{"id":291,"date":"2014-11-03T12:22:03","date_gmt":"2014-11-03T11:22:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cuem.info\/?page_id=291"},"modified":"2014-11-13T11:20:25","modified_gmt":"2014-11-13T10:20:25","slug":"resume-s-billot","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=291","title":{"rendered":"R\u00e9sum\u00e9 S. Billot"},"content":{"rendered":"<p><strong>Sylvain Billot<\/strong><strong>: <\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Pour une explication marxiste de la crise (<\/em><\/strong><strong><em>\u00e0 partir du Livre III du Capital)<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Conf\u00e9rence n\u00b02 du 13 octobre 2014 \u00e0 l&rsquo;Amphi Roussy (Campus des Cordeliers)<\/p>\n<p>Michel Gruselle ouvre la s\u00e9ance avec quelques informations sur les prochaines activit\u00e9s du CUEM et annonce l&rsquo;ouverture du site \u00ab\u00a0cuem.info\u00a0\u00bb o\u00f9 l&rsquo;on trouvera les informations relatives aux conf\u00e9rences.<\/p>\n<p>Jeannine Morandat-Gruselle pr\u00e9sente le conf\u00e9rencier, cadre \u00e0 l&rsquo;INSEE, au Service des Aggr\u00e9gats (le ser\u00advice qui calcule le PIB) et auteur de plusieurs publications. Il a particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction du \u00ab <em>Petit br\u00e9viaire des id\u00e9es re\u00e7ues en \u00e9conomie<\/em> \u00bb avec les \u00c9conoclastes (La D\u00e9couverte), \u00e0 l&rsquo;ouvrage \u00ab <em>La politique \u00e9cono\u00admique : mondialisation et mutations<\/em> \u00bb (sous la direction de Thierry Pouch) chez l&rsquo;Harmattan, et au Collo\u00adque \u00ab <em>Penser l&rsquo;\u00e9mancipation<\/em> \u00bb \u00e0 Nanterre en 2014.<\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>Comme l&rsquo;indique le titre de son expos\u00e9, Sylvain Billot se propose de pr\u00e9senter une explication marxiste de la crise, avec d&rsquo;autres points de vue puisqu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de consensus parmi les mar\u00adxistes sur le sujet. Mais auparavant, il faut revenir sur quelques concepts de base.<\/p>\n<p><strong>Valeur et plus-value<\/strong>. La marchandise, bien ou service, a deux aspects\u00a0: (a) une <em>valeur d&rsquo;usage<\/em> (elle peut \u00eatre consomm\u00e9e pour satisfaire un besoin) et (b) une <em>valeur d&rsquo;\u00e9change<\/em> qui traduit le fait qu&rsquo;un peut \u00eatre \u00e9chang\u00e9 \u00e0 un certain <em>prix<\/em> sur le march\u00e9 et que cet achat traduit la reconnaissance sociale du travail qui l&rsquo;a produit[1]. Derri\u00e8re la valeur d&rsquo;\u00e9change, il y a une certaine d\u00e9pense de for\u00adce de travail qui se traduit g\u00e9n\u00e9ralement dans une marchandise particuli\u00e8re, la \u00ab\u00a0valeur-monnaie\u00a0\u00bb (un \u00e9quivalent g\u00e9n\u00e9ral qui remplace le troc). La valeur de la marchandise a donc deux mesures, (a) le temps de travail \u00ab\u00a0socialement n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb pour la produire et (b) le prix. Cette valeur est \u00ab\u00a0r\u00e9alis\u00e9e\u00a0\u00bb dans la sph\u00e8re de la circulation.<\/p>\n<p>Pour produire, le capitaliste ach\u00e8te (1) des moyens de production (le capital constant), c&rsquo;est-\u00e0-dire des mati\u00e8res premi\u00e8res, des machines, des b\u00e2timents, et (2) la force de travail de ses employ\u00e9s (le capital variable). La <em>valeur<\/em> de la marchandise produite comporte deux composantes\u00a0: une partie de la valeur des moyens de production lui est transmise \u00e0 quoi s&rsquo;ajoute la valeur du travail effecti\u00advement d\u00e9pens\u00e9 pour la produire. Cette valeur correspond au temps de \u00ab\u00a0travail vivant\u00a0\u00bb qu&rsquo;elle a necessit\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;exploitation capitaliste se caract\u00e9rise par le fait que la valeur produite par la force de travail est toujours plus importante que la partie de cette valeur qui revient au travailleur sous forme de salaire. Cette diff\u00e9rence est le surtravail ou \u00ab\u00a0plus-value\u00a0\u00bb. En d&rsquo;autres termes, la force de travail est une marchandise dont la caract\u00e9ristique (la valeur d&rsquo;usage) est de produire plus de valeur qu&rsquo;elle n&rsquo;en co\u00fbte. La journ\u00e9e de travail permet de concr\u00e9tiser les choses. Une premi\u00e8re partie de la jour\u00adn\u00e9e de travail correspond au temps n\u00e9cessaire pour produire la valeur des biens consomm\u00e9s par le travailleur pour reconstituer sa force de travail (le salaire). La seconde partie, correspond au sur\u00adtravail, \u00e0 la plus-value accapar\u00e9e par le capitaliste, que celui-ci utilise \u00e0 sa guise et dont une partie traduit l&rsquo;exploitation.<\/p>\n<p>La grandeur suivante, le \u00ab\u00a0taux de profit\u00a0\u00bb, est essentielle pour l&rsquo;analyse marxiste de la crise\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Le taux de profit<\/strong> est le rapport entre la plus-value et le capital investi. Il mesure la rentabilit\u00e9 du capital et par cons\u00e9quent la sant\u00e9 \u00e9conomique du capitalisme.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 [7 min]<\/p>\n<p>Taux de profit = PL \/ C+V = (PL\/V) \/ (C\/V + 1) = e \/ co + 1<\/p>\n<p>C = capital constant avanc\u00e9 (valeur des moyens de production)<\/p>\n<p>V = capital variable avanc\u00e9 (salaires)<\/p>\n<p>C\/V = composition organique du capital = co<\/p>\n<p>PL = plus-value = valeur cr\u00e9\u00e9e par les travailleurs diminu\u00e9e du capital variable\u00a0; la plus-value est soit accumul\u00e9e (augmentation de C et\/ou V, soit consomm\u00e9e de fa\u00e7on improductive<\/p>\n<p>C+V+PL = valeur des marchandises produites<\/p>\n<p>e = PL\/V = taux d&rsquo;exploitation (rapport entre la part de valeur ajout\u00e9e accapar\u00e9e par les capitalistes et la part de la valeur ajout\u00e9e qui revient aux travailleurs)<\/p>\n<p>Le taux de profit d\u00e9pend \u00e0 la fois de l&rsquo;exploitation des travailleurs (il baisse lorsque celle-ci dimi\u00adnue) et de la composition organique du capital (il baisse lorsque le capital constant &#8211; les machines &#8211; augmente). Marx a \u00e9tabli une <em>loi de la baisse tendancielle du taux de profit<\/em> qui est eu centre de notre analyse.<\/p>\n<p><strong>La reproduction \u00e9largie du capital. <\/strong>Au Livre II du Capital, Marx d\u00e9finit plusieurs sch\u00e9mas de reproduction du capital, et il distingue le \u00ab\u00a0proc\u00e8s\u00a0\u00bb de la production des moyens de production (le \u00ab\u00a0D\u00e9partement I\u00a0\u00bb) et celui de la production des biens de consommation (D\u00e9partement II\u00a0\u00bb). Mais globalement, en partant d&rsquo;un capital mon\u00e9taire A (pour \u00ab\u00a0Argent\u00a0\u00bb), le capitaliste produit diff\u00e9rents types de biens (et de services), qui sont des marchandises (M) dont la vente (circulation) donne un capital mon\u00e9taire A&rsquo; plus important que A (puisqu&rsquo;il incorpore la plus-value). Le cycle A-M-A&rsquo; est la <em>reproduction \u00e9largie<\/em> du capital. La plus-value a plusieurs destinations possibles\u00a0: elle peut \u00eatre consomm\u00e9e par les capitalistes, r\u00e9investie sous forme de capital constant ou variable suppl\u00e9\u00admentaire, ou pr\u00e9lev\u00e9e sous forme d&rsquo;imp\u00f4ts pour financer le secteur public produisant des services non-marchands (qui ont une valeur d&rsquo;usage mais aucune valeur d&rsquo;\u00e9change).<\/p>\n<p><strong>Les deux fractions de la classe capitaliste<\/strong> sont distingu\u00e9s par Marx dans le Livre III. Il d\u00e9finit (a) les <em>capitalistes actifs<\/em> &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire le <em>capital-fonction<\/em> &#8211; et (b) les <em>capitalistes financiers<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire le <em>capital-propri\u00e9t\u00e9<\/em>. Au d\u00e9but, ces deux aspects sont r\u00e9unis dans la m\u00eame personne. Puis intervient une division du travail. Les financiers pr\u00eatent aux capitalistes actifs, entrepreneurs ou marchands, ce qui entra\u00eene la division du profit en deux composantes\u00a0: \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 [14 min 35]<\/p>\n<p>(a) Les int\u00e9r\u00eats et dividendes des porteurs d&rsquo;obligations et des actionnaires.<\/p>\n<p>(b) Le \u00ab\u00a0profit d&rsquo;entreprise\u00a0\u00bb qui r\u00e9mun\u00e8re (entre autres) les hauts dirigeants et les cadres sup\u00e9rieurs qui sont formellement salari\u00e9s mais auxquels le capitaliste a d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 une partie de ses fonction et qui assurent la production et l&rsquo;exploitation.<\/p>\n<p>Cette dissociation introduit la notion de \u00ab\u00a0capital fictif\u00a0\u00bb qui concr\u00e9tise le r\u00f4le du capital financier. Ce titre financier est <em>un droit de tirage (de propri\u00e9t\u00e9) sur une partie de la plus-value future.<\/em> Ce \u00ab\u00a0capital fictif\u00a0\u00bb doit \u00eatre distingu\u00e9 du capital r\u00e9el. Sous forme de titres, \u00e9chang\u00e9s comme des mar\u00adchandises, il fait l&rsquo;objet de transactions sur les march\u00e9s financiers. D\u00e9connect\u00e9s du capital r\u00e9el (le capital investi dans la production), ces titres acqui\u00e8rent une vie propre qui donne lieu p\u00e9riodique\u00adment \u00e0 des \u00ab\u00a0bulles\u00a0\u00bb sp\u00e9culatives. On se souvient, par exemple, de ce qu&rsquo;avant la crise de 2007-2008, le CAC40 \u00e9tait en augmentation alors que l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle stagnait.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;autonomie du \u00ab\u00a0capital fictif\u00a0\u00bb \u00e0 des limites car si ce droit (titre de propri\u00e9t\u00e9) \u00e0 la plus-value future n&rsquo;est pas r\u00e9alis\u00e9 (si la plus-value en question n&rsquo;est pas acquise), on a des ph\u00e9nom\u00e8nes de bulle financi\u00e8re, de panique et de krach boursier. Pour cette raison, les \u00ab\u00a0profits des entreprises\u00a0\u00bb doivent \u00eatre examin\u00e9s de pr\u00e8s car si les profits sont compos\u00e9s de titres non r\u00e9alis\u00e9s (= non cou\u00adverts par des marchandises vendues), la situation peut se d\u00e9grader. Seuls les profits r\u00e9els permet\u00adtent d&rsquo;\u00e9valuer la rentabilit\u00e9 d&rsquo;une entreprise.<\/p>\n<p><strong>La baisse du taux de profit.<\/strong> \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 [24 min 40]<\/p>\n<p>Pour r\u00e9sister aux concurrents, les capitalistes sont incit\u00e9s \u00e0 investir dans des machines (augmenta\u00adtion du capital constant) pour diminuer la main d&rsquo;\u0153uvre qu&rsquo;ils emploient (diminution du capital variable). Ils substituent ainsi du \u00ab\u00a0travail mort\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0travail vivant\u00a0\u00bb. Individuellement, les capita\u00adlistes ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 innover pour prendre \u00ab\u00a0des parts de march\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 leurs concurrents au d\u00e9triment desquels ils obtiennent une \u00ab\u00a0<em>plus-value extra<\/em>\u00ab\u00a0. Mais collectivement, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis car le r\u00e9sultat global est un exc\u00e8s de de capital constant (suraccumulation). La n\u00e9cessit\u00e9 appara\u00eet donc de purger (d\u00e9valoriser) une partie du capital global exc\u00e9dentaire, ce qui se produit avec la disparition d&rsquo;une partie des capitalistes.<\/p>\n<p><strong>La Figure suivante montre l&rsquo;\u00e9volution du taux de profit des entreprises am\u00e9ricaines depuis 1929. <\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.cuem.info\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Image-Billot.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-304\" src=\"http:\/\/www.cuem.info\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Image-Billot.jpg\" alt=\"Image Billot\" width=\"317\" height=\"327\" srcset=\"https:\/\/www.cuem.info\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Image-Billot.jpg 317w, https:\/\/www.cuem.info\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Image-Billot-290x300.jpg 290w\" sizes=\"(max-width: 317px) 100vw, 317px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Ce taux est calcul\u00e9 comme l&rsquo;exc\u00e9dent brut d&rsquo;exploitation rapport\u00e9 au <em>capital fixe<\/em> (= les investisse\u00adment lourds qui sont la partie majeure et durable du capital constant). Ces donn\u00e9es de la compta\u00adbilit\u00e9 nationale des USA distinguent le \u00ab\u00a0<em>co\u00fbt historique<\/em>\u00a0\u00bb ou valeur nominale \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;inves\u00adtissement et le \u00ab\u00a0<em>co\u00fbt de remplacement<\/em>\u00ab\u00a0, la valeur en dollars actuels (plus exact). On voit que le taux de profit, tr\u00e8s bas en 1932 (crise) a atteint des sommets pendant la guerre avant de baisser par \u00e9tapes ensuite mais qu&rsquo;il reste bas depuis 1980 (autour de 15%). Ce qui explique la faiblesse de la croissance.<\/p>\n<p>Selon d&rsquo;autres sources, le taux de profit mondial, qui avait d\u00e9pass\u00e9 25% pendant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale et s&rsquo;\u00e9tait ensuite maintenu au-dessus de 20% jusqu&rsquo;au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 a chut\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement par la suite pour osciller entre 10% et 15%, de 1984 \u00e0 2007<\/p>\n<p><strong>En France, et en valeurs relatives par rapport \u00e0 1978<\/strong>, la chute est particuli\u00e8rement nette dans les ann\u00e9es 2000, apr\u00e8s une r\u00e9tablissement (bosses) dans les ann\u00e9es 1980, presqu&rsquo;enti\u00e8rement d\u00fb \u00e0 l&rsquo;augmentation de l&rsquo;exploitation (taux de marge en pointill\u00e9s)\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.cuem.info\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Image-Billot-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-306\" src=\"http:\/\/www.cuem.info\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Image-Billot-2.jpg\" alt=\"Image Billot 2\" width=\"359\" height=\"327\" srcset=\"https:\/\/www.cuem.info\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Image-Billot-2.jpg 359w, https:\/\/www.cuem.info\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Image-Billot-2-300x273.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 359px) 100vw, 359px\" \/><\/a>La chute, \u00e0 partir de 2000 est due \u00e0 la baisse du taux de marge. Le renforcement de l&rsquo;exploitation n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 aussi important qu&rsquo;en Allemagne (politique Schr\u00f6der), ce que nos gouvernements actuels cherchent \u00e0 rattraper.<\/p>\n<p><strong>Telle est l&rsquo;explication marxiste la plus classique de la crise.<\/strong> Pour Marx, la baisse tendancielle du taux de profit est une loi fondamentale qui traduit la contradiction entre la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production et le caract\u00e8re social des forces productives. A terme, le capitalisme ne pourra plus faire progresser celles-ci. Marx a donn\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de la compr\u00e9hen\u00adsion des crises dans le Livre III du Capital. Pour lui,<strong> la crise est cyclique et in\u00e9luctable, parce qu&rsquo;elle d\u00e9coule de la dynamique de l&rsquo;accumulation.<\/strong> A l&rsquo;inverse, les \u00e9conomistes keyn\u00e9siens l&rsquo;attribuent \u00e0 des \u00ab\u00a0erreurs\u00a0\u00bb de la politique \u00e9conomique.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 [34 min]<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0<em>suraccumulation du capital<\/em>\u00a0\u00bb est l&rsquo;autre nom de ces situations de faible rentabilit\u00e9 du capital, c&rsquo;est-\u00e0-dire de faibles taux de profit, voire de taux de profit n\u00e9gatifs, conduisant \u00e0 des faillites et par cons\u00e9quent \u00e0 une r\u00e9duction en cascade du chiffre d&rsquo;affaires et des profits des autres capitalis\u00adtes, conduisant \u00e0 encore plus de faillites (le m\u00e9canisme de la crise ouverte). Et l&rsquo;explication de Marx sugg\u00e8re que cette situation est la cause de l&rsquo;exportation des capitaux des pays imp\u00e9rialistes vers les pays tiers (th\u00e8se que d\u00e9veloppera L\u00e9nine)\u00a0: il s&rsquo;agit d&rsquo;aller exploiter la force de travail des autres. Rosa Luxembourg (<em>L&rsquo;accumulation du capital<\/em>) contestait Marx en affirmant qu&rsquo;une partie de la plus-value ne pouvait \u00eatre r\u00e9investie.<\/p>\n<p>Dans le m\u00e9canisme de la crise selon Marx, il y a une issue\u00a0: les faillites d&rsquo;entreprises produisent une d\u00e9valorisation du capital constant tandis que le ch\u00f4mage d\u00e9value le capital variable. Aujour\u00add&rsquo;hui cependant, ce m\u00e9canisme ne fonctionne plus tr\u00e8s bien et l&rsquo;on n&rsquo;arrive pas \u00e0 sortir de la crise des ann\u00e9es 1960-1970. Les Etats intervenant massivement pour sauver les grandes entreprises\u00a0 et les grandes banques, on n&rsquo;a pas connu l&rsquo;effondrement du syst\u00e8me productif qui s&rsquo;est produit dans les ann\u00e9es 1930 et dont la r\u00e9\u00e9dition repr\u00e9senterait un risque politique majeur. Mais ce sauvetage a bloqu\u00e9 le m\u00e9canisme de sortie de crise et la d\u00e9valorisation massive du capital qui ferait repartir la machine. Actuellement, on est dans une croissance tr\u00e8s faible avec des microcycles qui \u00e9voluent \u00e0 partir de bulles financi\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Deuxi\u00e8me type d&rsquo;analyse marxiste de la crise, \u00e0 partir de la sous-consommation<\/strong>. C&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 les marxistes rejoignent les keyn\u00e9siens. Pour ces auteurs, ce ne serait pas l&rsquo;insuffisance du taux de profit qui \u00e9toufferait l&rsquo;\u00e9conomie, mais l&rsquo;insuffisance de la demande, c&rsquo;est-\u00e0-dire des salaires, la m\u00e9vente des marchandises et la sous-consommation. Ils consid\u00e8rent qu&rsquo;on a impos\u00e9 une\u00a0 baisse des salaires par le ch\u00f4mage pour restaurer le profit (qui avait fl\u00e9chi dans les ann\u00e9es 1970), mais celui-ci n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9investi \u00e0 cause des faibles perspectives laiss\u00e9es par l&rsquo;ass\u00e8chement du pouvoir d&rsquo;achat. Telles sont, en particulier, les analyses de Michel Husson. Cette hausse des profits non investis entra\u00eene une explosion de la consommation de luxe des capitalistes et la multiplication des placements financiers. Ceux-ci forment des \u00ab\u00a0bulles\u00a0\u00bb que l&rsquo;on qualifiera de \u00ab\u00a0sp\u00e9culatives\u00a0\u00bb car elles correspondent \u00e0 une crise \u00ab\u00a0de r\u00e9alisation\u00a0\u00bb du profit sur les marchandises d\u00e9j\u00e0 produites (et qu&rsquo;on n&rsquo;arrive pas \u00e0 vendre) ou qu&rsquo;on a pr\u00e9vu de produire (et dont on a abandonn\u00e9 la production). (Crise \u00ab\u00a0de r\u00e9alisation\u00a0\u00bb qu&rsquo;on pourrait opposer \u00e0 une crise \u00ab\u00a0de valorisation\u00a0\u00bb dans l&rsquo;interpr\u00e9tation pr\u00e9c\u00e9dente). Ici, les politiques d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 aggraveraient la crise.<\/p>\n<p>Sylvain Billot n&rsquo;adh\u00e8re pas \u00e0 cette explication. En effet, elle implique de rechercher une solution dans la hausse des salaires et des d\u00e9penses publiques. Ce genre de mesure diminuerait encore plus le taux de profit d\u00e9j\u00e0 trop bas. Comme on l&rsquo;a vu plus haut (reproduction \u00e9largie), les d\u00e9pen\u00adses publiques proviennent de pr\u00e9l\u00e8vements sur la plus-value. [48 min 30]<\/p>\n<p><strong>Troisi\u00e8me type d&rsquo;analyse<\/strong>. Pour Dum\u00e9nil et L\u00e9vy, on est en pr\u00e9sence d&rsquo;une crise d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie de la finance. Une nouvelle classe de cadres du capitalisme financier m\u00e8nerait une offensive pour augmenter leurs revenus et contr\u00f4ler l&rsquo;\u00e9conomie mondiale. Exemple-type, le coup de force de Paul Volker, le ministre am\u00e9ricain (directeur de la R\u00e9serve F\u00e9d\u00e9rale de 1979 \u00e0 1987) qui, en 1981, a augment\u00e9 les taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat jusqu&rsquo;\u00e0 20% pour lutter contre l&rsquo;inflation. Cette d\u00e9cision a provoqu\u00e9 une r\u00e9cession et un enrichissement consid\u00e9rable des capitalistes financiers pr\u00eatant aux entreprises et aux Etats ainsi qu&rsquo;un d\u00e9veloppement disproportionn\u00e9 de la financiarisation. Rien \u00e0 voir avec un d\u00e9faut de rentabilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle. C&rsquo;\u00e9tait une politique de classe conduisant \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9conomie-casino\u00a0\u00bb, aux bulles financi\u00e8res et aux rentes pr\u00e9datrices. Dum\u00e9nil et L\u00e9vy appellent \u00e0 une alliance entre travailleurs et encadrement pour revenir \u00e0 l&rsquo;investissement productif.<\/p>\n<p>Pour v\u00e9rifier cette interpr\u00e9tation il faut se demander comment le profit est utilis\u00e9. On remarquera tout d&rsquo;abord que Marx n&rsquo;attribue pas l&rsquo;investissement productif aux caprices des capitalistes mais \u00e0 la pression de la concurrence. Ensuite, on examinera l&rsquo;utilisation des \u00ab\u00a0ressources disponibles\u00a0\u00bb des entreprises, constitu\u00e9es par les profits et les emprunts. Ces ressources peuvent financer (1) des investissements, (2) des imp\u00f4ts, (3) des dividendes (\u00ab\u00a0revenus nets de la propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb en Comp\u00adtabilit\u00e9 Nationale), (4) des acquisitions d&rsquo;actifs qui ne sont pas des investissements.<\/p>\n<p>En France, constate-t-on un d\u00e9crochage de la part de ces \u00ab\u00a0ressources\u00a0\u00bb consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;investisse\u00adment productif? <em>La r\u00e9ponse est non<\/em>, et la part de la propri\u00e9t\u00e9 (rubriques 3 et 4) n&rsquo;a pas r\u00e9ellement augment\u00e9 (voir plus loin). <em>En d&rsquo;autres termes, on ne peut pas attribuer la faiblesse de l&rsquo;investisse\u00adment \u00e0 la r\u00e9tention d&rsquo;une partie de plus en plus importante du profit (normalement investie) \u00e0 des fins de consommation ou d&rsquo;op\u00e9rations financi\u00e8res sp\u00e9culatives.<\/em> Cette id\u00e9e, commune \u00e0 la seconde et \u00e0 la troisi\u00e8me interpr\u00e9tations, n&rsquo;est pas v\u00e9rifi\u00e9e. Certes, la part des dividendes (rubrique 3) a augment\u00e9, mais ceci a \u00e9t\u00e9 contrebalanc\u00e9 par la baisse des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, il faut distinguer les dividendes bruts et les dividendes net. Les entreprises ach\u00e8tent de plus en plus des actions et titres d&rsquo;autres entreprises pour se constituer un \u00ab\u00a0tr\u00e9sor de guerre\u00a0\u00bb (rub\u00adrique 4). On doit par cons\u00e9quent neutraliser ces flux inter-entreprises pour \u00e9valuer les vrais \u00ab\u00a0divi\u00addendes aux actionnaires\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En France tout au moins, on ne peut confirmer l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un d\u00e9crochage de la part du profit destin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;investissement\u00a0: <em>la faiblesse de l&rsquo;investissement est bien due \u00e0 la faiblesse du profit<\/em>. Du point de vue des capitalistes, les politiques d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 sont donc parfaitement logiques pour res\u00adtaurer le profit. On revient donc \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que dans le cadre du capitalisme, il n&rsquo;existe pas d&rsquo;autre solution \u00e0 la crise que la chute du niveau de vie et les souffrances qui accompagnent la d\u00e9valo\u00adrisation du capital\u00a0: mis\u00e8re, destruction et m\u00eame la guerre. Il faut donc chercher des solutions hors du capitalisme.\u00a0\u00a0\u00a0 [60 min 55]<\/p>\n<p><strong>Q1<\/strong> Des contre-tendances \u00e0 la baisse du taux de profit?<\/p>\n<p><strong>Q2<\/strong> On voudrait pouvoir poursuivre la discussion amorc\u00e9e par cette conf\u00e9rence. Il est important de combattre Dum\u00e9nil\/L\u00e9vy qui proposent en fait une alliance entre le peuple et les managers de l&rsquo;industrie que ceux-ci dirigeraient. M\u00eame chose pour les post-keyn\u00e9siens. Il faut des d\u00e9marca\u00adtions plus nettes.<\/p>\n<p><strong>Q3<\/strong> Et les pays \u00e9mergents? Leur situation semble tr\u00e8s diff\u00e9rente.<\/p>\n<p><strong>Q4<\/strong> (Roubaud) On a l&rsquo;impression \u00e0 vous \u00e9couter qu&rsquo;il n&rsquo;y a jamais eu de R\u00e9volution d&rsquo;Octobre. L&rsquo;existence de l&rsquo;URSS et d&rsquo;un \u00ab\u00a0camp socialiste\u00a0\u00bb a tout de m\u00eame eu beaucoup d&rsquo;influence et on voit bien les effets de leur disparition.<\/p>\n<p><strong>Q5<\/strong> Pouvez-vous pr\u00e9ciser la diff\u00e9rence entre L\u00e9nine et R. Luxemburg?<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ponses<\/strong> &#8211; C&rsquo;est vrai que la baisse du taux de profit n&rsquo;est que tendancielle et qu&rsquo;il existe des con\u00adtre-tendances\u00a0: Marx distingue par exemple la composition organique du capital en valeur et en potentiel technique car il est vrai que les machines remplissant la m\u00eame fonction deviennent de plus en plus puissantes et qu&rsquo;elles co\u00fbtent de moins en moins cher. L&rsquo;augmentation du taux d&rsquo;ex\u00adploitation fournit \u00e9galement une contre-tendance qui limite la baisse du taux de profit. Il n&#8217;emp\u00ea\u00adche que, jusqu&rsquo;ici, tous ces facteurs ont tout juste r\u00e9ussi \u00e0 stabiliser le taux de profit. Pas \u00e0 le faire remonter. Par rapport \u00e0 Dum\u00e9nil\/L\u00e9vy : enti\u00e8rement d&rsquo;accord. Ceux qui pr\u00e9tendent \u00ab\u00a0r\u00e9guler\u00a0\u00bb le capitalisme sont des marchands d&rsquo;illusions. Il faudrait un p\u00f4le d&rsquo;\u00e9conomistes marxistes s&rsquo;opposant \u00e0 ceux qui font croire qu&rsquo;on peut r\u00e9guler le capitalisme (\u00ab\u00a0<em>Economistes atterr\u00e9s<\/em>\u00ab\u00a0, Attac, Fondation Copernic, etc.) pour d\u00e9noncer cet endormissement. En France, par rapport \u00e0 d&rsquo;autres pays, les \u00e9conomistes sont plut\u00f4t bien-pensants et, m\u00eame parmi les soi-disant marxistes, la \u00ab\u00a0baisse du taux de profit\u00a0\u00bb n&rsquo;a pas bonne presse. Et les travaux d&rsquo;inspiration marxiste des ann\u00e9es 1970, regroup\u00e9s sous l&rsquo;\u00e9tiquette\u00a0\u00bb\u00e9cole de la r\u00e9gulation\u00a0\u00bb (Bertrand, Aglietta, Boyer) ont m\u00eame disparu de l&rsquo;INSEE (o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 faits), lequel n&rsquo;a gard\u00e9 que les mod\u00e8les n\u00e9o-classiques (anticipation rationnelle).<\/p>\n<p>Sur les pays \u00e9mergents, il y a des travaux int\u00e9ressants. Myl\u00e8ne Gaulard, essaie de mesurer le taux de profit en Chine et explique, qu&rsquo;apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, celui-ci baisse \u00e9galement.<\/p>\n<p>Sur la R\u00e9volution d&rsquo;Octobre, c&rsquo;est \u00e9vident. Ses effets ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rables, en France et dans le monde, sur les rapports entre les classes, avec la pr\u00e9sence d&rsquo;un Parti Communiste qui a pes\u00e9 dans le jeu politique et \u00e9conomique. De m\u00eame que la disparition de l&rsquo;URSS a eu d&rsquo;\u00e9normes cons\u00e9quen\u00adces sur l&rsquo;exploitation des travailleurs par le moyen des \u00ab\u00a0r\u00e9formes\u00a0\u00bb n\u00e9o-lib\u00e9rales.<\/p>\n<p>En ce qui concerne L\u00e9nine et Rosa Luxemburg, cette derni\u00e8re explique l&rsquo;impossibilit\u00e9 de r\u00e9aliser la totalit\u00e9 de la plus-value \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du syst\u00e8me capitaliste. Il faut donc investir \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur (imp\u00e9rialisme) et gagner de nouveaux territoires au capitalisme. (Entre parenth\u00e8ses, lorsque le monde entier sera capitaliste et que cette expansion sera impossible, le syst\u00e8me s&rsquo;effondrera.) Marx ne parle pas de ces exportations de capitaux, mais il en donne la logique dans le Livre III et L\u00e9nine la d\u00e9veloppera pour prouver (contre d&rsquo;autres marxistes russes) que le capitalisme est en train de se d\u00e9velopper sans entraves en Russie.<\/p>\n<p>Sur la nature de la crise\u00a0: toutes les crises du capitalismes sont des \u00ab\u00a0crises de la demande\u00a0\u00bb si l&rsquo;on entend par l\u00e0 qu&rsquo;il n&rsquo;est plus possible d&rsquo;\u00e9couler les marchandises \u00e0 leur prix normal, mais cette expression n&rsquo;explique rien : la faiblesse de la demande peut provenir de l&rsquo;insuffisance des salaires ou d&rsquo;un taux de profit trop bas qui emp\u00eache d&rsquo;investir et provoque des faillites.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;<\/p>\n<p><strong>Q6<\/strong> (Luigi) Une question simple sur Dum\u00e9nil\/L\u00e9vy\u00a0: n&rsquo;est-ce pas une sorte de \u00ab\u00a0n\u00e9ocorporatisme\u00a0\u00bb?<\/p>\n<p><strong>Q7 <\/strong>(Paul Fraysse) (a) J&rsquo;ai pris conscience derni\u00e8rement que le march\u00e9 du capitalisme financier \u00e9tait beaucoup plus important que le march\u00e9 de la production\u00a0; (b) j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 de ce que vous avez dit sur le fait que l&rsquo;augmentation des salaires ne r\u00e9soudrait pas la crise.<\/p>\n<p><strong>Q8<\/strong> F\u00e9licitations pour votre expos\u00e9. Sommes-nous \u00e0 un moment historique? Cette politique de suspens et d&rsquo;exp\u00e9dients (mon\u00e9tarisation des dettes publiques) ne nous fait-elle pas courir un risque de \u00ab\u00a0Grande purge\u00a0\u00bb. Un signe avant-coureur : les contrats d&rsquo;entreprise deviennent plus importants que le code du travail (la loi).<\/p>\n<p><strong>Q9<\/strong> O\u00f9 placez-vous l&rsquo;endettement l\u00e0 dedans? La sous-consommation des m\u00e9nages n&rsquo;est-elle pas li\u00e9e aux in\u00e9galit\u00e9s? On voit les riches pr\u00eater aux pauvres.. (pas not\u00e9). Contestation des conclu\u00adsions de Myl\u00e8ne Gaulard.<\/p>\n<p><strong>Q10<\/strong> Voyez-vous une continuit\u00e9 ou une opposition entre les \u00e9crits de L\u00e9nine sur la NEP, le capi\u00adtalisme d&rsquo;Etat, et son petit livre sur l&rsquo;imp\u00e9rialisme? La Chine fait-elle une sorte de NEP?<\/p>\n<p><strong>Q11<\/strong> Quel est le taux d&rsquo;exploitation en France?<\/p>\n<p><strong>Q12<\/strong> Je ne vois pas pourquoi vous rejetez la th\u00e8se de la sous-consommation comme facteur de la crise.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ponses<\/strong> &#8211; Sur les bulles financi\u00e8res. Elles sont aliment\u00e9es avant tout par les Banques Centrales qui font marcher la planche \u00e0 billets avec des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s bas pour relancer l&rsquo;investissement et la croissance par les facilit\u00e9s d&rsquo;endettement. Mais jusqu&rsquo;ici, les entreprises n&rsquo;en ont pas profit\u00e9, car elles n&rsquo;investissent pas assez dans l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle (productive) et font des placements finan\u00adciers pour obtenir des gains qui compensent leurs faibles profits. Quand la bulle \u00e9clate, les actifs financiers se d\u00e9valorisent, mais la dette reste. Cet endettement massif pose des probl\u00e8mes. La dette des Etats est (et a toujours \u00e9t\u00e9) un d\u00e9bouch\u00e9 et une manne pour les capitalistes financiers.<\/p>\n<p>Lorsque les Etats interviennent pous sauver les grandes entreprises et les Banques, les ultra-lib\u00e9\u00adraux (jusqu&rsquo;ici minoritaires) sont scandalis\u00e9s. Mais ces interventions sont co\u00fbteuses et les Etats imposent l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 pour les financer. Pourront-ils le faire en permanence?<\/p>\n<p>Dum\u00e9nil et L\u00e9vy n\u00e9ocorporatistes? Le mot fait penser au fascisme, ce qui n&rsquo;est pas leur perspec\u00adtive. Leur horizon est celui d&rsquo;un \u00ab\u00a0nouveau compromis\u00a0\u00bb comme celui des \u00ab\u00a0Trente Glorieuses\u00a0\u00bb, bas\u00e9 sur une analyse de classes inspir\u00e9e du marxisme, mais d\u00e9tourn\u00e9e vers une sorte de r\u00e9vision\u00adnisme visant \u00e0 am\u00e9liorer le fonctionnement du capitalisme gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;Etat. On \u00e9limine d&rsquo;abord les solutions n\u00e9olib\u00e9rales pour proposer ensuite (chez ceux qui se disent \u00ab\u00a0anticapitalistes\u00a0\u00bb) un nou\u00adveau socialisme. Ces id\u00e9es gradualistes viennent de loin. Le PCF avait autrefois propos\u00e9 la \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie avanc\u00e9e\u00a0\u00bb comme antichambre du socialisme.<\/p>\n<p>Sur la Chine\u00a0: Deng-Xiao-Ping a-t-il voulu faire une sorte de NEP? S\u00fbrement pas. Celle-ci \u00e9tait, pour L\u00e9nine, une politique temporaire et pragmatique apr\u00e8s la guerre civile. Deng-Xiao-Ping n&rsquo;a rien propos\u00e9 de tel, il a bel et bien pr\u00e9conis\u00e9 une restauration du capitalisme.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p><em>Michel Gruselle conclut la s\u00e9ance en soutenant l&rsquo;id\u00e9e de prolonger la discussion par une r\u00e9fle\u00adxion, dans des formes encore \u00e0 d\u00e9terminer.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[1] NB ces deux aspects sont antagoniques\u00a0: la marchandise consomm\u00e9e ne peut plus \u00eatre vendue, la marchandise vendue ne peut plus \u00eatre consomm\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sylvain Billot: Pour une explication marxiste de la crise (\u00e0 partir du Livre III du Capital) Conf\u00e9rence n\u00b02 du 13 octobre 2014 \u00e0 l&rsquo;Amphi Roussy (Campus des Cordeliers) Michel Gruselle ouvre la s\u00e9ance avec quelques informations sur les prochaines activit\u00e9s du CUEM et annonce l&rsquo;ouverture du site \u00ab\u00a0cuem.info\u00a0\u00bb o\u00f9 l&rsquo;on trouvera les informations relatives aux &hellip; <a href=\"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=291\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">R\u00e9sum\u00e9 S. 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