inverser sa politique, en provoquant le basculement \u00e0 gauche du Parti socialiste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ainsi, durant toute cette p\u00e9riode, le front unique socialo-communiste, l\u2019esp\u00e9rance d\u2019un nouveau Front populaire ont \u00e9t\u00e9 l\u2019axe de la strat\u00e9gie du PCF. Il imaginait que cette gauche fran\u00e7aise \u00e0 dominante communiste pourrait <em>aider<\/em> les peuples colonis\u00e9s \u00e0 obtenir une \u00e9mancipation graduelle. Calcul politique qui avait sa coh\u00e9rence interne, mais qui se r\u00e9v\u00e9la inop\u00e9rant\u00a0: l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Indochine fut obtenue par les soldats de Giap, celle de l\u2019Alg\u00e9rie par un compromis final entre FLN et gaullisme\u00a0; les autres accompagn\u00e8rent ou suivirent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De tous les d\u00e9parts qui clairsem\u00e8rent les rangs communistes, \u00e0 partir de 1956, la moins importante ne fut certes pas celui d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire<a href=\"#_ftn68\" name=\"_ftnref68\">[68]<\/a>. Le principal reproche \u2013 en tout cas dans le domaine colonial \u2013 que fait C\u00e9saire au PC est la notion de hi\u00e9rarchie des causes, le c\u00e9l\u00e8bre <em>tout et partie,<\/em> quasiment th\u00e9oris\u00e9 par Maurice Thorez lors de l\u2019explication du vote des Pouvoirs sp\u00e9ciaux de mars 1956. Les communistes eux-m\u00eames sont, depuis, revenus de fa\u00e7on critique sur cet \u00e9pisode. En 1977, Etienne Fajon le qualifia d\u2019 <em>\u00ab\u00a0acte contestable\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn69\" name=\"_ftnref69\">[69]<\/a>. Il fallut tout de m\u00eame attendre 2001 pour que le mot <em>\u00ab\u00a0erreur\u00a0\u00bb<\/em> f\u00fbt employ\u00e9 par un autre dirigeant, Roland Leroy<a href=\"#_ftn70\" name=\"_ftnref70\">[70]<\/a>. Erreur\u00a0? Ne faut-il pas plut\u00f4t consid\u00e9rer qu\u2019il s\u2019est agi de l\u2019aboutissement d\u2019une logique, qui puisait ses racines dans une ancienne tradition du mouvement ouvrier et communiste, qui d\u00e9passa largement les fronti\u00e8res de la France. Cette logique a un nom, l\u2019europ\u00e9ocentrisme, ou dans le cas fran\u00e7ais le gallocentrisme. Elle a une \u00e9pine dorsale, la distinction entre un <em>centre<\/em>, l\u2019Union sovi\u00e9tique et les prol\u00e9tariats, repr\u00e9sent\u00e9s par leurs Partis communistes, et une <em>p\u00e9riph\u00e9rie<\/em>, les masses colonis\u00e9es ou semi-colonis\u00e9es d\u2019Orient. Elle a une forme, le <em>fraternalisme<\/em>, selon le n\u00e9ologisme forg\u00e9 par C\u00e9saire dans sa <em>Lettre. <\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>Guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0: <\/u><u>Donn\u00e9es de base<\/u><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avec la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, un triple probl\u00e8me, qualitativement nouveau, se posa aux communistes : en m\u00e9tropole, une opinion fermement ancr\u00e9e, du moins dans les premiers temps, dans le sch\u00e9ma <em>Alg\u00e9rie = d\u00e9partements fran\u00e7ais\u00a0<\/em>; sur place, une population europ\u00e9enne, loin d\u2019\u00eatre constitu\u00e9e des seuls colons exploiteurs, qui fit tout de m\u00eame bloc autour du maintien de l\u2019Alg\u00e9rie dans l\u2019orbite fran\u00e7aise\u00a0; enfin, un mouvement nationaliste non communiste, \u00e0 dominante religieuse, source de m\u00e9fiance mutuelle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faudrait \u2013 et il faudra \u2013 en outre introduire des nuances entre les analyses et actions des communistes fran\u00e7ais et alg\u00e9riens (ces derniers \u00e9tant contraints \u00e0 la clandestinit\u00e9 d\u00e8s septembre 1955).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>Les premiers temps<\/u><\/p>\n<p><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<p>Pour comprendre les toutes premi\u00e8res analyses des communistes, apr\u00e8s le 1<sup>er<\/sup>\u00a0 novembre 1954, il ne faut pas oublier une dimension politico-psychologique rarement prise en compte dans les \u00e9tudes historiques. Les communistes fran\u00e7ais sortaient d\u2019une dure bataille contre une autre guerre coloniale, celle d\u2019Indochine (achev\u00e9e trois mois plus t\u00f4t). Or, ils avaient \u00e9t\u00e9, quasiment de bout en bout, en symbiose avec les nationalistes vietnamiens, dont le chef, Ho Chi Minh, \u00e9tait un ancien de la III \u00e8me Internationale, compagnon de Cachin, ami de Thorez, de Duclos. M\u00eame culture, m\u00eames analyses, m\u00eames r\u00e9flexes. Et, trois mois plus tard, \u00e0 qui ont-ils affaire\u00a0? \u00c0 des inconnus, qu\u2019ils soup\u00e7onnent d\u2019aventurisme. Leur interlocuteur \/ adversaire historique, Messali Hadj, para\u00eet lui-m\u00eame hors jeu. Les communistes n\u2019ont pas de boussole, pas de points de rep\u00e8re.<\/p>\n<p><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<p>La toute premi\u00e8re \u00e9dition du quotidien communiste titre\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Graves \u00e9v\u00e9nements en Alg\u00e9rie. Plusieurs morts et bless\u00e9s dans la nuit de dimanche \u00e0\u00a0lundi. Pour aggraver la r\u00e9pression, le gouvernement envoie 3 bataillons de parachutistes et trois compagnies de CRS. Nombreuses arrestations de patriotes alg\u00e9riens.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 2 novembre 1954<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le lendemain, le titre est plus mordant, moins informatif\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Halte \u00e0 la r\u00e9pression en Alg\u00e9rie\u00a0! Vaste op\u00e9ration de \u201cratissage\u201c dans le massif de l\u2019Aur\u00e8s. Arrestations massives dans tout le pays.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<p><em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 3 novembre 1954<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais il faut d\u00e9passer la simple protestation. Il faut se munir d\u2019instruments de compr\u00e9hension. La premi\u00e8re r\u00e9action officielle \u00e9manant du PCF date du 5 novembre. Ce soir-l\u00e0, lors d\u2019un meeting<a href=\"#_ftn71\" name=\"_ftnref71\">[71]<\/a>, Jacques Duclos prononce <em>trois fois<\/em> le mot d\u2019<em>ind\u00e9pendance<\/em>, Raymond Guyot une fois\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il n\u2019est nullement question, pour nos gouvernants, de demander l\u2019avis des populations de l\u2019Afrique du Nord, dont ils m\u00e9connaissent cyniquement les aspirations nationales et la volont\u00e9 d\u2019ind\u00e9pendance. Les colonialistes semblent croire \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de leur domination,\u00a0mais il faut bien voir qu\u2019un vent de libert\u00e9 et d\u2019ind\u00e9pendance souffle de plus en plus fort dans les pays soumis \u00e0 la domination des colonialistes, comme en ont t\u00e9moign\u00e9 et en t\u00e9moignent notamment les \u00e9v\u00e9nements de Tunisie, du Maroc et ceux d\u2019Alg\u00e9rie. La seule politique juste et raisonnable consisterait \u00e0 reconna\u00eetre aux peuples coloniaux le droit \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance et \u00e0 conclure avec eux des trait\u00e9s culturels et \u00e9conomiques.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jacques Duclos, Discours, 5 novembre 1954<a href=\"#_ftn72\" name=\"_ftnref72\">[72]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, c\u2019est Marie Perrot (nom de plume\u00a0de l\u2019ancienne d\u00e9put\u00e9e communiste Marie Lambert<a href=\"#_ftn73\" name=\"_ftnref73\">[73]<\/a>) qui \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0C\u2019est en v\u00e9rit\u00e9 tout le peuple alg\u00e9rien qui, comme ceux de Tunisie et du Maroc, est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 recouvrer son ind\u00e9pendance.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Marie Perrot, <em>L\u2019Humanit\u00e9-Dimanche<\/em>, 14 novembre 1954<a href=\"#_ftn74\" name=\"_ftnref74\">[74]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais il s\u2019agit l\u00e0 de banderilles, d\u2019affirmations qui ne seront pas confirm\u00e9es par une prise de position officielle. Ce mot, <em>ind\u00e9pendance<\/em><em>,<\/em> dispara\u00eet ensuite, un temps, du vocabulaire du PCF. Prudence devant la crainte des saisies, voire de l\u2019interdiction du PCF\u00a0? Ballon d\u2019essai sans lendemain, par frilosit\u00e9 politique\u00a0? Autocritique, apr\u00e8s avoir avanc\u00e9 une th\u00e8se jug\u00e9e <em>aventuriste\u00a0<\/em>? Ou bien, perception vague du choc entre deux concepts contradictoires, cette <em>Nation en formation,<\/em> alors toujours fortement pr\u00e9gnante dans les rangs communistes, et cette <em>ind\u00e9pendance<\/em> de l\u2019Alg\u00e9rie\u00a0? Ou tout cela \u00e0 la fois\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans la d\u00e9claration du 8 novembre, sign\u00e9e <em>Le Parti communiste fran\u00e7ais<\/em><a href=\"#_ftn75\" name=\"_ftnref75\">[75]<\/a><em>, <\/em>ce qui en accentue le caract\u00e8re solennel, le mot a disparu, remplac\u00e9 par la formule plus vague d\u2019<em>\u00ab\u00a0aspirations nationales\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Le Parti communiste fran\u00e7ais souligne que les \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulent actuellement en Alg\u00e9rie r\u00e9sultent essentiellement du refus oppos\u00e9 par les gouvernants fran\u00e7ais aux revendications nationales de l\u2019immense majorit\u00e9 des Alg\u00e9riens, ce refus s\u2019ajoutant \u00e0 une mis\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et croissante, cons\u00e9quence directe du r\u00e9gime colonial qui s\u00e9vit dans ce pays. <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>En pr\u00e9tendant nier l\u2019existence en Alg\u00e9rie de probl\u00e8mes politiques de caract\u00e8re national, en s\u2019obstinant \u00e0 camoufler le r\u00e9gime colonial sous le vocable de \u201ctrois d\u00e9partements fran\u00e7ais\u201c, le gouvernement tourne le dos \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 alg\u00e9rienne et notamment \u00e0 la volont\u00e9 de tout un peuple de vivre libre et de g\u00e9rer d\u00e9mocratiquement ses propres affaires.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>La d\u00e9claration d\u00e9nonce ensuite <em>\u00ab\u00a0les mesures de violences prises pour tenter de briser le mouvement national alg\u00e9rien\u00a0\u00bb. <\/em>Dans le paragraphe suivant figure une formule de d\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la forme prise par l\u2019insurrection\u00a0: se r\u00e9clamant de L\u00e9nine, le PCF d\u00e9nonce <em>\u00ab\u00a0le recours \u00e0 des actes individuels\u00a0\u00bb, <\/em>pratique peut-\u00eatre m\u00eame foment\u00e9e par <em>\u00ab\u00a0les pires colonialistes\u00a0\u00bb<\/em>. Formule catastrophique, habillage de gauche de la vieille th\u00e9orie des <em>meneurs \/ manipulateurs<\/em>, formule qui sera ensuite am\u00e8rement et contin\u00fbment reproch\u00e9e au PCF<a href=\"#_ftn76\" name=\"_ftnref76\">[76]<\/a>. La r\u00e9solution conclut par une exigence de l\u2019arr\u00eat de la r\u00e9pression et \u00e0 une demande de discussions <em>\u00ab\u00a0avec les repr\u00e9sentants qualifi\u00e9s de l\u2019ensemble de l\u2019opinion publique alg\u00e9rienne\u00a0: d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de tous les partis et mouvements nationaux, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des organisations d\u00e9mocratiques, professionnelles et culturelles, personnalit\u00e9s\u00a0\u00bb. <\/em>On aura remarqu\u00e9 l\u2019absence de toute r\u00e9f\u00e9rence au FLN, dont le nom m\u00eame, il est vrai, n\u2019\u00e9tait alors connu que depuis une semaine. La g\u00eane manifeste face \u00e0 cette situation nouvelle, sans interlocuteurs connus, s\u2019est traduite par le silence. Il faudra attendre presque une ann\u00e9e pleine pour qu\u2019apparaisse, ne serait-ce qu\u2019une r\u00e9f\u00e9rence au sigle\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Dans la derni\u00e8re p\u00e9riode, une nouvelle tendance s\u2019intitulant Front national de lib\u00e9ration a vu le jour\u00a0\u00bb, <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Georges Th\u00e9venin, <em>Cahiers du communisme, <\/em>juillet 1955<a href=\"#_ftn77\" name=\"_ftnref77\">[77]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Exit,<\/em> donc, \u00e0 ce moment, l\u2019<em>ind\u00e9pendance<\/em>. Durant la premi\u00e8re ann\u00e9e de la guerre, les (rares) articles de la presse ou discours communistes qui \u00e9voquent la question de la <em>nation en formation <\/em>reproduisent le sch\u00e9ma thor\u00e9zien traditionnel\u00a0de 1939 : les communistes fran\u00e7ais n\u2019ont donc pas int\u00e9gr\u00e9 dans leur r\u00e9flexion que novembre 1954 avait \u00e9t\u00e9 un saut qualitatif pour le mouvement national alg\u00e9rien\u00a0: la <em>nation alg\u00e9rienne <\/em>\u00e9tait n\u00e9e sous leurs yeux alors qu\u2019ils d\u00e9crivaient encore un accouchement \u00e0 venir\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par contre, la d\u00e9nonciation de la r\u00e9pression est sans \u00e9quivoque. \u00c0 la lecture de <em>L\u2019Humanit\u00e9 <\/em>des semaines qui suivent, on s\u2019aper\u00e7oit que le quotidien communiste a imprim\u00e9 d\u2019autres mots d\u2019une grande importance\u00a0: <em>guerre, r\u00e9pression, torture\u2026 <\/em>Diverses formes de la violence coloniale sont signal\u00e9es\u00a0: les arrestations (qualifi\u00e9es de <em>\u00ab\u00a0nombreuses\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn78\" name=\"_ftnref78\">[78]<\/a> et <em>massives\u00a0\u00bb<\/em>)\u00a0; les perquisitions<a href=\"#_ftn79\" name=\"_ftnref79\">[79]<\/a>, les rafles, la <em>\u00ab\u00a0torture\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn80\" name=\"_ftnref80\">[80]<\/a>, premi\u00e8re apparition du mot lors de cette guerre, les <em>\u00ab\u00a0ratissages\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn81\" name=\"_ftnref81\">[81]<\/a>, les bombardements par <em>\u00ab\u00a0l\u2019artillerie colonialiste\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn82\" name=\"_ftnref82\">[82]<\/a>, par\u00a0 l\u2019aviation<a href=\"#_ftn83\" name=\"_ftnref83\">[83]<\/a>. L\u2019usage du napalm est \u00e9voqu\u00e9 le 9 novembre (l\u2019information est accompagn\u00e9e d\u2019un d\u00e9menti du gouvernement g\u00e9n\u00e9ral). Le 17 novembre, Marie Perrot va jusqu\u2019\u00e0 \u00e9voquer un <em>\u00ab\u00a0Oradour alg\u00e9rien\u00a0\u00bb. <\/em>En bref, sur la terre d\u2019Alg\u00e9rie, <em>\u00ab\u00a0on martyrise, on tue des hommes\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn84\" name=\"_ftnref84\">[84]<\/a>, on <em>\u00ab\u00a0s\u00e8me la terreur\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn85\" name=\"_ftnref85\">[85]<\/a>\u2026 C\u2019est bel et bien une <em>\u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb<\/em>, qui commence<a href=\"#_ftn86\" name=\"_ftnref86\">[86]<\/a>. Ce mot est repris devant les d\u00e9put\u00e9s par le porte-parole du groupe communiste\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est que le gouvernement a d\u00e9clench\u00e9 en Alg\u00e9rie de v\u00e9ritables op\u00e9rations de guerre dans le but de frapper de terreur la population.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Robert Ballanger, Assembl\u00e9e nationale, 12 novembre 1954<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais ce n\u2019est pas un peuple alg\u00e9rien, victime r\u00e9sign\u00e9e, qui est d\u00e9crit. La notion de r\u00e9sistance appara\u00eet d\u00e8s ce moment. Les opposants \u00e0 la politique coloniale sont en fait des <em>\u00ab\u00a0patriotes\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0: le mot figure d\u00e8s le premier article, le 2 novembre, et ne dispara\u00eetra plus. Ces hommes b\u00e9n\u00e9ficient en fait de l\u2019\u00ab\u00a0<em>ardente sympathie populaire\u00a0\u00bb <\/em>(10 novembre). Car \u00ab\u00a0<em>l\u2019immense partie de la population\u00a0\u00bb <\/em>(13 novembre)\u00a0aspire \u00e0 <em>\u00ab\u00a0la libert\u00e9\u00a0\u00bb <\/em>(13 novembre, 25 d\u00e9cembre), voire, on a d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 cette formule, \u00e0 la <em>\u00ab\u00a0patrie (\u2026) ind\u00e9pendante\u00a0\u00bb <\/em>(Marie Perrot, 17 novembre). Ces maquis sont certes faibles mais, fait nouveau, ils ne sont pas imm\u00e9diatement \u00e9cras\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Deux compagnies de parachutistes accroch\u00e9es\u00a0\u00bb <\/em>(11 novembre)\u00a0; <em>\u00ab\u00a0Les Alg\u00e9riens n\u2019ont pu \u00eatre d\u00e9log\u00e9s du djebel Ichmoul\u00a0\u00bb <\/em>(12 novembre)\u00a0; <em>\u00ab\u00a0La population refuse de se rendre\u00a0\u00bb <\/em>(26 novembre).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie n\u2019est cependant pas une priorit\u00e9 pour les communistes fran\u00e7ais. <em>L\u2019Humanit\u00e9, <\/em>les deux premi\u00e8res ann\u00e9es, consacre bien plus de place \u00e0 la d\u00e9nonciation du r\u00e9armement allemand, \u00e0 l\u2019exaltation des r\u00e9alisations sovi\u00e9tiques, aux n\u00e9gociations franco-marocaines alors en cours, aux mouvement sociaux en France, qu\u2019au conflit alg\u00e9rien. De m\u00eame, l\u2019activit\u00e9 militante du PCF n\u2019est nullement ax\u00e9e sur l\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais la bourrasque de novembre 1954 ne pouvait pas ne pas \u00e9branler les sch\u00e9mas pr\u00e9existants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>De la <em>Nation en formation <\/em>au droit \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance<\/u><\/p>\n<p><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<p>Il faudra attendre une ann\u00e9e pour que le mot <em>ind\u00e9pendance<\/em> r\u00e9apparaisse, deux ann\u00e9es pour qu\u2019il s\u2019impose.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u00e8s les jours qui avaient suivi l\u2019insurrection, des membres du PC Alg\u00e9rien avaient \u00e9t\u00e9 mis en possession de premi\u00e8res informations sur la nature du FLN. En mai 1955 se rencontr\u00e8rent pour la premi\u00e8re fois depuis novembre 1954 des dirigeants du PCA, Bachir Hadj Ali et Sadek Hadjer\u00e8s, et du FLN, Abane Ramdane. Ce m\u00eame mois, le Comit\u00e9 central du PCA se r\u00e9unit et entendit un rapport de Ahmed Akkache<a href=\"#_ftn87\" name=\"_ftnref87\">[87]<\/a>, qui se livra \u00e0 une autocritique en r\u00e8gle\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L<em>es masses populaires en g\u00e9n\u00e9ral ne sentent pas que le Parti est suffisamment national. Le PCA appara\u00eet comme un\u00a0 Parti de militants d\u00e9vou\u00e9s, un Parti qui \u0153uvre utilement, qui aide au combat pour la libert\u00e9, pour lequel on \u00e9prouve de la<\/em> <em>sympathie, mais qui n\u2019est pas de la famille, de la \u201cmaison\u201c.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ahmed Akkache, Intervention, 8 mai 1955<a href=\"#_ftn88\" name=\"_ftnref88\">[88]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019orateur invitait ses camarades \u00e0 rapidement rattraper ce retard. Il est plus que probable que cette analyse fut transmise aux communistes de m\u00e9tropole. En interne dans les cercles dirigeants d\u2019abord, et probablement donc sous l\u2019influence de leurs camarades alg\u00e9riens, l\u2019id\u00e9e que la <em>Nation en formation <\/em>\u00e9tait devenue obsol\u00e8te a commenc\u00e9 \u00e0 poindre. En juillet 1955, un secr\u00e9taire du PCA intitule un article de <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>\u00a0: <a href=\"#_ftn89\" name=\"_ftnref89\">[89]<\/a> <em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Une solution v\u00e9ritable suppose la reconnaissance du caract\u00e8re national du probl\u00e8me alg\u00e9rien.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Larbi Bouhali, <em>L\u2019Humanit\u00e9, <\/em>28 juillet 1955<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si les mots ont un sens, cette formule signifie que le processus est achev\u00e9 \u2013 et donc n\u00e9cessairement plus <em>en formation<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Puis, le 11 octobre, \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, Jacques Duclos interpelle le gouvernement sur l\u2019interdiction du PCA. Le mot <em>ind\u00e9pendance<\/em> (r\u00e9)appara\u00eet, au d\u00e9tour de phrases\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Chaque pas en avant fait en Tunisie et au Maroc dans la voie de l\u2019ind\u00e9pendance nationale aura d\u2019in\u00e9vitables r\u00e9percussions en Alg\u00e9rie, et le fait de vouloir emp\u00eacher l\u2019expression des aspirations du peuple alg\u00e9rien \u00e9quivaut \u00e0 une ambition bien au-dessus des forces du gouvernement (\u2026).\u00a0Nous, communistes, proclamons le droit des peuples coloniaux \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Puis, dans la conclusion de son discours \u2013 \u00e9videmment interrompu par des cris indign\u00e9s \u2013, l\u2019orateur franchit encore un pas\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0La reconnaissance du droit \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance du peuple alg\u00e9rien est la condition premi\u00e8re d\u2019une politique d\u2019association au sein d\u2019une v\u00e9ritable Union fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jacques Duclos, Assembl\u00e9e nationale, 11 octobre 1955<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ultime formule pourtant ambigu\u00eb\u00a0: comment concilier <em>ind\u00e9pendance du peuple alg\u00e9rien <\/em>et appartenance \u00e0 l\u2019Union fran\u00e7aise\u00a0? Ambigu\u00eft\u00e9 qui durera encore une ann\u00e9e pleine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le lendemain, <em>L\u2019Humanit\u00e9, <\/em>citant Duclos, emploie \u00e0 son tour le mot, en titre, en premi\u00e8re page. Le PCF publie sur sa lanc\u00e9e ce texte en brochure<a href=\"#_ftn90\" name=\"_ftnref90\">[90]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Fin 1955-d\u00e9but 1956, l\u2019argumentaire est en place. <em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Mais, dans la pratique communiste, rigoureuse, de cette \u00e9poque, il fallait que Maurice Thorez lui-m\u00eame consacr\u00e2t le changement d\u2019option. Il le fait lors d\u2019une session du comit\u00e9 central\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, nous avons attir\u00e9 l\u2019attention sur la formation en cours de la nation alg\u00e9rienne. Aujourd\u2019hui, la reconnaissance du fait national alg\u00e9rien peut seule conduire \u00e0 une solution du conflit conforme \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019immense majorit\u00e9 des Alg\u00e9riens de toute origine et \u00e0 celui de la France. Nous devons r\u00e9p\u00e9ter qu\u2019il n\u2019est pas d\u2019autre moyen pour ramener la paix et pour permettre \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie de d\u00e9cider librement de son sort.\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Maurice Thorez, D\u00e9claration, 9 mai 1956<a href=\"#_ftn91\" name=\"_ftnref91\">[91]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La <em>\u00ab\u00a0nation en formation\u00a0\u00bb <\/em>\u00e9tait enterr\u00e9e par son propre concepteur\u2026 sans pour cela porter un regard autocritique sur la position pass\u00e9e. Pratique r\u00e9pandue dans la tradition communiste. Pour souligner encore l\u2019importance du pas franchi, le rapporteur, Fran\u00e7ois Billoux, ajoute que la complexit\u00e9 de la situation en Alg\u00e9rie \u2013 dont la pr\u00e9sence d\u2019une minorit\u00e9 europ\u00e9enne \u2013 <em>\u00ab\u00a0ne peut, en aucune fa\u00e7on, mettre en cause le bien-fond\u00e9 de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb. <\/em>Il insiste ensuite sur la <em>\u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9 absolue d\u2019accorder l\u2019ind\u00e9pendance nationale \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn92\" name=\"_ftnref92\">[92]<\/a>. Deux mois encore, et les communistes renonceront \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence, devenue totalement anachronique, \u00e0 l\u2019Union fran\u00e7aise<a href=\"#_ftn93\" name=\"_ftnref93\">[93]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En juillet para\u00eet, sous la plume d\u2019un intellectuel communiste de grand prestige, le g\u00e9ographe Jean Dresch, une \u00e9tude plus syst\u00e9matique\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0<\/em><em>Il faut se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence : la n\u00e9cessit\u00e9, l&rsquo;obligation mat\u00e9rielle et morale de cesser le feu et de n\u00e9gocier en reconnaissant seulement, au pr\u00e9alable, le fait national alg\u00e9rien, le droit d\u00e8s Alg\u00e9riens \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Jean, Dresch, <em>La Pens\u00e9e, <\/em>juillet-ao\u00fbt 1956<a href=\"#_ftn94\" name=\"_ftnref94\">[94]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ainsi, contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirment la majorit\u00e9 des \u00e9tudes historiques consacr\u00e9es \u00e0 ce probl\u00e8me \u2013 qui avancent les dates de 1957, 1959, voire jamais \u2013 c\u2019est en octobre 1955 que la direction du PCF a op\u00e9r\u00e9 un virage vers la reconnaissance du <em>fait national alg\u00e9rien<\/em>, c\u2019est en mai 1956 qu\u2019elle s\u2019est engag\u00e9e, cette fois-ci de fa\u00e7on irr\u00e9versible, sur la th\u00e9matique de l\u2019<em>ind\u00e9pendance.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Reste une question\u00a0: si ce th\u00e8me s\u2019impose \u00e0 partir de 1956 dans le discours communiste \u00e0 destination des cadres et des militants les plus politis\u00e9s, il n\u2019est pas syst\u00e9matiquement mis en avant dans la propagande au quotidien<em>, <\/em>dans les r\u00e9unions <em>grand public, <\/em>sur les banderoles, les affiches\u2026 L\u00e0, c\u2019est massivement <em>Paix en Alg\u00e9rie <\/em>qui s\u2019impose. Une premi\u00e8re explication, souvent avanc\u00e9e, est la crainte de la censure, voire pire. Cela a d\u00fb compter. J\u2019en vois une autre. Le raisonnement d\u2019alors est simple, simpliste m\u00eame\u00a0: le PCF part de la constatation que les Fran\u00e7ais, dans leur masse, se soucient encore bien peu du sort d\u2019un peuple qui est en train d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la sph\u00e8re de l\u2019Empire\u00a0; plus grave, ils ont tendance \u00e0 consid\u00e9rer que les Alg\u00e9riens, qui m\u00e8nent le combat chez eux et menacent donc \u00e0 tout moment la vie d\u2019un fils, d\u2019un fr\u00e8re, d\u2019un mari, sont responsables de la situation. Il faut un mot d\u2019ordre unificateur, susceptible de convaincre la masse des Fran\u00e7ais que cette guerre est n\u00e9faste, qu\u2019elle doit s\u2019achever. D\u2019o\u00f9 <em>Paix en Alg\u00e9rie. <\/em>Un parti qui influence une grande masse de Fran\u00e7ais, qui tient comme \u00e0 la prunelle de ses yeux \u00e0 cette influence car elle lui permet de peser (ou d\u2019esp\u00e9rer peser\u00a0?) sur les orientations du pays, ne peut avoir le m\u00eame discours que des militants \u00e9parpill\u00e9s, minoritaires, ou que des intellectuels engag\u00e9s, n\u2019ayant ni cette ambition, ni cette possibilit\u00e9. La seule comparaison des textes n\u2019est ici d\u2019aucun secours.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Certes. Mais, ce faisant, le PCF, s\u2019il a coll\u00e9 \u00e0 l\u2019opinion <em>moyenne, <\/em>s\u2019est coup\u00e9 de la frange la plus active, la plus internationaliste de la population, frange qu\u2019il s\u2019\u00e9tait attach\u00e9e lors de la guerre d\u2019Indochine, et qu\u2019il a perdue progressivement de 1954 \u00e0 1962. N\u2019a-t-il pas l\u00e0 touch\u00e9 les limites de la conception l\u00e9niniste du Parti, \u00e0 la vocation \u2013 \u00e0 la pr\u00e9tention \u2013 tout \u00e0 la fois <em>d\u2019avant-garde<\/em> et <em>de masse\u00a0<\/em>? Ce tiraillement, pour ne pas dire cet \u00e9cart\u00e8lement, \u00e9tait-il \u00e9vitable\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>L\u2019ann\u00e9e terrible\u00a0: 1956<\/u><a href=\"#_ftn95\" name=\"_ftnref95\">[95]<\/a><\/p>\n<p><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<p>L\u2019un des paradoxes de l\u2019attitude communiste \u00e0 propos de l\u2019Alg\u00e9rie est que les avanc\u00e9es significatives qui viennent d\u2019\u00eatre expos\u00e9es ont voisin\u00e9, en 1956, avec une strat\u00e9gie, la poursuite <em>\u00e0 tout prix<\/em> de l\u2019unit\u00e9 avec les socialistes, au prix d\u2019un vote en faveur des pouvoirs sp\u00e9ciaux, qui a de fait favoris\u00e9 la poursuite de la guerre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une nouvelle \u00e9tape s\u2019\u00e9tait ouverte avec la victoire, en janvier 1956, du Front r\u00e9publicain. Celui-ci, men\u00e9 par Guy Mollet pour le Parti socialiste et Pierre Mend\u00e8s France pour le Parti radical, avait obtenu 27,4 % des suffrages exprim\u00e9s, le PCF\u00a0recueillant 25, 6 %. Or, Mollet avait mis en avant, lors de la campagne \u00e9lectorale, la d\u00e9nonciation d\u2019une <em>\u00ab\u00a0guerre imb\u00e9cile et sans issue\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn96\" name=\"_ftnref96\">[96]<\/a><em>. <\/em>Les communistes virent dans cette victoire de la gauche une possibilit\u00e9 de se r\u00e9installer dans la vie politique fran\u00e7aise, voire m\u00eame, vingti\u00e8me anniversaire oblige, un <em>nouveau Front populaire<\/em><a href=\"#_ftn97\" name=\"_ftnref97\">[97]<\/a> et <em>donc, <\/em>une possible sortie de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. On voit bien la terrible ambigu\u00eft\u00e9 de ce <em>donc.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Fid\u00e8le \u00e0 une analyse ancienne, le PCF juge que le courant r\u00e9formiste est plus <em>enjeu<\/em> que <em>force agissante<\/em>\u00a0: c\u2019est\u00a0la notion de <em>pression des masses <\/em>qui doit contrecarrer la <em>pression de la r\u00e9action, <\/em>particuli\u00e8rement vive avec l\u2019entr\u00e9e en force des poujadistes \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le gouvernement Guy Mollet est investi le 31 janvier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On a d\u00e8s lors l\u2019impression que le PCF, soucieux de sortir du ghetto politique dans lequel il \u00e9tait enferm\u00e9 depuis 1947, \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 tout oublier des errances pass\u00e9es, en mati\u00e8re coloniale, de la SFIO. Pourtant, les premiers pas du gouvernement Mollet n\u2019auraient pas d\u00fb inciter \u00e0 la confiance (capitulation honteuse face aux <em>ultras<\/em> le 6 f\u00e9vrier \u00e0 Alger). Le plus \u00e9tonnant \u2013 quand on conna\u00eet l\u2019issue du 12 mars \u2013 est que <em>L\u2019Humanit\u00e9 <\/em>ne m\u00e9nage pas ses reproches \u00e0 Mollet durant tout le mois de f\u00e9vrier et d\u00e9but mars. On peut m\u00eame dire qu\u2019il y a une perception claire des plans d\u2019extension de la guerre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Toutes les conditions \u00e9taient donc r\u00e9unies pour que le groupe communiste s\u2019abst\u00eent, en assortissant ce vote d\u2019explications, alternativement positives et n\u00e9gatives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Or, c\u2019est le contraire qui se produit\u00a0: un vote positif<a href=\"#_ftn98\" name=\"_ftnref98\">[98]<\/a>. Quelle logique a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 ce choix\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut faire ici appel \u00e0 la th\u00e9matique de la <em>partie <\/em>et du <em>tout. <\/em>Le 16 mars 1956, Thorez, devant le Comit\u00e9 central, justifia le vote en utilisant ces\u00a0 termes : <em>\u00ab\u00a0Le Parti communiste n\u2019a pas voulu\u00a0sacrifier le tout \u00e0 la partie\u00a0\u00bb<\/em>. Qu\u2019est-ce que <em>\u00ab\u00a0la partie\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>? C\u2019est la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, qualifi\u00e9e d\u2019<em>\u00ab\u00a0affaire tr\u00e8s importante, mais pourtant d\u00e9limit\u00e9e\u00a0\u00e0 la pr\u00e9occupation essentielle\u00a0\u00bb. <\/em>Qu\u2019est-ce donc que ce <em>\u00ab\u00a0tout\u00a0\u00bb<\/em>, quelle est la<em> \u00ab\u00a0pr\u00e9occupation essentielle\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>? Dans la vie politique m\u00e9tropolitaine, c\u2019est la lutte d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e pour un <em>nouveau Front populaire<\/em>, ce sont les conqu\u00eates sociales (acquises ou possibles, dont la 3 \u00e8me semaine de cong\u00e9s pay\u00e9s)\u00a0; dans la vie internationale, c\u2019est le <em>d\u00e9gel<\/em>, pr\u00e9sent en mars, mais qui prendra une dimension spectaculaire tout au long du premier semestre\u00a0(visites de Khrouchtchev et de Boulganine \u00e0 Londres, de Tito \u00e0 Paris, invitation de Mollet et Pineau \u00e0 Moscou&#8230;)\u00a0; dans l\u2019outre-mer, ce sont les accords qui reconnaissent les jeunes ind\u00e9pendances de la Tunisie et du Maroc.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sur la question alg\u00e9rienne, donc, les communistes font appel \u00e0 la <em>\u00ab\u00a0pression populaire\u00a0\u00bb<\/em>. La lecture de la presse communiste ne permet pourtant de constater que l\u2019existence de \u00a0quelques d\u00e9l\u00e9gations mixtes de communistes et socialistes, de syndiqu\u00e9s CGT et FO, de quelques motions de conseils municipaux\u2026 Exemples mont\u00e9s en \u00e9pingle, mais sur lesquels les dirigeants ne pouvaient nourrir s\u00e9rieusement d\u2019illusions.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par contre, les d\u00e9cisions gouvernementales, \u00e0 partir du moment o\u00f9 Mollet re\u00e7ut le feu vert, se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent catastrophiques\u00a0: doublement en un semestre du nombre de soldats sur le terrain, reprises des ex\u00e9cutions capitales, arrestation des chefs du FLN au plus grand m\u00e9pris des lois internationales, exp\u00e9dition de Suez, enfin terrible \u2013 et mal nomm\u00e9e \u2013 bataille d\u2019Alger<a href=\"#_ftn99\" name=\"_ftnref99\">[99]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Or, le PCF est lent \u00e0 r\u00e9agir, du moins dans le domaine parlementaire. Le 5 juin, lors d\u2019un nouveau vote de confiance, Waldeck Rochet fait part de la d\u00e9cision du groupe communiste de s\u2019abstenir. Le 6 <em>L\u2019Humanit\u00e9 <\/em>privil\u00e9gie pourtant la connotation n\u00e9gative de ce vote : <em>\u00ab\u00a0Le Parti communiste a refus\u00e9 la confiance au gouvernement Guy Mollet pour la politique de guerre men\u00e9e en Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb. <\/em>Ce n\u2019est pourtant que fin octobre que, finalement, le groupe communiste se r\u00e9soudra \u00e0 voter contre la <em>totalit\u00e9<\/em> de la politique du gouvernement Mollet<a href=\"#_ftn100\" name=\"_ftnref100\">[100]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pisode du vote des pouvoirs sp\u00e9ciaux reste l\u2019un de ceux qui est le plus souvent reproch\u00e9 au PCF.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette attitude a d\u2019abord provoqu\u00e9 un premier \u00e9branlement dans l\u2019\u00e9difice du Parti, qui paraissait auparavant sans failles. M\u00eame si ce n\u2019est pas apparu publiquement, il y eut malaise au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019appareil, le Comit\u00e9 central et le groupe parlementaire<a href=\"#_ftn101\" name=\"_ftnref101\">[101]<\/a>. Mais ce fut \u00e9galement le moment que choisirent d\u2019autres communistes pour exprimer, eux publiquement,\u00a0des d\u00e9saccords, certains pour quitter le Parti<a href=\"#_ftn102\" name=\"_ftnref102\">[102]<\/a> : on pense \u00e0 Aim\u00e9 C\u00e9saire, dont la <em>Lettre \u00e0 Maurice Thorez<\/em><a href=\"#_ftn103\" name=\"_ftnref103\">[103]<\/a> attaque frontalement la th\u00e9matique du<em> tout <\/em>et de la<em> partie<\/em>, \u00e0 Madeleine Reb\u00e9rioux, Roger Vailland, Annie Kriegel, Claude Roy, Jean Baby<a href=\"#_ftn104\" name=\"_ftnref104\">[104]<\/a>\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le cas le plus embl\u00e9matique fut celui de la cellule dite <em>Sorbonne-Lettres<\/em>, qui comprenait des adh\u00e9rents de renom\u00a0: Victor Leduc, Jean-Pierre Vernant, Fran\u00e7ois Chatelet, Jean Chesneaux, Jean Dresch, Andr\u00e9 Prenant, auteurs d\u2019une Lettre collective au Comit\u00e9 central\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0L\u2019erreur du Parti dans la question coloniale est d\u2019avoir continu\u00e9 \u00e0 penser, apr\u00e8s la Seconde guerre mondiale, que c\u2019\u00e9tait la classe ouvri\u00e8re fran\u00e7aise, guid\u00e9e par le Parti, qui devait, au terme de la lutte pour le socialisme, apporter aux peuples coloniaux le pr\u00e9sent de l\u2019ind\u00e9pendance. Tout au contraire, cette ind\u00e9pendance a \u00e9t\u00e9 et sera conquise contre la bourgeoisie fran\u00e7aise au pouvoir par les peuples coloniaux en lutte, qui apportent ainsi une aide fondamentale au combat de la classe ouvri\u00e8re de la m\u00e9tropole.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Cellule Sorbonne-Lettres, Lettre \u00e0 la direction du PCF, 10 octobre 1958<a href=\"#_ftn105\" name=\"_ftnref105\">[105]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elle sera dissoute peu apr\u00e8s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais on aurait tort de ne percevoir la contestation que chez les <em>intellectuels, <\/em>ces \u00e9ternels insatisfaits\u2026 En lisant <em>L\u2019Humanit\u00e9 <\/em>\u00e0 la loupe, on peut trouver des traces d\u2019un malaise plus profond au sein du Parti. Le 31 mars, dans <em>L\u2019Humanit\u00e9,<\/em> le Secr\u00e9tariat r\u00e9pond \u00e0 <em>\u00ab\u00a0une cellule\u00a0\u00bb <\/em>(il n\u2019est pas pr\u00e9cis\u00e9 laquelle) de la F\u00e9d\u00e9ration de Paris qui <em>\u00ab\u00a0a demand\u00e9 quelques explications compl\u00e9mentaires\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9marche peu habituelle alors. Le 9 mai, nouvelle session du Comit\u00e9 central, nouvelle intervention de Thorez, non rendue publique\u00a0: il \u00e9voque <em>\u00ab\u00a0une question qui a \u00e9t\u00e9 discut\u00e9e et controvers\u00e9e dans le Parti\u00a0\u00bb <\/em>et poursuit\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Naturellement, il y a eu de l\u2019\u00e9motion dans le Parti\u00a0\u00bb <\/em>mais y r\u00e9pond par la r\u00e9affirmation de la ligne<a href=\"#_ftn106\" name=\"_ftnref106\">[106]<\/a>. Pourtant, dans la bouche du premier dirigeant communiste, ces formules sont fortes, car rares. Cependant, ce malaise persista, puisqu\u2019on trouve, un an plus tard, le 10 avril 1957, sous la plume de L\u00e9on Feix, le responsable de la section outre-mer, un article de <em>L\u2019Humanit\u00e9 <\/em>significativement titr\u00e9 \u00ab\u00a0<em>R\u00e9ponse \u00e0 quelques critiques sur l\u2019action du Parti contre la guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Ce vote eut \u00e9galement une influence n\u00e9gative sur la protestation des plus concern\u00e9s parmi les Fran\u00e7ais, les rappel\u00e9s. Comment les militants communistes pouvaient-ils justifier la poursuite des manifestations, comment les soldats communistes pouvaient-ils faire du travail d\u2019agit\u2019-prop\u2019, quand leurs dirigeants venaient de voter, puis de justifier la confiance au gouvernement ? Malgr\u00e9 les circonvolutions du discours, ils savaient bien, eux, ce que cela signifiait dans l\u2019imm\u00e9diat\u00a0: le d\u00e9part pour l\u2019Alg\u00e9rie. Divers t\u00e9moignages d\u2019appel\u00e9s attestent de leur d\u00e9sarroi, alors, de leur amertume, ensuite, devant cette situation. On sait que les plus r\u00e9calcitrants, \u00e9tiquet\u00e9s <em>meneurs, <\/em>furent envoy\u00e9s en bataillons disciplinaires \u2013 c\u2019est le th\u00e8me du film d\u2019 Yves Boisset, <em>RAS, <\/em>en 1973 \u2013 ce qui accentua encore leur sentiment d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 l\u00e2ch\u00e9s.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Enfin \u2013 et sans doute surtout \u2013 ce vote coupa plus encore les communistes du nationalisme alg\u00e9rien. Courant mars ou d\u00e9but avril, la F\u00e9d\u00e9ration de France du FLN sortit un tract bilingue d\u00e9non\u00e7ant la <em>\u00ab\u00a0mystification\u00a0\u00bb<\/em> des communistes<a href=\"#_ftn107\" name=\"_ftnref107\">[107]<\/a>. On sait par divers t\u00e9moignages que des Alg\u00e9riens, nombreux, d\u00e9missionn\u00e8rent alors du PCF et de la CGT. \u00c9videmment, l\u2019aile anticommuniste du FLN, qui n\u2019avait pas attendu cet \u00e9pisode pour \u00eatre virulente, fut confort\u00e9e, d\u2019autres militants, qui avaient jusque l\u00e0 esp\u00e9r\u00e9 en un rapprochement, furent d\u00e9rout\u00e9s<a href=\"#_ftn108\" name=\"_ftnref108\">[108]<\/a>. Plus aucune publication nationaliste alg\u00e9rienne, d\u00e9sormais, qui ne rappelle, souvent avec hargne, ce vote. Cette plaie ne fut jamais totalement cicatris\u00e9e durant la guerre. Elle ne l\u2019est toujours pas<a href=\"#_ftn109\" name=\"_ftnref109\">[109]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>L\u2019action<\/u><\/p>\n<p><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<p>Apr\u00e8s ces remarques, il faut \u00e9tudier ce que fut la lutte au quotidien. On peut dire que la protestation, les actions n\u2019ont jamais cess\u00e9, mais qu\u2019elles n\u2019ont atteint une dimension de masse qu\u2019au cours de la derni\u00e8re ann\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les formes privil\u00e9gi\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 des signatures de p\u00e9titions, des journ\u00e9es nationales d\u2019action (novembre 1956, avril 1957, octobre 1957, d\u00e9cembre 1961\u2026), des d\u00e9brayages (mais jamais de journ\u00e9es enti\u00e8res, sauf en avril 1961 contre le putsch ou f\u00e9vrier 1962 apr\u00e8s Charonne), etc. On peut, selon sa conception de l\u2019action politique, consid\u00e9rer ces formes de lutte comme peu dignes d\u2019int\u00e9r\u00eat, mineures, voire minimales, ou au contraire appr\u00e9cier ce travail de fourmis comme l\u2019indispensable base qui a permis une prise de conscience, au del\u00e0 des cercles anticolonialistes d\u00e9j\u00e0 acquis.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut \u00e9galement \u00e9voquer les manifestations<a href=\"#_ftn110\" name=\"_ftnref110\">[110]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Danielle Tartakowsky, dans une th\u00e8se qui a marqu\u00e9<a href=\"#_ftn111\" name=\"_ftnref111\">[111]<\/a>, a recens\u00e9 967 manifestations de rues d\u2019opposition \u00e0 la guerre (\u00e9tant entendu qu\u2019elles ne furent pas toutes d\u2019initiative communiste), dont 26 au cours de la premi\u00e8re ann\u00e9e pleine 1955, 114 en 1956, avant de conna\u00eetre un creux durable, pour repartir seulement en 1960, 85 % d\u2019entre elles se situant entre d\u00e9but 1960 et le printemps 1962.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La premi\u00e8re date du 24 septembre 1955<a href=\"#_ftn112\" name=\"_ftnref112\">[112]<\/a>\u00a0: quelques centaines de jeunes, \u00e0 l\u2019appel de l\u2019UJRF<a href=\"#_ftn113\" name=\"_ftnref113\">[113]<\/a>, ce jour-l\u00e0, descendent la rue de Belleville, dans le XX \u00e8 arrondissement de Paris, et distribuent un millier de tracts, puis se dispersent avant l\u2019arriv\u00e9e de la police. La presse communiste la cite, publie des photos, mais la foule, c\u2019est le moins que l\u2019on puisse dire, n\u2019est pas au rendez-vous. Au cours de cette premi\u00e8re p\u00e9riode, si l\u2019on sait lire entre les lignes des comptes-rendus de la presse, si l\u2019on observe par exemple les photos des correspondants de <em>L\u2019Humanit\u00e9,<\/em> on constate que ces manifestations ne furent jamais <em>de masse, <\/em>lorsque l\u2019enjeu n\u2019\u00e9tait <em>que <\/em>la question alg\u00e9rienne. Les <em>seuls <\/em>grands rassemblements n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9unis au nom de l\u2019internationalisme, mais sur des th\u00e9matiques r\u00e9publicaines\u00a0: manifestations du printemps 1958 \u00e0 la R\u00e9publique contre les factieux et l\u2019av\u00e8nement de De Gaulle, de l\u2019automne-hiver 1961 contre l\u2019OAS, de Charonne le 8 f\u00e9vrier 1962, puis \u00e9videmment, la plus massive, pour les obs\u00e8ques des victimes de la r\u00e9pression, le 13. Elles appartenaient plus au registre de la protestation classique qu\u2019\u00e0 celui de l\u2019internationalisme. C\u2019est une constatation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les communises ne <em>voulurent<\/em>-ils pas, ne <em>surent<\/em>-ils pas ou ne <em>purent<\/em>-ils pas mobiliser les larges masses contre la guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0? Toute analyse historique sur le ph\u00e9nom\u00e8ne doit partir du choix entre ces trois verbes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La base de d\u00e9part de toute analyse doit \u00eatre l\u2019\u00e9tat de l\u2019opinion. De Gaulle, qui avait le g\u00e9nie des formules, qualifia un jour la guerre d\u2019Alg\u00e9rie de <em>\u00ab\u00a0bo\u00eete \u00e0 chagrin\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn114\" name=\"_ftnref114\">[114]<\/a>. Les Fran\u00e7ais en avaient certes assez de ce conflit. Mais, dans leur passe, ils n\u2019en rendaient pas responsable le colonialisme. Le climat raciste anti-Alg\u00e9rien, qui pr\u00e9existait largement \u00e0 novembre 1954, connut alors un pic. D\u2019autant qu\u2019\u00e0 la guerre sur place, en Alg\u00e9rie, s\u2019\u00e9taient ajout\u00e9s des effets directs en m\u00e9tropole\u00a0: luttes sanglantes entre FLN et MNA (4.000 morts durant cette p\u00e9riode), accrochages violents et quotidiens avec la police. La guerre d\u2019Alg\u00e9rie s\u2019invitait dramatiquement dans chaque famille, et les Fran\u00e7ais moyens \u00e9taient loin, tr\u00e8s loin, d\u2019en rendre responsable le r\u00e9gime. Toute protestation <em>de masse<\/em> \u00e9tait difficilement imaginable et pratiquement <em>inorganisable. <\/em>L\u2019appareil n\u2019a pas souhait\u00e9 prendre de front cette opinion. On peut appeler cela, au choix, terrible r\u00e9alisme ou manque de courage politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Celle-ci n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 la critique n\u00e9cessaire de l\u2019\u00e9chec du PCF \u2013 et, par del\u00e0 ce parti, de toute la sensibilit\u00e9 anticolonialiste et antiraciste, de toute la gauche radicale \u2013 dans son combat contre les id\u00e9es dominantes qui furent, durant un si\u00e8cle, celles du <em>Parti colonial<\/em>. La <em>greffe<\/em> internationaliste a pris \u00e0 certaines \u00e9poques (encore faudrait-il analyser de pr\u00e8s sur quelles couches pr\u00e9cis\u00e9ment de la population)\u00a0; durant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, elle a connu un ph\u00e9nom\u00e8ne \u2013 en tout cas partiel \u2013 de rejet, \u00e0 l\u2019exception d\u2019une minorit\u00e9 militante et cultiv\u00e9e\u00a0: qui peut le nier\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>Un bilan\u00a0?<\/u><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Que cet \u00e9chec, pourtant, n\u2019am\u00e8ne pas une extr\u00eame s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre des limites de l\u2019anticolonialisme du PCF. Car, m\u00eame avec les h\u00e9sitations d\u00e9crites, m\u00eame avec les faux pas soulign\u00e9s, qui pourrait nier qu\u2019il fut, comme parti, bien seul \u00e0 protester, \u00e0 appeler une guerre une guerre\u00a0? La famille socialiste\u00a0? Hors le PSU, fond\u00e9 tardivement (avril 1960), elle a sombr\u00e9 dans la justification et m\u00eame la direction de la guerre. La famille mend\u00e9so-mitterandienne\u00a0? Elle a plong\u00e9, avec empressement, l\u2019Alg\u00e9rie et la France dans ce drame, puis a tranquillement assum\u00e9 la responsabilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9pression f\u00e9roce. La famille gaulliste\u00a0? Arriv\u00e9e au pouvoir par le chantage et la menace de putsch, elle a poursuivi cette guerre, avec des m\u00e9thodes <em>modernis\u00e9es, <\/em>plus longtemps que sous la IV<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique, bilan sauv\u00e9 <em>in extremis<\/em> par le r\u00e9alisme du G\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais la comparaison avec ce que firent les autres forces politiques ne saurait suffire. C\u2019est par rapport aux enjeux du moment, aux questions pos\u00e9es par l\u2019histoire concr\u00e8te, qu\u2019il faut produire une analyse. Et c\u2019est \u00e9galement, pour ce Parti qui se voulait <em>pas comme les autres, <\/em>par rapport \u00e0 des principes, ceux qui avaient pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 sa naissance, ceux qui faisaient sa raison d\u2019\u00eatre, et parmi ceux-ci le principal, l\u2019internationalisme. Et l\u2019analyse, ici, est plus nuanc\u00e9e. <em>\u00ab\u00a0Nous avons \u00e9t\u00e9 bons par rapport aux autres, il nous reste \u00e0 \u00eatre bons par rapport \u00e0 nous\u00a0\u00bb, <\/em>a \u00e9crit un jour Aragon.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce qui a entrav\u00e9 contin\u00fbment d\u2019analyse, ce qui a emp\u00each\u00e9 de comprendre totalement le processus de d\u00e9colonisation, reste \u00e0 mes yeux une certaine sous-estimation de la place des mouvements de lib\u00e9ration nationale dans le processus r\u00e9volutionnaire mondial. Les peuples colonis\u00e9s \u00e9taient devenus les acteurs principaux de ce processus. Ho Chi Minh et ses camarades, d\u00e9j\u00e0, tout en remerciant le peuple fran\u00e7ais de son aide, ne l\u2019avaient pas attendu pour obtenir l\u2019ind\u00e9pendance du Vi\u00eat Nam. Le peuple alg\u00e9rien fit de m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em>Lettre \u00e0 Maurice Thorez<\/em>, Paris, \u00c9d. Pr\u00e9sence africaine, 1956<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Toutes les citations in <em>XVIII \u00e8 Congr\u00e8s du Parti socialiste SFIO, Tours, 26 d\u00e9cembre 1920, Compte-rendu st\u00e9nographique,<\/em> Paris, 1921\u00a0; texte repris <em>in extenso<\/em> in Jean Charles &amp; al., <em>Le congr\u00e8s de Tours. \u00c9dition critique,<\/em> Paris, \u00c9d. Sociales, 1980<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Les quatre premiers congr\u00e8s, <\/em>op. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Jean Fr\u00e9ville, <em>La nuit finit \u00e0 Tours<\/em>, Paris, \u00c9d. Sociales, 1950<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Plus tard Charles-Andr\u00e9 Julien, devenu le grand historien de l\u2019Alg\u00e9rie coloniale<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> On en trouvera la substance dans l\u2019article du m\u00eame auteur publi\u00e9 dans <em>L\u2019Humanit\u00e9 <\/em>d\u00e8s le 7 janvier 1921<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> N\u00e9 en 1890, Nguyen Tat Thanh quitte le Vi\u00eat Nam en 1911, s\u2019installe durablement en France entre 1918 (ou 1919) et 1923, y adopte alors le pseudonyme de Nguyen Ai Quoc (Nguyen le patriote). L\u2019autre pseudonyme sous lequel il deviendra c\u00e9l\u00e8bre, Ho Chi Minh, ne sera adopt\u00e9 qu\u2019en 1942<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Le compte-rendu signale\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Applaudissements et rires\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Compte-rendu st\u00e9nographique, op. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Rapport sur le Tonkin, l\u2019Annam et la Cochinchine, <\/em>Document dactylographi\u00e9, non sign\u00e9, attribu\u00e9 \u00e0 Nguyen Ai Quoc \/ Ho Chi Minh par Alain Ruscio, <em>Ho Chi Minh. Textes, 1914-1969, <\/em>Paris, l\u2019Harmattan, 1990<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> \u00ab\u00a0Les revendications des musulmans d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> \u00ab\u00a0La 3 \u00e8 Internationale au secours des peuples opprim\u00e9s. L\u2019imp\u00e9rialisme colonial\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Voir cette entr\u00e9e<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> \u00ab\u00a0Ren\u00e9 Gallissot, \u00ab\u00a0Le PCF et la guerre du Rif\u00a0\u00bb, in <em>Abd el Krim et la R\u00e9publique du Rif,<\/em> Actes du Colloque international, janvier 1973, Paris, Ed. Fran\u00e7ois Maspero, 1976\u00a0; David Drake, \u00ab\u00a0The PCF, the Surrealists, \u201cClart\u00e9\u201c and the Rif War\u00a0\u00bb, <em>French Cultural Studies, <\/em>Vol. 17, n\u00b0 2, june 2006<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Nom usuel de Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> <em>L\u2019Humanit\u00e9, <\/em>11 septembre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 11 octobre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Ren\u00e9 Gallissot, art. cit\u00e9<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Georges Oved, <em>La gauche fran\u00e7aise et le nationalisme marocain<\/em>, <em>1905-1955, <\/em>2 vol., Paris, L\u2019Harmattan, 1984<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Jacques Fauvet, <em>Histoire du PCF, 1920-1976, <\/em>Paris, Grasset, Coll. Les grandes \u00e9tudes contemporaines, 1977<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> <em>V \u00e8 Congr\u00e8s national du Parti communiste fran\u00e7ais, tenu \u00e0 Lille du 20 au 26 juin 1926<\/em>, Compte-rendu st\u00e9nographique, Paris, Bureau d\u2019\u00c9dition, de diffusion &amp; de publicit\u00e9, 1927<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> \u00ab\u00a0La lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance en Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb, 6 mars 1927<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> Cit\u00e9 par Thierry Levasseur, <em>La Ligue fran\u00e7aise contre l\u2019Imp\u00e9rialisme et l\u2019oppression coloniale (1927-1936), <\/em>M\u00e9moire de Ma\u00eetrise d\u2019Histoire contemporaine, Universit\u00e9 Paris IV, Sorbonne, juin 1989<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Voir cette entr\u00e9e<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Voir cette entr\u00e9e<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> Voir cette entr\u00e9e<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> La plupart des \u00e9tudes attribuent cette paternit\u00e9 aux surr\u00e9alistes. En r\u00e9alit\u00e9, si Breton et ses amis furent associ\u00e9s \u00e0 la contre-Exposition, ce furent bien les communistes qui pour l\u2019essentiel en prirent l\u2019initiative et qui la men\u00e8rent \u00e0 bien. Voir Alain Ruscio, \u00ab\u00a0Contre l\u2019Exposition coloniale de 1931 (Paris-Vincennes)\u00a0: des voix fermes, mais bien isol\u00e9es. Aper\u00e7u\u00a0\u00bb, Revue <em>Aden, <\/em>Groupe interdisciplinaire d\u2019Etudes Nizaniennes, n\u00b0 sp\u00e9cial, \u00ab\u00a0Anticolonialistes des ann\u00e9es 30 et leurs h\u00e9ritages\u00a0\u00bb, n\u00b0 8, octobre 2009<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> Colette Chambelland, \u00ab\u00a0Robert Louzon\u00a0\u00bb, Site Internet La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> Il quittera le PCF fin 1924 et restera sa vie enti\u00e8re un combattant de l\u2019anticolonialisme.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Francis Arzalier, <em>\u00ab\u00a0Un itin\u00e9raire internationaliste\u00a0: Fran\u00e7ois Vittori\u00a0\u00bb, <\/em>in Colloque AFASPA, octobre 1997, <em>Madagascar 1947. La trag\u00e9die oubli\u00e9e, <\/em>Paris, Ed. Le Temps des cerises, 1999<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Pierre Boiteau, <em>Contribution \u00e0 l\u2019histoire de la nation malgache, <\/em>Paris, Ed. Sociales, 1958\u00a0; Bruno Fuligni, <em>La France Rouge, 1871-1989. Un si\u00e8cle d\u2019histoire dans les archives du PCF<\/em>, Paris, \u00c9d. Les Ar\u00e8nes, 2012<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> <em>\u00ab\u00a0M. Dussac, directeur du journal \u201cL\u2019Opinion\u201c et adversaire tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9 de la colonisation\u00a0\u00bb <\/em>(d\u2019apr\u00e8s <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, article cit\u00e9)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> Nom du Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> \u00ab\u00a0\u00c0 Madagascar. La meute des colonisateurs d\u00e9cha\u00een\u00e9e contre le communisme\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> Ils seront tous les deux plus tard h\u00e9ros de la R\u00e9sistance, Planque mourant \u00e0 Dachau, Vittori \u00e9tant un des lib\u00e9rateurs de la Corse\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> Abdellah Righi, <em>Hadj Ali Abdelkader, pionnier du mouvement r\u00e9volutionnaire alg\u00e9rien<\/em>, Alger, Casbah \u00c9d., 2006<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> Voir cette entr\u00e9e<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> Clotaire Delourme, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 7 juillet 1927<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> Benjamin Stora, <em>Messali Hadj, 1898-1974<\/em>, Paris, \u00c9d. Le Sycomore, 1982<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> Voir cette entr\u00e9e<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a> Mustapha Kraiem, <em>Pouvoir colonial et Mouvement national. La Tunisie des ann\u00e9es Trente, <\/em>Tunis, \u00c9d. Alif, Coll. Savoir, 1990<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> <em>L\u2019Humanit\u00e9, <\/em>8 octobre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> Congr\u00e8s de la Ligue contre l\u2019oppression coloniale, Bruxelles, 10-14 f\u00e9vrier, cit\u00e9 par Thierry Levasseur, op. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> \u00ab\u00a0Le congr\u00e8s des ouvriers nord-africains\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 8 d\u00e9cembre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> Charles-Robert Ageron, <em>Histoire de l\u2019Alg\u00e9rie contemporaine, <\/em>Vol. II, 1871-1954, Paris, PUF, 1979<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> Formule tr\u00e8s controvers\u00e9e, m\u00eame si l\u2019esprit n\u2019en est pas impossible\u00a0: L\u00e9nine l\u2019aurait prononc\u00e9e lors de la fondation de l\u2019URSS, en 1922. Mais les r\u00e9f\u00e9rences pr\u00e9cises \u00e0 cette citation manquent r\u00e9guli\u00e8rement.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a> Arles, 25-29 d\u00e9cembre 1937\u00a0; in brochure <em>La France du Front populaire et les peuples coloniaux, <\/em>Paris, \u00c9d. du Comit\u00e9 populaire de propagande, s.d. (1938)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a> Voir cette entr\u00e9e<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a> <em>Cahiers du Bolch\u00e9visme<\/em>, 1 er trimestre 1941<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a> <em>L\u2019Humanit\u00e9, <\/em>15 novembre 1943. Formules rigoureusement identiques reprises par tous les dirigeants qui s\u2019expriment dans les mois qui suivent. Voir en particulier Maurice Thorez, <em>Cahiers du Communisme<\/em>, 1 er trimestre 1944.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a> <em>Times,<\/em> Londres, 18 novembre 1946<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a> Abandonn\u00e9e seulement en 1956, lors du XIV \u00e8me congr\u00e8s du PCF<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a> Alain Ruscio, \u00ab\u00a0Les communistes et les massacres du Constantinois (mai-juin 1945)\u00a0\u00bb, <em>Vingti\u00e8me Si\u00e8cle, Revue d\u2019Histoire, <\/em>Presses de Sciences Po, n\u00b0 94, avril-juin 2007<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a> \u00ab\u00a0La question coloniale\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a> Le Parti socialiste SFIO a des ministres \u2013 et non des moindres \u2013 au gouvernement jusqu\u2019en 1951, ses d\u00e9put\u00e9s votent en faveur des cr\u00e9dits de l\u2019Union fran\u00e7aise durant toute la p\u00e9riode.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a> Alain Ruscio, <em>Les communistes fran\u00e7ais et la guerre d\u2019Indochine<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 1985<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a> <em>Cahiers du Communisme<\/em>, avril<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\">[58]<\/a> Auteur, \u00e0 son retour, d\u2019un livre-t\u00e9moignage, <em>Je reviens du Vietnam libre<\/em>,\u00a0Paris, \u00c9d. de la Jeunesse, 1951<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\">[59]<\/a> Andr\u00e9 est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 plus que centenaire, refusant jusqu\u2019\u00e0 la fin de laisser r\u00e9v\u00e9ler son identit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\">[60]<\/a> Contrairement \u00e0 une l\u00e9gende bien \u00e9tablie, cette expression n\u2019est pas de paternit\u00e9 communiste. Elle fut employ\u00e9e pour la premi\u00e8re fois par Hubert Beuve-M\u00e9ry, qui signait <em>Sirius,<\/em> dans l\u2019hebdomadaire <em>Une Semaine dans le Monde<\/em>, (17 janvier 1948), puis imm\u00e9diatement reprise, dans un sens plus pol\u00e9mique et militant, par Marcel Cachin (<em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 21 janvier).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref61\" name=\"_ftn61\">[61]<\/a> Voir l\u2019entr\u00e9e <em>Affaire Raymonde Dien<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref62\" name=\"_ftn62\">[62]<\/a> Voir l\u2019entr\u00e9e <em>Affaire Henri Martin<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref63\" name=\"_ftn63\">[63]<\/a> C\u2019est l\u2019\u00e9poque de l\u2019apog\u00e9e du rapprochement de Sartre avec le PCF. Voir \u00ab\u00a0Les communistes et la paix\u00a0\u00bb, <em>Les Temps Modernes<\/em>, n\u00b0 81 (juillet 1952) et 84-85 (octobre-novembre 1952).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref64\" name=\"_ftn64\">[64]<\/a> Paris, Gallimard, NRF, 1953<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref65\" name=\"_ftn65\">[65]<\/a> \u00ab\u00a0Le calme r\u00e8gne au Maroc\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref66\" name=\"_ftn66\">[66]<\/a> Voir cette entr\u00e9e<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref67\" name=\"_ftn67\">[67]<\/a> Voir cette entr\u00e9e<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref68\" name=\"_ftn68\">[68]<\/a> Aim\u00e9 C\u00e9saire, <em>Lettre \u00e0 Maurice Thorez<\/em>, Paris, \u00c9d. Pr\u00e9sence africaine, 1956 (voir cette entr\u00e9e)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref69\" name=\"_ftn69\">[69]<\/a> <em>Ma vie s\u2019appelle Libert\u00e9<\/em>, Paris, Grasset, 1977<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref70\" name=\"_ftn70\">[70]<\/a> <em>L\u2019Humanit\u00e9, <\/em>8 juin 2001<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref71\" name=\"_ftn71\">[71]<\/a> Comme tous les ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque, les communistes et leurs amis se r\u00e9unissent pour f\u00eater l\u2019anniversaire de la R\u00e9volution d\u2019octobre. En 1954, c\u2019est au Vel\u2019 d\u2019Hiv\u2019. Jacques Duclos y salue longuement les succ\u00e8s de la <em>grande Union sovi\u00e9tique, <\/em>puis aborde l\u2019actualit\u00e9 nord-africaine (c\u2019\u00e9tait l\u2019expression de l\u2019\u00e9poque).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref72\" name=\"_ftn72\">[72]<\/a> <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 6 novembre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref73\" name=\"_ftn73\">[73]<\/a> Merci au Pr Jean-Yves Mollier de m\u2019avoir signal\u00e9 ce fait<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref74\" name=\"_ftn74\">[74]<\/a> \u00ab\u00a0Combats en Kabylie\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref75\" name=\"_ftn75\">[75]<\/a> <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 9 novembre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref76\" name=\"_ftn76\">[76]<\/a> M\u00eame si trop d\u2019\u00e9tudes sur la question ne citent <em>que <\/em>ce membre de phrase.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref77\" name=\"_ftn77\">[77]<\/a> Cite par Jacques Jurquet, op. cit., Vol. III<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref78\" name=\"_ftn78\">[78]<\/a> 2 novembre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref79\" name=\"_ftn79\">[79]<\/a> 8 et 12 novembre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref80\" name=\"_ftn80\">[80]<\/a> Marie Perrot, 8 novembre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref81\" name=\"_ftn81\">[81]<\/a> 3, 7 et 27 novembre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref82\" name=\"_ftn82\">[82]<\/a> 27 novembre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref83\" name=\"_ftn83\">[83]<\/a> 5, 9, 23 et 30 novembre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref84\" name=\"_ftn84\">[84]<\/a> 17 novembre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref85\" name=\"_ftn85\">[85]<\/a> 31 d\u00e9cembre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref86\" name=\"_ftn86\">[86]<\/a> 7, 8 et 10 novembre, 11 d\u00e9cembre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref87\" name=\"_ftn87\">[87]<\/a> Le document n\u2019est pas sign\u00e9, mais il est port\u00e9 \u00e0 la main le nom d\u2019Akkache sur le sous-dossier<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref88\" name=\"_ftn88\">[88]<\/a> 8 mai 1955, AD 93, Fonds Andr\u00e9 Moine, Cote 332 J-1, Dossier Comit\u00e9 central du PCA, sous-dossier 1955, CC du 8 mai<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref89\" name=\"_ftn89\">[89]<\/a> Aucun article de fond, <em>a fortiori<\/em> lorsqu\u2019il traitait d\u2019un sujet br\u00fblant, ne pouvait para\u00eetre alors sans l\u2019<em>imprimatur<\/em> de la direction, repr\u00e9sent\u00e9e au journal par \u00c9tienne Fajon. Cette parution, sign\u00e9e par un communiste alg\u00e9rien, a donc une signification profonde.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref90\" name=\"_ftn90\">[90]<\/a> In Maurice Thorez, Jacques Duclos et Fran\u00e7ois Billoux, <em>La France et l\u2019Afrique du Nord<\/em>, Brochure, Ed. France Nouvelle, s.d. (1955)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref91\" name=\"_ftn91\">[91]<\/a> Cit\u00e9 par Alain Ruscio, \u00ab\u00a0Les communistes fran\u00e7ais et la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, 1956\u00a0\u00bb, in <em>Le Parti communiste fran\u00e7ais et l\u2019ann\u00e9e 1956, <\/em>Actes des Journ\u00e9es d\u2019\u00e9tude organis\u00e9es par les archives d\u00e9partementales de la Seine Saint-Denis, Bobigny, 29-30 novembre 2006, Bobigny, D\u00e9partement de la Seine Saint-Denis, Conseil g\u00e9n\u00e9ral \/ Paris, Fondation Gabriel P\u00e9ri, 2007<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref92\" name=\"_ftn92\">[92]<\/a> <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 14 mai 1956<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref93\" name=\"_ftn93\">[93]<\/a> XIV \u00e8me Congr\u00e8s, Le Havre, 18 au 21 juillet 1956<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref94\" name=\"_ftn94\">[94]<\/a> \u00ab\u00a0Le fait national alg\u00e9rien\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref95\" name=\"_ftn95\">[95]<\/a> Alain Ruscio, art. cit\u00e9<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref96\" name=\"_ftn96\">[96]<\/a> Guy Mollet, \u00ab\u00a0Que faire\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Express, <\/em>19 d\u00e9cembre 1955\u00a0; voir l\u2019entr\u00e9e <em>Guerre imb\u00e9cile et sans issue<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref97\" name=\"_ftn97\">[97]<\/a> L\u2019expression remplit alors les colonnes de la presse communiste<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref98\" name=\"_ftn98\">[98]<\/a> Un fait troublant\u00a0: des dirigeants en vue du PCF, \u00e0 commencer par le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, Maurice Thorez, mais \u00e9galement le plus <em>alg\u00e9rien <\/em>d\u2019entre eux, Laurent Casanova, le fid\u00e8le thor\u00e9zien Roger Garaudy, n\u2019ont pas pris part au vote, sans que jamais, ni \u00e0 ce moment, ni depuis, une explication ait \u00e9t\u00e9 apport\u00e9e \u00e0 cette attitude.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref99\" name=\"_ftn99\">[99]<\/a> Voir cette entr\u00e9e<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref100\" name=\"_ftn100\">[100]<\/a> Explications de vote par le m\u00eame Waldeck Rochet, <em>L\u2019Humanit\u00e9,<\/em> 26 octobre<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref101\" name=\"_ftn101\">[101]<\/a> Le jour du vote, une franche opposition se manifesta, mais tous les d\u00e9put\u00e9s, par discipiline, finirent par voter positivement.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref102\" name=\"_ftn102\">[102]<\/a> Cette ann\u00e9e est \u00e9galement celle du XX \u00e8me congr\u00e8s du PCUS et des h\u00e9sitations \u00e0 rompre avec le stalinisme (affaire du rapport <em>attribu\u00e9 au camarade Khroutchev<\/em>) et de l\u2019intervention sovi\u00e9tique en Hongrie, approuv\u00e9e par le PCF.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref103\" name=\"_ftn103\">[103]<\/a> <em>Lettre \u00e0 Maurice Thorez<\/em>, Paris, \u00c9d. Pr\u00e9sence africaine, 1956 (voir cette entr\u00e9e)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref104\" name=\"_ftn104\">[104]<\/a> <em>Critique de base<\/em>, Paris, Fran\u00e7ois Maspero, 1960<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref105\" name=\"_ftn105\">[105]<\/a> In <em>Voies nouvelles, <\/em>novembre 1958, cit\u00e9 par Jean-Pierre Vernant, <em>Entre mythe et politique, <\/em>Paris, \u00c9d. du Seuil, 1996<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref106\" name=\"_ftn106\">[106]<\/a> AD 93, Archives du PCF, Direction, 261 J 4\/13<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref107\" name=\"_ftn107\">[107]<\/a> AD 93, Fonds Andr\u00e9 Moine, 332 J-4 Dossier FLN F\u00e9d\u00e9ration de France<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref108\" name=\"_ftn108\">[108]<\/a> Gilbert Meynier, <em>Histoire int\u00e9rieure du FLN, 1954-1962<\/em>, Paris, Fayard, 2002<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref109\" name=\"_ftn109\">[109]<\/a> On en trouve des traces dans la quasi-totalit\u00e9 de l\u2019historiographie alg\u00e9rienne. Voir par exemple Ali Haroun, <em>La 7 \u00e8 Willaya. La guerre du FLN en France, 1954-1962<\/em>, Paris, Seuil, 1986<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref110\" name=\"_ftn110\">[110]<\/a> Il s\u2019agit \u00e9videmment des manifestations sp\u00e9cifiquement dirig\u00e9es contre la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, et non des cort\u00e8ges <em>g\u00e9n\u00e9ralistes <\/em>(1 er mai, regroupements nationaux pour la paix ou les revendications).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref111\" name=\"_ftn111\">[111]<\/a> <em>Les manifestations de rue en France, 1918-1968<\/em>, Paris, Publ. de la Sorbonne, 1997<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref112\" name=\"_ftn112\">[112]<\/a> <em>L\u2019Humanit\u00e9, <\/em>25 septembre, <em>L\u2019Avant-Garde, <\/em>19 octobre (manifestation pourtant non recens\u00e9e par Danielle Tartakowsky, o.c.)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref113\" name=\"_ftn113\">[113]<\/a> Organisation de jeunesse li\u00e9e au PCF, qui sera d\u2019ailleurs transform\u00e9e en Jeunesses communistes l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref114\" name=\"_ftn114\">[114]<\/a> Propos tenus \u00e0 Herv\u00e9 Alphand, le 23 ao\u00fbt 1961, in Herv\u00e9 Alphand, <em>L\u2019\u00e9tonnement d\u2019\u00eatre\u00a0: journal 1939-1973<\/em>, Paris, Fayard, 1977<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le PCF et la colonisation\u00a0: 1920-1964 &nbsp; par Alain Ruscio &nbsp; &nbsp; Donn\u00e9es de base &nbsp; La fondation du PCF, en d\u00e9cembre 1920, introduisit une donn\u00e9e nouvelle dans la vie politique fran\u00e7aise, particuli\u00e8rement dans l\u2019attitude \u00e0 l\u2019\u00e9gard des colonies. 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