{"id":364,"date":"2015-03-13T10:41:54","date_gmt":"2015-03-13T09:41:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cuem.info\/?page_id=364"},"modified":"2015-03-13T10:43:15","modified_gmt":"2015-03-13T09:43:15","slug":"texte-m-gruselle","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=364","title":{"rendered":"Texte M. Gruselle"},"content":{"rendered":"<p><strong>CONFERENCE Michel Gruselle 05 mars 2015<\/strong><\/p>\n<p><em><strong>Lecture critique de l&rsquo;ouvrage de<\/strong><\/em><br \/>\n<em><strong>Thomas Piketty<\/strong><\/em><br \/>\n<em><strong>\u00ab Le Capital au XXIe si\u00e8cle \u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Plan<\/strong><\/p>\n<p>Introduction<br \/>\nPr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;ouvrage<br \/>\nRevenu et capital<br \/>\nLa dynamique du rapport capital\/revenu<br \/>\nLa structure des in\u00e9galit\u00e9s<br \/>\nR\u00e9guler le capital au XXIe si\u00e8cle<br \/>\nPourquoi le livre de Piketty, quels int\u00e9r\u00eats sert-il ?<br \/>\nPlus fondamentalement, y-a-t-il une voie r\u00e9formiste possible ?<br \/>\nConclusion<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>Le titre du livre de Thomas Piketty : \u00ab Le capital au XXIe si\u00e8cle \u00bb sonne comme une<br \/>\nr\u00e9plique du \u00ab Capital \u00bb de K. Marx. Ce livre a retenu l&rsquo;attention du CUEM dans la mesure<br \/>\nou il conna\u00eet des records de vente, plusieurs millions d&rsquo;exemplaires, et parce que son<br \/>\nauteur a \u00e9t\u00e9 largement sollicit\u00e9 pour commenter ses travaux. Aux USA, ce livre a suscit\u00e9<br \/>\nun vif d\u00e9bat y compris dans les milieux progressistes. Le New-York Time a salu\u00e9 Piketty<br \/>\ncomme : \u00ab l&rsquo;\u00e9conomiste Rock-star \u00bb et le Financial Times a baptis\u00e9 le livre<br \/>\nde : \u00ab extraordinairement important \u00bb, tandis que les prix Nobel d&rsquo;\u00e9conomie J. Stilgitz et<br \/>\nP. Krugman ont estim\u00e9 qu&rsquo;il s &lsquo;agissait de l&rsquo;ouvrage le plus significatif de l&rsquo;ann\u00e9e \u00ab apte \u00e0<br \/>\ntransformer notre discours \u00e9conomique \u00bb. En France l&rsquo;auteur a \u00e9t\u00e9 abondamment<br \/>\nquestionn\u00e9 par les m\u00e9dia pour commenter les \u00e9v\u00e9nements \u00e9conomiques et plus<br \/>\nr\u00e9cemment la situation en Gr\u00e8ce. De ce point de vue je recommande l&rsquo;\u00e9coute de<br \/>\nl&rsquo;interview de Piketty par Iglesias le leader de Podemos, interview disponible sur internet et<br \/>\nqui en dit aussi long sur les positions de Piketty que sur celles de Podemos.<br \/>\nDe l\u00e0 \u00e0 dire que Piketty a renouvel\u00e9 la science \u00e9conomique et qu&rsquo;il est le Marx du XXIe<br \/>\nsi\u00e8cle, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un pas que d&rsquo;aucun n&rsquo;ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 franchir. Par exemple le journal<br \/>\nThe Economist le place au dessus de Marx : \u00ab Plus grand que Marx \u00bb \u00e9crit-il.<br \/>\nLa proximit\u00e9 du titre du livre avec celui de l\u2019oeuvre majeure de Marx a probablement jou\u00e9<br \/>\nun r\u00f4le dans les commentaires plus qu&rsquo;\u00e9logieux que je viens de citer et dans une multitude<br \/>\nd&rsquo;autres encore. Le titre est \u00e9videmment quelque chose d&rsquo;important dans un ouvrage et il<br \/>\ndoit retenir notre attention. Pour le lecteur, dans le contexte de la crise syst\u00e9mique du<br \/>\ncapitalisme, l&rsquo;attente est \u00e9videmment forte de comprendre ce qu&rsquo;est le capitalisme<br \/>\naujourd&rsquo;hui, quelles en sont les \u00e9volutions depuis que ce mode de production a commenc\u00e9<br \/>\n\u00e0 se d\u00e9velopper et \u00e9videmment quelles issues sont possibles pour sortir d&rsquo;une crise qui<br \/>\nsecoue l&rsquo;ensemble du monde.<br \/>\nC&rsquo;est dire que la notori\u00e9t\u00e9 ainsi acquise, le succ\u00e8s populaire de l&rsquo;\u00e9dition, nous ont amen\u00e9 \u00e0<br \/>\nnous interroger sur le contenu de cet ouvrage, les th\u00e8ses qu &lsquo;il d\u00e9fend et les propositions<br \/>\nqu&rsquo;il fait en mati\u00e8re \u00e9conomique.<br \/>\nRaison de plus pour aller au fond des choses et faire une lecture critique de cet ouvrage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>PRESENTATION GENERALE DE L&rsquo;OUVRAGE<\/strong><\/p>\n<p>Je vais commencer par une pr\u00e9sentation rapide du livre sans m&rsquo;attarder sur les d\u00e9tails et<br \/>\nen essayant de montrer sa logique interne.<br \/>\nLe livre qui comporte 950 pages se divise en quatre parties :<br \/>\nRevenu et Capital<br \/>\nLa dynamique du rapport capital\/revenu<br \/>\nLa structure des in\u00e9galit\u00e9s<br \/>\nR\u00e9guler le capital au XXIe si\u00e8cle<br \/>\nSi les trois premi\u00e8res parties ne semblent pas laisser appara\u00eetre un trop fort penchant<br \/>\npolitique, ce n&rsquo;est qu&rsquo;une apparence, la derni\u00e8re elle est clairement orient\u00e9e vers ce que<br \/>\nPiketty nomme la \u00ab reprise de contr\u00f4le du capitalisme \u00bb. Dans la quatri\u00e8me partie, r\u00e9guler<br \/>\nle capital au XXIe si\u00e8cle, Page 751 il d\u00e9livre le message central de sa pens\u00e9e : \u00ab Peut-on<br \/>\nimaginer pour le XXIe si\u00e8cle un d\u00e9passement du capitalisme qui soit \u00e0 la fois plus<br \/>\npacifique et plus durable, ou bien doit-on simplement attendre les prochaines<br \/>\ncrises ou les prochaines guerres, v\u00e9ritablement mondiales cette fois ? \u00bb.Tout est dit<br \/>\nou presque, qui choisirait l&rsquo;apocalypse guerri\u00e8re ! L&rsquo;auteur choisit donc clairement ce qu&rsquo;il<br \/>\nappelle le d\u00e9passement du capitalisme.<br \/>\nLe choix des termes ne laissant rien au hasard il convient de les examiner. Tout d&rsquo;abord le<br \/>\nconcept de \u00ab d\u00e9passement du capitalisme \u00bb qui n&rsquo;est pas une id\u00e9e nouvelle a \u00e9t\u00e9<br \/>\nlargement utilis\u00e9e en son temps par R. Hue pour justifier l&rsquo;abandon par le PCF d&rsquo;une<br \/>\norientation r\u00e9volutionnaire. Le contenu en est clair, les forces de la science et de la<br \/>\ntechnique am\u00e8nent \u00ab naturellement \u00bb \u00e0 une transformation du capitalisme qui ne serait<br \/>\nplus tout \u00e0 fait le capitalisme tout en conservant ses caract\u00e9ristiques centrales en<br \/>\nparticulier celles du march\u00e9. Mais derri\u00e8re cette profession de foi r\u00e9formatrice pointe la<br \/>\ncrainte que les forces sociales r\u00e8glent le probl\u00e8me autrement, c&rsquo;est \u00e0 dire par un<br \/>\nchangement profond des rapports sociaux. D\u00e9cid\u00e9ment, un spectre hante toujours<br \/>\nl&rsquo;Europe comme le disait K.Marx, celui du communisme. L&rsquo;on sent ici une certaine f\u00e9brilit\u00e9<br \/>\nen ce que le r\u00e9formisme ne puisse trouver les moyens politiques permettant de maintenir<br \/>\nle syst\u00e8me capitaliste.<\/p>\n<p>INTRODUCTION<br \/>\nDans son introduction, Piketty livre une grande partie des orientations qui vont structurer<br \/>\nson discours. D&#8217;embl\u00e9e, il note que : \u00ab La r\u00e9partition des richesses est l&rsquo;une des<br \/>\nquestions les plus vives et les plus d\u00e9battues aujourd&rsquo;hui \u00bb. Notons bien qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la<br \/>\nr\u00e9partition des richesses et non du syst\u00e8me d&rsquo;extorsion capitaliste de la plus-value.<br \/>\nRappelons que la richesse n\u2019est pas la valeur. Le syst\u00e8me capitaliste cr\u00e9e de la valeur \u00e0<br \/>\npartir de la richesse que constitue le travail et les ressources naturelles.<br \/>\nCe concept de \u00ab r\u00e9partition des richesses \u00bb ne vient pas l\u00e0 par hasard. Il est la \u00ab tasse de<br \/>\nth\u00e9 \u00bb quotidienne de tous ceux qui placent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le capitalisme comme un univers<br \/>\nind\u00e9passable dont l&rsquo;am\u00e9nagement, par pr\u00e9cis\u00e9ment cette autre r\u00e9partition des richesses,<br \/>\nsuffirait \u00e0 assurer la p\u00e9rennit\u00e9. D&rsquo;ailleurs toutes les forces qui entendent maintenir la<br \/>\ndomination du capital ou jugent qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre solution que son am\u00e9nagement<br \/>\ns&rsquo;\u00e9vertuent \u00e0 focaliser leur discours sur cette fameuse r\u00e9partition des richesses. L&rsquo;\u00e9glise<br \/>\nm\u00eame, dans sa doctrine sociale, en fait la pierre angulaire de sa d\u00e9marche r\u00e9formatrice<br \/>\nsans \u00e9videmment mettre en cause le moins du monde l&rsquo;exploitation du travail salari\u00e9 par<br \/>\nles d\u00e9tenteurs du capital. Rappelons nous aussi Sarkozy voulant un nouveau partage de<br \/>\nla valeur ajout\u00e9e entre le capital et le travail, souhait tomb\u00e9 rapidement dans les<br \/>\noubliettes.<br \/>\nDans ces conditions Piketty se doit de rel\u00e9guer Marx \u00e0 la situation de visionnaire dont les<br \/>\npr\u00e9dictions ne se sont pas r\u00e9alis\u00e9es. Partant de l&rsquo;id\u00e9e que le capitalisme g\u00e9n\u00e8re les<br \/>\nin\u00e9galit\u00e9s, il nuance imm\u00e9diatement cette \u00e9vidence incontournable, par des contre<br \/>\ntendances qui selon lui seraient \u00e0 l\u2019oeuvre pour permettre au capitalisme de se d\u00e9velopper,<br \/>\npage 16 il \u00e9crit : \u00ab La croissance moderne et la diffusion des connaissances ont permis<br \/>\nd&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;apocalypse marxiste, mais n&rsquo;ont pas modifi\u00e9 les structures profondes du<br \/>\ncapitalisme et des in\u00e9galit\u00e9s&#8230;..Des moyens existent cependant pour que la d\u00e9mocratie et<br \/>\nl&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral parviennent \u00e0 reprendre le contr\u00f4le du capitalisme et des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s,<br \/>\ntout en repoussant les replis protectionnistes et nationalistes \u00bb. De quels moyens s&rsquo;agit-il ?<br \/>\nNous les pr\u00e9senterons dans sa 4e partie et nous en montrerons les limites.<br \/>\nDans cette br\u00e8ve citation nous pouvons noter une grande approximation scientifique :<br \/>\ncelle dite de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral utilis\u00e9e \u00e0 contrario de la lutte des classes, puisqu&rsquo;il y aurait<br \/>\nau dessus de leur antagonisme une finalit\u00e9 qui pourrait les r\u00e9unir. Ayant si\u00e9g\u00e9 quelques<br \/>\nann\u00e9es au CESER Ile-de-France, je peux t\u00e9moigner que ce concept \u00ab d&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral \u00bb<br \/>\nn&rsquo;est que le cache sexe des int\u00e9r\u00eats du patronat et de ceux qui le servent. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral<br \/>\nn&rsquo;est jamais que celui de la classe dominante et de ses int\u00e9r\u00eats propres. Il sert \u00e0 entra\u00eener<br \/>\nles classes domin\u00e9es dans ce qu&rsquo;il faut nommer par son nom la collaboration de classe.<br \/>\nCertes la classe dominante doit tenir compte des rapports de force et elle est parfois<br \/>\ncontrainte \u00e0 faire des concessions comme en 1936, 1945 et 68, face \u00e0 des luttes<br \/>\npopulaires puissantes, mais sans jamais se mettre fondamentalement en danger. En fait<br \/>\ncomment reprendre la main sur le capital s&rsquo;il peut continuer par sa mobilit\u00e9 \u00e0 \u00e9chapper aux<br \/>\ncontraintes que Piketty voudrait lui imposer.<br \/>\nCe que Piketty appelle la \u00ab vision apocalyptique de Marx \u00bb c&rsquo;est la loi fondamentale<br \/>\nque ce dernier a mis en \u00e9vidence : \u00ab la baisse tendancielle du taux de profit \u00bb. Selon<br \/>\nPiketty cette baisse tuerait l&rsquo;accumulation et m\u00e8nerait \u00e0 la r\u00e9volte des travailleurs. Mais<br \/>\nouf, ce noir destin pr\u00e9vu par Marx ne s&rsquo;est pas r\u00e9alis\u00e9 ! Comme il faut une explication \u00e0<br \/>\ncette non r\u00e9alisation de l&rsquo;apocalypse, Piketty attribue \u00e0 Marx un manque profond de<br \/>\nlucidit\u00e9 sur la r\u00e9alit\u00e9 du mouvement d&rsquo;accumulation du capital page 28: \u00ab Marx \u00e0<br \/>\ntotalement n\u00e9glig\u00e9 la possibilit\u00e9 d&rsquo;un progr\u00e8s technique et d&rsquo;une croissance<br \/>\ncontinue de la productivit\u00e9, force qui permet d&rsquo;\u00e9quilibrer le processus<br \/>\nd&rsquo;accumulation et de concentration croissante du capital priv\u00e9 \u00bb.<br \/>\nIl est assez cocasse de lire cette phrase quant au contraire, Marx a consacr\u00e9 beaucoup<br \/>\nd&rsquo;\u00e9nergie \u00e0 montrer le r\u00f4le du d\u00e9veloppement scientifique et technique dans la production<br \/>\net dans le processus d&rsquo;accumulation du capital. Au contraire de ce qu&rsquo;affirme Piketty, la<br \/>\nTechnologie et la science ont jou\u00e9 un r\u00f4le important dans la pens\u00e9e de Marx. Il a<br \/>\nbeaucoup \u00e9crit \u00e0 propos des grandes d\u00e9couvertes scientifiques de son \u00e9poque. Les<br \/>\nmath\u00e9matiques, la thermodynamique, les d\u00e9couvertes de Darwin inspirent souvent ses<br \/>\npropos. Un seul exemple, dans ses articles consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Asie et publi\u00e9s en 1853, Marx<br \/>\nanalyse le r\u00f4le de la science et de la technique anglaise dans les processus de destruction<br \/>\nde la soci\u00e9t\u00e9 indienne traditionnelle et aussi dans le d\u00e9veloppement du capitalisme textile<br \/>\nen Angleterre .<br \/>\nPour terminer avec l&rsquo;introduction notons que Piketty envoie des clins d\u2019oeils ici o\u00f9 l\u00e0 pour<br \/>\nmontrer qu&rsquo;en d\u00e9pit de la r\u00e9putation d&rsquo;homme de \u00ab gauche \u00bb qu&rsquo;il entend se donner, il n&rsquo;est<br \/>\npas hors de la confr\u00e9rie des \u00e9conomistes orthodoxes, classiques et n\u00e9o-classiques, et<br \/>\npour tout dire bourgeois. Il nous dit : \u00ab L&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement mauvaise en<br \/>\nsoi : la question centrale est de savoir si elle est justifi\u00e9e ou non, si elle a des raisons \u00bb et<br \/>\nenfin : \u00ab L&rsquo;histoire des in\u00e9galit\u00e9s d\u00e9pend des repr\u00e9sentations des acteurs \u00bb.<br \/>\nVenons en maintenant au d\u00e9veloppement dans les quatre parties du livre.<\/p>\n<p>REVENU ET CAPITAL (premi\u00e8re partie)<br \/>\nDans cette premi\u00e8re partie, Piketty pose les jalons de sa d\u00e9monstration. Dans un premier<br \/>\ntemps il pr\u00e9cise quelques d\u00e9finitions et ces pr\u00e9cisions sont int\u00e9ressantes \u00e0 souligner car<br \/>\nelles donnent un sens \u00e0 la d\u00e9marche politique de l&rsquo;auteur. Tout d&rsquo;abord il souligne \u00e0<br \/>\nnouveau le caract\u00e8re conflictuel du partage de la production entre salaires et profits puis<br \/>\nentre revenu du travail et revenu du capital. Il note que le capitalisme a exacerb\u00e9 ce conflit<br \/>\nmais il ne donne aucune explication \u00e0 cette aggravation et ne s&rsquo;interroge pas sur le<br \/>\npourquoi de la p\u00e9rennit\u00e9 de ce conflit.<br \/>\nDans les lignes qui suivent apr\u00e8s ces constats assez banaux, se produit un glissement<br \/>\nsignificatif puisque de l&rsquo;analyse capital\/travail, il glisse vers celle de capital\/revenu<br \/>\nce qui est totalement diff\u00e9rent en cela que capital\/travail renvoie au coeur m\u00eame du<br \/>\nsyst\u00e8me d&rsquo;exploitation capitaliste tandis que capital\/revenu renvoie \u00e0 des consid\u00e9rations<br \/>\nde type statistiques et met sur le m\u00eame plan les revenus tir\u00e9s du travail et ceux tir\u00e9s de la<br \/>\nsp\u00e9culation. Il ne prend donc pas en compte le processus d&rsquo;extraction de la plus-value<br \/>\nbas\u00e9e sur le travail salari\u00e9.<br \/>\nRappelons que pour Marx :<br \/>\nLe capital est avant tout un type de rapports sociaux, dans la mesure o\u00f9 les capitalistes ne<br \/>\npeuvent poss\u00e9der et accumuler du capital que gr\u00e2ce au rapport social qu&rsquo;ils entretiennent<br \/>\navec les travailleurs. Marx part de l&rsquo;analyse de l&rsquo;\u00e9cole classique pour qui le capital est<br \/>\nconstitu\u00e9 par tous les moyens de production avanc\u00e9s par les capitalistes durant le cycle<br \/>\nde production, c&rsquo;est \u00e0 dire, les biens que le capitaliste acquiert afin de produire<br \/>\n(machines, mati\u00e8res premi\u00e8res, b\u00e2timents&#8230;..) ce que Marx appelle le \u00ab capital constant \u00bb,<br \/>\nainsi que la force de travail salari\u00e9e que Marx nomme le \u00ab capital variable \u00bb. Rappelons<br \/>\nque la force de travail est : la marchandise que doivent vendre, pour vivre, les<br \/>\ntravailleurs salari\u00e9s \u00e0 leurs employeurs capitalistes. Ils vendent non pas leur travail,<br \/>\nmais leur capacit\u00e9 \u00e0 travailler : leur force de travail. Marx d\u00e9crit un processus de<br \/>\nproduction organis\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 ce que les capitalistes investissent de l&rsquo;argent (A) afin<br \/>\nd&rsquo;acqu\u00e9rir des moyens de production (M) et une force de travail (T) pour produire des<br \/>\nmarchandises (M&rsquo;) qu&rsquo;ils vont vendre pour une somme d&rsquo;argent (A&rsquo;), avec A&rsquo; sup\u00e9rieur \u00e0 A.<br \/>\nLa diff\u00e9rence positive recherch\u00e9e entre A et A&rsquo; constituant la plus-value.<br \/>\nPour Marx, A&rsquo; est sup\u00e9rieur \u00e0 A car les capitalistes exploitent les travailleurs en ne leur<br \/>\npayant pas la totalit\u00e9 de la valeur qu&rsquo;ils produisent par leur travail. Le capitaliste ach\u00e8te de<br \/>\nla force de travail dont la valeur d\u2019usage cr\u00e9e de la valeur d\u2019\u00e9change. Il la paie au prix de<br \/>\nla reproduction de cette force, prix inf\u00e9rieur \u00e0 la valeur d\u2019\u00e9change cr\u00e9\u00e9e.<br \/>\nCette partie non vers\u00e9e est accapar\u00e9e par le capitaliste en sa qualit\u00e9 de propri\u00e9taire des<br \/>\nmoyens de production. C&rsquo;est donc, pour Marx, gr\u00e2ce \u00e0 ce \u00ab sur-travail \u00bbque les capitalistes<br \/>\nobtiennent un profit, qui leur permet d&rsquo;accumuler du capital. Autrement dit, les moyens de<br \/>\nproduction mat\u00e9riels ne produisent pas par nature de la valeur, ils n&rsquo;en produisent que<br \/>\nlorsqu&rsquo;ils sont mis en oeuvre par des travailleurs salari\u00e9s et qu&rsquo;ils permettent de d\u00e9gager<br \/>\nde la plus-value, et donc du profit. Par cons\u00e9quent, pour Marx, au lieu d&rsquo;\u00eatre une chose, le<br \/>\ncapital est un rapport social entre les personnes. Ce rapport social correspond \u00e0 ce que<br \/>\nMarx appelle \u00abrapport de classe \u00bb.<br \/>\nPour Piketty l&rsquo;achat et la vente de la force de travail n&rsquo;existent pas. De plus, il assimile<br \/>\ntotalement le capital au patrimoine, il les nomme page 84 : \u00ab synonymes parfaits \u00bb et les<br \/>\nutilise de mani\u00e8re interchangeables. Pour lui, le capital ou patrimoine repr\u00e9sente<br \/>\nl&rsquo;ensemble des actifs non-humains qui peuvent \u00eatre poss\u00e9d\u00e9s ou \u00e9chang\u00e9s sur un<br \/>\nmarch\u00e9. Il divise ensuite ce capital global en capital public et priv\u00e9. Cette confusion entre<br \/>\ncapital et patrimoine n&rsquo;est pas innocente. Nous constatons en lisant l&rsquo;ouvrage que l&rsquo;auteur<br \/>\njoue astucieusement de cette confusion patrimoine\/capital en utilisant l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des<br \/>\ndeux termes (qu&rsquo;il juge pourtant interchangeables) pour donner un sens particulier \u00e0 sa<br \/>\nd\u00e9monstration.<br \/>\nJe vais y venir mais dans l&rsquo;imm\u00e9diat je voudrais rappeler comment la langue fran\u00e7aise<br \/>\ntraite de cette question.<br \/>\nSelon le Tr\u00e9sor de la Langue Fran\u00e7aise (TLF) la d\u00e9finition du patrimoine est la<br \/>\nsuivante :<br \/>\n\u00ab Ensemble des biens h\u00e9rit\u00e9s des ascendants ou r\u00e9unis et conserv\u00e9s pour \u00eatre transmis<br \/>\naux descendants.<br \/>\nEnsemble des biens et des obligations d&rsquo;une personne (physique ou morale) ou d&rsquo;un<br \/>\ngroupe de personnes, appr\u00e9ciable en argent et dans lequel entre les actifs (valeurs,<br \/>\ncr\u00e9ances) de celle-ci\u00bb.<br \/>\nSelon le TLF la d\u00e9finition du capital est la suivante :<br \/>\n1. \u00ab Bien mon\u00e9taires poss\u00e9d\u00e9s ou pr\u00eat\u00e9s, par opposition aux int\u00e9r\u00eats qu&rsquo;ils peuvent<br \/>\nproduire.<br \/>\n2. Ensemble des moyens de production (bien financiers et mat\u00e9riels) poss\u00e9d\u00e9s et<br \/>\ninvestis par un individu ou un groupe d&rsquo;individus dans le circuit \u00e9conomique. Par<br \/>\nextension ensemble des moyens de production y compris le travail humain \u00bb.<br \/>\nNous voyons ainsi que le TLF lui m\u00eame fait une diff\u00e9rence entre patrimoine (ce que l&rsquo;on<br \/>\nposs\u00e8de) et capital (ce que l&rsquo;on investit). Pas innocente en effet cette assimilation<br \/>\ncapital\/patrimoine, puisque dans ces conditions l&rsquo;ouvrier ou l&#8217;employ\u00e9 qui poss\u00e8de sa<br \/>\nmaison est au m\u00eame titre que le capitaliste un d\u00e9tenteur du capital et sera globalement<br \/>\npris en compte dans la partie capital ou patrimoine des statistiques. Par ce tour de passe<br \/>\npasse Piketty efface encore une fois la r\u00e9alit\u00e9 de classe entre ceux qui poss\u00e8dent les<br \/>\nmoyens de production et ceux qui n&rsquo;ont que leur force de travail. Pour citer Marx et<br \/>\nEngels dans le manifeste du Parti Communiste : \u00ab Etre capitaliste, c&rsquo;est occuper non<br \/>\nseulement une position purement personnelle, mais encore une position sociale dans la<br \/>\nproduction. Le capital est un produit collectif : il ne peut \u00eatre mise en mouvement que par<br \/>\nl&rsquo;activit\u00e9 en commun de beaucoup d&rsquo;individus, et m\u00eame en derni\u00e8re analyse que par<br \/>\nl&rsquo;activit\u00e9 en commun de tous les individus, de toute la soci\u00e9t\u00e9. Le capital n&rsquo;est donc pas<br \/>\nune puissance personnelle ; c&rsquo;est une puissance sociale \u00bb.<br \/>\nRevenant au rapport capital\/revenu Piketty \u00e9nonce ce qu&rsquo;il appelle la premi\u00e8re loi<br \/>\nfondamentale du capitalisme (selon sa d\u00e9finition \u00e9videmment).<br \/>\nAlpha = r x beta<br \/>\nr = taux de rendement moyen du capital<br \/>\nbeta = rapport capital\/revenu.<br \/>\nAlpha = part du capital dans le revenu national,<br \/>\nen fait cette \u00e9galit\u00e9 est une identit\u00e9, toujours vraie par construction<br \/>\nNotons qu&rsquo;ici Piketty utilise le terme capital et non patrimoine.<br \/>\nM\u00eame si de mon point de vue de scientifique cette formule ne constitue pas une loi elle va<br \/>\nservir \u00e0 l&rsquo;auteur pour d\u00e9crire l&rsquo;\u00e9volution du capital \u00e0 travers les \u00e2ges et l&rsquo;espace. Il note<br \/>\nquand m\u00eame que c&rsquo;est une tautologie mais cela ne l&#8217;emp\u00eache pas d&rsquo;en faire un grand<br \/>\nusage qui n&rsquo;est en fait que le rapport que ces valeurs entretiennent entre elles sans<br \/>\nd\u00e9gager des lignes de forces qui d\u00e9couleraient de cette \u00ab loi \u00bb. Au passage, il note que r<br \/>\n(taux de rendement moyen du capital) est la base de l&rsquo;analyse marxiste, avec la baisse<br \/>\ntendancielle du taux de profit dont il ajoute que c&rsquo;est une pr\u00e9diction historique erron\u00e9e. En<br \/>\nfait ces deux affirmations sont fausses. Le r pikettien n&rsquo;est pas le taux de profit, il<br \/>\nenglobe tous les revenus du patrimoine quelles que soit leur forme juridique, y compris<br \/>\ndonc celui des livrets de caisse d &lsquo;\u00e9pargne! D&rsquo;autre part Marx indique que la baisse<br \/>\ntendancielle du taux de profit est pr\u00e9cis\u00e9ment tendancielle ce qui est loin de la vision qu&rsquo;en<br \/>\ndonne Piketty qui laisse \u00e0 croire que pour Marx cette baisse n&rsquo;aurait ni contre tendances ni<br \/>\n\u00ab accidents \u00bb et selon une courbe r\u00e9guli\u00e8re conduirait \u00e0 la mort \u00ab thermique \u00bb du<br \/>\ncapitalisme. Je vous renvoie au livre III du Capital o\u00f9 Marx d\u00e9veloppe longuement, entre<br \/>\nautres, ces contre-tendances et accidents.<br \/>\nLe fait que Piketty prenne en compte le taux de rendement du capital est directement li\u00e9 \u00e0<br \/>\nsa d\u00e9finition du capital. Il m\u00e9lange ainsi le taux de profit et les plus-values boursi\u00e8res ou<br \/>\nimmobili\u00e8res, il m\u00e9lange donc le capital qui se valorise dans la production et l&rsquo;argent<br \/>\ninvesti dans les op\u00e9rations purement sp\u00e9culatives. Mais, au fond, tout cela ne<br \/>\nrefl\u00e9terait-il pas la croissance des capitaux cherchant \u00e0 se valoriser en dehors de la<br \/>\nproduction par la sp\u00e9culation ? Notons que ces \u00e9normes capitaux qui s&rsquo;investissent<br \/>\ndans la sp\u00e9culation n&rsquo;apportent pas un iota ni de biens marchands ni de services utiles \u00e0<br \/>\nla population. Ils p\u00e8sent sur le prix d&rsquo;achat des mati\u00e8res premi\u00e8res, des immeubles&#8230;, ils<br \/>\nalimentent les bulles financi\u00e8res et la crise.<br \/>\nPour en terminer avec cette partie, je voudrais souligner la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 Piketti\u00e9ne quant \u00e0<br \/>\nl&rsquo;analyse de la r\u00e9partition mondiale du revenu et des facteurs de convergence qui peuvent<br \/>\nles rapprocher. Ainsi, \u00e9crit-il en parlant de la domination \u00e9conomique des pays pauvres par<br \/>\nles plus riches : \u00ab En principe, ce m\u00e9canisme par lequel les pays riches poss\u00e8dent une<br \/>\npartie des pays pauvres peut avoir des effets vertueux en terme de convergence \u00bb. Les<br \/>\npays qui ont subi la domination coloniale et subissent la domination n\u00e9o-coloniale<br \/>\nappr\u00e9cieront. Cela est \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 sociale et \u00e9conomique de nombreux pays<br \/>\npauvres dont la lib\u00e9ration de la domination imp\u00e9rialiste est plus que douloureuse et<br \/>\nmeurtri\u00e8re.<br \/>\nIl est vrai que pour Piketty page 144: \u00ab L&rsquo;histoire du d\u00e9veloppement \u00e9conomique est<br \/>\nd&rsquo;abord celle de la diversification des modes de vie et des types de biens et services<br \/>\nproduits et consomm\u00e9s \u00bb. sans rire !<\/p>\n<p>LA DYNAMIQUE DU RAPPORT CAPITAL\/REVENU (deuxi\u00e8me partie)<br \/>\nDans cette partie, l&rsquo;auteur s&rsquo;attache \u00e0 d\u00e9crire ce qu&rsquo;il appelle : \u00ab les m\u00e9tamorphoses du<br \/>\ncapital \u00bb. En particulier en France et en Angleterre, il note, \u00e0 juste titre, l&rsquo;\u00e9volution du<br \/>\ncapital terrien vers le capital immobilier et industriel. Les guerres, la colonisation,<br \/>\nl&rsquo;esclavage puis la d\u00e9colonisation ont jou\u00e9 un r\u00f4le important dans ces processus.<br \/>\nIl affirme page 190 : \u00ab Le capital avait en grande partie disparu au milieu du XXe si\u00e8cle.<br \/>\nCe sont les guerres qui au XXe si\u00e8cle ont fait table rase du pass\u00e9 et ont donn\u00e9 l&rsquo;illusion<br \/>\nd&rsquo;un d\u00e9passement structurel du capitalisme \u00bb. J&rsquo;avoue ne pas saisir ce que l&rsquo;auteur a en<br \/>\nvue au travers de cette affirmation si ce n&rsquo;est qu&rsquo;il confond volontairement ? rente et<br \/>\ncapital. Mais la pr\u00e9cision ne semble pas la vertu essentielle du contenu de ce livre. Page<br \/>\n202, en constatant que l&rsquo;Etat joue un r\u00f4le important dans le processus d&rsquo;accumulation du<br \/>\ncapital et des patrimoines et que l&rsquo;essentiel du patrimoine est priv\u00e9 l&rsquo;auteur fait une<br \/>\nd\u00e9couverte importante qu&rsquo;il r\u00e9sume ainsi : \u00ab La France comme le Royaume Uni ont<br \/>\ntoujours \u00e9t\u00e9 des pays fond\u00e9s sur la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, et n&rsquo;ont jamais exp\u00e9riment\u00e9 le<br \/>\ncommunisme de type sovi\u00e9tique \u00bb.<br \/>\nSelon lui, l&rsquo;analyse du r\u00f4le de la dette dans l&rsquo;accumulation du capital au XIXe et XXe si\u00e8cle<br \/>\naboutit \u00e0 des r\u00e9sultats oppos\u00e9s avec au XIXe une dette publique qui renforce les<br \/>\npatrimoines par un rapport positif des emprunts tandis qu&rsquo;elle les liquide par l&rsquo;inflation<br \/>\napr\u00e8s 1945.<br \/>\nRevenant sur cette id\u00e9e que l&rsquo;apr\u00e8s guerre est marqu\u00e9e par une France d&rsquo;un capitalisme<br \/>\nsans capitalistes, il note que les nationalisations de 1945 ont conduit \u00e0 un r\u00f4le renforc\u00e9 de<br \/>\nl&rsquo;Etat, ce qui est une \u00e9vidence. Cependant, l&rsquo;auteur ne s&rsquo;attarde pas \u00e0 analyser le pourquoi<br \/>\npolitique de cette situation et le r\u00f4le que les Etats ont jou\u00e9 et jouent pour permettre la<br \/>\nconstitution de monopoles capables de s&rsquo;inscrire dans la nouvelle concurrence mondiale<br \/>\ndans les rapports de force issus de la guerre et de la d\u00e9faite du camp socialiste. Ce serait<br \/>\nd&rsquo;autant plus int\u00e9ressant qu&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et en concurrence avec la triade USA, UE et Japon<br \/>\n\u00e9mergent des forces \u00e9tatiques capitalistes nouvelles que l&rsquo;on nomme de l&rsquo;acronyme<br \/>\nBRICS (Br\u00e9sil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).<br \/>\nL&rsquo;examen de la situation en Allemagne et en Am\u00e9rique lui donne l&rsquo;occasion de montrer les<br \/>\ndiff\u00e9rences dans les processus d&rsquo;accumulation avec, en Allemagne, les caract\u00e9ristiques<br \/>\nd&rsquo;un capitalisme dit Rh\u00e9nan d\u00e9tenu en partie par les salari\u00e9s, les r\u00e9gions et les<br \/>\nassociations et qui assurerait une plus grande stabilit\u00e9 du capital. Or, si cette vision des<br \/>\nchoses est conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 dans le domaine des Entreprises de Tailles Interm\u00e9diaires<br \/>\n(ETI), ce n&rsquo;est pas le cas du grand capital monopoliste industriel et financier. Ainsi, le r\u00f4le<br \/>\ndes grands trusts allemands de la chimie, de la m\u00e9tallurgie, de la finance&#8230;n&rsquo;est pas<br \/>\n\u00e9voqu\u00e9 par Piketty.<br \/>\nIl admet que la concurrence exacerb\u00e9e entre les puissances europ\u00e9ennes est \u00e0<br \/>\nl&rsquo;origine de la grande guerre 1914-18 mais ne met pas en cause les monopoles et il<br \/>\nse croit oblig\u00e9 d&rsquo;ajouter qu&rsquo;il n&rsquo;est pas besoin d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;accord avec L\u00e9nine pour arriver \u00e0<br \/>\nune telle conclusion.<br \/>\nPiketty en vient alors \u00e0 ce qu&rsquo;il nomme page 262 la deuxi\u00e8me loi fondamentale du<br \/>\ncapitalisme :<br \/>\nBeta = s\/g<br \/>\nBeta = capital\/revenu<br \/>\ns = taux d&rsquo;\u00e9pargne<br \/>\ng = taux de croissance<br \/>\nPage 266 cette loi qui devient : \u00ab une \u00e9galit\u00e9 comptable \u00bb doit \u00eatre \u00e9tudi\u00e9e sur une longue<br \/>\np\u00e9riode et d\u00e9crit un processus dynamique de l&rsquo;accumulation.<br \/>\nEn \u00e9tudiant les variations de beta, l&rsquo;auteur conclut qu&rsquo;apr\u00e8s une grande d\u00e9pression due \u00e0<br \/>\nla guerre, depuis 1970 les patrimoines se sont reconstitu\u00e9s et se reconstituent encore.<br \/>\nDepuis 1970, on assiste selon l&rsquo;auteur \u00e0 : \u00ab l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un nouveau capitalisme<br \/>\npatrimonial \u00bb et cela sur la base d&rsquo;une croissance faible au d\u00e9nominateur ce qui<br \/>\nmath\u00e9matiquement fait cro\u00eetre le beta tandis que le taux d&rsquo;\u00e9pargne reste \u00e9lev\u00e9 du<br \/>\nfait du transfert de la richesse publique vers le priv\u00e9 par les privatisations et le<br \/>\nrattrapage des prix des actifs immobiliers et boursiers. Tout cela est \u00e9videmment en<br \/>\nrapport avec une politique favorable au capital. Une remarque au passage sur<br \/>\nl&rsquo;expression : \u00ab capitalisme patrimonial \u00bb. Si capital et patrimoine sont des synonymes<br \/>\nparfaits que peut signifier cette expression qui pourrait aussi se nommer : \u00ab capitalisme<br \/>\ncapitaliste ou patrimoine patrimonial ou encore patrimoine capitaliste \u00bb. On mesure bien<br \/>\nla confusion qui pr\u00e9side \u00e0 ce tour de passe passe qui a consist\u00e9 \u00e0 confondre capital et<br \/>\npatrimoine !<br \/>\nUne question \u00e9merge page 303 sur qui poss\u00e8de qui ou quoi, certains pays ne se<br \/>\nretrouvent-ils pas poss\u00e9d\u00e9s par les autres ? A l&rsquo;heure d&rsquo;une \u00ab mondialisation \u00bb g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<br \/>\ncette question est \u00e9videmment pertinente. Piketty affirme que chaque pays est en grande<br \/>\npartie poss\u00e9d\u00e9 par les autres et que : \u00ab Les actifs et passifs financiers ont progress\u00e9<br \/>\nencore plus fortement que la valeur nette des patrimoines. Cela rend compte du<br \/>\nd\u00e9veloppement sans pr\u00e9c\u00e9dent des participations crois\u00e9es entre soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res et<br \/>\nnon financi\u00e8res d&rsquo;un m\u00eame pays et entre pays, cela est tr\u00e8s marqu\u00e9 pour les pays<br \/>\neurop\u00e9ens \u00bb. C&rsquo;est une question int\u00e9ressante qui recouvre la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;imp\u00e9rialisme mais<br \/>\nqu&rsquo;il n&rsquo;analyse pas.<br \/>\nPiketty se penche ensuite sur la question du partage capital\/travail au XXIe si\u00e8cle.<br \/>\nApr\u00e8s avoir constat\u00e9 les fluctuations dans le partage capital\/travail au cours du temps sur<br \/>\nla base de l&rsquo;\u00e9quation alpha = r x beta, dont il d\u00e9duit la part du capital et du travail dans le<br \/>\nrevenu national, il conclut \u00e0 la remont\u00e9e de la part du capital depuis 1970 et la stabilisation<br \/>\n\u00e0 partir de 1990. Cependant, ce calcul pose un s\u00e9rieux probl\u00e8me car le partage ainsi<br \/>\neffectu\u00e9 ne dit rien sur la r\u00e9alit\u00e9 de la part des salaires dans la valeur produite, ni sur les<br \/>\nprofits capitalistes ni sur le prix de la force de travail et sur le degr\u00e9 d&rsquo;exploitation du travail<br \/>\nsalari\u00e9.<br \/>\nPiketty introduit deux notions :<br \/>\nLe taux de rendement moyen du capital r<br \/>\nLa notion de productivit\u00e9 marginale du capital (PMC)<br \/>\nLe taux de rendement moyen du capital r<br \/>\nC&rsquo;est une construction abstraite d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments et de rendements disparates (actions 7%,<br \/>\nactifs divers 4% , immobilier 4%, compte \u00e9pargne 1,5%&#8230;.) le taux de rendement moyen<br \/>\nainsi calcul\u00e9 agr\u00e8ge des placements disparates et noie les profits capitalistes li\u00e9s \u00e0 la mise<br \/>\nen mouvement du capital dans la production des marchandises et des services et ceux<br \/>\nli\u00e9s \u00e0 la sp\u00e9culation.<br \/>\nLa notion de productivit\u00e9 marginale du capital (PMC)<br \/>\nCette PMC est d\u00e9finie par la valeur de la production additionnelle apport\u00e9e par une unit\u00e9<br \/>\nde capital suppl\u00e9mentaire. C&rsquo;est une d\u00e9finition identique qui pr\u00e9vaut pour la productivit\u00e9<br \/>\nmarginale du travail PML. En fait, ces PMC et PML servent \u00e0 calculer la quantit\u00e9 optimale<br \/>\nde capital et de travail n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9alisation d&rsquo;une plus-value maximale.<br \/>\nle r\u00e9sultat Productivit\u00e9 Marginale du Travail est \u00e0 la base de tous les travaux expliquant le<br \/>\nch\u00f4mage par le niveau trop \u00e9lev\u00e9 des salaires (voir le livre de Laurent Cordonnier \u00ab Pas<br \/>\nde piti\u00e9 pour les gueux ! \u00bb).<br \/>\nPMC et PML reli\u00e9es \u00e0 la productivit\u00e9 du travail et du capital justifient la th\u00e8se des<br \/>\n\u00e9conomistes orthodoxes : il n&rsquo;y a pas de conflits possibles dans le partage de la valeur<br \/>\najout\u00e9e entre travailleurs et d\u00e9tenteurs de capital, puisque le profit n&rsquo;est que la simple<br \/>\nr\u00e9mun\u00e9ration de la productivit\u00e9 du capital et du travail. Autrement dit, PMC et PML<br \/>\njustifient que le libre-jeu des march\u00e9s ne fasse que r\u00e9mun\u00e9rer travailleurs et d\u00e9tenteurs de<br \/>\ncapital \u00e0 leur \u00ab juste niveau \u00bb, celui de leur productivit\u00e9.<br \/>\nPiketty critique, \u00e0 juste titre, ces notions bas\u00e9es sur la th\u00e9orie de Cobb-Douglas. Il<br \/>\nestime page 344 que la conclusion \u00e0 laquelle elles m\u00e8nent d&rsquo;une stabilit\u00e9 dans le<br \/>\npartage capital\/travail : \u00ab donne une vision relativement apais\u00e9e et harmonieuse de<br \/>\nl&rsquo;ordre social. Elle peut se conjuguer avec une in\u00e9galit\u00e9 extr\u00eame de la propri\u00e9t\u00e9 du<br \/>\ncapital et de la r\u00e9partition des revenus \u00bb. S&rsquo;il n&rsquo;en tire aucune conclusion claire il<br \/>\nprofite de l&rsquo;occasion pour se d\u00e9marquer une fois de plus de l&rsquo;analyse marxiste.<br \/>\nAinsi, il revient sur cette notion fondamentale de \u00ab baisse tendancielle du taux de profit \u00bb,<br \/>\npour pointer que dans l&rsquo;approche de Marx (dont il affirme : \u00ab que sa prose n&rsquo;est pas<br \/>\ntoujours limpide \u00bb ! sous-entendu que celle de Piketty l&rsquo;est), l&rsquo;accumulation infinie qu&rsquo;il<br \/>\npr\u00e9voit ne tiendrait pas compte des progr\u00e8s de la technologie qui favorisent un<br \/>\naccroissement de la productivit\u00e9 et donc \u00ab \u00e9quilibre \u00bb le processus d&rsquo;accumulation du<br \/>\ncapital. Sans cela, affirme l&rsquo;auteur la pr\u00e9diction de Marx conduit \u00e0 la guerre et ou \u00e0<br \/>\nimposer au travail une part plus faible du revenu national et aurait pour<br \/>\ncons\u00e9quence la r\u00e9volution. Faire dire \u00e0 Marx ce qu&rsquo;il ne dit pas ou tordre ses propos<br \/>\nsont donc une d\u00e9marche permanente chez Piketty! Nous verrons que c&rsquo;est aussi un des<br \/>\nenjeux politique de ce travail. De plus Piketty semble ignorer le monde r\u00e9el, celui des<br \/>\naffrontements inter-imp\u00e9rialistes pour le partage et repartage du monde, la conqu\u00eate<br \/>\nd&rsquo;espaces, de ressources, de march\u00e9s nouveaux et de force de travail \u00e0 exploiter. Il<br \/>\nsemble aussi ignorer les politiques men\u00e9es pour faire baisser le prix de la force de travail<br \/>\net augmenter l&rsquo;exploitation du salariat.<br \/>\nD&rsquo;autre part, la baisse tendancielle du taux de profit ne dit pas que les profits diminuent en<br \/>\nvaleur absolue au contraire, ils augmentent. La lutte des classes au XXIe si\u00e8cle est nourrie<br \/>\npar ces r\u00e9alit\u00e9s que la prose Pyketti\u00e8ne ne saurait \u00e9vacuer. Ce n&rsquo;est pas en concluant<br \/>\ncette partie par l&rsquo;affirmation que : \u00ab La croissance moderne (productivit\u00e9 et connaissance)<br \/>\na permis d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;apocalypse marxiste et d&rsquo;\u00e9quilibrer le processus d&rsquo;accumulation du<br \/>\ncapital, mais sans en modifier la structure profonde \u00bb que Pyketti nous convaincra de la<br \/>\nvaleur de son argumentation.<\/p>\n<p>LA STRUCTURE DES INEGALITES (troisi\u00e8me partie)<br \/>\nCette partie ne manque pas d&rsquo;int\u00e9r\u00eat quant \u00e0 la description des in\u00e9galit\u00e9s, je veux<br \/>\nsimplement souligner les aspects les plus saillants et discuter quelques questions de<br \/>\nm\u00e9thodologie.<br \/>\nC&rsquo;est sur la question de la d\u00e9finition du concept de classe que Piketty se donne le plus de<br \/>\nmal pour expliquer son point de vue. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une question capitale. L&rsquo;auteur affirme,<br \/>\njustement, que les d\u00e9finitions dans ce domaine ne sont pas anodines. En consid\u00e9rant,<br \/>\nque toute repr\u00e9sentation des in\u00e9galit\u00e9s fond\u00e9e sur un nombre de cat\u00e9gories<br \/>\nlimit\u00e9es est vou\u00e9 au sch\u00e9matisme puisque la r\u00e9alit\u00e9 sociale est, selon lui, une<br \/>\nr\u00e9partition continue, il va taire la r\u00e9alit\u00e9 de classe pour s&rsquo;en tenir \u00e0 une<br \/>\ncat\u00e9gorisation par d\u00e9ciles et centiles de revenus du capital et\/ou du travail. Il s&rsquo;agit l\u00e0<br \/>\nd&rsquo;un point fondamental. En effet, s&rsquo;en tenir \u00e0 une vision statistique \u00e0 partir des revenus<br \/>\ngomme la place des uns et des autres dans les rapports sociaux et en particulier dans les<br \/>\nrapports d&rsquo;exploitation \u00e0 la base du syst\u00e8me capitaliste lui-m\u00eame. Nier la division de la<br \/>\nsoci\u00e9t\u00e9 en classes et en particulier en classes antagoniques, revient \u00e0 accepter cette<br \/>\ndivision et donc \u00e0 faire du capitalisme l&rsquo;horizon ind\u00e9passable de l&rsquo;histoire des rapports<br \/>\nsociaux et dans le meilleur des cas, ce \u00e0 quoi Piketty se rattache, pr\u00e9coniser, nous le<br \/>\nverrons plus tard, une humanisation du capitalisme si tant est que ce soit possible comptetenu<br \/>\nde la nature m\u00eame de ce syst\u00e8me.<br \/>\nDans ces conditions, Piketty en reste \u00e0 une vision de la pens\u00e9e \u00e9conomique classique et<br \/>\nn\u00e9o-classique de l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une \u00abclasse moyenne patrimoniale \u00bb et pourquoi pas,<br \/>\nselon ses synonymes parfaits que sont capital et patrimoine une \u00ab classe moyenne<br \/>\ncapitaliste \u00bb. Il affirme page 410 que cette innovation majeure du 21e si\u00e8cle constitue la<br \/>\nprincipale transformation de la r\u00e9partition des richesses au XXe si\u00e8cle. Il ajoute que cette<br \/>\nclasse moyenne a permis une transformation profonde de la structure sociale et politique.<br \/>\nCe qui est pour le moins une affirmation audacieuse car les couches qu&rsquo;ils nomment<br \/>\nmoyennes n&rsquo;ont pas le pouvoir qui est bel et bien confisqu\u00e9 par le grand capital, et comme<br \/>\nil le pr\u00e9cise lui-m\u00eame n&rsquo;ont arrach\u00e9 que des miettes.<br \/>\nA la question : \u00ab Le XXIe si\u00e8cle sera-t-il encore plus in\u00e9galitaire que le XIXe ? \u00bb, il<br \/>\nr\u00e9pond page 598 : \u00ab Il est illusoire d&rsquo;imaginer qu&rsquo;il existe dans la structure de la<br \/>\ncroissance moderne ou dans les lois de l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9, des forces de<br \/>\nconvergence menant naturellement \u00e0 une r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s patrimoniales ou \u00e0 une<br \/>\nharmonieuse stabilisation \u00bb. Cette remarque apr\u00e8s de longs d\u00e9veloppements sur la<br \/>\ncroissance des in\u00e9galit\u00e9s devrait amener l&rsquo;auteur \u00e0 s&rsquo;inqui\u00e9ter des causes profondes de<br \/>\ncette situation. Il n&rsquo;en est rien et l&rsquo;auteur note m\u00eame page 613 : \u00ab Pour des raisons<br \/>\ntechnologiques, le capital joue toujours aujourd&rsquo;hui un r\u00f4le central dans le processus de<br \/>\nproduction et donc dans la vie sociale \u00bb. On ne peut pas plus clairement choisir son<br \/>\ncamp ! Pourquoi, se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 des raisons technologiques alors que le capitalisme ne met<br \/>\nen oeuvre les sciences et les technologies que si elles entrent dans une strat\u00e9gie propre \u00e0<br \/>\nson d\u00e9veloppement. Les raisons sont en fait d&rsquo;ordre \u00e9conomique et politique.<br \/>\nA partir de l\u00e0 Piketty va s&rsquo;activer pour justifier ce choix. Comment justifier les in\u00e9galit\u00e9s et<br \/>\nles baser sur un principe rationnel acceptable par la soci\u00e9t\u00e9. Les pages 671-672 et 674<br \/>\nsont \u00e9clairantes de ce point de vue. Il reprend le raisonnement politique, celui de la<br \/>\nd\u00e9claration des droits de l&rsquo;homme, qui est le fondement de l&rsquo;\u00e9mergence de la domination<br \/>\nde la classe bourgeoise capitaliste. \u00ab En d\u00e9mocratie, pour sortir de la contradiction de<br \/>\nl&rsquo;\u00e9galit\u00e9 proclam\u00e9e et des in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9elles, il est vital que les in\u00e9galit\u00e9s d\u00e9coulent de<br \/>\nprincipes rationnels et universels. Les in\u00e9galit\u00e9s se doivent donc d&rsquo;\u00eatre justes et utiles \u00e0<br \/>\ntous \u00bb. Puis pour bien se faire comprendre, il ajoute page 674 : \u00ab A partir du moment ou le<br \/>\ncapital joue un r\u00f4le utile dans le processus de production, il est naturel qu&rsquo;il ait un<br \/>\nrendement \u00bb. Cette th\u00e8se rappelle les efforts des n\u00e9o-keyn\u00e9siens pour pr\u00e9coniser un<br \/>\ncalcul du co\u00fbt du travail et un du co\u00fbt du capital et un autre partage des richesses, sans<br \/>\ntoucher \u00e9videmment au syst\u00e8me capitaliste lui-m\u00eame. Cette d\u00e9marche alimente m\u00eame<br \/>\naujourd&rsquo;hui la pens\u00e9e th\u00e9orique des conf\u00e9d\u00e9rations syndicales en France et dans l&rsquo;Union<br \/>\nEurop\u00e9enne.<br \/>\nSe mettre du c\u00f4t\u00e9 du capital n&#8217;emp\u00eache pas la lucidit\u00e9 de Piketty, puisqu&rsquo;il s&rsquo;interroge sur<br \/>\nl&rsquo;\u00e9volution de la progression des in\u00e9galit\u00e9s dans les termes suivants page 685 : \u00ab Les<br \/>\nforces de la mondialisation financi\u00e8re ne risquent-elles pas de conduire dans les si\u00e8cles<br \/>\nqui s&rsquo;ouvrent \u00e0 une concentration du capital encore plus forte que toutes celles observ\u00e9es<br \/>\ndans le pass\u00e9, \u00e0 moins que ce ne soit d\u00e9j\u00e0 le cas ? \u00bb. On serait tent\u00e9 de dire qu&rsquo;attendre<br \/>\n685 pages pour une telle observation met \u00e0 rude \u00e9preuve les nerfs du lecteur, mais on<br \/>\npeut aussi faire observer \u00e0 Piketty qu&rsquo;une lecture un tant soit peu attentive de Marx l&rsquo;aurait<br \/>\nconvaincu que loin d&rsquo;une vision apocalyptique Marx avait bel et bien pr\u00e9vu ce ph\u00e9nom\u00e8ne<br \/>\nde concentration du capital et que L\u00e9nine en a rajout\u00e9 une couche en d\u00e9crivant la<br \/>\nformation d&rsquo;une phase imp\u00e9rialiste li\u00e9e \u00e0 la fusion du capital financier et industriel dans la<br \/>\nconstitution de monopoles. R\u00e9alit\u00e9s et ph\u00e9nom\u00e8nes qui se sont ind\u00e9niablement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s<br \/>\ndans les derni\u00e8res d\u00e9cennies.<br \/>\nFace \u00e0 cette dynamique de concentration du capital Piketty en vient page 701 \u00e0 sa<br \/>\nproposition centrale, celle d&rsquo;un imp\u00f4t progressif sur le capital au niveau mondial pour<br \/>\npermettre de contrecarrer efficacement cette dynamique.<br \/>\nPour att\u00e9nuer le \u00ab choc \u00bb de cette perspective, il affirme que : \u00ab si justifi\u00e9es (par quoi?)<br \/>\nsoient-elles au d\u00e9part, les fortunes se multiplient parfois au del\u00e0 de toute limite et de<br \/>\ntoute justification rationnelle possible en terme d&rsquo;utilit\u00e9 sociale \u00bb. Nous sommes en pleine<br \/>\nmoralisation et la suite va montrer les limites de la hardiesse Pikettienne !<\/p>\n<p>REGULER LE CAPITAL AU XXIe SIECLE (quatri\u00e8me partie)<br \/>\nPage 751 reprenant l&rsquo;id\u00e9e de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9passement du capitalisme pour le<br \/>\nr\u00e9guler avant qu&rsquo;une grande catastrophe arrive, Piketty pose la question suivante page<br \/>\n752 : \u00ab Quelles institutions politiques pourraient permettre de r\u00e9guler de fa\u00e7on \u00e0 la fois<br \/>\njuste et efficace le capitalisme patrimonial mondialis\u00e9 du si\u00e8cle ?\u00bb. Cette question renvoie<br \/>\n\u00e0 celle de : \u00ab quel Etat social pour le XXIe si\u00e8cle \u00bb et plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00ab au r\u00f4le de la<br \/>\npuissance publique dans la production et la r\u00e9partition des richesses et la construction<br \/>\nd&rsquo;un Etat social adapt\u00e9 au XXIe si\u00e8cle \u00bb. Au del\u00e0 de ce qui appara\u00eet comme frapp\u00e9 au coin<br \/>\ndes bonnes intentions : \u00ab moderniser l&rsquo;Etat social et non le d\u00e9manteler \u00bb on retrouve tout<br \/>\nle discours actuel sur la r\u00e9forme, dont le contenu est clairement orient\u00e9 dans le sens des<br \/>\nint\u00e9r\u00eats du grand capital, il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 voir le contenu de la loi de modernisation dite loi<br \/>\nMacron qui sous couvert de modernit\u00e9 liquide des pans entiers des conqu\u00eates sociales<br \/>\ndes salari\u00e9s. Dans cette \u00ab modernisation \u00bb il est facile de retrouver les th\u00e8mes en<br \/>\nvogue :<br \/>\nMixit\u00e9 public\/priv\u00e9<br \/>\nr\u00e9forme des retraites dont il admet comme les gouvernements successifs qu&rsquo;elles<br \/>\ndoivent rester par r\u00e9partition, mais dont il faut allonger la dur\u00e9e de cotisation et<br \/>\nmodifier les bases du calcul. Rien d&rsquo;original en somme !!!<br \/>\nPlus d&rsquo;Europe \u00e9conomique et politique<br \/>\nDevant les d\u00e9r\u00e8glements qu&rsquo;il juge n\u00e9fastes au maintien de l&rsquo;ordre social Piketty insiste<br \/>\nlourdement sur la question de la fiscalit\u00e9. Et reprend son id\u00e9e d&rsquo;un imp\u00f4t mondial sur le<br \/>\ncapital. Cependant, en mesurant la difficult\u00e9 et l&rsquo;absence de cr\u00e9dibilit\u00e9 d&rsquo;une telle<br \/>\nproposition quand on sait les sommes englouties dans les paradis fiscaux et la complexit\u00e9<br \/>\ndes m\u00e9canismes bancaires visant \u00e0 \u00e9pargner aux entreprises le paiement de l&rsquo;imp\u00f4t,<br \/>\nPiketty en vient \u00e0 consid\u00e9rer sa propre proposition comme illusoire, comme l&rsquo;est de la<br \/>\nm\u00eame fa\u00e7on la fameuse taxe Tobbin ch\u00e8re aux r\u00e9formistes politiques. Dans ces<br \/>\nconditions, il en profite pour glisser sur le terrain du plus d&rsquo;Europe n\u00e9cessaire selon lui<br \/>\npour arriver \u00e0 r\u00e9guler le capital. Il ne se pose \u00e9videmment pas la question de la nature de<br \/>\nla construction europ\u00e9enne, celle d&rsquo;un ensemble imp\u00e9rialiste au service des monopoles ce<br \/>\ndont les Peuples font la douloureuse exp\u00e9rience.<br \/>\nSur l&rsquo;imp\u00f4t encore, Piketty page 840 lui attribue un objectif de transparence d\u00e9mocratique<br \/>\net financi\u00e8re. Il affirme que cet imp\u00f4t mondial serait modeste en terme de recette. Il n&rsquo;est<br \/>\npas con\u00e7u dit-il pour : \u00ab Financer l&rsquo;Etat social mais pour r\u00e9guler le capitalisme \u00bb. Les<br \/>\ncapitalistes doivent \u00eatre morts de peur devant une telle perspective !<br \/>\nLa derni\u00e8re partie est consacr\u00e9e \u00e0 la question de la dette. Une occasion pour \u00e9laborer<br \/>\nune grande explication sur la n\u00e9cessit\u00e9 de donner un Etat \u00e0 l&rsquo;Euro, lui qui est la seule<br \/>\nmonnaie sans Etat. Il s&rsquo;agit en clair d&rsquo;un plaidoyer pour une Europe f\u00e9d\u00e9rale en<br \/>\ncr\u00e9ant : \u00ab un parlement budg\u00e9taire de la zone Euro \u00bb. Cette Europe serait donc<br \/>\nn\u00e9cessairement compl\u00e8tement int\u00e9gr\u00e9e sur le plan politique.<br \/>\nPour terminer vraiment mais in \u00ab cauda venenum \u00bb, Piketty affirme que le \u00ab march\u00e9 et le<br \/>\nvote ne sont que deux fa\u00e7ons polaires d&rsquo;organiser les d\u00e9cisions collectives \u00bb et pour faire<br \/>\nbonne mesure r\u00e9formatrice il ajoute page 940 : \u00ab Pour que la d\u00e9mocratie parvienne un<br \/>\njour \u00e0 reprendre le contr\u00f4le du capitalisme, il faut d&rsquo;abord partir du principe que les formes<br \/>\nconcr\u00e8tes de la d\u00e9mocratie et du capitalisme sont encore et toujours \u00e0 r\u00e9inventer \u00bb. nous<br \/>\npouvons mesurer dans cette affirmation le peu de chance d&rsquo;aboutir d&rsquo;une telle d\u00e9marche<br \/>\nmais \u00e0 vrai dire ce n&rsquo;est pas l&rsquo;objectif de Piketty ni de ses commanditaires. Tout cela pose<br \/>\nla question Pourquoi le livre de Piketty, quels int\u00e9r\u00eats sert-il ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>POURQUOI LE LIVRE DE PIKETTY, QUELS INTERETS SERT-IL?<\/strong><\/p>\n<p>Dans la crise profonde du syst\u00e8me capitaliste, dans la lutte acharn\u00e9e que m\u00e8ne le capital<br \/>\npour r\u00e9tablir les taux de profits, les id\u00e9ologues bourgeois conscients du rejet de leur<br \/>\nmesures politiques par une part croissante de la population sont \u00e0 la recherche d&rsquo;un<br \/>\ncompromis social leur permettant de neutraliser la lutte de classe ou de la d\u00e9voyer pour<br \/>\nque in fine la domination du capital demeure. Dans cette lutte, il faut \u00e0 tout prix montrer<br \/>\nqu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre issue que celle d&rsquo;accepter la loi du capital. Ainsi, faut-il<br \/>\nsyst\u00e9matiquement d\u00e9qualifier les analyses s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;existence des classes sociales<br \/>\net leur caract\u00e8re antagonique dans le syst\u00e8me capitaliste et lui substituer une analyse en<br \/>\nterme de groupes sociaux. Il faut aussi \u00ab purifier \u00bb l&rsquo;\u00e9conomie du politique et l&rsquo;\u00e9loigner<br \/>\nd&rsquo;une analyse globale de la soci\u00e9t\u00e9 et de son mouvement.<br \/>\nIl faut distinguer le r\u00f4le de l&rsquo;Etat de celui du capital, en donnant l&rsquo;illusion que l&rsquo;Etat est<br \/>\nneutre, au dessus de la m\u00eal\u00e9e. D&rsquo;o\u00f9 les discours sur l&rsquo;Etat strat\u00e8ge. Dans ces conditions,<br \/>\nMarx et les marxistes doivent \u00eatre d\u00e9consid\u00e9r\u00e9s et renvoy\u00e9s, au mieux, aux rangs de doux<br \/>\nr\u00eaveurs et au pire \u00e0 ceux de th\u00e9oriciens du \u00ab totalitarisme \u00bb. Expurger la lutte des classes<br \/>\ndu paysage est \u00e9videmment une t\u00e2che ardue, mais n\u00e9cessaire du point de vue du capital.<br \/>\nCela n\u00e9cessite de s&rsquo;appuyer sur des organisations sociales, en particulier syndicales et<br \/>\npolitiques, qui pratiquent la collaboration de classe. C&rsquo;est \u00e0 cette imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 que<br \/>\nr\u00e9pond une demande de \u00ab th\u00e9orisation \u00bb du mouvement de la soci\u00e9t\u00e9 du point de vue du<br \/>\ncapital bien entendu. C&rsquo;est finalement le contenu politique du livre de Piketty. Il livre une<br \/>\nvision de la r\u00e9alit\u00e9, qu&rsquo;il est difficile d&rsquo;ignorer, celle des in\u00e9galit\u00e9s, de leur p\u00e9rennisation,<br \/>\nune vision de leur approfondissement en m\u00eame temps que se concentre le capital. En<br \/>\nm\u00eame temps, il nie toute r\u00e9alit\u00e9 de classe et renvoie \u00e0 des \u00ab solutions \u00bb qui ne tiennent<br \/>\naucun compte de la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;exploitation capitaliste. Dans ce sens le livre de Piketty est<br \/>\nutile \u00e0 un d\u00e9tournement politique visant \u00e0 justifier l&rsquo;acceptation de la politique du capital.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>PLUS FONDAMENTALEMENT, Y-A-T-IL UNE VOIE REFORMISTE<\/strong><br \/>\n<strong>POSSIBLE?<\/strong><\/p>\n<p>Cette partie de mon expos\u00e9 est destin\u00e9 \u00e0 ouvrir un d\u00e9bat que je centrerai sur la question<br \/>\nplus fondamentale de la possibilit\u00e9 d&rsquo;une voie r\u00e9formiste visant \u00e0 transformer et \u00e0<br \/>\nmoraliser le capitalisme.<br \/>\nJe donnerai mon point de vue sans d\u00e9tour et je r\u00e9pondrai brutalement : \u00ab Non il n&rsquo;y en a<br \/>\npas \u00bb ! Mais disent certains, le rapport de force \u00e9tant ce qu&rsquo;il est, une ligne de classe estelle<br \/>\nenvisageable \u00e0 court terme et quel ressort utiliser pour reconstruire une conscience<br \/>\nde classe du c\u00f4t\u00e9 des travailleurs ? Je vais tenter d&rsquo;y r\u00e9pondre.<br \/>\nSi nous analysons rapidement ce qui se passe actuellement en Europe, nous mesurons<br \/>\nbien l&rsquo;impasse que repr\u00e9sente la recherche d&rsquo;un compromis politique avec les forces du<br \/>\ncapital. C&rsquo;est l&rsquo;exp\u00e9rience que fait le peuple grec quand son gouvernement affirme \u00e0 la fois<br \/>\nd\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats et se placer du point de vue de l&rsquo;Europe et de l&rsquo;OTAN.<br \/>\nPour garder le pouvoir et maintenir le syst\u00e8me d&rsquo;exploitation capitaliste, pour<br \/>\nd\u00e9sarmer id\u00e9ologiquement les travailleurs en masquant les causes de la crise, Les<br \/>\nclasses bourgeoises en Europe recomposent en permanence les forces politiques<br \/>\ndites de droite ou de gauche. C&rsquo;est d&rsquo;autant plus n\u00e9cessaire que pour maintenir<br \/>\nvoire r\u00e9tablir leurs taux de profit, les capitalistes doivent pousser bien plus<br \/>\nloin les reculs sociaux et l&rsquo;exploitation du travail salari\u00e9. Faire baisser le prix<br \/>\nde la force de travail et accro\u00eetre l&rsquo;exploitation des peuples est leur grand<br \/>\nobjectif, celui qu\u2019ils ne perdent jamais de vue. Cette recomposition des forces<br \/>\npolitiques vise \u00e0 aspirer et d\u00e9tourner le m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par les mesures<br \/>\nantisociales prises par les gouvernements. Elle prend des formes diverses suivant<br \/>\nles pays. Cependant des caract\u00e9ristiques communes sont \u00e0 noter. Ainsi, la division<br \/>\nde la soci\u00e9t\u00e9 en classes antagonistes (le salariat exploit\u00e9 et le capital exploiteur)<br \/>\nest remplac\u00e9e par le concept de ceux \u00ab d&rsquo;en haut \u00bb et ceux \u00ab d&rsquo;en bas \u00bb. Ce<br \/>\nconcept qui efface les diff\u00e9rences de classe est utilis\u00e9 dans des formes diverses. Il<br \/>\nen va de m\u00eame du capitalisme qui est baptis\u00e9 du nouveau nom de \u00ab n\u00e9olib\u00e9ralisme<br \/>\n\u00bb. Cette appellation a pour vertu d&rsquo;\u00e9pargner le syst\u00e8me lui-m\u00eame et s&rsquo;il<br \/>\npermet de fustiger la \u00ab finance \u00bb il ne touche surtout pas \u00e0 la nature du capitalisme.<br \/>\nIl est devenu de bon ton de condamner le \u00ab n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00bb et la finance et donc<br \/>\nde laisser entendre que la crise n&rsquo;est qu&rsquo;une d\u00e9r\u00e9gulation du capitalisme.<br \/>\nEn attaquant le \u00ab capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral \u00bb toutes ces forces rangent dans leur bo\u00eete \u00e0 outils<br \/>\ntoute critique sur la nature capitaliste et imp\u00e9rialiste de la construction europ\u00e9enne. Ce<br \/>\ndiscours est celui de toute la \u00ab gauche europ\u00e9enne \u00bb, dite radicale ou non. qui affirme la<br \/>\npossibilit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9orientation de l&rsquo;UE vers plus de \u00ab social \u00bb.<br \/>\nLa nature imp\u00e9rialiste de l&rsquo;UE est pourtant claire, les faits le montrent abondamment. Sous<br \/>\nl&rsquo;\u00e9gide de l&rsquo;OTAN, les pays europ\u00e9ens participent \u00e0 de v\u00e9ritables guerres de conqu\u00eate et<br \/>\nde destructions des nations : Afghanistan, Yougoslavie, Ukraine, Libye, Irak, Syrie, soutien<br \/>\nind\u00e9fectible \u00e0 l\u2019\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl, intervention en Afrique\u2026&#8230;<br \/>\nSoyons clair, sans une analyse rigoureuse de la nature imp\u00e9rialiste de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne<br \/>\nil n&rsquo;est \u00e9videmment pas possible d&rsquo;engager la lutte contre le capitalisme lui-m\u00eame. S&rsquo;en<br \/>\ntenir \u00e0 des formules g\u00e9n\u00e9rales comme la sortie de l&rsquo;Euro et de l&rsquo;Europe, sans s&rsquo;attaquer \u00e0<br \/>\nla nature capitaliste de l&rsquo;UE et des Etats qui la composent ne sert pas \u00e0 autre chose que<br \/>\nd&rsquo;\u00eatre le miroir de la formule creuse de transformation de l&rsquo;Europe en Europe sociale<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>CONCLUSION<\/strong><\/p>\n<p>Piketty per\u00e7oit et d&rsquo;une certaine fa\u00e7on met en lumi\u00e8re le degr\u00e9 de parasitisme du<br \/>\ncapitalisme.<br \/>\nCette situation de crise syst\u00e9mique exacerbe les affrontements inter-imp\u00e9ralistes pour<br \/>\nle partage et le repartage du monde. Elle entra\u00eene des conflits arm\u00e9s men\u00e9s par<br \/>\nl&rsquo;imp\u00e9rialisme et dont les peuples font les frais. Cette situation est la cause des reculs<br \/>\nsociaux et d\u00e9mocratiques sans pr\u00e9c\u00e9dents, et menace la paix mondiale. Dans ces<br \/>\nconditions, l&rsquo;impuissance de Piketty \u00e0 proposer une issue autre que l&rsquo;am\u00e9nagement du<br \/>\ncapitalisme par la fiscalit\u00e9, l&rsquo;\u00e9ducation et la recherche, discours r\u00e9current des r\u00e9formistes<br \/>\nde tous bords, a quelque chose de path\u00e9tique. Cet am\u00e9nagement du capitalisme rel\u00e8ve<br \/>\nplus du r\u00eave que de la r\u00e9alit\u00e9. Il est irr\u00e9aliste et l&rsquo;exp\u00e9rience le montre tous les jours.<br \/>\nLe seul r\u00e9alisme, selon moi, \u00e0 partir de l&rsquo;analyse des conditions de la lutte des classes,<br \/>\nc&rsquo;est la lutte pour l&rsquo;\u00e9mancipation des travailleurs, et donc l&rsquo;expropriation du capital.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CONFERENCE Michel Gruselle 05 mars 2015 Lecture critique de l&rsquo;ouvrage de Thomas Piketty \u00ab Le Capital au XXIe si\u00e8cle \u00bb &nbsp; Plan Introduction Pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;ouvrage Revenu et capital La dynamique du rapport capital\/revenu La structure des in\u00e9galit\u00e9s R\u00e9guler le capital au XXIe si\u00e8cle Pourquoi le livre de Piketty, quels int\u00e9r\u00eats sert-il ? Plus &hellip; <a href=\"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=364\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Texte M. Gruselle<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":358,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/364"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=364"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/364\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":366,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/364\/revisions\/366"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/358"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=364"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}