{"id":311,"date":"2014-12-24T11:58:24","date_gmt":"2014-12-24T10:58:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cuem.info\/?page_id=311"},"modified":"2018-06-27T14:39:36","modified_gmt":"2018-06-27T13:39:36","slug":"r-keeran-p-c-usa-et-syndicat-automobile-6112014","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=311","title":{"rendered":"6\/11\/2014 &#8211; Roger KEERAN&nbsp;:<br><b>L\u2019histoire du Parti Communiste des USA et les Syndicats : L\u2019exemple des syndi\u00adcats de l\u2019automobile<\/b>"},"content":{"rendered":"<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/111423385?title=0&#038;portrait=0\" width=\"640\" height=\"360\" frameborder=\"0\" webkitallowfullscreen mozallowfullscreen allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Titre en anglais: <em>The history of the Communist Party of the USA and the Unions: The case of the Auto Workers Union<\/em>.<\/p>\n<p>Jeudi 6 novembre 2014, 12h &#8211; 14h 30, Maison des Syndicats du Campus Jussieu, invitation conjointe \u00ab\u00a0Communistes\u00a0\u00bb &#8211; CUEM.<\/p>\n<p>Michel Gruselle ouvre la s\u00e9ance, remercie les organisations syndicales et pr\u00e9sente Roger Keeran ainsi que son traducteur Adrien Welch (Qu\u00e9bequois, membre du PC canadien et expert en langues rares &#8211; Inuit &#8211; ou orientales &#8211; Arabe, etc.)<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Introduction<\/span><\/p>\n<p>Roger Keeran : Pourquoi s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 l&rsquo;histoire du mouvement communiste aux USA, dans les ann\u00e9es 1930? Il y a deux r\u00e9ponses.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re mentionnera que Cuba est toujours sous embargo et qu&rsquo;encore r\u00e9cemment, un vote du Congr\u00e8s a interdit la lev\u00e9e du blocus, elle dira qu&rsquo;on a d\u00e9pens\u00e9 des sommes ind\u00e9centes (quatre milliards de dollars) dans les derni\u00e8res campagnes \u00e9lectorales, que les in\u00e9galit\u00e9s continuent d&rsquo;ex\u00adploser et que la discrimination des Noirs persiste, ou encore que l&rsquo;aide des USA \u00e0 Israel et les bombes am\u00e9ricaines tuent toujours des palestiniens, etc. En bref, nous autres, citoyens am\u00e9ri\u00adcains, nous avons beaucoup de sujets de honte. Alors, il est important de nous souvenir que nous avons aussi de vrais et l\u00e9gitimes sujets de fiert\u00e9 dans les luttes militantes des ann\u00e9es 1930.<\/p>\n<p>La seconde raison est la suivante\u00a0: actuellement, nous vivons une p\u00e9riode ultra-r\u00e9actionnaire qui interpelle les progressistes du monde entier, surtout aux USA et en Europe. Il est important de se rappeler les le\u00e7ons du pass\u00e9 et particuli\u00e8rement du\u00a0<em>paradoxe am\u00e9ricain<\/em>. Les communistes des USA \u00e9taient peu nombreux et pourtant ils ont eu une grande influence sur le mouvement ouvrier.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Ce paradoxe a deux dimensions :<\/span><\/p>\n<p>1) Pourquoi les communistes ont-ils eu un tel impact?<\/p>\n<p>2) Pourquoi n&rsquo;ont-ils pas r\u00e9ussi \u00e0 imposer une pr\u00e9sence permanente dans les syndicats?<\/p>\n<p>On ne cherchera pas \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ces deux questions de fa\u00e7on th\u00e9orique et abstraite, mais en fai\u00adsant appel \u00e0 des exp\u00e9riences personnelles, concr\u00e8tes issues du milieu des travailleurs de l&rsquo;indus\u00adtrie antomobile qui \u00e9tait celui des parents de Roger Keeran.<\/p>\n<p>Entre 1930 et 1950, le mouvement ouvrier am\u00e9ricain a connu des changements majeurs dans les\u00adquels le parti communiste a jou\u00e9 un r\u00f4le important.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Un bref historique :<\/span><\/p>\n<p>En 1930 la F\u00e9d\u00e9ration des Syndicats AFL (<em>American Federation of Labor<\/em>) \u00e9tait le mouvement \u00ab\u00a0syndical\u00a0\u00bb le plus important mais c&rsquo;\u00e9tait davantage une organisation de l&rsquo;aristocratie ouvri\u00e8re qu&rsquo;un vrai syndicat. Elle regroupait 10% des ouvriers parmi les plus qualifi\u00e9s et \u00e9tait ouvertement \u00ab\u00a0pro-business\u00a0\u00bb, antisocialiste, antigr\u00e8ves et antipolitique. Elle \u00e9tait m\u00eame hostile aux programmes sociaux. Bref, c&rsquo;\u00e9tait un syndicat \u00ab\u00a0jaune\u00a0\u00bb, entrepreneurial et pro-capitaliste. De plus, l&rsquo;AFL \u00e9tait organis\u00e9e de fa\u00e7on corporatiste (par m\u00e9tiers).<\/p>\n<p>Une nouvelle f\u00e9d\u00e9ration syndicale, le CIO (<em>Congress of Industrial Organizations<\/em>), fut cr\u00e9\u00e9 en 1935. Il regroupait des syndicats (ou associations) de toutes les industries et se d\u00e9veloppa dans les vingt ann\u00e9es suivantes. De 1935 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, le taux de syndicalisation passa de 10% \u00e0 35%. Il soutint le Parti D\u00e9mocrate et la politique de programmes sociaux de Roosevelt, le New Deal. Ce fut donc une perc\u00e9e syndicale et politique. Simultan\u00e9ment, de profonds change\u00adments affectaient la grande industrie. Certes, la Grande D\u00e9pression jouait un r\u00f4le dans cet essor du mouvement syndical am\u00e9ricain. Mais sans les communistes, rien ne se serait produit. Preuve de l&rsquo;influence communiste dans le mouvement syndical : en 1948-1950, au d\u00e9but de la guerre froide, le CIO expulsa les communistes de sa direction et onze syndicats qui \u00e9taient dirig\u00e9s par des communistes dont les troisi\u00e8me syndicat le plus important, celui des industries \u00e9lectriques. Dans l&rsquo;automobile et le secteur des transports, les communistes \u00e9taient influents.<\/p>\n<p>En 1946, lors du Congr\u00e8s du CIO, un tiers des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s \u00e9tait communistes. Dans presque toutes les directions de F\u00e9d\u00e9rations syndicales, ou Conseils industriels (villes ou usines), des communis\u00adtes \u00e9taient pr\u00e9sents, encart\u00e9s ou non.<\/p>\n<p>En comparaison de cette influence consid\u00e9rable, les effectifs du Parti Communiste am\u00e9ricain cul\u00admin\u00e8rent au maximum \u00e0 75 000 membres dans les ann\u00e9es 1940. (On \u00e9tait parti de 7500 membres dans les ann\u00e9es 1930). A ce moment-l\u00e0, les syndicats du CIO regroupaient environ 5 millions de d&rsquo;adh\u00e9rents parmi lesquels on comptait au maximum 1% de communistes. L&rsquo;industrie automobile comptait 470 000 travailleurs, mais il n&rsquo;y eut jamais plus de 1200 communistes.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Un contexte difficile :<\/span><\/p>\n<p>A l&rsquo;exemple du 1er\u00a0mai 1886 \u00e0 Chicago (o\u00f9 une manifestation fut suivie de la condamnation \u00e0 mort de 8 syndicalistes), l&rsquo;environnement de l&rsquo;industrie am\u00e9ricaine fut extr\u00eamement hostile aux luttes sociales, et ceci, bien avant l&rsquo;existence m\u00eame de partis communistes. Ce qui n&#8217;emp\u00eacha pas les luttes. Le parti socialiste des USA fut le seul, avec le parti bolchevique, \u00e0 s&rsquo;opposer \u00e0 la Pre\u00admi\u00e8re Guerre mondiale et il y eut des mouvements importants contre la participation des USA \u00e0 la guerre. Apr\u00e8s celle-ci, en 1919, la cr\u00e9ation du Parti Communiste fut suivie des fameux \u00ab\u00a0<em>raids Palmer<\/em>\u00a0\u00bb et de l&rsquo;arrestation de 10 000 communistes dont 500 furent d\u00e9port\u00e9s.<\/p>\n<p>En 1930, la traque des communistes se poursuivait. M\u00eame dans les ann\u00e9es Roosevelt et pendant la Grande D\u00e9pression, 1\/3 seulement des gens pensaient que les communistes avaient droit de cit\u00e9. Dans les syndicats, seulement 15% des adh\u00e9rents pensaient que les communistes devaient avoir les m\u00eames droits que les autres.<\/p>\n<p>Il y avait une blague \u00e0 propos de cette atmosph\u00e8re de r\u00e9pression. Un jour le patron vient \u00e0 l&rsquo;usine et demande qui est communiste. Toi, es-tu communiste? Oui, dit le premier ouvrier. Tu es vir\u00e9! Et toi? Non, je suis anti-communiste! Tu es vir\u00e9! Mais, proteste l&rsquo;ouvrier, je suis anti&#8230; Je m&rsquo;en fiche de savoir quelle sorte de communiste tu es! r\u00e9pond le patron.<\/p>\n<p>Au CIO, les communistes, m\u00eame appr\u00e9ci\u00e9s, n&rsquo;ont jamais pu parler en tant que communistes. Ils n&rsquo;ont jamais acquis la pleine citoyennet\u00e9. Bien s\u00fbr, les gens savaient. Mais il y avait une r\u00e8gle tacite\u00a0: ne demandes rien et ne dis rien. C&rsquo;\u00e9tait comme un tabou sexuel.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">L&rsquo;influence des communistes \u00e9tait disproportionn\u00e9e par rapport \u00e0 leur nombre mais \u00e0 ce paradoxe, il y avait plusieurs raisons\u00a0:<\/span><\/p>\n<p>(1) Le Parti Communiste des USA \u00e9tait organis\u00e9 comme le parti bolchevique et ses membres \u00e9taient disciplin\u00e9s, courageux et pleins de motivation r\u00e9volutionnaire. C&rsquo;\u00e9tait n\u00e9cessaire car la r\u00e9pression \u00e9tait f\u00e9roce\u00a0: dans les ann\u00e9es 1920-1930, la seule possession d&rsquo;une carte syndicale pou\u00advait valoir arrestation et passage \u00e0 tabac par la police. Les militants syndicaux des usines Ford \u00e9taient constamment agress\u00e9s par les gardes patronaux. On les voyait parfois, ensanglant\u00e9s, distri\u00adbuer des tracts ou vendre le journal du syndicat. C&rsquo;\u00e9tait des gens courageux, int\u00e8gres et inspir\u00e9s par les succ\u00e8s de l&rsquo;URSS. Pour tout cela, ils \u00e9taient respect\u00e9s par les travailleurs.<\/p>\n<p>(2) Les communistes \u00e9taient les seuls \u00e0 avoir un programme ax\u00e9 sur les besoins des gens.<\/p>\n<p>(3) Les communistes luttaient contre les discriminations \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des Noirs et des Femmes.<\/p>\n<p>(4) Dans leurs syndicats, les communistes proposaient des campagnes de recrutement bas\u00e9es sur le volontariat. L&rsquo;AFL, au contraire, ne recrutait que l&rsquo;\u00e9lite.<\/p>\n<p>(5) Les communistes pr\u00e9conisaient une organisation par branche industrielle, alors que l&rsquo;AFL \u00e9tait organis\u00e9e par corporation et type de m\u00e9tier.<\/p>\n<p>(6) Les communistes n&rsquo;h\u00e9sitaient pas \u00e0 appeler \u00e0 la gr\u00e8ve. L&rsquo;AFL pr\u00f4nait la discussion avec le patronat.<\/p>\n<p>Les communistes avaient un programme ax\u00e9 sur la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue par les gens. Dans les ann\u00e9es 1930, ils \u00e9taient les seuls \u00e0 revendiquer des assurances-sociales, des pensions de vieillesse et des assurances-ch\u00f4mage. Par la suite (\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940), toutes les autres organisations repri\u00adrent ces revendications \u00e0 leur compte. A cette \u00e9poque, il y avait beaucoup plus de gens ayant des opinions communistes que de membres enregistr\u00e9s au Parti en raison du renouvellement rapide des effectifs. Pas mal de gens adh\u00e9raient, militaient, puis quittaient le parti pour diff\u00e9rentes rai\u00adsons, mais sans changer d&rsquo;opinion. Apr\u00e8s\u00a0 1932, on estime que 700\u00a0000 personnes avaient ainsi adh\u00e9r\u00e9 alors que les effectifs du Parti n&rsquo;ont jamais d\u00e9pass\u00e9 75\u00a0000. Dans l&rsquo;industrie automobile, il n&rsquo;y eut jamais plus de 1200 communistes encart\u00e9s \u00e0 la fois, mais de 12\u00a0000 \u00e0 14\u00a0000 personnes \u00e9taient pass\u00e9s par le Parti. Puis ce fut la guerre froide.<\/p>\n<p>De nombreuses organisations de masse\u00a0 \u00e9taient influenc\u00e9s par les communistes, tels que le NNC (<em>National Negro Congress<\/em>, Congr\u00e8s National des Noirs), les UCs (<em>Unemployed Councils<\/em>, orga\u00adnisations de ch\u00f4meurs, ou l&rsquo;IWO (<em>International Worker Order<\/em>, Ordre international des travail\u00adleurs). Ce dernier \u00e9tait un mouvement fraternel et b\u00e9n\u00e9vole organisant des assurances-maladies et d\u00e9c\u00e8s mutualistes, mais aussi des \u00e9v\u00e9nements culturels et sportifs. Il regroupait 15 nationalit\u00e9s qui \u00e9ditaient chacune leur journal. Ces organisations, dirig\u00e9es par des communistes comptaient au moins dix fois plus de membres que le Parti Communiste des USA (PCUSA).<\/p>\n<p>Parmi les raisons de l&rsquo;influence communiste, l&rsquo;organisation du Parti jouait son r\u00f4le. C&rsquo;\u00e9tait une organisation \u00ab\u00a0de bas en haut \u00a0\u00bb (<em>bottom-up<\/em>) : les militants de base \u00e9lisaient ceux des instances sup\u00e9rieures et ainsi de suite. A chaque niveau, les dirigeants avaient la confiance de leur base.<\/p>\n<p>Pendant la guerre froide et le maccarthysme, les commentateurs pr\u00e9tendirent que les communis\u00adtes avaient \u00ab\u00a0infiltr\u00e9\u00a0\u00bb les syndicats. Certes,! et ils avaient eu d&rsquo;autant plus de facilit\u00e9 pour le faire que c&rsquo;\u00e9tait eux qui les avaient construit !.. La propagande anticommuniste \u00e9tait \u00e0 base d&rsquo;\u00e9normes mensonges<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Quelques exemples concrets.<\/span><\/p>\n<p>Dand les premi\u00e8res ann\u00e9es de la Grande D\u00e9pression, il n&rsquo;\u00e9tait pas possible de cr\u00e9er des syndicats. La s\u00e9curit\u00e9 sociale n&rsquo;existait pas et il n&rsquo;y avait m\u00eame pas de contrat de travail.<\/p>\n<p>Les communistes tent\u00e8rent donc d&rsquo;organiser les ch\u00f4meurs en revendiquant des aides sociales. En mars 1932, \u00e0 Detroit, ils organis\u00e8rent une marche de la faim et du froid, une marche contre les discriminations, pour l&#8217;emploi et pour les droits syndicaux. Ils \u00e9taient 3000 ch\u00f4meurs. Face \u00e0 eux, la police, la milice de Ford, les pompiers avec leur lance \u00e0 eau (dans le froid). Les policiers ont tir\u00e9 300 balles et ont tu\u00e9 quatre communistes, dont un jeune de 19 ans. Le lendemain eut lieu l&rsquo;ex\u00adposition des corps et 25 000 personnes se joignirent au cort\u00e8ge de l&rsquo;enterrement. Conclusion : les communistes n&rsquo;\u00e9taient que quelques centaines et pourtant, en raison des circonstances dramati\u00adques, ils furent suivis par 25\u00a0000 personnes.<\/p>\n<p>Entre 1933 et 1936, l&rsquo;\u00e9lection de Roosevelt (qui prit ses fonctions en mars 1933) a chang\u00e9 la don\u00adne. En juin 1933, le National Industrial Recovery Act comportait l&rsquo;autorisation de fonder des syn\u00addicats pour n\u00e9gocier collectivement le salaire. Dans cette p\u00e9riode apparurent de grands leaders syndicaux tels que Wyndham Mortimer et Bob Travis, en m\u00eame temps que des syndicats impor\u00adtants dans l&rsquo;industrie automobile. Au sein de l&rsquo;AFL, il y eut des luttes pour sortir du corporatisme et imposer un contrat de travail-type avec un seul employeur, mais cela sans succ\u00e8s. [54 mn]<\/p>\n<p>En 1936-1937, il y eut de grandes gr\u00e8ves et en particulier la grande gr\u00e8ve avec occupation de l&rsquo;usine de General Motors \u00e0 Flint, usine embl\u00e9matique o\u00f9 le syndicat n&rsquo;avait que 122 membres, dont pas mal d&rsquo;espions.<\/p>\n<p>A cette \u00e9poque, GM \u00e9tait la plus grande compagnie industrielle du monde (118 filiales, 110 usi\u00adnes aux USA et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger), ses b\u00e9n\u00e9fices \u00e9taient plus importants que les budgets additionn\u00e9s des cinq plus grands Etats des USA. Contre elle, une poign\u00e9e de communistes. En huit mois, ils ont gagn\u00e9.<\/p>\n<p>Les communistes avaient la sympathie de beaucoup de gens, travailleurs ou ch\u00f4meurs. Ils cr\u00e9\u00ad\u00e8rent une section clandestine anim\u00e9e par un personnage important, Henry Kraus. A ce moment, Wyndham Mortimer et Bob Travis comprirent l&rsquo;importance strat\u00e9gique des usines GM de Flint et de Cleveland pour l&rsquo;ensemble de l&rsquo;industrie automobile et ils dirig\u00e8rent leurs efforts vers elles. Apr\u00e8s la mise \u00e0 pied de quelques militants, ils lanc\u00e8rent un appel \u00e0 la gr\u00e8ve qui fut un succ\u00e8s : le nouveau syndicat enregistra jusqu&rsquo;\u00e0 500 adh\u00e9sions par jour. A l&rsquo;imitation du mouvement de gr\u00e8ve de 1936 en France commen\u00e7a alors l&rsquo;occupation des usines et leur fermeture. Le mouvement se d\u00e9veloppa, avec des assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales d\u00e9mocratiques et toute une organisation \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, des comit\u00e9s d&rsquo;alimentation, de sant\u00e9, de d\u00e9fense, etc. Dans ces comit\u00e9s, les femmes jou\u00e8rent un r\u00f4le d\u00e9terminant. Par exemple, la femme de Kraus organisa des repr\u00e9sentations culturelles et th\u00e9\u00e2trales pour maintenir le moral.<\/p>\n<p>La gr\u00e8ve dura 44 jours, anim\u00e9e par des travailleurs de diff\u00e9rentes opinions, mais l&rsquo;action des com\u00admunistes fut d\u00e9terminante. Par exemple, au d\u00e9but du mouvement d&rsquo;occupation, GM intenta une action en justice et un juge lan\u00e7a un ordre d&rsquo;\u00e9vacuation des usines. Les avocats socialistes con\u00adseill\u00e8rent d&rsquo;obtemp\u00e9rer et d&rsquo;\u00e9vacuer. Mais un avocat communiste fit valoir que le jugement \u00e9tait invalide car le juge poss\u00e9dait des actions GM et qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait donc pas juridiquement neutre. Puis, par des actions militantes, les communistes r\u00e9ussirent \u00e0 contrer les demandes de GM adress\u00e9es au gouverneur pour qu&rsquo;il envoie des troupes. Le mouvement fit boule de neige et s&rsquo;\u00e9largit aux autres usines, en particulier \u00e0 Chevrolet-4 que les communistes avaient cibl\u00e9 dans un plan strat\u00e9gique secret et tr\u00e8s habile. Finalement GM accepta de n\u00e9gocier le 11 f\u00e9vrier 1937.<\/p>\n<p>La multiplication des gr\u00e8ves avec occupation d&rsquo;usine eut pour cons\u00e9quence l&rsquo;apparition de syndi\u00adcats dans toutes les grandes entreprises de l&rsquo;industrie automobile de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">La r\u00e9pression des d\u00e9buts de la guerre froide<\/span><\/p>\n<p>Or, malgr\u00e9 de tels succ\u00e8s, les communistes n&rsquo;ont pas r\u00e9ussi \u00e0 construire des organisations p\u00e9ren\u00adnes. Pourquoi?<\/p>\n<p>A cette question, les historiens de droite r\u00e9pondent que les communistes n&rsquo;ont jamais eu suffisam\u00adment de l\u00e9gitimit\u00e9. Ceux de gauche disent qu&rsquo;ils \u00e9taient trop sectaires et trop inf\u00e9od\u00e9s \u00e0 l&rsquo;URSS. Mais en v\u00e9rit\u00e9, la raison principale, c&rsquo;\u00e9tait la r\u00e9pression du maccarthysme et de la guerre froide. Cette r\u00e9pression anticommuniste aux USA ne peut se comparer qu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9pression anticommuniste exerc\u00e9e par les r\u00e9gimes fascistes en Europe.<\/p>\n<p>La principale disposition, la loi Taft-Hartley (1947), restreignait le droit de gr\u00e8ve et les libert\u00e9s syndicales. Les communistes \u00e9taient exclus des syndicats et la plupart de ceux-ci durent adopter des clauses anticommunistes. Les dirigeants syndicaux devaient pr\u00eater serment de non apparte\u00adnance \u00e0 une organisation communiste. Il en \u00e9tait de m\u00eame pour obtenir un emploi dans la fonc\u00adtion publique o\u00f9 la gr\u00e8ve \u00e9tait interdite, etc.<\/p>\n<p>En 1949, le CIO exclut onze syndicats soi-disant \u00ab\u00a0communistes\u00a0\u00bb et la chasse aux sorci\u00e8res com\u00admunistes prit de l&rsquo;ampleur. La plupart des employeurs, en commen\u00e7ant par les industries de d\u00e9fense, la fonction publique (en particulier les universit\u00e9s d&rsquo;Etat et f\u00e9d\u00e9rales), l&rsquo;industrie du film et du divertissement, etc. prirent des dispositions &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire des listes noires &#8211; pour exclure les communistes de l&#8217;emploi. Les dirigeants du Parti communiste furent arr\u00eat\u00e9s, jug\u00e9s et emprisonn\u00e9s pour complot. La d\u00e9lation et le harc\u00e8lement des sympathisants communistes par le FBI prit une ampleur consid\u00e9rable (maccarthysme) et dura beaucoup plus longtemps qu&rsquo;on ne le croit. En 1963, Roger Keeran dut signer un serment de loyaut\u00e9 pour obtenir un petit job consistant \u00e0 ame\u00adner des cadavres \u00e0 l&rsquo;Ecole de M\u00e9decine. En 1980, il perdit son emploi \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Cornell parce qu&rsquo;il avait \u00e9crit un livre favorable au Parti communiste dans l&rsquo;automobile et, en 1985, le FBI vint perquisitionner son domicile apr\u00e8s un voyage en URSS. De tels faits montrent que le maccar\u00adthysme n&rsquo;a jamais compl\u00e8tement disparu aux Etats-Unis et qu&rsquo;on ne peut donc pas imputer la disparition du PCUSA aux erreurs de sa direction. M\u00eame sans ces erreurs, le r\u00e9sultat aurait \u00e9t\u00e9 semblable.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Conclusion<\/span><\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, cette r\u00e9pression n&rsquo;efface pas le glorieux vingt moment (des ann\u00e9es 1930 et 1940) o\u00f9 le Parti Communiste a jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans la constitution des syndicats et dans leur action pour le mieux-\u00eatre des travailleurs. Depuis cette r\u00e9pression, les quarante derni\u00e8res ann\u00e9es ont vu le d\u00e9clin des syndicats am\u00e9ricains, la d\u00e9t\u00e9rioration des conditions de vie et de travail des salari\u00e9s et une mont\u00e9e consid\u00e9rable des in\u00e9galit\u00e9s sociales. Ce qui montre combien avait \u00e9t\u00e9 important le r\u00f4le des communistes autrefois et combien la le\u00e7on de cette grande p\u00e9riode reste valable. [1h 17]<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Discussion<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Q1<\/span>\u00a0: (Pierre) (a) Que faut-il penser de l&rsquo;infiltration des syndicats par la p\u00e8gre et la maffia (tout le monde conna\u00eet l&rsquo;histoire de Jimmy Hoffa)? (b) Quel furent le r\u00f4le de Browder (chef du Parti de 1932 \u00e0 1945) et les cons\u00e9quences de sa politique?<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Q2<\/span>\u00a0(Pierre R) : Quelles interactions entre la politique du Parti communiste am\u00e9ricain et les int\u00e9\u00adr\u00eats nationaux am\u00e9ricains? L&rsquo;action du Parti communiste s&rsquo;est-elle limit\u00e9e au cadre syndical? Quelle a \u00e9t\u00e9 sa politique vis-\u00e0-vis de l&rsquo;immigration qui rendait la classe ouvri\u00e8re am\u00e9ricaine telle\u00adment h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne?<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Q3<\/span>\u00a0: Vous n&rsquo;avez pas parl\u00e9 d&rsquo;Angela Davis et de la revendication de supprimer le d\u00e9lit d&rsquo;opinion en mati\u00e8re de droit syndical adress\u00e9e \u00e0 Obama.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Q4<\/span>\u00a0(Spathis) : Voulez-vous expliquer le m\u00e9canisme \u00e9lectoral (chaque Etat d\u00e9finit qui a le droit d&rsquo;\u00eatre candidat). Je crois que la p\u00e9riode faste du mouvement ouvrier fut la p\u00e9riode de la guerre 1942-1944. Beaucoup de gr\u00e8ves et de conqu\u00eates sociales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">R\u00e9ponses<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">R1<\/span>\u00a0: L&rsquo;espionnage patronal \u00e9tait un gros probl\u00e8me avant la constitution des syndicats. Deux ann\u00e9es avant 1936, GM a d\u00e9pens\u00e9 un million de dollars pour espionner son personnel avec des vigiles parmi lesquels se trouvaient des criminels et des repris de justice. Henry Ford embauchait des repris de justice dans son service d&rsquo;ordre (soi-disant \u00e0 titre humanitaire de r\u00e9insertion) et pr\u00e9tendait que les syndicalistes qui dirigeaient les gr\u00e8ves \u00e9taient des gangsters qu&rsquo;il fallait les \u00e9liminer. Il ne faut pas croire les mensonges du patronat.<\/p>\n<p>Concernant Browder, il est certain qu&rsquo;il na pas jou\u00e9 un r\u00f4le positif. Sa d\u00e9cision, pendant la guerre, de transformer le Parti en \u00ab\u00a0Association\u00a0\u00bb n&rsquo;\u00e9tait pas bonne car elle a eu pour cons\u00e9quence l&rsquo;abo\u00adlition des cellules d&rsquo;entreprise et l&rsquo;affaiblissement du Parti \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des syndicats. Jacques Duclos l&rsquo;a critiqu\u00e9 en son temps. Certes, c&rsquo;\u00e9tait une erreur, mais la maison \u00e9tait en feu. Donc cette erreur n&rsquo;a rien chang\u00e9. Le maccarthysme avait cr\u00e9\u00e9 une atmosph\u00e8re hyst\u00e9rique. La Commission des Affai\u00adres Anti-Am\u00e9ricaines est venue \u00e0 Detroit o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 accueillie et soutenue par des \u00ab\u00a0comit\u00e9s\u00a0\u00bb d&rsquo;espions, de d\u00e9lateurs et de nervis du patronat qui firent r\u00e9gner la terreur.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">R2<\/span>\u00a0: Concernant les \u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eats nationaux am\u00e9ricains\u00a0\u00bb, Roger Keeran ne comprend pas la question et Roubaud pr\u00e9cise : les Parti communiste am\u00e9ricain soutenait bien les luttes des ouvriers, mais que faisait-il par rapport aux autres couches de la soci\u00e9t\u00e9? Ne s&rsquo;isolait-il pas? R\u00e9ponse : il n&rsquo;y avait pas de probl\u00e8me avant la guerre, ni pendant. Mais avec la guerre froide, le raisonnement officiel que les gens reprenaient \u00e9tait le suivant : l&rsquo;URSS est l&rsquo;ennemi des USA, le Parti commu\u00adniste am\u00e9ricain est li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;URSS, donc les communistes sont des ennemis. L&rsquo;affaire Rosenberg fut le parfait exemple. Lorsque les Rosenberg ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s, Roger Keeran \u00e9tait en voiture avec un ami et sa m\u00e8re. Ils se sont arr\u00eat\u00e9s et la m\u00e8re est descendue pour pleurer. Puis, ils sont rentr\u00e9s \u00e0 la maison o\u00f9 le p\u00e8re br\u00fblait tous ses livres marxistes, si grande \u00e9tait la peur. [1h28]<\/p>\n<p>Concernant l&rsquo;immigration, la classe ouvri\u00e8re am\u00e9ricaine a d\u00fb relever des d\u00e9fis gigantesques, li\u00e9s \u00e0 toutes les formes de racisme. D&rsquo;abord \u00e0 la division entre Blancs et Noirs, mais aussi aux divisions entre immigr\u00e9s de diff\u00e9rentes nationalit\u00e9s. Aucune autre classe ouvri\u00e8re n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 de telles difficult\u00e9s. Par exemple : lors des grandes gr\u00e8ves de la sid\u00e9rurgie de 1919, les dirigeants syndicalistes ont fait des discours traduits en 19 langues. En 1990, la fille de Roger Keeran allait \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole dans un \u00e9tablissement o\u00f9 les enfants venaient de familles qui parlaient 26 langues. Dans l&rsquo;IWO (<em>International Workers Order<\/em>), les communistes organisaient les travailleurs par nationali\u00adt\u00e9s. (Ici, Roubaud reprend la parole : ma question, c&rsquo;est la question de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie, dit-il). R\u00e9pon\u00adse de Keeran : ces critiques sont apparues dans les ann\u00e9es 1960, particuli\u00e8rement avec la \u00ab\u00a0Nou\u00advelle Gauche\u00a0\u00bb (intellectualiste). Mais dans un contexte d&rsquo;hostilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, il est tr\u00e8s difficile de d\u00e9border la lutte \u00e9conomique. N\u00e9anmoins, dans les syndicats dirig\u00e9s par les communistes, les discussions allaient beaucoup plus loin. Sur deux th\u00e8mes en particulier : l&rsquo;\u00e9ducation et la lutte contre les discriminations et le racisme.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de la guerre froide, apr\u00e8s l&rsquo;exclusion des onze syndicats soi-disant \u00ab\u00a0communistes\u00a0\u00bb du CIO, les responsables syndicaux durent signer une profession de foi anticommuniste. Si un seul cadre refusait de signer, le syndicat ne pouvait plus b\u00e9n\u00e9ficier des subventions gouvernementales et, dans ce cas, il \u00e9tait \u00e9vinc\u00e9 par un nouveau syndicat (patronal) qui disait aux gens : les commu\u00adnistes envoient votre argent \u00e0 Moscou. Une seule f\u00e9d\u00e9ration syndicale a surv\u00e9cu\u00a0: celle des tra\u00advailleurs de l&rsquo;industrie \u00e9lectrique qui reste, encore aujourd&rsquo;hui, la plus progressiste. En fait, la guerre froide a cr\u00e9\u00e9 un nouveau syndicalisme \u00ab\u00a0collaborationniste\u00a0\u00bb avec la fusion de L&rsquo;AFL et de la CIO en 1952 (une fois les communistes expuls\u00e9s, il n&rsquo;y avait plus de diff\u00e9rences entre les deux organisations). Les fr\u00e8res Reuther, Walter (1907-1970), Roy (1909-1968), et Victor (1912-2004) ont \u00e9t\u00e9 des personnages embl\u00e9matiques de cette \u00e9volution [<span style=\"font-weight: bold;\">***<\/span>]. Tous trois ont \u00e9t\u00e9 syndicalistes dans l&rsquo;industrie automobile de Detroit (Ford puis GM) entre la fin des ann\u00e9es 1920 et la fin des ann\u00e9es 1930 o\u00f9 ils particip\u00e8rent aux luttes qui fond\u00e8rent l&rsquo;UAW (<em>Union of Automobile Workers<\/em>). A cette \u00e9poque, Victor \u00e9tait proche des communistes mais, apr\u00e8s la guerre et au d\u00e9but de la guerre froide, il est venu en France organiser la scission syndicale qui a cr\u00e9\u00e9 Force Ouvri\u00e8re, tandis que son fr\u00e8re, en 1946, Walter \u00e9vin\u00e7ait les communistes du CIO.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">R3\u00a0<\/span>: A la question sur la tentative d&rsquo;Obama de supprimer la restriction des libert\u00e9s syndicales par le biais du d\u00e9lit d&rsquo;opinion on peut r\u00e9pondre qu&rsquo;Obama a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu avec le soutien massif de l&rsquo;AFL-CIO parce qu&rsquo;il avait promis une r\u00e9forme progressiste du code du travail, r\u00e9forme qu&rsquo;il a frein\u00e9 ensuite sous pr\u00e9texte qu&rsquo;il fallait d&rsquo;abord r\u00e9former le syst\u00e8me de sant\u00e9.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Q5<\/span>\u00a0: (Pierre X) Le programme politique le PC am\u00e9ricain, qu&rsquo;est-il devenu? Ici, (long) commen\u00adtaire sur l&rsquo;utilit\u00e9 d&rsquo;une organisation forte pour faire avancer les id\u00e9es. Ce que nous voyons main\u00adtenant en France, c&rsquo;est l&rsquo;atomisation du mouvement communiste en de nombreux groupes. Quelles sont, vu des USA, les raisons d&rsquo;esp\u00e9rer? En particulier si l&rsquo;on pense \u00e0 l&rsquo;\u00e9cho des luttes dans la litt\u00e9rature, dans les films, etc..<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Q6<\/span>\u00a0: (Pierre?) La Constitution am\u00e9ricaine est le r\u00e9sultat d&rsquo;un processus colonial, qui se poursuit avec les immigrations successives. Les immigr\u00e9s, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 ont des espoirs de colons qui veulent construire un pays et d&rsquo;un autre ils sont exploit\u00e9s. Comment le PC fait-il avec cette contradiction qui s&rsquo;oppose aux id\u00e9es de gauche?<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Q7<\/span>\u00a0: (Anne-Marie) A Beyrouth, le PC a toujours un r\u00f4le important \u00e0 jouer, face aux extr\u00e9mistes religieux car les gens veulent la la\u00efcit\u00e9. Que font les communistes am\u00e9ricains en face des \u00e9vang\u00e9\u00adlistes et que disent-ils sur la la\u00efcit\u00e9?.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">R\u00e9ponses<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">R5<\/span>\u00a0: Apr\u00e8s 1919, le PCUSA a \u00e9labor\u00e9 un programme. Cependant, jusqu&rsquo;en 1970, il n&rsquo;y a pratique\u00adment pas eu de publication (sauf confidentielle). Mais \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960, les \u00e9tudiants de gauche (\u00ab\u00a0radicals\u00a0\u00bb) s&rsquo;int\u00e9ressent au mouvement social et \u00e0 l&rsquo;histoire objective. Mon livre de 1981 \u00ab\u00a0<em>The Communist Party and the Auto Workers&rsquo;Union<\/em>\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 le premier dit Roger Keeran et il a \u00e9t\u00e9 suivi par quelques autres. La sensibilit\u00e9 sociale et communiste s&rsquo;est manifest\u00e9e dans la litt\u00e9rature avec Horace McCoy (<em>On ach\u00e8ve bien les chevaux<\/em>) et successeurs (discussions dans la salle).<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">R6<\/span>\u00a0: Sur les origines de USA, la r\u00e9ponse est difficile mais, parmi les caract\u00e8res fondamentaux, peut-\u00eatre faut-il relever la contradiction entre l&rsquo;\u00e9conomie coloniale (et l&rsquo;esclavage) et les Lumi\u00e8\u00adres. Mais aussi les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;immigration. Les communaut\u00e9s s&rsquo;opposent les unes aux autres de fa\u00e7on raciste et le racisme anti-noir est une sorte de p\u00e9ch\u00e9 originel et de preuve de citoyennet\u00e9 am\u00e9ricaine, de la m\u00eame fa\u00e7on que l&rsquo;engagement dans l&rsquo;arm\u00e9e permet d&rsquo;obtenir la nationalit\u00e9 US.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">R7<\/span>\u00a0: Michel Gruselle r\u00e9pond \u00e0 Anne-Marie : Roger Keeran et ses amis tentent de reconstituer un Parti communiste, mais pour le moment ils ne sont encore que le \u00ab\u00a0flanc gauche\u00a0\u00bb d&rsquo;Obama.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p>[<em>*** Note sur les fr\u00e8res Reuther<\/em>] Walter Reuther est le plus connu des trois. Ouvrier qualifi\u00e9 chez Ford, il fut licenci\u00e9 en 1932, pendant la Grande D\u00e9pression, et emmena son fr\u00e8re Roy travailler \u00e0 Gorki, en URSS (1933-1935) au montage d&rsquo;une usine vendue par Ford \u00e0 la Russie [impressions contrast\u00e9es : (1) d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re sovi\u00e9tique contre esclavage salari\u00e9 aux USA, mais expuls\u00e9s URSS \u00e0 la suite d&rsquo;une manifestation pour de meilleures conditions de vie, ils revinrent pro-socia\u00adlistes et anticommunistes]. En 1936, \u00e0 Detroit, les trois fr\u00e8res particip\u00e8rent aux grandes gr\u00e8ves contre GM \u00e0 Flint. Walter et Victor contribu\u00e8rent comme dirigeants syndicaux \u00e0 l&rsquo;organisation de la production de guerre et Walter devint pr\u00e9sident de l&rsquo;UAW en 1947. Il participa \u00e0 l&rsquo;\u00e9viction des onze syndicats r\u00e9put\u00e9s \u00ab\u00a0communistes\u00a0\u00bb du CIO et \u00e0 la fusion AFL-CIO (1952). Son fr\u00e8re Victor joua un r\u00f4le important dans la r\u00e9organisation des syndicats allemands (DGB) et dans la scission syndicale qui aboutit \u00e0 la cr\u00e9ation de Force ouvri\u00e8re en France. Les trois fr\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 des agents actifs de la collaboration de classes aux USA. Membres \u00e9minents de l&rsquo;aristocratie ouvri\u00e8re et tr\u00e8s populaires, l&rsquo;un et l&rsquo;autre ont \u00e9t\u00e9 consult\u00e9s par les pr\u00e9sidents Truman et Kennedy. Pourtant, Walter et Victor ont \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 des tentatives d&rsquo;assassinat par arme \u00e0 feu (1948 et 1949) et Walter est mort dans un accident d&rsquo;avion suspect en 1970. (Film \u00ab\u00a0<em>Brothers On The Line<\/em>\u00a0\u00bb (2012), documentaire r\u00e9alis\u00e9 par Sasha Reuther, petit fils de Victor)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Titre en anglais: The history of the Communist Party of the USA and the Unions: The case of the Auto Workers Union. Jeudi 6 novembre 2014, 12h &#8211; 14h 30, Maison des Syndicats du Campus Jussieu, invitation conjointe \u00ab\u00a0Communistes\u00a0\u00bb &#8211; CUEM. Michel Gruselle ouvre la s\u00e9ance, remercie les organisations syndicales et pr\u00e9sente Roger Keeran ainsi &hellip; <a href=\"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=311\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">6\/11\/2014 &#8211; Roger KEERAN&nbsp;:<br \/><b>L\u2019histoire du Parti Communiste des USA et les Syndicats : L\u2019exemple des syndi\u00adcats de l\u2019automobile<\/b><\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":266,"menu_order":3,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/311"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=311"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/311\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":875,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/311\/revisions\/875"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/266"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=311"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}