{"id":379,"date":"2015-05-06T18:22:44","date_gmt":"2015-05-06T17:22:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cuem.info\/?page_id=379"},"modified":"2015-11-02T19:10:18","modified_gmt":"2015-11-02T18:10:18","slug":"resume-a-ruscio","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=379","title":{"rendered":"R\u00e9sum\u00e9 A. Ruscio"},"content":{"rendered":"<p><strong>Alain RUSCIO : <\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Le PCF et la question coloniale (1920-1962)<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Conf\u00e9rence no 6 du Jeudi 9 avril 2015 \u00e0 l&rsquo;Amphi Roussy (Campus des Cordeliers)<\/p>\n<p>Michel Gruselle introduit la s\u00e9ance en remerciant l&rsquo;Universit\u00e9 et en rappelant les contraintes mat\u00e9rielles et horaires. Il pr\u00e9sente Alain RUSCIO, n\u00e9 en 1947, historien ind\u00e9pendant, auteur de 16 ouvrages et bient\u00f4t 17, avec la sortie prochaine de \u00ab\u00a0<em>Nostalg\u00e9rie, l&rsquo;interminable histoire de l&rsquo;OAS<\/em>\u00a0\u00bb (La D\u00e9couverte). Alain Ruscio est docteur en Histoire (th\u00e8se d&rsquo;Etat en 1984) et sp\u00e9cialiste de l&rsquo;histoire coloniale et des d\u00e9colonisa\u00adtions. Il a d&rsquo;abord travaill\u00e9 sur l&rsquo;Indochine fran\u00e7aise et publi\u00e9 <em>La Guerre fran\u00e7aise d&rsquo;Indochine, 1945-1954<\/em> (Complexe, 1992) et il dirige toujours le Centre d&rsquo;Information sur le Vietnam. Cependant, il s&rsquo;est r\u00e9orient\u00e9 ensuite vers une histoire compar\u00e9e des colonisations fran\u00e7aises pour d\u00e9coder les \u00ab\u00a0r\u00e9habilitations, falsifi\u00adcations, instrumentalisations\u00a0\u00bb qui jalonnent la m\u00e9moire coloniale. Alain Ruscio s&rsquo;est attach\u00e9 \u00e0 d\u00e9crire la <em>r\u00e9alit\u00e9 du colonialisme<\/em> et \u00e0 l&rsquo;image que la colonisation a voulu donner d&rsquo;elle-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>Faisons d&rsquo;abord le constat d&rsquo;un paradoxe : l&rsquo;histoire du PCF face \u00e0 la question coloniale reste charg\u00e9e des m\u00eames passions qu&rsquo;autrefois, alors que le Parti n&rsquo;est plus que l&rsquo;ombre de lui-m\u00eame. A chaque conf\u00e9rence sur ce sujet, on entend les m\u00eames interventions \u00ab\u00a0pros\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0anti\u00a0\u00bb vis-\u00e0-vis de son attitude dans les luttes de la d\u00e9colonisation.<\/p>\n<p>Ici, le d\u00e9fi consiste \u00e0 r\u00e9sumer quarante-deux ans de luttes &#8211; 1920-1962 &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire une p\u00e9riode vaste et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Prenons un exemple : en 1939, le PCF fut le seul parti a f\u00eater la prise de la Bastille. Il se voulait, et s&rsquo;est toujours voulu, h\u00e9ritier des Lumi\u00e8res, de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise et de la Commune de Paris. Mais vis-\u00e0-vis des \u00ab\u00a0colonies\u00a0\u00bb, m\u00eame la Commune \u00e9tait une r\u00e9f\u00e9rence ambigu\u00eb car, si Louise Michel, d\u00e9port\u00e9e \u00e0 la Nouvelle-Cal\u00e9donie, avait manifest\u00e9 sa sympathie pour le mouvement canaque (et la r\u00e9volte de 1878), d&rsquo;autres communards avaient au contraire particip\u00e9 \u00e0 sa r\u00e9pression.<\/p>\n<p>Il faut se souvenir de la grande faiblesse th\u00e9orique du mouvement ouvrier fran\u00e7ais d&rsquo;avant 1914. Le premier livre sur la \u00ab\u00a0question coloniale\u00a0\u00bb date de 1905, soixante-dix ans apr\u00e8s la conqu\u00eate de l&rsquo;Alg\u00e9rie, pr\u00e8s de vingt ans apr\u00e8s celle de l&rsquo;Indochine et tr\u00e8s longtemps apr\u00e8s les d\u00e9bats parlemen\u00adtaires sur la politique coloniale. C&rsquo;est surtout l&rsquo;anarchosyndicalisme qui avait fray\u00e9 la voie \u00e0 la contestation du colonialisme.<\/p>\n<p><strong>Le Congr\u00e8s de Tours (1921)<\/strong>. L&rsquo;historiographie communiste en a fait l&rsquo;acte fondateur du PCF, (cf. le livre de Jean Fr\u00e9ville, \u00ab\u00a0<em>La Nuit finit \u00e0 Tours<\/em>\u00ab\u00a0), avec l&rsquo;acceptation officielle des \u00ab\u00a0<em>21 condi\u00adtions<\/em>\u00a0\u00bb qui conditionnaient l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;Internationale Communiste. L&rsquo;une de ces conditions (la 8<sup>e<\/sup>) imposait la d\u00e9nonciation du colonialisme et l&rsquo;engagement de soutenir les luttes de lib\u00e9ration des peuples colonis\u00e9s. Or, la seule intervention contre le colonialisme \u00e0 ce congr\u00e8s fut celle de Nguyen-Ai-Quoc (le futur H\u00f4-Chi-Minh) le 26 d\u00e9cembre. On vit alors un \u00e9change entre Vaillant-Couturier, qui soutint cette intervention, et Longuet qui pr\u00e9tendait que l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9e du probl\u00e8me \u00e0 son initiative. Mais si l&rsquo;on compare les positions de Longuet (publi\u00e9es dans le \u00ab\u00a0<em>Populaire<\/em>\u00ab\u00a0, journal socialiste) et le texte de Vaillant-Couturier (publi\u00e9 dans <em>l&rsquo;Humanit\u00e9<\/em>), elles n&rsquo;ont rien de commun. Ce dernier lie la r\u00e9volution mondiale \u00e0 la lib\u00e9ration des peuples colonis\u00e9s.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le Congr\u00e8s de Tours, la fi\u00e8vre retombe en d\u00e9pit de quelques remous. Par exemple, la F\u00e9d\u00e9ration socialiste de Sidi-Bel-Abb\u00e8s (Alg\u00e9rie) avait vot\u00e9 l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 la IIIe Internationale \u00e0 95-98%. Mais tout rentre bient\u00f4t dans l&rsquo;ordre. H\u00f4-Chi-Minh publie quelques articles critiques sur le manque d&rsquo;enthousiasme des Fran\u00e7ais pour la question coloniale.<\/p>\n<p><strong>La guerre du Rif et la d\u00e9cennie \u00ab\u00a0h\u00e9ro\u00efque\u00a0\u00bb.<\/strong> A partir de l&rsquo;automne 1924, s&rsquo;ouvre une p\u00e9riode d&rsquo;apprentissage de la lutte anticolonialiste pour le PCF. La guerre du Rif est d\u00e9clench\u00e9e contre les tribus marocaines r\u00e9volt\u00e9es contre le protectorat espagnol du Nord. Le PCF envoie un t\u00e9l\u00e9gram\u00adme de soutien \u00e0 Abdelkrim et d\u00e9nonce l&rsquo;imp\u00e9rialisme fran\u00e7ais. En octobre 1925, il parvient \u00e0 provoquer des mouvements de gr\u00e8ve et des manifestations contre les guerres du Rif et de Syrie. L&rsquo;Humanit\u00e9 parle d&rsquo;un million de gr\u00e9vistes. En fait 400 000 (ce qui n&rsquo;est pas si mal). Arrestations et r\u00e9pression se succ\u00e8dent. Thorez est condamn\u00e9 \u00e0 14 mois de prison, un militant (Sabatier) est tu\u00e9. Certains intellectuels radicaux (les <em>Surr\u00e9alistes<\/em>), Aragon, Eluard, etc. de m\u00eame que des ouv\u00adriers syndicalistes CGTU adh\u00e8rent au PCF. C&rsquo;est la \u00ab\u00a0d\u00e9cennie h\u00e9ro\u00efque\u00a0\u00bb. Henri Barbusse publie des textes incendiaires : \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;imp\u00e9rialisme, c&rsquo;est l&rsquo;exploitation<\/em>\u00ab\u00a0, \u00ab\u00a0\u2026<em>quand les b\u00eates de somme se dressent contre les b\u00eates de proie<\/em>\u00ab\u00a0, etc. A l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale, les d\u00e9put\u00e9s du PCF sont les seuls \u00e0 d\u00e9noncer la r\u00e9pression en Indochine. Ou \u00e0 manifester \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements de la propagande colonialiste. Par exemple, \u00e0 l&rsquo;occasion du centenaire de la colonisation de l&rsquo;Alg\u00e9rie, ou pour r\u00e9pondre \u00e0 la provocation des catholiques fondant un monast\u00e8re \u00e0 Carthage, ou encore durant l&rsquo;Exposition Coloniale de 1937. Sur le site de la BNF (\u00ab\u00a0Gallica\u00a0\u00bb), on peut comparer les textes du <em>Populaire<\/em> et de <em>l&rsquo;Humanit\u00e9<\/em>. Ils sont radicalement diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>A cette \u00e9poque, H\u00f4-Chi-Minh fonde <em>l&rsquo;Association des Peuples Coloniaux<\/em>. Les \u00e9lections de 1924 voient la victoire du Cartel des Gauches. Le PCF a pr\u00e9sent\u00e9 deux candidats africains, l&rsquo;un Alg\u00e9\u00adrien et l&rsquo;autre S\u00e9n\u00e9galais (Lamine Senghor, sans rapport avec L\u00e9opold Sedar Senghor). Les \u00e9l\u00e9ments ind\u00e9pendantistes les plus actifs rejoignent pu se rapprochent du PCF. C&rsquo;est le cas de Messali Hadj et de \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;Etoile Nord-africaine<\/em>\u00a0\u00bb qui revendiquent l&rsquo;Ind\u00e9pendance. A la fin de la \u00ab\u00a0d\u00e9cennie h\u00e9ro\u00efque\u00a0\u00bb, le PCF et la CGTU ont r\u00e9ussi \u00e0 organiser 8000 Alg\u00e9riens.<\/p>\n<p><strong>La p\u00e9riode du Front Populaire et de la guerre (1936-1945).<\/strong> Avec la mont\u00e9e du fascisme, il est \u00e9vident qu&rsquo;il faut d\u00e9fendre la d\u00e9mocratie, m\u00eame si celle-ci n&rsquo;est pas parfaite. La revendication d&rsquo;ind\u00e9pendance des peuples coloniaux est mise au second plan. Tout en restant mentionn\u00e9e. En 1937, Maurice Thorez lance l&rsquo;id\u00e9e de la \u00ab\u00a0<em>nation en formation<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 propos de l&rsquo;Alg\u00e9rie et demande aux militants alg\u00e9riens de d\u00e9fendre la d\u00e9mocratie fran\u00e7aise contre le fascisme (les fonctionnaires coloniaux sont parfois qualifi\u00e9s de \u00ab\u00a0fascistes\u00a0\u00bb). Evidemment, ceci entra\u00eene quelques d\u00e9rives. Le PCF soutient la dissolution de \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;Etoile Nord-Africaine<\/em>\u00a0\u00bb de Messali Hadj par le gouvernement du Front Populaire.<\/p>\n<p>Entre 1939 et 1941, le PCF (g\u00ean\u00e9 par le pacte germano-sovi\u00e9tique) soutient la th\u00e8se selon la\u00adquelle la guerre oppose deux imp\u00e9rialismes, allemand et fran\u00e7ais. Par cons\u00e9quent, il recommence \u00e0 soutenir les luttes de lib\u00e9ration des peuples colonis\u00e9s. En 1940, une insurrection cochinchinoise (au Vietnam du Sud) est noy\u00e9e dans le sang, ce que le PCF est seul \u00e0 d\u00e9noncer.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s 1941, l&rsquo;invasion allemande de l&rsquo;URSS, puis l&rsquo;attaque japonaise de Pearl Harbor entra\u00eenent l&rsquo;alliance de l&rsquo;Angleterre, des USA et de l&rsquo;URSS contre l&rsquo;Axe, ainsi que le rapprochement du PCF et des gaullistes. Apr\u00e8s le voyage de Fernand Grenier \u00e0 Londres pour rencontrer de Gaulle, les communistes participent au Comit\u00e9 National de la R\u00e9sistance (CNR). Ils mettent alors en sour\u00addine les revendications anticolonialistes. Le Programme du CNR est d&rsquo;ailleurs tr\u00e8s timide vis-\u00e0-vis des peuples coloniaux (une seule phrase).<\/p>\n<p>A la Lib\u00e9ration, le PCF a une influence \u00e9norme. L&rsquo;interview de Maurice Thorez au Times, du 18 novembre 1946, envisage une possible marche l\u00e9gale (\u00e9lectorale) au socialisme en France. Du point de vue du PCF, l&rsquo;instauration, dans notre pays, d&rsquo;un r\u00e9gime d\u00e9mocratique orient\u00e9 vers le socialisme devrait b\u00e9n\u00e9ficier aux peuples colonis\u00e9s. \u00ab\u00a0L&rsquo;Union Fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, cr\u00e9e en 1946 en m\u00eame temps que la IV<sup>e<\/sup> R\u00e9publique et qui regroupe toutes les colonies, pourrait devenir un instrument d&rsquo;\u00e9mancipation des peuples soumis, sur le mod\u00e8le de l&rsquo;URSS qui avait \u00e9mancip\u00e9 les petits peu\u00adples autrefois colonis\u00e9s par le tsarisme.<\/p>\n<p>Mais ce faisant, on est pass\u00e9 du \u00ab\u00a0droit au divorce\u00a0\u00bb \u00e9voqu\u00e9 par L\u00e9nine (ces \u00ab\u00a0petits peuples\u00a0\u00bb ayant un droit de s\u00e9cession) \u00e0 l&rsquo;interdiction du divorce.<\/p>\n<p><strong>La guerre froide et la guerre d&rsquo;Indochine. <\/strong>En 1946, de Gaulle d\u00e9missionne et, en 1947, les ministres communistes sont chass\u00e9s du gouvernement, non sans avoir protest\u00e9 auparavant contre la politique de reconqu\u00eate, de guerre, de r\u00e9pression et de torture en Indochine. Politique dont les responsables sont l&rsquo;amiral d&rsquo;Argenlieu, Marius Moutet et Georges Bidault.<\/p>\n<p>Fin 1947, le discours de Jdanov prend acte de la situation de guerre latente avec les Occidentaux et, en 1950, commence la guerre de Cor\u00e9e.<\/p>\n<p>Jacques Duclos envoie un t\u00e9l\u00e9gramme de soutien \u00e0 la proclamation d&rsquo;Ind\u00e9pendance du Vietnam par H\u00f4-Chi-Minh. Mais, en 1952, la tension est extr\u00eame et beaucoup pensent qu&rsquo;on est au bord de la Troisi\u00e8me Guerre mondiale.<\/p>\n<p>Le PCF envoie des \u00e9missaires \u00e0 H\u00f4-Chi-Minh et Giap : L\u00e9o Figu\u00e8res et deux conseillers mili\u00adtaires secrets, issus de la R\u00e9sistance, pour la propagande en direction des soldats fran\u00e7ais. (L&rsquo;un de ces deux conseillers est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 r\u00e9cemment, \u00e0 102 ans, sans avoir jamais r\u00e9v\u00e9l\u00e9 son vrai nom).<\/p>\n<p>L&rsquo;action des militants du PCF prend parfois des formes violentes, mais ponctuelles, comme la destruction de mat\u00e9riel de guerre \u00e0 destination de l&rsquo;indochine et les refus de chargement de la part des dockers. N\u00e9anmoins, le PCF n&rsquo;\u00e9tait pas partisan d&rsquo;actions arm\u00e9es car il craignait d&rsquo;\u00eatre isol\u00e9 comme \u00ab\u00a0terroriste\u00a0\u00bb et interdit. Par cons\u00e9quent, il a mis en avant les actions militantes d&rsquo;Henri Martin et de Raymonde Diem qui sont plus \u00ab\u00a0rassembleuses\u00a0\u00bb. A cette \u00e9poque, des intellectuels comme Jean-Paul Sartre se rapprochent effectivement du PCF, tandis que celui-ci subit une violente r\u00e9pression. Les dirigeants communistes font presque tous de la prison. L\u00e9o Figu\u00e8res et d&rsquo;autres militants passent dans la clandestinit\u00e9. Le Parti s&rsquo;illustre n\u00e9anmoins par des actions de d\u00e9nonciation de la r\u00e9pression \u00e0 Madacascar, mais aussi de la d\u00e9position deu Sultan Mohamed V au Maroc. Il a \u00e9t\u00e9 le seul parti politique \u00e0 soutenir les embryons de mouvements ind\u00e9pendantistes nord-africains et africains. Et pourtant, les communistes restent attach\u00e9s \u00e0 la notion \u00ab\u00a0d&rsquo;Union Fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, peut-\u00eatre en raison d&rsquo;un vague espoir de r\u00e9unir \u00e0 nouveau les communistes et les socialistes dans un nouveau \u00ab\u00a0Front Populaire\u00a0\u00bb. Mais la politique du parti socialiste est totalement atlantiste et va-t-en guerre.<\/p>\n<p><strong>Les d\u00e9buts de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/strong> En 1954, le PCF est confront\u00e9 \u00e0 une situation complexe car, (a) l&rsquo;insurrection du 1<sup>er<\/sup> novembre est d\u00e9clench\u00e9e par un mouvement ind\u00e9pendantiste non-commu\u00adniste, et (b) \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0gros colons\u00a0\u00bb colonisateurs, la population alg\u00e9rienne compte un peuple\u00adment de \u00ab\u00a0petits blancs\u00a0\u00bb violemment hostile \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance (ils deviendront \u00ab\u00a0Alg\u00e9rie fran\u00e7aise\u00a0\u00bb). Ces deux facteurs rendent impossible le \u00ab\u00a0sch\u00e9ma indochinois\u00a0\u00bb, dans lequel le PCF centralisait la lutte anticoloniale gr\u00e2ce aux relations \u00e9troites entre dirigeants vietnamiens et dirigeants commu\u00adnistes fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Les premiers attentats de la Toussaint 1954 suscitent d&rsquo;abord la m\u00e9fiance du PCF. M\u00eame Messali Hadj (encore proche du Parti) n&rsquo;\u00e9tait pas au courant de tout. Le 5 novembre, soit 4 jours apr\u00e8s les attentats et la proclamation de l&rsquo;insurrection par le FLN, au cours d&rsquo;un grand meeting au V\u00e9l d&rsquo;hiv (qui existait encore) le discours de Jacques Duclos d\u00e9nonce la r\u00e9pression contre un peuple qui voulait son ind\u00e9pendance, une formule confirm\u00e9e par un article de <em>l&rsquo;Humanit\u00e9<\/em>. Cependant, le communiqu\u00e9 ult\u00e9rieur, au nom \u00ab\u00a0du PCF tout entier\u00a0\u00bb (et non d&rsquo;une instance dirigeante), souligne le caract\u00e8re l\u00e9gitime de \u00ab\u00a0l&rsquo;aspiration nationale\u00a0\u00bb du peuple alg\u00e9rien sans que le mot \u00ab\u00a0ind\u00e9pendance\u00a0\u00bb n&rsquo;y figure. Cependant, face \u00e0 la r\u00e9pression, le PCF commet ensuite une erreur. Il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 L\u00e9nine pour rejeter les \u00ab\u00a0actions individuelles\u00a0\u00bb (les attentats) susceptibles d&rsquo;\u00eatre manipul\u00e9es et de \u00ab\u00a0<em>faire le jeu des pires colonialistes<\/em>\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Un appel \u00e0 la vieille th\u00e9orie de la provocation qui entra\u00eene une lev\u00e9e de boucliers. Le Secr\u00e9taire du Parti communiste alg\u00e9rien proteste et demande le retrait de la d\u00e9claration. Mais les \u00e9v\u00e9nements prennent vite les dessus : r\u00e2tissages, bombardements de villages par l&rsquo;aviation, etc. Le mot \u00ab\u00a0torture\u00a0\u00bb appara\u00eet dans <em>l&rsquo;Humanit\u00e9<\/em> d\u00e8s le 8 novembre avec une d\u00e9nonciation de la r\u00e9pression.<\/p>\n<p>Toutefois, l&rsquo;Alg\u00e9rie, en cette premi\u00e8re ann\u00e9e de la guerre, n&rsquo;est pas la priorit\u00e9 du PCF.<\/p>\n<p><strong>Evolution du concept de \u00ab\u00a0nation en formation\u00a0\u00bb.<\/strong> Quel fut le r\u00f4le du Parti communiste alg\u00e9rien (PCA) ? Au printemps 1955, ses dirigeants rencontrent le FLN. Et pourtant, celui-ci reste ignor\u00e9 du PCF qui ne valorisera pas son action avant 1956. Alain Ruscio pense que ce sont les commu\u00adnistes alg\u00e9riens qui ont fini par convaincre le Parti fran\u00e7ais du caract\u00e8re authentiquement national de l&rsquo;insurrection. Le 11 octobre 1955, \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale, Jacques Duclos interpelle le gou\u00advernement sur l&rsquo;interdiction du PCA et proclame que le PCF soutient les aspirations \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pen\u00addance du peuple alg\u00e9rien. Ce discours est reproduit au Journal officiel et <em>l&rsquo;Humanit\u00e9<\/em> peut le citer et reprendre le mot \u00ab\u00a0ind\u00e9pendance\u00a0\u00bb sans risquer la censure. Thorez cautionne ainsi le soutien \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance, ce qui enterre le concept de \u00ab\u00a0nation en formation\u00a0\u00bb. En m\u00eame temps, Jean Dresch a parl\u00e9 de l&rsquo;ind\u00e9pendance dans un article de la <em>Pens\u00e9e<\/em>. Alain Ruscio estime que ce sont l\u00e0 des indications d&rsquo;un virage progressif. On a senti d&rsquo;abord une \u00e9volution du discours du Parti vers l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie \u00e0 partir de l&rsquo;automne 1955 en direction des cadres et des militants. Mais cette \u00e9volution ne se traduira pas avant 1957 dans les mots d&rsquo;ordre publics. Le PCF bouge lentement pour habituer sa base ouvri\u00e8re encore raciste. Le mot d&rsquo;ordre officiel \u00ab\u00a0<em>Paix en Alg\u00e9rie!<\/em>\u00a0\u00bb est consensuel. Il n&#8217;emp\u00eache pas un d\u00e9bat v\u00e9h\u00e9ment avec les intellectuels \u00ab\u00a0porteurs de valises\u00a0\u00bb, ralli\u00e9s au FLN. De toutes fa\u00e7ons, le contexte est violent. Dans les rues de la banlieue parisienne, il y a beaucoup de morts par \u00ab\u00a0r\u00e8glement de compte\u00a0\u00bb entre Alg\u00e9riens.<\/p>\n<p>La lenteur de l&rsquo;\u00e9volution du PCF le coupe malheureusement des militants non communistes, sym\u00adpathisants et \u00ab\u00a0compagnons de route\u00a0\u00bb que le Parti avait attir\u00e9 au moment de la guerre d&rsquo;Indochine.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;ann\u00e9e terrible, 1956.<\/strong> Au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1956, apr\u00e8s une campagne bas\u00e9e sur le slogan \u00ab\u00a0<em>il faut sortir de cette guerre imb\u00e9cile<\/em>\u00ab\u00a0, le Parti socialiste remporte une grande victoire \u00e9lectorale. Le 12 mars, le PCF vote les pouvoirs sp\u00e9ciaux au gouvernement Guy Mollet pour faire une politique de paix, malgr\u00e9 une s\u00e9rie d&rsquo;incidents qui laissaient pr\u00e9voir que les socialistes trahiraient bient\u00f4t leurs promesses et intensifieraient la guerre. Ce jour l\u00e0, entre la fin de la r\u00e9union du Bureau Poli\u00adtique, qui \u00e9tait tr\u00e8s partag\u00e9, et le vote \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale, il s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9 environ une heure. La d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 obtenue difficilement, apr\u00e8s de nombreux affrontements. Jeannette Vermeersch \u00e9tait pour, G. Ballanger \u00e9tait contre. Trois jours apr\u00e8s, le Comit\u00e9 central s&rsquo;est r\u00e9uni et Maurice Thorez a fait valoir qu&rsquo;il ne fallait pas \u00ab\u00a0<em>sacrifier le tout \u00e0 la partie<\/em>\u00ab\u00a0. Le \u00ab\u00a0tout\u00a0\u00bb, c&rsquo;\u00e9tait une pers\u00adpective d&rsquo;union de la gauche sur un programme social (les travailleurs venaient d&rsquo;obtenir une troisi\u00e8me semaine de cong\u00e9s pay\u00e9s) au moment d&rsquo;une possible sortie de la guerre froide car on voyait des signes de \u00ab\u00a0d\u00e9gel\u00a0\u00bb dans les rapports Est-Ouest<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. La \u00ab\u00a0partie\u00a0\u00bb, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie, apr\u00e8s celle du Maroc (2 mars 1956).<\/p>\n<p>Ce vote des pouvoirs sp\u00e9ciaux n&rsquo;a tout de m\u00eame pas emp\u00each\u00e9 la presse communiste de d\u00e9noncer la r\u00e9pression relanc\u00e9e par le gouvernement Guy Mollet. Mais il a eu des cons\u00e9quences graves : le PCF fut \u00e9branl\u00e9 (on lui reproche encore la chose aujourd&rsquo;hui) et des intellectuels comme Annie Kriegel ou Aim\u00e9 C\u00e9saire, le quitt\u00e8rent. La cellule Sorbonne-Lettres, qui comptait de tr\u00e8s grands noms, envoya une lettre de protestation \u00e0 la direction du Parti. Elle d\u00e9non\u00e7ait l&rsquo;erreur de croire que la classe ouvri\u00e8re fran\u00e7aise pouvait octroyer la libert\u00e9 aux peuples colonis\u00e9s, car c&rsquo;\u00e9tait le contraire qui \u00e9tait vrai. La lutte de ces peuples pour se lib\u00e9rer pouvait permettre des luttes popu\u00adlaires victorieuses en France.<\/p>\n<p>A l&rsquo;\u00e9poque, la lecture \u00e0 la loupe de l&rsquo;Humanit\u00e9 r\u00e9v\u00e8le le malaise au sein du PCF. Beaucoup d&rsquo;ou\u00advriers alg\u00e9riens militants (il \u00e9taient nombreux chez Renault par exemple) quittent la CGT et le Parti. En fait, celui-ci n&rsquo;a pas r\u00e9ellement \u00ab\u00a0frein\u00e9\u00a0\u00bb les actions contre la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie. Ces actions n&rsquo;ont jamais cess\u00e9, mais elles n&rsquo;ont jamais re\u00e7u une grande publicit\u00e9 et l&rsquo;on a privil\u00e9gi\u00e9 les p\u00e9titions, d\u00e9brayages ponctuels, prises de parole, etc. On a recens\u00e9 967 manifestations de rue contre la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie qui, certes, n&rsquo;\u00e9taient pas toutes \u00e0 l&rsquo;initiative du PCF. La premi\u00e8re eut lieu le 24 septembre 1955, \u00e0 Belleville ceux qui l&rsquo;ont faite ont t\u00e9moign\u00e9 de ce qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient gu\u00e8re nombreux et que la foule ne les suivait pas. Les gens restaient sur les trottoirs \u00e0 les regar\u00adder<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Ce n&rsquo;est que dans la derni\u00e8re ann\u00e9e de la guerre, en 1960-1961, que le PCF a mobilis\u00e9 massivement pour l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p><strong>Conclusion.<\/strong> On s&rsquo;interroge toujours sur le fait que les communistes fran\u00e7ais ne voulurent pas, ne purent pas, ou ne surent pas mobiliser la population contre la guerre. Mais il ne faut pas occulter le fait que les Fran\u00e7ais \u00e9taient en majorit\u00e9 racistes et anti-Arabe. Il ne faut pas oublier non plus que le PCF fut &#8211; avec le tout petit PSU &#8211; le seul parti politique qui ait pris position et lutt\u00e9 contre la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie. Cependant, les enjeux ne se situent pas par rapport \u00e0 ces autres partis, mais par rapport aux principes fondateurs du Parti communiste. Par rapport aux id\u00e9aux communistes et l\u00e9ninistes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Discussion.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Q1 :<\/strong> La question coloniale ravive toujours de vieilles plaies: le Parti communiste a-t-il bien jou\u00e9 son r\u00f4le de parti communiste dans la politique fran\u00e7aise ? Et aussi, n&rsquo;y avait-il pas deux lignes politiques en conflit \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du PCF?<\/p>\n<p>Il ne faut pas oublier que la cr\u00e9ation du Parti communiste alg\u00e9rien (PCA) ne correspond pas \u00e0 un \u00ab\u00a0essaimage\u00a0\u00bb du PCF, mais qu&rsquo;elle est due \u00e0 une directive de l&rsquo;Internationale Communiste : par cons\u00e9quent, depuis le d\u00e9but, quelque chose ne va pas. En Indochine, la r\u00e9sistance a commenc\u00e9 en 1940, mais elle n&rsquo;obtiendra le soutien du PCF qu&rsquo;en 1945. Les peuples coloniaux ont subi l&rsquo;ambi\u00adgu\u00eft\u00e9 du PCF.<\/p>\n<p>[<em>Une intervention, qui a commenc\u00e9 par rappeler des faits, et se poursuit par un r\u00e9quisitoire : le PCF a toujours frein\u00e9 les propositions d&rsquo;action violente en France, etc.<\/em>]<\/p>\n<p><strong>Q2 :<\/strong> Quel a \u00e9t\u00e9 le r\u00f4le de la J.C. pour lancer des actions antimilitaristes et anti-guerre? Certains JCs ont fait de la prison, mais bien peu.<\/p>\n<p><strong>Q3 :<\/strong> (Cuckierman) Une question par rapport au Front Populaire. La question de l&rsquo;ind\u00e9pendance des peuples coloniaux, lanc\u00e9e par l&rsquo;Internationale, est frein\u00e9e par la politique du \u00ab\u00a0Front anti-fas\u00adciste\u00a0\u00bb. Thorez, en 1937, sauve les principes. Il dit : patience (\u00ab\u00a0<em>nation en formation<\/em>\u00ab\u00a0), il ne dit pas \u00ab\u00a0<em>aucune ind\u00e9pendance<\/em>\u00ab\u00a0. M\u00eame chose en 1945-1947. Il faut d&rsquo;abord d\u00e9fendre l&rsquo;URSS. Et puis se pose le probl\u00e8me des nationalistes anticommunistes. De plus, le Parti ne veut pas courir le risque d&rsquo;\u00eatre interdit \u00e0 cause de l&rsquo;Alg\u00e9rie. J&rsquo;ai connu un camarade, dans le 11<sup>e<\/sup> Arrondissement qui s&rsquo;est fait exclure \u00ab\u00a0officiellement\u00a0\u00bb du Parti pour militer activement et clandestinement aux c\u00f4t\u00e9s du FLN. Un situation pas facile vis-\u00e0-vis de ses \u00ab\u00a0anciens\u00a0\u00bb camarades. Enfin, se pose la question de l&rsquo;imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain. Les contestataires de la politique du PCF \u00e0 cette \u00e9poque, A. Kriegel, M.\u00a0Rebeyroux, etc. ont eu g\u00e9n\u00e9ralemenrt une attitude trouble sur ce sujet.<\/p>\n<p><strong>Q4 :<\/strong> Il faut rappeler l&rsquo;attachement de l&rsquo;opinion fran\u00e7aise \u00e0 la colonie qui r\u00e9sultait de l&rsquo;influence (pour ne pas dire de l&rsquo;endoctrinnement) de l&rsquo;\u00e9cole publique de la IIIe R\u00e9publique. La r\u00e9pression en Alg\u00e9rie a \u00e9t\u00e9 longtemps accept\u00e9e pour cette raison.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ponses.<\/strong><\/p>\n<p>Oui, il y avait deux lignes \u00e0 la direction du Parti, mais m\u00e9lang\u00e9es. Disons tout de suite que les \u00ab\u00a0petites actions\u00a0\u00bb, tracts, p\u00e9titions, etc. n&rsquo;\u00e9taient pas m\u00e9prisables, elles n&rsquo;\u00e9taient pas \u00ab\u00a0trop peu\u00a0\u00bb car compl\u00e9mentaires d&rsquo;actions de masses esp\u00e9r\u00e9es mais qui ne \u00ab\u00a0prenaient\u00a0\u00bb pas encore. La direction du Parti pensait : \u00ab\u00a0<em>plus lentement, mais avec plus de monde<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En ce qui concerne la guerre d&rsquo;Indochine, c&rsquo;est un mauvais proc\u00e8s que de critiquer le PCF pour avoir \u00ab\u00a0tra\u00een\u00e9 les pieds\u00a0\u00bb depuis 1940 ! Sans m\u00eame \u00e9voquer le fait que les communistes \u00e9taient assez occup\u00e9s avec ce qui se passait en France, il faut rappeler que le gouvernement (provisoire) de H\u00f4-Chi-Minh\u00a0 a proclam\u00e9 l&rsquo;ind\u00e9pendance en 1945 et que l&rsquo;URSS ne le reconna\u00eetra qu&rsquo;en 1950, apr\u00e8s la victoire de Mao et des communistes en Chine !<\/p>\n<p>Sur le PCA (Parti communiste alg\u00e9rien), qui a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en 1936 comme un parti autonome et pas comme une section du PCF, il faut dire qu&rsquo;il l&rsquo;a \u00e9t\u00e9 avec des militants alg\u00e9riens (arabes) et qu&rsquo;il fut le seul parti r\u00e9unissant des \u00ab\u00a0colonis\u00e9s\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0colonisateurs\u00a0\u00bb. Mais il est vrai que la \u00ab\u00a0nation en formation\u00a0\u00bb lui a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e.<\/p>\n<p>Concernant la Jeunesse Communiste et les \u00ab\u00a0soldats du refus\u00a0\u00bb, il faut dire qu&rsquo;un nombre inconnu de jeunes, fils de militants communistes, tent\u00e8rent ce type d&rsquo;action qui n&rsquo;a pas march\u00e9 et qui fut trop m\u00e9connue. Le journal clandestin \u00ab\u00a0<em>La voix du soldat<\/em>\u00a0\u00bb (PCF-PCA) a jou\u00e9 un r\u00f4le, malgr\u00e9 la r\u00e9pression. Ce r\u00f4le est difficile \u00e0 mesurer, mais il faut rappeler que c&rsquo;est la passivit\u00e9 du contingent qui fit \u00e9chouer la tentative de putsch des g\u00e9n\u00e9raux, en 1961.<\/p>\n<p>Sur l&rsquo;anticommunisme des ind\u00e9pendantistes (Messali Hadj) on notera que celui-ci \u00e9tait tr\u00e8s li\u00e9 aux trotskistes lambertistes.<\/p>\n<p>Dans la p\u00e9riode du Front Populaire, on doit se rappeler que la mont\u00e9e du nazisme s&rsquo;est appuy\u00e9e sur une cinqui\u00e8me colonne dans les colonies.<\/p>\n<p>Mais il y eut beaucoup d&rsquo;erreurs de langage : le ton des communiqu\u00e9s du Parti en mai 1945, apr\u00e8s les massacres de S\u00e9tif, \u00e9tait inacceptable.<\/p>\n<p>Le point principal reste cependant <em>la popularit\u00e9 de la colonisation<\/em>. Alain Ruscio admet qu&rsquo;il aurait d\u00fb commencer son expos\u00e9 par l\u00e0. Le premier film anticolonialiste date de 1950 (!) Les Fran\u00e7ais \u00e9taient abreuv\u00e9s de propagande coloniale. L&rsquo;Exposition coloniale de 1937 a re\u00e7u quatre millions de visiteurs !<\/p>\n<p>[<em>Michel Gruselle ajoute qu&rsquo;\u00e0 Decazeville o\u00f9 il habitait, on a dit du premier appel\u00e9 tu\u00e9 en Alg\u00e9rie qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0tu\u00e9 par des balles communistes.\u00a0\u00bb<\/em>]<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p><strong>Q5 :<\/strong> <u>Jean Clavel<\/u>, qui fut l&rsquo;un de ces \u00ab\u00a0<em>soldats du refus<\/em>\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>\u2026 Le PCF a-t-il \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb; par rapport \u00e0 lui-m\u00eame? Pas facile de r\u00e9pondre. C&rsquo;est vrai qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 le seul parti \u00e0 lutter mais, dans la r\u00e9alit\u00e9, convaincre les gens n&rsquo;\u00e9tait pas chose facile. La grande pr\u00e9occupation \u00e9tait de ne pas se couper de la population et c&rsquo;\u00e9tait la raison du slogan \u00ab\u00a0<em>Paix en Alg\u00e9rie !<\/em>\u00ab\u00a0, le seul qui pouvait rassembler. Mais comment gagner l&rsquo;essentiel de l&rsquo;opinion? C&rsquo;est la raison pour laquelle la position du Parti a \u00e9volu\u00e9, en fonction de la r\u00e9ceptivit\u00e9 et de la sensibilit\u00e9 des gens.<\/p>\n<p>Il faut ajouter quelque chose d&rsquo;important \u00e0 la question des \u00ab\u00a0pouvoirs sp\u00e9ciaux\u00a0\u00bb vot\u00e9s au gouver\u00adnement socialiste de Guy Mollet. Le PS avait fait campagne sur la fin de la guerre ce qui lui avait valu une certaine popularit\u00e9. Je me souviens de deux r\u00e9unions de cellule o\u00f9 le sentiment domi\u00adnant \u00e9tait l&rsquo;absence totale de confiance dans les socialistes. Mais avait-on r\u00e9ellement le choix? A l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale, Guy Mollet pouvait compter sur les voix de la droite pour avoir les pou\u00advoirs sp\u00e9ciaux sans le vote des d\u00e9put\u00e9s communistes. Dans tous les cas, on allait reprocher quel\u00adque chose au Parti : \u00ab\u00a0<em>on s&rsquo;est fait pi\u00e9ger<\/em>.\u00a0\u00bb Par la suite, \u00e9videmment, les gens se sont d\u00e9tourn\u00e9s du PS car celui-ci faisait le lit du gaullisme.<\/p>\n<p>Ici, la question importante c&rsquo;est d&rsquo;avoir une position d&rsquo;avant-garde <em>sans se couper des masses<\/em>. Le travail clandestin pendant les guerres d&rsquo;Indochine et d&rsquo;Alg\u00e9rie et pendant les conflits d&rsquo;ind\u00e9pen\u00addance des pays africains (voir Jean Suret-Canale <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>) a jou\u00e9 un r\u00f4le plus important qu&rsquo;on ne le croit et n&rsquo;a pas re\u00e7u l&rsquo;\u00e9clairage n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>En ce qui concerne les \u00ab\u00a0soldats du refus\u00a0\u00bb, \u00e7a n&rsquo;a pas march\u00e9 mais, en 1957, on \u00e9tait dans une p\u00e9riode trouble, les gouvernements tombaient les uns apr\u00e8s les autres. Et en ce qui concerne l&rsquo;ac\u00adtion des communistes sur le contingent en Alg\u00e9rie, on ne peut pas dire qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 nulle, car c&rsquo;est le contingent qui a fait \u00e9chouer le putsch des g\u00e9n\u00e9raux en 1961.<\/p>\n<p><strong>Q6 : <\/strong>[<u>Henri Benoits<\/u>, auteur avec sa femme de \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;Alg\u00e9rie au c\u0153ur<\/em>\u00a0\u00bb et coorganisateur de la mani\u00adfestation du 17 octobre 1961]. T\u00e9moignage d&rsquo;un vieux militant de Renault. En 1945, les journaux du Parti \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement bien accueillis, \u00e0 Barb\u00e8s, chez les ouvriers magrebins (ils l&rsquo;\u00e9taient moins bien chez les Indochinois qui ne parlaient pas fran\u00e7ais). Evoque ensuite la femme de Maurice Laban (1914-1956)<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, un communiste alg\u00e9rien du PCA qui a pris le maquis et a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise en 1956. Mme Laban n&rsquo;a pas pardonn\u00e9 car le groupe de son mari n&rsquo;a eu pratiquement aucun soutien. C&rsquo;\u00e9tait une entreprise suicidaire. Ou encore : apr\u00e8s le vote des pou\u00advoirs sp\u00e9ciaux \u00e0 Guy Mollet, les militants d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s alg\u00e9riens de Renault sont all\u00e9s protester au si\u00e8ge du Comit\u00e9 central. Ils ont quitt\u00e9 le Parti et ont form\u00e9 la premi\u00e8re section du FLN \u00e0 Renault (fin avril 1956). Lorsque Messali Hadj a \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9, 600 ouvriers alg\u00e9riens ont d\u00e9bray\u00e9 sponta\u00adn\u00e9ment. Mais la \u00ab\u00a0lutte de masse\u00a0\u00bb par rapport \u00e0 la population fran\u00e7aise n&rsquo;\u00e9tait pas facile du tout.<\/p>\n<p><strong>Q7 :<\/strong> (Anne-Marie) N&rsquo;oubliez pas l&rsquo;atmosph\u00e8re de guerre civile \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;OAS. Les \u00ab\u00a0Made\u00adlin\u00a0\u00bb (les types du mouvement d&rsquo;extr\u00eame-droite \u00ab\u00a0<em>Occident<\/em>\u00ab\u00a0) faisaient r\u00e9gner la terreur \u00e0 la Facult\u00e9 de Droit. En ce qui concerne les \u00ab\u00a0pouvoirs sp\u00e9ciaux\u00a0\u00bb \u00e0 Guy Mollet, il y a eu une ing\u00e9rence am\u00e9\u00adricaine. P\u00e9riode tr\u00e8s difficile\u2026<\/p>\n<p>[<em>NB Les Am\u00e9ricains (qui se disaient anticolonialistes) marchandaient leur soutien \u00e0 la politique alg\u00e9rienne des gouvernements fran\u00e7ais successifs pour l&rsquo;infl\u00e9chir dans un sens \u00ab\u00a0lib\u00e9ral\u00a0\u00bb, tandis que les soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es am\u00e9ricaines pariaient sur l&rsquo;ind\u00e9pendance et cherchaient \u00e0 se placer<\/em>.]<\/p>\n<p><strong>Q8 : <\/strong>Une remarque et une petite question. Il n&rsquo;existe pas de contradiction forte entre la \u00ab\u00a0nation en formation\u00a0\u00bb et l&rsquo;ind\u00e9pendance (c&rsquo;est une question de vitesse). La question est la suivante : en Alg\u00e9rie vivaient plus d&rsquo;un million \u00ab\u00a0d&rsquo;Alg\u00e9riens europ\u00e9ens\u00a0\u00bb. Comment et jusqu&rsquo;\u00e0 quand le PCF a-t-il essay\u00e9 de maintenir la possibilit\u00e9 d&rsquo;une cohabitation avec les Arabes dans un futur Etat ind\u00e9\u00adpendant?<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ponses.<\/strong><\/p>\n<p>Sur la \u00ab\u00a0nation en formation\u00a0\u00bb. A l&rsquo;\u00e9poque, c&rsquo;\u00e9tait une th\u00e9orie hardie. Au m\u00eame moment, Ferat Abbas \u00e9crivait : \u00ab\u00a0<em>J&rsquo;ai cherch\u00e9 cette nation et ne l&rsquo;ai trouv\u00e9e nulle part<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On a oubli\u00e9 l&rsquo;atmosph\u00e8re de l&rsquo;\u00e9poque. Au moment de l&rsquo;affaire de Suez, on a entendu \u00e0 l&rsquo;Assem\u00adbl\u00e9e Nationale des insultes anticommunistes inimaginables.<\/p>\n<p>En ce qui concerne la derni\u00e8re question, je crois que les communistes ont compris que c&rsquo;\u00e9tait fichu lorsque l&rsquo;OAS est apparue. Mais d\u00e9j\u00e0, en 1958, la situation paraissait compromise. Si l&rsquo;on pense aux partisans \u00ab\u00a0pieds-noirs\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0tout ou rien\u00a0\u00bb : apr\u00e8s qu&rsquo;ils aient cru avoir \u00ab\u00a0tout\u00a0\u00bb, ils ont eu \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le 9, <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em> publie une d\u00e9claration du PCF sur les \u00e9v\u00e9nements d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0: \u00ab\u00a0<em>En de telles circonstances, fid\u00e8le \u00e0 l\u2019enseignement de L\u00e9nine, le Parti communiste fran\u00e7ais, qui ne saurait approuver le recours \u00e0 des actes individuels susceptibles de faire le jeu des pires colonialistes, si m\u00eame ils n\u2019\u00e9taient pas foment\u00e9s par eux, assure le peuple alg\u00e9rien de la solidarit\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re fran\u00e7aise dans sa lutte de masse contre la r\u00e9pression et pour la d\u00e9fense de ses droits<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une visite en URSS de l&rsquo;ex-pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Vincent Auriol avait eu lieu du 29 f\u00e9vrier au 15 mars 1956 et Guy Mollet et Christian Pineau (Ministre des Affaires Etrang\u00e8res) avaient \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s en mai \u00e0 Moscou. En outre, la toute premi\u00e8re visite officielle de dirigeants sovi\u00e9tiques en Grande Bretagne \u00e9tait pr\u00e9vue du 18 au 27 avril 1956 ; cette visite de Khrouchtchev (Premier Secr\u00e9taire du Parti) et Boulganine (Pr\u00e9sident du Conseil des Ministres) concr\u00e9tisa un d\u00e9but de \u00ab\u00a0d\u00e9tente\u00a0\u00bb. Certes, le \u00ab\u00a0<em>Rapport Khrouchtchev<\/em>\u00a0\u00bb qui amor\u00e7a la d\u00e9stalinisation avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 lu au XXe congr\u00e8s du PCUS (dans la nuit du 24-25 au f\u00e9vrier) mais sa teneur n&rsquo;\u00e9tait pas encore connue en Occident en mars-avril. Cependant, on \u00e9tait encore loin la crise de Budapest (23 octobre &#8211; 10 novembre 1956) et de l&rsquo;exp\u00e9dition de Suez (2-5 novembre 1956) qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de l&rsquo;arrestation ill\u00e9gale de Ben Bella (22 octobre 1956) par l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le film \u00ab\u00a0<em>RAS<\/em>\u00a0\u00bb d&rsquo;Yves Boisset (1973) montre les d\u00e9convenues d&rsquo;un jeune appel\u00e9 communiste en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Encore faut-il dire que les mots d&rsquo;ordre du Parti catalysaient le rejet de l&rsquo;OAS par la population et que le soutien \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne n&rsquo;allait pas contre la politique de de Gaulle.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Interview\u00e9 le 16 mars 2012 \u00e0 France Inter.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le g\u00e9ographe Jean Suret-Canale, r\u00e9sistant et militant communiste, a fait conna\u00eetre l&rsquo;histoire l&rsquo;\u00e9conomie et le pillage colonial de l&rsquo;Afrique dans des ouvrages tr\u00e8s document\u00e9s : par ex. \u00ab\u00a0<em>Afrique Noire, g\u00e9ographie, civilisation, histoire<\/em>.\u00a0\u00bb (1973), ou encore : \u00ab\u00a0<em>Afrique et capitaux : g\u00e9ographie des capitaux et des investisse\u00adments en Afrique<\/em>.\u00a0\u00bb (1987).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Auquel Jean-Luc Einaudi a consacr\u00e9 un livre : \u00ab\u00a0<em>Un Alg\u00e9rien, Maurice Laban<\/em>\u00ab\u00a0, 1999.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alain RUSCIO : Le PCF et la question coloniale (1920-1962) Conf\u00e9rence no 6 du Jeudi 9 avril 2015 \u00e0 l&rsquo;Amphi Roussy (Campus des Cordeliers) Michel Gruselle introduit la s\u00e9ance en remerciant l&rsquo;Universit\u00e9 et en rappelant les contraintes mat\u00e9rielles et horaires. Il pr\u00e9sente Alain RUSCIO, n\u00e9 en 1947, historien ind\u00e9pendant, auteur de 16 ouvrages et bient\u00f4t &hellip; <a href=\"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=379\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">R\u00e9sum\u00e9 A. 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