{"id":159,"date":"2014-07-25T11:26:01","date_gmt":"2014-07-25T10:26:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cuem.info\/?page_id=159"},"modified":"2014-10-13T10:02:43","modified_gmt":"2014-10-13T09:02:43","slug":"resume","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=159","title":{"rendered":"R\u00e9sum\u00e9 L. Hetzel"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Les conf\u00e9rences du CUEM.<\/em><\/strong><em> Conf\u00e9rence n\u00b06, du 17 juin 2014 \u00e0 l&rsquo;Amphith\u00e9\u00e2tre Roussy, Campus des Cordeliers \u2014 15, rue de l&rsquo;Ecole de M\u00e9decine 75006.<\/em><\/p>\n<p><strong>Ludovic Hetzel\u00a0: <\/strong><strong><em>L\u2019\u00e9mancipation r\u00e9volutionnaire des travailleurs (euses) selon Marx<\/em><\/strong><strong><em>.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>Michel Gruselle introduit bri\u00e8vement la r\u00e9union, la sixi\u00e8me et derni\u00e8re de cette ann\u00e9e. Il annonce, pour l&rsquo;ann\u00e9e prochaine, un cycle semblable de six conf\u00e9rences pour lesquelles l&rsquo;Universit\u00e9 a valid\u00e9 la r\u00e9serva\u00adtion de cet amphith\u00e9\u00e2tre. Le programme sera publi\u00e9 prochainement sur le site du CUEM en cours de lancement. La conf\u00e9rence de notre ami Ludovic vient au moment o\u00f9 les cheminots illustrent concr\u00e8tement la lutte des classes par une gr\u00e8ve reconduite d\u00e9mocratiquement chaque jour. Au bout d&rsquo;une semaine, le besoin de solidarit\u00e9 active se fait sentir et nous vous appelons \u00e0 la concr\u00e9tiser par un don de soutien qui leur sera transmis demain lors d&rsquo;une rencontre avec leur syndicat CGT \u00e0 Jussieu.<\/em><\/p>\n<p>Ludovic Hetzel, est professeur agr\u00e9g\u00e9 et docteur en philosophie. Ancien \u00e9l\u00e8ve de l&rsquo;ENS, il a cr\u00e9\u00e9 le s\u00e9mi\u00adnaire \u00ab\u00a0<em>Lecture de Marx<\/em>\u00ab\u00a0. Sa th\u00e8se (2009) \u00ab\u00a0<em>Commentaire suivi du <\/em>Capital<em> (Livre I). Contribution \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la dialectique mat\u00e9rialiste chez Marx<\/em>\u00a0\u00bb para\u00eetra aux \u00c9ditions sociales en octobre 2014. Son contenu a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un article \u00ab\u00a0<em>La dialectique mat\u00e9rialiste dans le Capital : Quelques pistes pour rouvrir un vieux chantier<\/em>\u00a0\u00bb (Actuel Marx, no 51, 2012) et nous l&rsquo;invitons \u00e0 revenir ici l&rsquo;ann\u00e9e prochaine pour nous en parler. Cette ann\u00e9e, il a donn\u00e9 une conf\u00e9rence sur le Livre I du <em>Capital<\/em> au S\u00e9minaire \u00ab\u00a0<em>Marx au XXIe si\u00e8cle<\/em>\u00a0\u00bb dirig\u00e9 par J. Salem (23 novembre 2013), conf\u00e9rence que vous pouvez visionner sur le site des \u00ab\u00a0<em>Films de l&rsquo;An-2<\/em>\u00a0\u00bb (Vimeo).<\/p>\n<p>La conf\u00e9rence d&rsquo;aujourd&rsquo;hui n&rsquo;est pas film\u00e9e mais vous en aurez un r\u00e9sum\u00e9 sur le site.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p>Ludovic Hetzel remercie les invitants et souligne que les tensions sociales s&rsquo;aiguisent depuis l&rsquo;\u00e9lection de Hollande. Il souhaite que la gr\u00e8ve des cheminots aille le plus loin possible et remar\u00adque que la reconduction quotidienne de leur gr\u00e8ve en assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale \u00e9voque le concept d&rsquo;auto-organisation ouvri\u00e8re chez Marx.<\/p>\n<p>Parler de Marx revient au go\u00fbt du jour, surtout depuis la crise de 2008 qui a suscit\u00e9 toute une s\u00e9rie d&rsquo;expos\u00e9s, de conf\u00e9rences, de livres, etc. Pour la premi\u00e8re fois depuis longtemps, Marx est au programme de l&rsquo;aggr\u00e9gation de philosophie. Marx est en effet connu comme philosophe, \u00e9co\u00adnomiste, ou m\u00eame sociologue, mais on parle peu de son projet politique.<\/p>\n<p>Marx avait un projet politique qui n&rsquo;est jamais discut\u00e9. Apr\u00e8s sa mort et au XXe si\u00e8cle, plusieurs exp\u00e9riences politiques se sont r\u00e9clam\u00e9es de lui\u00a0: la social-d\u00e9mocratie, la R\u00e9volution russe, le stalinisme, etc. et les d\u00e9bats qu&rsquo;elles ont suscit\u00e9 ont obscurci le projet initial. Celui-ci \u00e9tait centr\u00e9 sur l&rsquo;id\u00e9e \u00ab\u00a0<em>d&rsquo;auto-\u00e9mancipation<\/em>\u00ab\u00a0, un concept qui doit \u00eatre replac\u00e9 dans son contexte politique, et qui pose <strong><em>quatre probl\u00e8mes th\u00e9oriques<\/em><\/strong>.<\/p>\n<p><strong>(1)<\/strong> D&rsquo;un point de vue g\u00e9n\u00e9ral\u00a0: comment articuler la logique de fer du Capital avec la possibilit\u00e9 de lui r\u00e9sister, voire de s&rsquo;en lib\u00e9rer? Aujourd&rsquo;hui, le Capital semble tout-puissant, malgr\u00e9 &#8211; ou \u00e0 cause de &#8211; la crise qui le fait para\u00eetre encore plus puissant. Il jette les gens au ch\u00f4mage, provoque des guerres, int\u00e8gre \u00e0 son syst\u00e8me de nouvelles r\u00e9gions du monde, etc. Quelles sont ses failles? On ne peut se contenter de quelques fissures ou interstices. Pour changer les choses, il faut une logique puissante. Les concepts marxiens permettent-ils de l&rsquo;apercevoir?<\/p>\n<p><strong>(2)<\/strong> La conception marxienne des libert\u00e9s concr\u00e8tes est bas\u00e9e sur une id\u00e9e de l&rsquo;activit\u00e9, ou plut\u00f4t de l&rsquo;auto-activit\u00e9, qui implique d&rsquo;articuler deux choses\u00a0: (a) la spontan\u00e9it\u00e9 et (b) l&rsquo;action politique. Si l&rsquo;on se base uniquement sur la spontan\u00e9it\u00e9 (anarchie, r\u00e9voltes), on n&rsquo;accumule pas l&rsquo;exp\u00e9rience politique. Si l&rsquo;on fait confiance exclusivement \u00e0 l&rsquo;action politique, on surestime et on f\u00e9tichise l&rsquo;organisation et on en vient rapidement aux organisations bureaucratiques. La position de Marx par rapport \u00e0 ce dilemme consiste \u00e0 privil\u00e9gier la spontan\u00e9it\u00e9 (a), sans nier cependant l&rsquo;utilit\u00e9 des organisations politiques (b), mais celles-ci <em>n&rsquo;ont qu&rsquo;un r\u00f4le provisoire<\/em>.<\/p>\n<p>(3) Comment le prol\u00e9tariat, les travailleurs, peuvent-ils conqu\u00e9rir le pouvoir politique? La r\u00e9pon\u00adse de Marx se rapporte \u00e0 la dictature du prol\u00e9tariat qu&rsquo;il envisage de fa\u00e7on non-\u00e9tatique.<\/p>\n<p>(4) Comment articuler l&rsquo;organisation de la classe ouvri\u00e8re et le r\u00f4le du Parti communiste? Les exp\u00e9riences du XXe si\u00e8cle ont abouti aux partis staliniens. Un retour \u00e0 Marx implique de com\u00adprendre qu&rsquo;il accorde au Parti communiste un r\u00f4le tr\u00e8s circonscrit et en m\u00eame temps d\u00e9cisif.<\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8re Partie : gen\u00e8se des concepts marxiens<\/strong><\/p>\n<p>Au moment des <em>Manuscrits de 1844<\/em>, Marx a d\u00e9j\u00e0 des convictions communistes mais il n&rsquo;est encore engag\u00e9 dans aucune action id\u00e9ologique ou politique. Son propos est de constituer une <em>anthropologie mat\u00e9rialiste<\/em>. L&rsquo;homme fait partie de la Nature mais se distingue des animaux par <strong><em>le travail<\/em><\/strong>. La toute <strong>premi\u00e8re caract\u00e9ristique<\/strong> de celui-ci est d&rsquo;\u00eatre <em>une activit\u00e9 libre qui lib\u00e8re<\/em> des contraintes associ\u00e9es aux besoins physiques vitaux (nourriture, v\u00eatements, habitation, etc..). Cependant, l&rsquo;humanisation commence avec la satisfaction de besoins d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur et non plus de ces besoins primaires. La <strong>seconde caract\u00e9ristique<\/strong> du travail, c&rsquo;est qu&rsquo;il permet de <em>produire joyeusement<\/em>. S&rsquo;agit-il d&rsquo;un reliquat de \u00ab\u00a0libert\u00e9 m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb? Non, car le travail est pens\u00e9 en tant que \u00ab\u00a0production-action\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;analyse du travail ali\u00e9n\u00e9. Dans celui-ci, le travailleur est priv\u00e9 du produit (libre) de son tra\u00advail (libre). Le <em>concept d&rsquo;ali\u00e9nation<\/em> est indissociable de la conception que Marx se fait du travail libre.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tape suivante est li\u00e9e \u00e0 <em>l&rsquo;Id\u00e9ologie Allemande.<\/em> L&rsquo;histoire illustre le d\u00e9veloppement continuel des forces productives et le fait qu&rsquo;elles entrent en contradiction avec les rapports de production. Le r\u00e9sultat est une nouvelle soci\u00e9t\u00e9. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;\u00e9vidence de <em>l&rsquo;historicit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s humaines<\/em>.<\/p>\n<p>(1) <em>Ici, on doit se demander<\/em> ce que devient l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;auto-activit\u00e9 dans <em>l&rsquo;Id\u00e9ologie Allemande<\/em>. Les hommes sont d\u00e9termin\u00e9s par leur position dans une classe sociale\u00a0 qui trace le chemin de leur vie. Les individus sont les rouages passifs de l&rsquo;Histoire, et pourtant, le \u00ab\u00a0<em>travail libre<\/em>\u00a0\u00bb n&rsquo;a pas disparu, car \u00ab\u00a0<em>les forces productives sont<\/em> [&#8230;] <em>dues \u00e0 l&rsquo;action des individus<\/em>.\u00a0\u00bb Ces forces productives sem\u00adblent de plus en plus autonomes et ind\u00e9pendantes des individus et pourtant le m\u00e9canisme par lequel elles deviennent autonome ne \u00ab\u00a0gomme pas\u00a0\u00bb les individus. De m\u00eame, les \u00ab\u00a0<em>rapports de pro\u00adduction<\/em>\u00a0\u00bb sont \u00e9galement des produits de l&rsquo;action des individus qui les re-cr\u00e9\u00e9ent chaque jour. Cette explication nous montre donc les individus \u00e9cras\u00e9s alors que c&rsquo;est leur activit\u00e9 propre qui est \u00e0 l&rsquo;origine du m\u00e9canisme qui les \u00e9crase. Selon Stirner, les classes sociales pr\u00e9existent par rap\u00adport aux individus qui les constituent. Marx rejette cette id\u00e9e et pol\u00e9mique avec Stirner\u00a0: c&rsquo;est bien l&rsquo;activit\u00e9 des individus qui est \u00e0 l&rsquo;origine des classes. Une classe est une classe dans la mesu\u00adre o\u00f9 elle r\u00e9sulte de l&rsquo;activit\u00e9 des individus qui la composent et <em>particuli\u00e8rement des activit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la lutte des classes<\/em>.<\/p>\n<p>(2) <em>Question suivante<\/em>. Dans <em>l&rsquo;Id\u00e9ologie Allemande<\/em>, Marx a acquis une vision d&rsquo;ensemble mais il n&rsquo;a pas encore fait la th\u00e9orie du capital. Apr\u00e8s coup, on doit se demander si ses premi\u00e8res concep\u00adtions sont devenues caducques ou non.<\/p>\n<p><em>Ici intervient une complication suppl\u00e9mentaire<\/em>. Marx veut faire \u0153uvre scientifique et le \u00ab\u00a0<em>Capital<\/em>\u00a0\u00bb illustre sa conception de la science comme une \u00ab\u00a0\u00e9tude des lois naturelles\u00a0\u00bb. Le capital est un <em>pro\u00adcessus<\/em> envisag\u00e9 comme \u00ab\u00a0<em>historique et naturel<\/em>\u00ab\u00a0. Ici, on a l&rsquo;impression que Marx fait son deuil de la libert\u00e9 des individus, puisque ceux-ci sont totalement d\u00e9termin\u00e9s par des lois sociales aussi implacables que les lois de la nature. Cependant, si les allusions \u00e0 la science de la nature sont nombreuses dans les \u0153uvres de Marx, on les trouve surtout dans des pr\u00e9faces, articles, ou textes pol\u00e9miques. N&rsquo;oublions pas que le <em>Capital<\/em> a pour cible les \u00e9conomistes bourgeois qui raisonnent toujours \u00e0 partir de l&rsquo;individu consid\u00e9r\u00e9 comme la brique \u00e9l\u00e9mentaire de la soci\u00e9t\u00e9, de l&rsquo;individu rationnel, de l&rsquo;individu qui d\u00e9fend son int\u00e9r\u00eat, etc. Marx doit donc se distinguer d&rsquo;eux et il leur oppose un d\u00e9terminisme au-dessus des individus. Par ex. \u00ab\u00a0<em>la grande industrie est le long et dou\u00adloureux d\u00e9veloppement naturel d&rsquo;un processus historique.<\/em>\u00a0\u00bb Par \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb, on doit donc compren\u00addre quelque chose comme \u00ab\u00a0spontan\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0incontournable\u00a0\u00bb&#8230; D&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, Marx dis\u00adtingue l&rsquo;Histoire et la Nature\u00a0: contre Malthus par ex., Marx <em>d\u00e9naturalise<\/em> la d\u00e9mographie. Il ne confond jamais le mod\u00e8le naturaliste traditionnel et l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<p>(3) <em>Cependant, toute historique qu&rsquo;elle soit, la n\u00e9cessit\u00e9 reste une n\u00e9cessit\u00e9 de fer qui supprime la libert\u00e9 de l&rsquo;individu.<\/em> Dans son sch\u00e9ma de reproduction, le capital fabrique lui-m\u00eame ses propres conditions d&rsquo;existence et les travailleurs ne peuvent \u00e9chapper \u00e0 leur condition&#8230; Certains en ont tir\u00e9 la conclusion que le seul espoir, c&rsquo;\u00e9tait que le capital s&rsquo;effondre de lui-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>Deuxi\u00e8me partie : Que deviennent, dans le <em>Capital<\/em>, l&rsquo;activit\u00e9 libre et la spontan\u00e9it\u00e9?. <\/strong><\/p>\n<p>Dans le Capital, section III (juste avant la th\u00e9orie de l&rsquo;exploitation), on retrouve des textes direc\u00adtement issus des Manuscrits de 1944. Dans son propre travail, l&rsquo;homme travaille aussi \u00e0 une cer\u00adtaine \u00ab\u00a0autoproduction de l&rsquo;homme\u00a0\u00bb. Dans le cadre des rapports de production et de la reproduc\u00adtion de sa propre existence, il se produit lui-m\u00eame en tant qu&rsquo;homme.<\/p>\n<p>Dans les <em>Grundrisse<\/em>.. (le brouillon du Capital), on trouve par exemple que.. \u00ab\u00a0<em>les conditions de production sont les moments du processus et les individus sont les sujets du processus par lequel ils se renouvellent tout autant qu&rsquo;ils renouvellent le monde o\u00f9 ils travaillent&#8230; Les individus \u00ab\u00a0por\u00adtent\u00a0\u00bb (tragen) le processus qui les d\u00e9terminent<\/em>.\u00a0\u00bb Ici, les althuss\u00e9riens ont traduit (<em>tragen<\/em>) par \u00ab\u00a0les individus sont les <em>supports<\/em> du processus\u00a0\u00bb, ce qui n&rsquo;est pas identique..<\/p>\n<p>M\u00eame la circulation marchande est le produit de l&rsquo;activit\u00e9 d&rsquo;individus conscients. Certes, le sens g\u00e9n\u00e9ral leur \u00e9chappe, mais les individus n&rsquo;en sont pas moins les acteurs. Marx se distingue des lib\u00e9raux (qui prennent \u00e9galement pour point de d\u00e9part l&rsquo;individu) et des \u00ab\u00a0holistes\u00a0\u00bb (qui imaginent la soci\u00e9t\u00e9 comme une machine fonctionnant toute seule).<\/p>\n<p>Pour Marx, la notion d&rsquo;individu doit \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9e. L&rsquo;individu moderne est un individu \u00ab\u00a0individua\u00adlis\u00e9\u00a0\u00bb, ayant acquis une \u00ab\u00a0valeur\u00a0\u00bb. C&rsquo;est un produit de l&rsquo;histoire. Marx ne rejette pas les acquis de la pens\u00e9e bourgeoise, les libert\u00e9s formelles par exemple. Le travailleur salari\u00e9 est en voie d&rsquo;autono\u00admisation par rapport au serf ou \u00e0 l&rsquo;esclave.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle pourtant, la condition des travailleurs salari\u00e9s anglais est \u00e9pouvantable, les gens sont parfois plus durement exploit\u00e9s que les esclaves, comme en t\u00e9moigne, par exemple, la dimi\u00adnution de l&rsquo;esp\u00e9rance de vie. Mais la concurrence m\u00eame entre ces salari\u00e9s peut \u00eatre \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une petite marge d&rsquo;autonomie et d&rsquo;individualit\u00e9. Au cours de la guerre de S\u00e9cession des USA, Marx prend parti pour le Nord contre la bourgeoisie anglaise qui commerce avec le Sud et qui fait justement et cyniquement remarquer que les esclaves am\u00e9ricains sont mieux trait\u00e9s que les prol\u00e9\u00adtaires de Manchester. Il reproche \u00e0 Lincoln de refuser d&rsquo;enr\u00f4ler les esclaves lib\u00e9r\u00e9s dans l&rsquo;arm\u00e9e du Nord pour ne pas leur accorder de droits. Mais la guerre s&rsquo;\u00e9ternisant, des bataillons Noirs seront constitu\u00e9s qui aideront \u00e0 la victoire du Nord.<\/p>\n<p>Pour Marx, au sein du travail exploit\u00e9 subsiste toujours une petite part \u00ab\u00a0d&rsquo;activit\u00e9 libre\u00a0\u00bb. La \u00ab\u00a0force de travail\u00a0\u00bb de l&rsquo;individu ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la marchandise-force-de-travail. La marchandisation ne peut \u00eatre totale. Le fait m\u00eame de reproduire sa force de travail par la satisfaction de besoins cultu\u00adrels et sociaux montre bien qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas simplement la marchandise achet\u00e9e par le salaire. Il existe m\u00eame, dans la sph\u00e8re du travail, des zones qui ne sont pas \u00ab\u00a0exploit\u00e9es-marchandis\u00e9es\u00a0\u00bb, comme le travail domestique. Ici, il est vrai que Marx s&rsquo;est montr\u00e9 fort peu f\u00e9ministe et que c&rsquo;est une faiblesse de son \u0153uvre. Le travail domestique des femmes n&rsquo;est qu&rsquo;une sous-traitance de la reproduction de la force de travail de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>Ici (parenth\u00e8se), on pourrait d\u00e9finir une sorte de \u00ab\u00a0nature humaine universelle\u00a0\u00bb par l&rsquo;ensemble des besoins qu&rsquo;il faut satisfaire, les uns naturels et les autres cr\u00e9\u00e9s par l&rsquo;activit\u00e9 propre de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p><em>C&rsquo;est cette petite part d&rsquo;activit\u00e9 humaine libre et consciente qui permettra \u00e0 l&rsquo;ouvrier de lutter.<\/em><\/p>\n<p>A la fin de la Section 2 du Capital, Marx nous pr\u00e9sente l&rsquo;ouvrier qui entre dans l&rsquo;usine derri\u00e8re le capitaliste. Il est \u00ab\u00a0<em>craintif, r\u00e9tif<\/em>\u00ab\u00a0, \u00e9crit Marx, car il sait ce qui l&rsquo;attend[1]. Mais d&#8217;embl\u00e9e, le travail\u00adleur s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve au-dessus du capitaliste qui ne se rend pas compte de sa propre ali\u00e9nation alors que c&rsquo;est consciemment que l&rsquo;ouvrier tentera de r\u00e9sister.<\/p>\n<p>De m\u00eame, pour l&rsquo;absent\u00e9isme et les irr\u00e9gularit\u00e9s du travail. Marx les comprend comme une r\u00e9sis\u00adtance. Les ouvriers ne sont jamais des robots (cf. le film de Charlie Chaplin \u00ab\u00a0<em>Les temps moder\u00adnes<\/em>\u00ab\u00a0). M\u00eame dans le travail exploit\u00e9 le plus m\u00e9canique, les gens trouvent des \u00ab\u00a0trucs\u00a0\u00bb et introdui\u00adsent une mani\u00e8re personnelle d&rsquo;op\u00e9rer. C&rsquo;est leur petite \u00ab\u00a0marge d&rsquo;individalit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>Intervention. Quand \u00e7a existe, c&rsquo;est d\u00fb \u00e0 la solidarit\u00e9 du groupe, lequel permet aux individus d&rsquo;agrandir leur marge de man\u0153uvre<\/em>. <em>R\u00e9ponse\u00a0<\/em>: Marx ne dit pas cela. Historiquement, nous som\u00admes dans une \u00e9poque ant\u00e9rieure aux syndicats. Et c&rsquo;est justement cette petite marge de libert\u00e9 qui permet la solidarit\u00e9, non l&rsquo;inverse. La solidarit\u00e9 ne pr\u00e9existe pas chez les travailleurs.<\/p>\n<p>M\u00eame chez l&rsquo;esclave on retrouve ce r\u00e9sidu de libert\u00e9. Pour l&rsquo;esclavagiste, l&rsquo;esclave n&rsquo;est qu&rsquo;un \u00ab\u00a0outil dou\u00e9 de parole\u00a0\u00bb. Or, dit Marx, l&rsquo;esclave peut casser ou user pr\u00e9matur\u00e9ment son outil (pr\u00e9\u00adm\u00e9ditation), ce qui le distingue radicalement de l&rsquo;outil (une chose) et de l&rsquo;animal. Ce sont juste\u00adment ces caract\u00e9ristiques qui rendent l&rsquo;esclave peu rentable.<\/p>\n<p>Ici, une digression sur les gauchistes, les chinois, etc. qui ont mis en avant le primat des \u00ab\u00a0rapports de production\u00a0\u00bb (la propri\u00e9t\u00e9, priv\u00e9e ou non, des forces productives). Marx au contraire, <em>met l&rsquo;ac\u00adcent sur le primat des forces productives, mais celles-ci ne sont pas des forces m\u00e9caniques elles sont mises en \u0153uvre par les individus.<\/em><\/p>\n<p><strong>Troisi\u00e8me partie : <em>L&rsquo;organisation libre, l&rsquo;auto-activit\u00e9 syndicale et politique.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Marx n&rsquo;a pas de t\u00e9l\u00e9ologie, de fatalisme historique. Il ne s&rsquo;en remet pas \u00e0 un hypoth\u00e9tique \u00ab\u00a0sens de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb. Par exemple, dans \u00ab\u00a0<em>Le 18 brumaire de Louis Bonaparte<\/em>\u00ab\u00a0, on lit \u00e0 propos de 1848 que..\u00a0\u00bb<em>les hommes font leur propre histoire, mais ils la font dans des conditions strictement d\u00e9ter\u00admin\u00e9es<\/em>.\u00a0\u00bb Marx n&rsquo;est ni objectiviste, ni subjectiviste. \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;\u00e9mancipation des travailleurs doit \u00eatre l&rsquo;\u0153uvre des travailleurs eux-m\u00eames<\/em>\u00a0\u00bb dit l&rsquo;Adresse de l&rsquo;Internationale.<\/p>\n<p>Chez le jeune Marx, les imp\u00e9ratifs sont formul\u00e9s en termes moraux. Le Marx de la maturit\u00e9 fait \u0153uvre de science et le <em>Capital<\/em> n&rsquo;exprime pas de position morale, mais, de temps en temps, son indignation se traduit en termes moraux&#8230;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Le libre d\u00e9veloppement de chacun est la condition de la libert\u00e9 de tous<\/em>.\u00a0\u00bb (fin de la Section II du <em>Manifeste<\/em>) C&rsquo;est le primat de l&rsquo;auto-lib\u00e9ration, de l&rsquo;auto-activit\u00e9, de la spontan\u00e9it\u00e9 des ouvriers. Marx ne condamne pas les ouvriers lorsqu&rsquo;ils se r\u00e9voltent et cassent les machines. C&rsquo;est, de son point de vue, une \u00e9tape oblig\u00e9e dans la constitution de la classe ouvri\u00e8re. L&rsquo;exemple le plus clair est celui de ses r\u00e9actions vis-\u00e0-vis de la Commune. Fin 1870, Marx sent les Parisiens tr\u00e8s remon\u00adt\u00e9s et il donne des conseils de calme. Ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas, par la suite, de les soutenir incon\u00additionnellement, en expliquant que l&rsquo;engagement de la lutte m\u00eame sans grande chance de succ\u00e8s est la preuve de la spontan\u00e9it\u00e9 et de la cr\u00e9ativit\u00e9 des ouvriers. Or au m\u00eame moment, Marx a des phrases tr\u00e8s dures \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des anarchistes. Ce qu&rsquo;on pourrait traduire de la fa\u00e7on suivante\u00a0: il faut une organisation, mais celle-ci ne doit pas \u00e9liminer la spontan\u00e9it\u00e9.<\/p>\n<p>Marx fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la bourgeoisie qui s&rsquo;organise spontan\u00e9ment \u00e0 la fin du moyen-\u00e2ge pour lut\u00adter contre la f\u00e9odalit\u00e9. De la m\u00eame fa\u00e7on, les ouvriers doivent s&rsquo;organiser et c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils font avec les syndicats, qui sont n\u00e9s d&rsquo;un r\u00e9flexe de d\u00e9fense. Nous sommes alors dans le deuxi\u00e8me tiers du XIXe si\u00e8cle et il a fallu cinquante ans depuis l&rsquo;apparition de la grande industrie pour que les premi\u00e8res r\u00e9actions de r\u00e9volte se traduisent par la cr\u00e9ation des syndicats. Depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle, on peut faire la liste des lois qui se sont succ\u00e9d\u00e9es pour <em>allonger<\/em> la dur\u00e9e de la journ\u00e9e de travail. Au milieu du XIXe si\u00e8cle, les ouvriers travaillent beaucoup plus qu&rsquo;au moyen-\u00e2ge. Ils sont pr\u00e9sents 14 \u00e0 15 heures par jour \u00e0 l&rsquo;usine. R\u00e9sultat\u00a0: la taille des conscrits et l&rsquo;esp\u00e9rance de vie ne cessent de diminuer. Gr\u00e2ce aux luttes, un compromis est trouv\u00e9 pour limiter le temps de travail. Une partie de la bourgeoisie comprend qu&rsquo;une exploitation sans limite aura des cons\u00e9\u00adquences n\u00e9fastes sur les capacit\u00e9s de l&rsquo;arm\u00e9e, la puissance de l&rsquo;Etat, etc.<\/p>\n<p>Non seulement Marx approuve ces luttes, mais il souligne l&rsquo;importance de <em>la conqu\u00eate du temps libre dont l&rsquo;individu peut disposer pour lui-m\u00eame<\/em>.<\/p>\n<p>Les syndicats deviennent les centres d&rsquo;organisation de la classe ouvri\u00e8re <em>en tant que classe<\/em> et un d\u00e9but de mise en cause de la dictature du capital. Cependant, pour faire voter des lois qui obligent l&rsquo;Etat \u00e0 prot\u00e9ger les ouvriers, il faut une action politique. Il faut un rapport de forces diff\u00e9rent. Et lorsque finalement est obtenue la limitation du temps de travail, que fait le capitaliste? Il augmen\u00adte la productivit\u00e9 et l&rsquo;intensit\u00e9 du travail en achetant de nouvelles machines, en modifiant l&rsquo;organi\u00adsation de la production, etc.. Dans l&rsquo;imm\u00e9diat, on peut y voir un effet pervers des lois sociales, mais, dans un deuxi\u00e8me temps, cette r\u00e9action du capitaliste provoque une prise de conscience et contribue \u00e0 la remise en cause du capitalisme lui-m\u00eame. Ainsi se d\u00e9veloppent les id\u00e9es sociali\u00adstes, dans les ann\u00e9es 1830.<\/p>\n<p>Intervention-question\u00a0: <em>Pourquoi ont-ils voulu augmenter le temps de travail?<\/em> <em>R\u00e9ponse\u00a0<\/em>: explica\u00adtion rapide du \u00ab\u00a0surtravail\u00a0\u00bb par la d\u00e9composition de la journ\u00e9e de travail en trois parties\u00a0: la pre\u00admi\u00e8re destin\u00e9e \u00e0 rembourser les mati\u00e8res premi\u00e8res, l&rsquo;amortissement des machines, etc., la secon\u00adde qui paye le salaire de l&rsquo;ouvrier, et la troisi\u00e8me (le \u00ab\u00a0surtravail\u00a0\u00bb) destin\u00e9e au profit que le capita\u00adliste ; en concurrence avec d&rsquo;autres capitalistes, est tent\u00e9 d&rsquo;\u00e9tendre sans cesse.<\/p>\n<p><strong>Quatri\u00e8me partie\u00a0: <em>La conqu\u00eate du pouvoir politique\u00a0: objectif ultime.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le <em>Manifeste du Parti communiste<\/em> (1848) assigne au prol\u00e9tariat la t\u00e2che de conqu\u00e9rir le pouvoir d&rsquo;Etat et de le retourner contre la bourgeoisie. Cette id\u00e9e n&rsquo;est pas conforme \u00e0 la pens\u00e9e ult\u00e9rieure de Marx et d&rsquo;Engels, car tous deux ont \u00e9volu\u00e9 imm\u00e9diatement apr\u00e8s. Le massacre des ouvriers aux journ\u00e9es de juin 1848 leur fait\u00a0 comprendre que le prol\u00e9tariat ne peut utiliser l&rsquo;Etat bourgeois et qu&rsquo;il doit le d\u00e9truire pour en cr\u00e9er un autre. (Voir les Pr\u00e9faces post\u00e9rieures au <em>Manifeste<\/em>\u00a0; voir aussi comment L\u00e9nine l&rsquo;explique dans <em>L&rsquo;Etat et la R\u00e9volution<\/em>).<\/p>\n<p>Dans ces textes, il n&rsquo;est pas pr\u00e9cis\u00e9 en quoi consiste la \u00ab\u00a0dictature du prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb. Par contre, Marx explique que la dictature de la bourgeoisie peut prendre de nombreuses formes (parlementaire, etc.) qui aident \u00e0 comprendre l&rsquo;hypertrophie de l&rsquo;Etat bourgeois. En 1848 Marx admet l&rsquo;impossi\u00adbilit\u00e9 d&rsquo;utiliser l&rsquo;Etat bourgeois. La Commune de Paris lui fait comprendre quelles sont les bases d\u00e9mocratiques d&rsquo;un Etat prol\u00e9tarien\u00a0: peuple en armes, r\u00e9vocation possible des \u00e9lus, corps l\u00e9gisla\u00adtif et ex\u00e9cutif en une seule assembl\u00e9e, etc. Autrement dit, la d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re r\u00e9alise la \u00ab\u00a0dicta\u00adture du prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb. Ici, une formulation de Marx\u00a0: la dictature du prol\u00e9tariat, c&rsquo;est la r\u00e9volution permanente (une formule de Marx et non pas de Trotsky) car le communisme ne sera pas r\u00e9alis\u00e9 du jour au lendemain. La r\u00e9volution communiste est un processus de longue haleine qui doit changer tous les rapports sociaux. La r\u00e9volution prol\u00e9tarienne s&rsquo;autocritique en permanence.<\/p>\n<p>Par la suite, Marx abandonne la formule de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution permanente\u00a0\u00bb pour cause de compromis avec les blanquistes. En 1872, le probl\u00e8me concerne la bataille avec Bakounine et les anarchistes qui veulent supprimer l&rsquo;Etat pour en venir \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;administration des choses\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s les anarchistes, ce sont les lassalliens qui posent probl\u00e8me avec leur mot d&rsquo;ordre \u00ab\u00a0d&rsquo;Etat populaire libre\u00a0\u00bb. Le com\u00adpromis pass\u00e9 entre les lassalliens et les marxistes aboutit finalement \u00e0 l&rsquo;unification du mouvement socialiste allemand au Congr\u00e8s de Gotha (1875), permettant ainsi la fondation ult\u00e9rieure du parti Social-D\u00e9mocrate d&rsquo;Allemagne (SD). Dans la \u00ab\u00a0<em>Critique du Programme de Gotha<\/em>\u00ab\u00a0, Marx tire \u00e0 boulets rouges sur \u00ab\u00a0l&rsquo;Etat des lassalliens\u00a0\u00bb. Pour lui, la Commune de Paris a montr\u00e9 que les deux conditions fondamentales du socialisme sont (1) la destruction de l&rsquo;Etat bourgeois, (2) la d\u00e9mo\u00adcratie. Marx refusait la fusion des deux courants dans un m\u00eame Parti, bien qu&rsquo;il e\u00fbt sans doute accept\u00e9 une unit\u00e9 d&rsquo;action contre l&rsquo;ennemi commun.<\/p>\n<p>Ici, on est en droit de se poser la question\u00a0: <em>quelle est, pour Marx, la fonction du Parti communi\u00adste?<\/em> Marx d\u00e9teste l&rsquo;esprit de Parti parce qu&rsquo;il implique toutes sortes de concessions r\u00e9ciproques et de compromissions. Dans la correspondance avec Engels, au moment du programme de Gotha, on trouve ce genre de choses\u00a0: \u00ab\u00a0<em>ce sont des \u00e2nes, des chiens born\u00e9s<\/em>\u00ab\u00a0, etc&#8230;<\/p>\n<p>Sur le fond, Marx et Engels craignent avant tout qu&rsquo;un fonctionnement partisan n&rsquo;entra\u00eene la scl\u00e9\u00adrose (\u00ab\u00a0<em>le mort saisit le vif<\/em>\u00ab\u00a0). La <em>Premi\u00e8re Internationale<\/em> a pour objectif d\u00e9clar\u00e9 de <em>lutter contre les sectes, y compris lorsqu&rsquo;elles se d\u00e9clarent \u00ab\u00a0communistes\u00a0\u00bb<\/em>. Pour Marx, la notion de Parti doit \u00eatre comprise au sens large, au sens d&rsquo;une coalition ayant des objectifs communs, et la d\u00e9finition de ces objectifs est essentielle. Il faut une forme d&rsquo;organisation qui ne paralyse pas la spontan\u00e9it\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le <em>Manifeste<\/em>, Marx et Engels \u00e9crivent..<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les communistes ne forment pas un parti distinct oppos\u00e9 aux autres partis ouvriers.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ils n&rsquo;ont point d&rsquo;int\u00e9r\u00eats qui divergent des int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;ensemble du prol\u00e9tariat. [&#8230;] ..ils repr\u00e9sentent tou\u00adjours les int\u00e9r\u00eats du mouvement dans sa totalit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Marx ne veut pas d&rsquo;une organisation monolithique. Et pourtant, le r\u00f4le du Parti communiste est \u00ab\u00a0d\u00e9cisif\u00a0\u00bb car lui seul est en mesure d&rsquo;\u00e9clairer les choix <em>au bon moment<\/em>. Son r\u00f4le peut \u00eatre compa\u00adr\u00e9 avec celui de la violence [bien que le Parti communiste ne soit pas particuli\u00e8rement violent..]. La violence ne cr\u00e9e rien mais, comme \u00ab\u00a0accoucheuse de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb, elle facilite l&rsquo;apparition <em>des conditions pr\u00eates \u00e0 \u00e9clore<\/em>. De m\u00eame, l&rsquo;Etat d\u00e9tient \u00ab\u00a0le monopole de la violence l\u00e9gitime\u00a0\u00bb (Max Weber) mais ne l&rsquo;utilise pas en temps normal car la violence n&rsquo;est pas utile et la r\u00e9pression n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0payante\u00a0\u00bb. Pour qu&rsquo;elle le soit, il faut <em>des circonstances exceptionnelles<\/em>. Il en va de m\u00eame pour le Parti communiste, le moment venu, <em>lui seul pourra faire la proposition d\u00e9cisive<\/em>, celle qui lancera le mouvement. Son r\u00f4le <em>principal<\/em> n&rsquo;est pas un r\u00f4le d&rsquo;activiste au quotidien.<\/p>\n<p>La raison de tout cela? Le prol\u00e9tariat est soumis \u00e0 une pression id\u00e9ologique intense de la part de la bourgeoisie. Et le Parti du prol\u00e9tariat est le seul organisme de r\u00e9sistance. Pour qu&rsquo;il soit en mesure de le faire, il lui faut une activit\u00e9 th\u00e9oique approfondie et la capacit\u00e9 de la diffuser (cf. Gramsci et son concept d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie). C&rsquo;est <em>un r\u00f4le essentiel et bien d\u00e9limit\u00e9<\/em>. Mais pour rester dans l&rsquo;h\u00e9ritage marxien, il faut bien comprendre les trois axes principaux\u00a0: <em>auto-activit\u00e9, auto-organisation<\/em> et <em>auto-\u00e9mancipation<\/em> du prol\u00e9tariat.<\/p>\n<p><strong>Discussion<\/strong><\/p>\n<p><strong>Q1<\/strong> Peux-tu r\u00e9sumer les diff\u00e9rences entre Marx et L\u00e9nine concernant la notion de Parti?<\/p>\n<p><strong>Q2<\/strong> Certes, il est tr\u00e8s important de bien conna\u00eetre les textes de Marx, mais chacun a sa paire de lunettes. La tienne t&rsquo;a incit\u00e9 \u00e0 souligner l&rsquo;importance de la notion \u00ab\u00a0d&rsquo;auto-activit\u00e9\u00a0\u00bb de la classe ouvri\u00e8re. Mais celle-ci est probl\u00e9matique. Classe \u00ab\u00a0en soi\u00a0\u00bb ou classe \u00ab\u00a0pour soi\u00a0\u00bb? Aujourd&rsquo;hui, nous sommes au XXIe si\u00e8cle et la question est de savoir comment avancer en tenant compte de l&rsquo;his\u00adtoire du mouvement ouvrier de Marx \u00e0 L\u00e9nine (en postulant une accumulation de l&rsquo;exp\u00e9rience politique).<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ponse de Ludovic Hetzel.<\/strong> J&rsquo;ai fait un expos\u00e9 sur Marx et pas sur L\u00e9nine. Ils ont des th\u00e9ories diff\u00e9rentes et il existe plusieurs lectures de L\u00e9nine dont les conclusions se jouent sur la sponta\u00adn\u00e9it\u00e9. En 1903 (\u00ab\u00a0<em>Que faire?<\/em>\u00ab\u00a0), la conscience ne vient aux ouvriers que par le Parti. Apr\u00e8s la R\u00e9volution de 1905, L\u00e9nine comprend qu&rsquo;il a un peu exag\u00e9r\u00e9 dans le d\u00e9nigrement de la sponta\u00adn\u00e9it\u00e9. Au total, L\u00e9nine a beaucoup fluctu\u00e9 et n&rsquo;a pas \u00e9labor\u00e9 de th\u00e9orie bien claire. Personnelle\u00adment, j&rsquo;ai un parti-pris en faveur de la logique de Marx\u00a0: les organisations doivent \u00eatre subordon\u00adn\u00e9es \u00e0 la spontan\u00e9it\u00e9. Les vieilles organisations s&rsquo;ossifient.<\/p>\n<p><strong>Q3 <\/strong>Vous avez parl\u00e9 des id\u00e9es de Marx au temps de Marx, mais aujourd&rsquo;hui? La lutte des classes a trois formes, \u00e9conomique, id\u00e9ologique et politique. Selon les \u00e9poques, le dosage n&rsquo;est pas le m\u00eame. La notion de Parti n&rsquo;a pas le m\u00eame sens au temps de Marx et maintenant. Il faut toujours une organisation adapt\u00e9e aux n\u00e9cessit\u00e9s de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p><strong>Q4<\/strong> (Roubaud) A l&rsquo;\u00e9poque de la paix de Brest-Litovsk, L\u00e9nine se base sur le principe selon lequel \u00ab\u00a0<em>ce sont les peuples qui font l&rsquo;Histoire<\/em>\u00ab\u00a0. Mais aujourd&rsquo;hui? Comment lutter contre l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9? Seuls les peuples peuvent le faire, mais comment?. La mani\u00e8re dont Marx a tir\u00e9 les enseigne\u00adments de la Commune de Paris laisse penser qu&rsquo;il aurait encore \u00e9volu\u00e9 s&rsquo;il avait pu voir les r\u00e9vo\u00adlutions du XXe si\u00e8cle. Quelles conclusions tirerait-il aujourd&rsquo;hui?.<\/p>\n<p><strong>Q5<\/strong> (Jeannine) Personnellement, j&rsquo;aime beaucoup la <em>Critique du Programme de Gotha<\/em>. C&rsquo;est une bonne chose d&rsquo;obtenir des r\u00e9sultats dans la lutte \u00e9conomique, mais l&rsquo;essentiel, c&rsquo;est tout de m\u00eame de remettre en cause le capitalisme. Aussi longtemps que le Capital d\u00e9tiendra le pouvoir, les concessions obtenues seront reprises comme elles l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 en 1968, en quelques mois.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ponse de Ludovic Hetzel.<\/strong> J&rsquo;entends bien toutes ces questions, mais j&rsquo;en ai d&rsquo;autres \u00e9galement. Que signifie l&rsquo;id\u00e9e que Marx aurait tir\u00e9 d&rsquo;autres conclusions s&rsquo;il avait v\u00e9cu plus longtemps et vu d&rsquo;autres \u00e9v\u00e9nements? Marx int\u00e8gre l&rsquo;exp\u00e9rience de la classe ouvri\u00e8re, mais ses trois positions sont des positions de principe qu&rsquo;on n&rsquo;imagine pas modifi\u00e9es dans un nouveau contexte. L&rsquo;id\u00e9e de Jeannine (Q5) ne suffit pas \u00e0 <em>d\u00e9limiter<\/em> un Parti communiste. Celui-ci a d&rsquo;abord (et contrairement aux anarchistes) l&rsquo;objectif de conqu\u00e9rir le pouvoir d&rsquo;Etat, ce qui entra\u00eene la \u00ab\u00a0dictature du prol\u00e9\u00adtariat\u00a0\u00bb\u00a0; mais le corollaire oblig\u00e9, pour Marx, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9quation \u00ab\u00a0dictature du prol\u00e9tariat = d\u00e9mocra\u00adtie ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Michel Gruselle<\/strong> clot la s\u00e9ance en ajoutant un mot sur la question de l&rsquo;Etat. Les \u00e9v\u00e9nements actuels (Ukraine), dit-il, soulignent que le repartage du monde par les forces du capital n&rsquo;est pas achev\u00e9 et que l&rsquo;existence m\u00eame des Etats n&rsquo;est pas acquise d\u00e9finitivement. La r\u00e9flexion sur l&rsquo;Etat est fondamentale..<\/p>\n<p>(Et n&rsquo;oubliez pas, en partant, notre appel \u00e0 la solidarit\u00e9 envers les gr\u00e9vistes de la SNCF).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[1] \u00ab\u00a0<em>craintif, r\u00e9tif comme quelqu&rsquo;un qui a port\u00e9 sa propre peau au march\u00e9 et qui, maintenant n&rsquo;a plus rien \u00e0 attendre &#8230;que le tannage<\/em>.\u00a0\u00bb (p.198, \u00e9dition PUF)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les conf\u00e9rences du CUEM. Conf\u00e9rence n\u00b06, du 17 juin 2014 \u00e0 l&rsquo;Amphith\u00e9\u00e2tre Roussy, Campus des Cordeliers \u2014 15, rue de l&rsquo;Ecole de M\u00e9decine 75006. Ludovic Hetzel\u00a0: L\u2019\u00e9mancipation r\u00e9volutionnaire des travailleurs (euses) selon Marx. Michel Gruselle introduit bri\u00e8vement la r\u00e9union, la sixi\u00e8me et derni\u00e8re de cette ann\u00e9e. Il annonce, pour l&rsquo;ann\u00e9e prochaine, un cycle semblable de &hellip; <a href=\"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=159\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">R\u00e9sum\u00e9 L. 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