{"id":270,"date":"2014-10-27T10:04:28","date_gmt":"2014-10-27T09:04:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cuem.info\/?page_id=270"},"modified":"2014-10-27T10:08:13","modified_gmt":"2014-10-27T09:08:13","slug":"resume-a-lacroix-riz-g-roberts","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=270","title":{"rendered":"R\u00e9sum\u00e9 A. Lacroix-Riz &#8211; G. Roberts"},"content":{"rendered":"<p><strong>Annie Lacroix-Riz<\/strong><strong> (pr\u00e9faci\u00e8re) pr\u00e9sente <\/strong><strong>: Geoffrey Roberts\u00a0: <em>Les guerres de Staline\u00a0: De la guerre mondiale \u00e0 la guerre froide, 1939-1953 <\/em><\/strong><strong><em>(Delga)<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Conf\u00e9rence n\u00b01 du 15 septembre 2014 \u00e0 l&rsquo;Amphi Roussy (Campus des Cordeliers)<\/p>\n<p>Michel Gruselle ouvre la s\u00e9ance et remerciant l&rsquo;Universit\u00e9 et son Pr\u00e9sident (Chambaz) pour la disponibi\u00adlit\u00e9 de cet Amphith\u00e9\u00e2tre et annonce l&rsquo;ouverture prochaine du site \u00ab\u00a0CUEM\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Aymeric Monville pr\u00e9sente le livre de Geoffrey Roberts et la pr\u00e9face (40 pages) d&rsquo;Annie Lacroix-Riz, qui confronte utilement les archives occidentales et sovi\u00e9tiques. Ce livre aurait d\u00fb \u00eatre publi\u00e9 en France depuis plusieurs ann\u00e9es, mais la France en est toujours \u00e0 l&rsquo;an z\u00e9ro de la sovi\u00e9tologie scientifique. Aux USA, il existe un d\u00e9bat moiti\u00e9-moiti\u00e9 entre les \u00ab\u00a0<em>cold warriors<\/em>\u00a0\u00bb qui d\u00e9fendent toujours la th\u00e8se de l&rsquo;URSS totalitaire et les \u00ab\u00a0<em>revisionnists<\/em>\u00a0\u00bb qui remettent en cause leurs interpr\u00e9tations. En raison de ce d\u00e9bat, il n&rsquo;est plus possible de maintenir les calomnies antisovi\u00e9tiques qui ont toujours cours \u00e0 Paris aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong>. Annie Lacroix-Riz explique qu&rsquo;elle a beaucoup bataill\u00e9 pour que soit enfin publi\u00e9e cette traduction fran\u00e7aise du livre de Roberts \u00ab\u00a0<em>Stalin&rsquo;s wars<\/em>\u00a0\u00bb (2006). Notons que la r\u00e9putation de l&rsquo;auteur \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9tablie gr\u00e2ce \u00e0 ses recherches sur le pacte germano-sovi\u00e9tique. Pour la pre\u00admi\u00e8re fois, un historien anglophone reconnu, et m\u00eame m\u00e9diatis\u00e9 en Irlande, sp\u00e9cialiste des rela\u00adtions internationales de 1933 \u00e0 1939, a eu la faveur du public en retra\u00e7ant les \u00e9v\u00e9nements condui\u00adsant au pacte germano-sovi\u00e9tique de 1939. Un Colloque r\u00e9cent sur ce sujet a m\u00eame \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 en Allemagne en d\u00e9pit de l&rsquo;atmosph\u00e8re ultra-r\u00e9actionaire qui r\u00e8gne sur ces questions dans l&rsquo;uni\u00adversit\u00e9 allemande, tout comme en Pologne d&rsquo;ailleurs.<\/p>\n<p><strong>Roberts a apport\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments nouveaux.<\/strong> Chez lui on trouve une nouvelle couleur archivisti\u00adque qui renouvelle la discipline alors que la sovi\u00e9tologie fran\u00e7aise est un d\u00e9sert en cons\u00e9quence du fait qu&rsquo;il est impossible de faire carri\u00e8re sur le sujet. Certes, Roberts ne d\u00e9molit pas les th\u00e8ses dominantes, et en particulier celle de la \u00ab\u00a0dictature stalinienne\u00a0\u00bb qui reste un s\u00e9same \u00e9ditorial, mais au fil du livre, on d\u00e9couvre que les choses \u00e9taient plus compliqu\u00e9es qu&rsquo;on ne le dit. En passant, notons que l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle les Archives sovi\u00e9tiques restent ferm\u00e9es est partiellement fausse. Beaucoup d&rsquo;archives concernant le pacte germano-sovi\u00e9tique sont publi\u00e9es depuis longtemps, comme en t\u00e9moigne le livre \u00ab\u00a0<em>Qui aidait Hitler?<\/em>\u00a0\u00bb d&rsquo;Ivan Maisky (Ambassadeur sovi\u00e9tique \u00e0 Londres) r\u00e9cemment publi\u00e9 par Delga.<\/p>\n<p><strong>Un point sensible\u00a0: l&rsquo;affaire Toukhatchevsky.<\/strong> Ici, Annie Lacroix-Riz est en d\u00e9saccord avec Roberts qu&rsquo;elle trouve particuli\u00e8rement \u00ab\u00a0timide\u00a0\u00bb. Aujourd&rsquo;hui, on ne peut plus soutenir la version \u00ab\u00a0officielle\u00a0\u00bb de l&rsquo;innocence de Toukhatchevsky. Longtemps, les historiens ont eu peur d&rsquo;en parler. Un exemple typique est celui de Jonathan Haslam et de ses travaux sur la politique ext\u00e9rieure sovi\u00e9tique. Haslam a d&rsquo;abord trouv\u00e9, dans les archives diplomatiques, des raisons de penser que Toukhatchevsky \u00e9tait bien coupable de trahison, puis, il est revenu en arri\u00e8re. Roberts va encore moins loin qu&rsquo;Haslam tout en admettant l&rsquo;existence de mythes dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;URSS. Comme sur d&rsquo;autres sujets, il choisit de souligner la sinc\u00e9rit\u00e9 de Staline, en ajoutant que celui-ci a \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9 et qu&rsquo;il a fait fusiller Toukhatchevsky par \u00ab\u00a0id\u00e9ologie\u00a0\u00bb. C&rsquo;est le probl\u00e8me de la recherche historique contemporaine\u00a0: on ne peut pas contester les mythologies noires sans passer pour un affreux stalinien.<\/p>\n<p>(Pour donner la temp\u00e9rature, Annie Lacroix-Riz \u00e9voque un couriel indign\u00e9 adress\u00e9 \u00e0 Jean Salem parce que celui-ci l&rsquo;a invit\u00e9e au S\u00e9minaire Marx-au-21<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00e0 la Sorbonne)<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1930, le pouvoir sovi\u00e9tique \u00e9tait parfaitement conscient de la menace ext\u00e9rieure et l&rsquo;importance de l&rsquo;Arm\u00e9e Rouge ne faisait pas question. Sauf \u00e0 vouloir la d\u00e9faite, il \u00e9tait absurde de d\u00e9truire l&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;Arm\u00e9e. D\u00e8s 1933, Auguste-Antoine Palasse, attach\u00e9 militaire fran\u00e7ais \u00e0 Moscou avait expliqu\u00e9 tr\u00e8s clairement \u00e0 Paris les risques de guerre avec l&rsquo;Allemagne, comme l&rsquo;avaient fait d&rsquo;ailleurs tous les diplomates occidentaux en poste \u00e0 Moscou.<\/p>\n<p>Arno Mayer, historien am\u00e9ricain trotskiste ind\u00e9pendant a qualifi\u00e9 l&rsquo;URSS de \u00ab\u00a0forteresse assi\u00e9g\u00e9e\u00a0\u00bb dans un ouvrage o\u00f9 il compare la situation difficile de la France r\u00e9volutionnaire, entour\u00e9e d&rsquo;enne\u00admis, \u00e0 celle de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique (Pr\u00e9face, note 3 p. iv et p. xxi). Cette situation difficile est la cl\u00e9 qui permet de comprendre dans les deux cas la position du clerg\u00e9. Mais la bourgeoisie fran\u00e7aise, qui fut d&rsquo;abord mise \u00e0 l&rsquo;index par les cours europ\u00e9ennes, deviendra finalement respectable. Au contraire, l&rsquo;URSS ne sera jamais consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Ouest comme un Etat respectable. Dans ses sou\u00advenirs, l&rsquo;ambassadeur Maisky raconte comment il remit ses lettres de cr\u00e9ance, \u00e0 Londres, dans un silence glacial. Dans un tel contexte, la Terreur sovi\u00e9tique n&rsquo;est pas plus irrationnelle que la Ter\u00adreur fran\u00e7aise. Une indication convergente appara\u00eet chez Oleg Khlevniouk, un historien russe pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Ouest, qui a \u00e9crit un article sur la Terreur de 1937-1938 en URSS. Il impute celle-ci \u00e0 la guerre d&rsquo;Espagne et \u00e0 l&rsquo;infiltration des Brigades Internationales par les fascistes qui voulaient faire rentrer des agents provocateurs en Union Sovi\u00e9tique apr\u00e8s cette guerre. Cet auteur a ensuite \u00e9volu\u00e9 vers la th\u00e8se des \u00ab\u00a0<em>Terres de Sang<\/em>\u00a0\u00bb de T. Snyder qui renvoie dos \u00e0 dos Hitler et Staline.<\/p>\n<p>Dans un tel contexte, Roberts a donc eu finalement beaucoup de courage en d\u00e9montrant combien la th\u00e8se officielle d&rsquo;un Staline fascin\u00e9 par Hitler \u00e9tait fausse.<\/p>\n<p>Avant ao\u00fbt 1939, l&rsquo;URSS n&rsquo;avait pu positionner \u00e0 l&rsquo;Ouest qu&rsquo;un million de soldats. En juin 1941, elle en avait trois millions. Entre ces deux dates, c&rsquo;est la p\u00e9riode du pacte germano-sovi\u00e9tique qui fut une p\u00e9riode tr\u00e8s tendue. A l&rsquo;origine du Proc\u00e8s de Nuremberg, les Am\u00e9ricains avaient l&rsquo;inten\u00adtion de mettre en accusation, non pas les criminels nazis, mais bien l&rsquo;URSS \u00e0 cause du pacte ger\u00admano-sovi\u00e9tique. Ils voulaient mettre l&rsquo;accent sur les \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9fices\u00a0\u00bb que celle-ci avait retir\u00e9 de la p\u00e9riode 1939-1941 (et, bien s\u00fbr, sur le fait que le pacte avait permis \u00e0 Hitler de d\u00e9clencher la guerre plus facilement). Ils sont all\u00e9s chercher le principal traducteur du pacte en esp\u00e9rant faire la preuve des bonnes relations et de la collusion entre Allemands et Sovi\u00e9tiques. Ils ont d\u00fb d\u00e9chan\u00adter. Les n\u00e9gociations \u00e9taient tr\u00e8s difficiles\u00a0: visages ferm\u00e9s, marchandages ardus pour chaque d\u00e9tail du trac\u00e9 de la future fronti\u00e8re. Ce n&rsquo;est finalement que sur l&rsquo;insistance des Sovi\u00e9tiques que les Am\u00e9ricains se sont r\u00e9solus \u00e0 juger les criminels nazis.<\/p>\n<p>Le 26 janvier 1934 fut sign\u00e9 le pacte de non-agression germano-polonais par lequel \u00ab\u00a0la Pologne acc\u00e9dait enfin au statut de grande puissance.\u00a0\u00bb [NB. Ce qui \u00e9voque des \u00e9pisodes r\u00e9cents o\u00f9 la Pologne, flatt\u00e9e par Washington, est redevenue un pion de l&rsquo;\u00e9chiquier international.] Le 23 ao\u00fbt 1939, c&rsquo;est l&rsquo;accord germano-sovi\u00e9tique. Palasse et un autre attach\u00e9 militaire savent que Staline n&rsquo;a pas pu le signer sans garanties.<\/p>\n<p>Le courage de Roberts concerne aussi la guerre de Finlande. Celle-ci a \u00e9clat\u00e9 \u00e0 partir du refus de la Finlande d&rsquo;accepter un \u00e9change de territoires propos\u00e9 par l&rsquo;URSS pour assurer la d\u00e9fense de Leningrad. Au d\u00e9but de 1939, la Finlande, h\u00e9riti\u00e8re des barons baltes, \u00e9tait berc\u00e9e par une atmo\u00adsph\u00e8re de Sainte Alliance entretenue par tous les pays occidentaux. Finalement, cette petite guer\u00adre de Finlande a appris \u00e0 l&rsquo;URSS \u00e0 utiliser conjointement l&rsquo;offensive (jusque l\u00e0 toujours privil\u00e9\u00adgi\u00e9e) et la d\u00e9fensive. Joukov en particulier en tiera des le\u00e7ons pr\u00e9cieuses.<\/p>\n<p>Ici, Roberts a davantage r\u00e9sum\u00e9 l&rsquo;historiographie anglo-saxonne de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale qu&rsquo;il n&rsquo;a utilis\u00e9 ses propres archives. Cette historiographie est remarquable (voir, en particulier David Glantz, Pr\u00e9face, note 1, p.viii) et elle montre que la direction sovi\u00e9tique \u00e9tait beaucoup plus collective et rationnelle que la l\u00e9gende noire ne veut bien le dire. Selon Alexander Werth, le th\u00e8me de la mauvaise pr\u00e9paration sovi\u00e9tique est malhonn\u00eate\u00a0:<\/p>\n<p>(1) Les forces \u00e9taient disproportionn\u00e9es, \u00e0 l&rsquo;avantage de l&rsquo;Allemagne (quantitativement et qualita\u00adtivement). Ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas le cas durant la guerre d&rsquo;Espagne o\u00f9 les avions et les chars l\u00e9gers sovi\u00e9tiques donnaient beaucoup de fil \u00e0 retordre \u00e0 la l\u00e9gion Condor.<\/p>\n<p>(2) La r\u00e9sistance sovi\u00e9tique, tr\u00e8s puissante, a frein\u00e9 suffisamment l&rsquo;attaque allemande pour com\u00adpromettre le <em>Blitzkrieg<\/em>, finalement stopp\u00e9 devant Moscou.<\/p>\n<p>(3) Avec de tr\u00e8s lourdes cons\u00e9quences\u00a0: sans <em>Blitzkrieg<\/em>, l&rsquo;Allemagne ne pouvait pas gagner la guerre. Par cons\u00e9quent, ses rivaux imp\u00e9rialistes qui l&rsquo;avaient laiss\u00e9e faire se retournaient contre elle, ils se retournaient contre le <em>concurrent<\/em> allemand.<\/p>\n<p>Ce sont l\u00e0 trois \u00e9l\u00e9ments fondamentaux pour la compr\u00e9hension de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale qu&rsquo;on a oubli\u00e9 aujourd&rsquo;hui \u00e0 cause de la survalorisation du d\u00e9barquement de Normandie. Ici, Roberts manifeste \u00e9galement son honn\u00eatet\u00e9 en soulignant que l&rsquo;effort sovi\u00e9tique a \u00e9t\u00e9 solitaire. Il montre que l&rsquo;aide des USA \u00e0 l&rsquo;URSS n&rsquo;a repr\u00e9sent\u00e9 au maximum que 5% \u00e0 10% des mat\u00e9riels de guerre utilis\u00e9s. Et surtout, que la quasi totalit\u00e9 du \u00ab\u00a0pr\u00eat-bail\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 <em>apr\u00e8s Stalingrad<\/em>.<\/p>\n<p><strong>A l&rsquo;issue de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, l&rsquo;imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain<\/strong>, qui s&rsquo;\u00e9tait consid\u00e9rable\u00adment enrichi \u00e0 la premi\u00e8re, est devenu l&rsquo;imp\u00e9rialisme le plus puissant. Pourtant il n&rsquo;a toujours pas acquis les moyens de gagner une guerre seul, en raison de ce qu&rsquo;on a appel\u00e9 sa \u00ab\u00a0strat\u00e9gie p\u00e9riph\u00e9\u00adrique\u00a0\u00bb. N&rsquo;ayant jamais connu la guerre sur leur propre sol (mis \u00e0 part le guerre de S\u00e9cession, plus meurtri\u00e8re que toutes les autres r\u00e9unies), les Am\u00e9ricains n&rsquo;ont qu&rsquo;une arm\u00e9e \u00ab\u00a0coloniale l\u00e9g\u00e8re\u00a0\u00bb. Ce qui contraste avec la situation des pays europ\u00e9ens qui se sont mobilis\u00e9s depuis longtemps les uns contre les autres, aussi bien sur le plan \u00e9conomique que sur le plan militaire. De 1914 \u00e0 1917, les Etats-Unis se sont engag\u00e9s tr\u00e8s progressivement contre l&rsquo;Allemagne. Ils ne le font massive\u00adment qu&rsquo;en mars 1918, apr\u00e8s avoir innond\u00e9 les bellig\u00e9rants de cr\u00e9dits. C&rsquo;est le propre de la \u00ab\u00a0stra\u00adt\u00e9gie p\u00e9riph\u00e9rique\u00a0\u00bb\u00a0: on s&rsquo;engage tard, \u00e0 peu de frais, et du c\u00f4t\u00e9 du tr\u00e8s probable vainqueur.<\/p>\n<p>Roberts explique honn\u00eatement et correctement la \u00ab\u00a0question polonaise\u00a0\u00bb. Anecdote r\u00e9v\u00e9latrice, Annie Lacroix-Riz s&rsquo;est vu refuser une recension polonaise de ce livre de Roberts parce que ce dernier aurait soi-disant r\u00e9habilit\u00e9 Staline, le meurtrier de Katyn. Par parenth\u00e8se, la politique polonaise d&rsquo;avant la guerre est en fait responsable de beaucoup de morts dont on ne parle jamais, en particulier en Tch\u00e9coslovaquie. Mais ce qui d\u00e9pla\u00eet le plus aux Polonais, c&rsquo;est l&rsquo;explication de l&rsquo;affaire de Varsovie (ao\u00fbt 1944). Roberts est tr\u00e8s honn\u00eate. Comme Alexander Werth, il explique que l&rsquo;Arm\u00e9e Rouge, en fin d&rsquo;offensive (fin de l&rsquo;op\u00e9ration \u00ab\u00a0Bagration\u00a0\u00bb qui a lib\u00e9r\u00e9 la Bi\u00e9lorussie et la derni\u00e8re partie du territoire sovi\u00e9tique) ne pouvaient pas prendre Varsovie o\u00f9 les Allemands s&rsquo;\u00e9taient puissamment retranch\u00e9s. La th\u00e8se officielle polonaise pr\u00e9tend au contraire, et fausse\u00adment, que cette pause \u00e9tait volontaire pour laisser les Allemands exterminer les combattants de l&rsquo;insurrection qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e plus t\u00f4t (intentionnellement trop t\u00f4t disent les Russes).<\/p>\n<p>Par ailleurs, Roberts mentionne honn\u00eatement que l&rsquo;op\u00e9ration \u00ab\u00a0Bagration\u00a0\u00bb a permis le d\u00e9barque\u00adment alli\u00e9 en Normandie (27 divisions, selon Gabriel Kolko, contre plusieurs centaines sur le front russe). Il montre \u00e9galement que le \u00ab\u00a0dictateur\u00a0\u00bb Staline travaille collectivement et qu&rsquo;il est un grand chef politico-militaire. Car il ne s&rsquo;agit pas de n&rsquo;importe quelle direction. C&rsquo;est une d\u00e9fense patriotique. C&rsquo;est \u00ab\u00a0la Patrie en danger\u00a0\u00bb. Enfin, Roberts montre que la r\u00e9pression stalinienne a \u00e9t\u00e9 beaucoup plus s\u00e9v\u00e8re pour les g\u00e9n\u00e9raux que pour la troupe.<\/p>\n<p><strong>Et finalement\u00a0: qui est responsable de la guerre froide?<\/strong> Roberts voudrait dissiper le rideau de fum\u00e9e du \u00ab\u00a0ni eux-ni nous\u00a0\u00bb. N\u00e9anmoins, les trois derniers chapitres (sur douze!) sont assez fai\u00adbles\u00a0: il y a eu des erreurs d&rsquo;appr\u00e9ciation de l&rsquo;honn\u00eate Staline qui a cru en la bonne foi des Occi\u00addentaux, mais qui a mal interpr\u00e9t\u00e9 certaines de leurs d\u00e9cisions et qui, d\u00e9\u00e7u, prend des mesures provoquant le soup\u00e7on de ses partenaires. En somme, une suite d&rsquo;incompr\u00e9hensions et de malen\u00adtendus. Et le probl\u00e8me de l&rsquo;imp\u00e9rialisme est occult\u00e9.<\/p>\n<p>Roberts va beaucoup moins loin que William Appleman Williams (1921-1990), l&rsquo;un des fonda\u00adteurs de l&rsquo;\u00e9cole historique \u00ab\u00a0r\u00e9visionniste\u00a0\u00bb am\u00e9ricaine (Pr\u00e9face, note 2, p. xiii) qui, apr\u00e8s sa th\u00e8se (\u00ab\u00a0<em>American-Russian relations 1795-1947<\/em>\u00ab\u00a0), a bien montr\u00e9 en 1959 que les Sovi\u00e9tiques auraient bien pu faire n&rsquo;importe quoi, le r\u00e9sulat aurait \u00e9t\u00e9 le m\u00eame. L&rsquo;imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain depuis la fin du 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (depuis la naissance des USA) a des buts de guerre globaux et il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 l&rsquo;Asie d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>En 1944, Averell Harriman (ambassadeur \u00e0 Moscou) estimait que l&rsquo;URSS \u00e9tait tellement pauvre qu&rsquo;elle se tiendrait tranquille si on lui donnait 1milliard $ (bien que les destructions allemandes fussent estim\u00e9es \u00e0 200 milliards $) et qu&rsquo;avec un tel \u00ab\u00a0cadeau\u00a0\u00bb elle ne r\u00e9clamerait m\u00eame pas de zone d&rsquo;influence. (Ici, une question n&rsquo;est toujours pas r\u00e9solue : pourquoi Staline a-t-il offert une zone d&rsquo;occupation \u00e0 Berlin aux Occidentaux?). Il est certain que Staline recherchait une politique de s\u00e9curit\u00e9. Vis-\u00e0-vis de la Pologne, il n&rsquo;a pas capitul\u00e9 devant les exigences am\u00e9ricaines. Mais dans les Balkans, il a d\u00fb composer.<\/p>\n<p>Les fr\u00e8res Dulles (John Foster Dulles, Secr\u00e9taire d&rsquo;Etat, et Allen Dulles chef de la CIA, avocats li\u00e9s au cabinet d&rsquo;affaires Sullivan et Cromwell depuis les ann\u00e9es 1930) firent capoter les r\u00e9para\u00adtions demand\u00e9es \u00e0 l&rsquo;Allemagne par l&rsquo;URSS car ils voulaient reprendre la politique d&rsquo;association des capitaux am\u00e9ricains et allemands qui avait si bien d\u00e9marr\u00e9 avant-guerre. Alors que le capital am\u00e9ricain pr\u00e9voyait de s&rsquo;installer en Allemagne et d&rsquo;y investir massivement, on n&rsquo;allait tout de m\u00eame pas laisser partir les profits en URSS au titre des r\u00e9parations.<\/p>\n<p>En fait, les signes avant-coureurs de la guerre froide ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la fin de la guerre. On a soulign\u00e9 qu&rsquo;Hiroshima et Nagasaki \u00e9taient aussi des avertissements \u00e0 l&rsquo;URSS, mais il en \u00e9tait de m\u00eame pour le bombardement incendiaire de Dresde qui an\u00e9antissait une ville sans int\u00e9r\u00eat militaire qui allait tomber dans la zone d&rsquo;occupation sovi\u00e9tique. Ce bombardement de Dresde \u00e9tait en effet pr\u00e9vu pour le jour de l&rsquo;ouverture de la conf\u00e9rence de Yalta. Il fut diff\u00e9r\u00e9 de quelques jours \u00e0 cause de la m\u00e9t\u00e9o. L&rsquo;objectif \u00e9tait aussi de torpiller la clause pr\u00e9vue \u00e0 Yalta o\u00f9 il \u00e9tait question de l&rsquo;occupation d&rsquo;une partie du Japon par l&rsquo;URSS.<\/p>\n<p><strong>Discussion<\/strong> (br\u00e8ve, \u00e0 cause de l&rsquo;heure).<\/p>\n<p><strong>Q1<\/strong>\u00a0: Vous avez lu Roberts avec les yeux de l&rsquo;amour car il y a tout de m\u00eame trois points litigieux\u00a0: (a) la guerre de Cor\u00e9e dont il raconte la version occidentale, (b) Roberts \u00e9voque \u00ab\u00a0l&rsquo;annexion par Staline\u00a0\u00bb de la Bessarabie alors que celle-ci \u00e9tait russe depuis 1812 et (c) pourquoi mettre des guillemets \u00e0 la \u00ab\u00a0Grande Guerre patriotique\u00a0\u00bb?<\/p>\n<p><em>R\u00e9ponse<\/em>. Certes, la guerre de Cor\u00e9e n&rsquo;est pas bien trait\u00e9e par Roberts (comme la biographie de Molotov d&rsquo;ailleurs). Votre r\u00e9probation est l\u00e9gitime, mais consid\u00e9rez tout de m\u00eame la distance avec Conquest ou Nicolas Werth. La Bessarabie, c&rsquo;est vrai \u00e9tait russe et a \u00e9t\u00e9 vol\u00e9e par les Roumains, aid\u00e9s des Fran\u00e7ais en 1918-1919. La Grande Guerre Patriotique est une expression russe officielle et les guillemets indiquent une citation.<\/p>\n<p><strong>Q2<\/strong> (Anne-Marie)\u00a0: En 1963, j&rsquo;ai din\u00e9 \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran avec le traducteur de Staline qui affirmait que Staline avait une immense culture et qui m&rsquo;a confi\u00e9 l&rsquo;anecdote suivante\u00a0: A Yalta un Am\u00e9ricain demande \u00e0 Staline pourquoi il r\u00e9agit \u00e0 chaque d\u00e9claration qui ne lui pla\u00eet pas. Nous, ajoute-t-il, on laisse dire, mais si on a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;agir autrement, on le fera. Et Staline de r\u00e9pondre\u00a0: \u00ab\u00a0je me l\u00e8ve tous les jours en me demandant si je serai assassin\u00e9 dans la journ\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>R\u00e9ponse<\/em>. Les d\u00e9cisions sont souvent prises longtemps avant les \u00e9v\u00e9nements. Par exemple, les Am\u00e9ricains voulaient mettre les pieds en Irak car tout le monde a toujours voulu l&rsquo;Irak. La Deuxi\u00e8me Guerre mondiale est une guerre de conqu\u00eate globale. Pour le comprendre, il faut \u00e0 la base une analyse de l&rsquo;imp\u00e9rialisme et de ses objectifs \u00e9conomiques. La concurrence entre imp\u00e9\u00adrialismes est g\u00e9n\u00e9ratrice de guerres qui permettent des repartages du monde au b\u00e9n\u00e9fice de l&rsquo;imp\u00e9rialisme le plus puissant.<\/p>\n<p>Roberts est \u00ab\u00a0psychologisant\u00a0\u00bb et faible pendant trois chapitres sur douze (et sans compter les cor\u00adrespondances). Mais huit chapitres sont solides. Il faut compl\u00e9ter Roberts par le travail des \u00ab\u00a0r\u00e9vi\u00adsionnistes\u00a0\u00bb am\u00e9ricains. D\u00e9j\u00e0, dans les ann\u00e9es 1930, l&rsquo;un d&rsquo;eux parle de disputes entre l&rsquo;Allemagne et les USA pour la conqu\u00eate et le partage de l&rsquo;Ukraine.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Annie Lacroix-Riz (pr\u00e9faci\u00e8re) pr\u00e9sente : Geoffrey Roberts\u00a0: Les guerres de Staline\u00a0: De la guerre mondiale \u00e0 la guerre froide, 1939-1953 (Delga) Conf\u00e9rence n\u00b01 du 15 septembre 2014 \u00e0 l&rsquo;Amphi Roussy (Campus des Cordeliers) Michel Gruselle ouvre la s\u00e9ance et remerciant l&rsquo;Universit\u00e9 et son Pr\u00e9sident (Chambaz) pour la disponibi\u00adlit\u00e9 de cet Amphith\u00e9\u00e2tre et annonce l&rsquo;ouverture prochaine &hellip; <a href=\"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=270\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">R\u00e9sum\u00e9 A. Lacroix-Riz &#8211; G. 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