{"id":131,"date":"2014-07-25T10:40:55","date_gmt":"2014-07-25T09:40:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cuem.info\/?page_id=131"},"modified":"2018-06-27T13:57:26","modified_gmt":"2018-06-27T12:57:26","slug":"j-salem-splendeur-et-misere-de-la-democratie-formelle-27032014","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=131","title":{"rendered":"27\/3\/2014 &#8211; Jean SALEM&nbsp;:<br><b>Grandeur et mis\u00e8re de la d\u00e9mocratie formelle<\/b>"},"content":{"rendered":"<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/player.vimeo.com\/video\/90546699?title=0&amp;portrait=0\" width=\"500\" height=\"281\" frameborder=\"0\" webkitallowfullscreen mozallowfullscreen allowfullscreen><\/iframe> <\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/vimeo.com\/90546699\">\u00ab\u00a0Grandeur et mis\u00e8re de la d\u00e9mocratie formelle\u00a0\u00bb, par Jean Salem<\/a> par <a href=\"http:\/\/vimeo.com\/user4868631\">Les Films de l&#039;An 2<\/a>.<\/p>\n<p><strong><em>Droits de l&rsquo;Homme, \u00e9lections et d\u00e9mocratie \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;implosion de la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Aymeric Monville [DELGA] pr\u00e9sente Jean Salem, professeur \u00e0 Paris I, sp\u00e9cialiste de Marx et du mat\u00e9ria\u00adlisme antique, mais aussi fondateur du s\u00e9minaire \u00ab\u00a0<em>Marx au XXIe si\u00e8cle<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 la Sorbonne dans la continuit\u00e9 duquel nous nous inscrivons. Les comp\u00e9tences de Jean Salem le d\u00e9signent particuli\u00e8rement pour discuter du probl\u00e8me de la d\u00e9mocratie formelle, probl\u00e8me illustr\u00e9 par deux exemples paradigmatiques\u00a0: la d\u00e9mo\u00adcratie ath\u00e9nienne et les USA, deux d\u00e9mocraties de citoyens propri\u00e9taires d&rsquo;esclaves. Ces exemples, et quelques autres, nous invitent \u00e0 la r\u00e9flexion.<\/p>\n<p><strong><em>Ouvrages de Jean Salem\u00a0:<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>Sagesses pour un monde disloqu\u00e9<\/em>, Delga, 2014<\/p>\n<p><em>Elections pi\u00e8ges \u00e0 cons\u00a0? Que reste-t-il de la d\u00e9mocratie\u00a0?<\/em>, Flammarion, 2012<\/p>\n<p><em>Rideau de fer sur le boul\u2019mich\u00a0: Formatage de la d\u00e9sinformation dans le monde libre,<\/em> Delga, 2009<\/p>\n<p><em>Spinoza au XIX<\/em><em><sup>e\u00a0<\/sup><\/em><em>si\u00e8cle,<\/em> Publications de la Sorbonne, 2008<\/p>\n<p><em>L\u00e9nine et la r\u00e9volution,<\/em> Encre Marine, 2006<\/p>\n<p><em>L\u2019atomisme antique\u00a0: D\u00e9mocrite, \u00c9picure, Lucr\u00e8ce,<\/em> Livre de poche, 1997<\/p>\n<p><em>Lucr\u00e8ce et l\u2019\u00e9thique,<\/em> Vrin, 1990<\/p>\n<p><em>L\u2019\u00c9thique d&rsquo;\u00c9picure,<\/em> Vrin, 1989<\/p>\n<p>En r\u00e9ponse \u00e0 cette allusion \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9, Jean Salem remarque que la critique de la d\u00e9mocratie existait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 cette \u00e9poque. Thucydide ne disait-il pas du r\u00e9gime de P\u00e9ricl\u00e8s, son ami, que c&rsquo;\u00e9tait la d\u00e9mocratie en paroles mais qu&rsquo;en fait et en pratique, c&rsquo;\u00e9tait souvent le gouvernement d&rsquo;un seul. Plus r\u00e9cemment, d&rsquo;autres (J. Ranci\u00e8re) nous ont rappel\u00e9 que cette d\u00e9mocratie ath\u00e9nienne prati\u00adquait la distribution des charges par tirage au sort, un entre-soi qui nous laisse r\u00eaveur aujourd&rsquo;hui. Ici, ajoute-t-il en rappelant titre et sous-titre, je reprendrai le th\u00e8me d&rsquo;une conf\u00e9rence donn\u00e9e en Cor\u00e9e (dont l&rsquo;abr\u00e9g\u00e9 figure dans \u00ab\u00a0<em>Sagesses pour un monde disloqu\u00e9<\/em>\u00ab\u00a0<em>,<\/em> 2014) assorti de quelques allusions \u00e0 quelques uns de mes bouquins (par exemple, \u00ab\u00a0<em>Elections pi\u00e8ges \u00e0 cons\u00a0? Que reste-t-il de la d\u00e9mocratie\u00a0?<\/em>, 2012), ou \u00e0 Samir Amin, ne serait-ce qu&rsquo;au niveau du titre [\u00ab\u00a0<em>l&rsquo;Implosion du capitalisme contemporain<\/em>\u00ab\u00a0].<\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>Jean Salem nous propose <em>un plan en trois parties,<\/em>introduit par le souvenir (d\u00e9j\u00e0 lointain) d&rsquo;une th\u00e8se \u00e9tatsunienne des ann\u00e9es 1990 nous annon\u00e7ant la derni\u00e8re des \u00ab\u00a0trois vagues d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;installation inexorable de la d\u00e9mocratie de type am\u00e9ricain dans le monde, conjointe\u00adment avec le \u00ab\u00a0march\u00e9 libre\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>I. <em>La proclamation d\u00e9mocratique<\/em>, un d\u00e9tour historique du c\u00f4t\u00e9 de la d\u00e9claration des <em>Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen<\/em> (dont il faut rappeler qu&rsquo;elle fut en son temps condamn\u00e9e par le Pape!) et des th\u00e9ories du \u00ab\u00a0droit naturel\u00a0\u00bb. Celles-ci ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9es par les penseurs bourgeois du XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles qui ont forg\u00e9 des concepts politiques toujours en vigueur aujourd&rsquo;hui. Parmi eux, on s&rsquo;int\u00e9ressera \u00e0 celui de \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 nationale\u00a0\u00bb, d\u00e9sormais confront\u00e9 \u00e0 une certaine mis\u00e8re de l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale. Quelle d\u00e9finition de la d\u00e9mocratie trouve-t-on dans ces textes?<\/p>\n<p>II. <em>Des \u00e9lections libres au \u00ab\u00a0cirque \u00e9lectoral\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la mis\u00e8re de la d\u00e9mocratie..<\/em> Plus pr\u00e9\u00adcis\u00e9ment, quels sont les int\u00e9r\u00eats et les limites des processus \u00e9lectoraux qu&rsquo;on nous pr\u00e9sente com\u00adme l&rsquo;expression la plus parfaite de la d\u00e9mocratie? Mais aussi les dangers du \u00ab\u00a0cr\u00e9tinisme parle\u00admentaire\u00a0\u00bb qu&rsquo;on nous a transmis en m\u00eame temps que celle-ci?<\/p>\n<p>III. <em>On \u00e9voquera n\u00e9anmoins les \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9fices\u00a0\u00bb de la d\u00e9mocratie formelle<\/em>, en souvenir d&rsquo;un temps o\u00f9 le mouvement ouvrier avait cess\u00e9 d&rsquo;opposer les libert\u00e9s dites formelles (libert\u00e9 de la presse, de circuler, de r\u00e9union, etc.), certes pas n\u00e9gligeables, aux libert\u00e9s \u00e9conomiques. En ce temps-l\u00e0, on rappelait qu&rsquo;en Union sovi\u00e9tique, les loyers, l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, etc. repr\u00e9sentaient 4% des d\u00e9penses des m\u00e9nages et que cela, aussi, faisait partie de la libert\u00e9, m\u00eame si, bien s\u00fbr, il n&rsquo;\u00e9tait pas question d&rsquo;opposer quoi que ce soit aux libert\u00e9s de voyager, d&rsquo;avoir des opinions h\u00e9t\u00e9rodoxes, etc. Bien s\u00fbr, la d\u00e9mocratie formelle offre un espace propice \u00e0 la d\u00e9nonciation de l&rsquo;oppression. Oppression qui subsiste, d\u00e9guis\u00e9e derri\u00e8re ces grands principes..<\/p>\n<p><em>Par exemple en Cor\u00e9e du Sud<\/em>, o\u00f9 Jean Salem a donn\u00e9 une premi\u00e8re mouture de cette conf\u00e9rence, et qu&rsquo;on nous a pr\u00e9sent\u00e9e, apr\u00e8s 1987, comme un parfait exemple de la \u00ab\u00a0vague d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb sur\u00advenue dans le monde, entre les ann\u00e9es 1970 et 1990. C&rsquo;\u00e9tait apr\u00e8s la fin des r\u00e9gimes \u00ab\u00a0autoritaires\u00a0\u00bb (euph\u00e9misme pour \u00ab\u00a0fascistes\u00a0\u00bb) en Europe du sud, Am\u00e9rique latine, Afrique du Sud et Asie, sans compter, bien s\u00fbr, la disparition des r\u00e9gimes sovi\u00e9tiques \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980. Ce th\u00e8me de la \u00ab\u00a0<em>consolidation d\u00e9mocratique en Cor\u00e9e du Sud<\/em>\u00a0\u00bb a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un livre, \u00e9dit\u00e9 par Diamond et Doh Chull Shin en 1999, qui reprend tout simplement la th\u00e8se de la \u00ab\u00a0<em>Troisi\u00e8me vague<\/em>\u00ab\u00a0, propos\u00e9e par S. Huntington (<em>The Third Wave<\/em>, 1991). Laquelle a fait couler beaucoup d&rsquo;encre et mobilis\u00e9 beau\u00adcoup de propagandistes dans l&rsquo;euphorie n\u00e9olib\u00e9rale des ann\u00e9es 1990 et 2000. Pour ces id\u00e9ologues, le mouvement d&rsquo;extension de la d\u00e9mocratie s&rsquo;inscrivait \u00e9videmment dans le r\u00e8gne sans fin du march\u00e9, en oubliant opportun\u00e9ment que ce m\u00eame r\u00e8gne du march\u00e9 venait d&rsquo;\u00eatre test\u00e9 par des r\u00e9gi\u00admes sanguinaires, chilien, argentin, asiatiques, etc.[1]<\/p>\n<p>Mais la Cor\u00e9e du Sud est bien une dictature.. On y entend parler de mesures arbitraires, de proc\u00e8s truqu\u00e9s, de syndicats d&rsquo;enseignants interdits, d&rsquo;un avocat tra\u00een\u00e9 dans la boue par la presse gouver\u00adnementale, etc. Les bases am\u00e9ricaines y sont nombreuses et leurs soldats se comportent, au volant ou avec les jeunes filles, comme en pays conquis. La pr\u00e9sidente r\u00e9cemment \u00e9lue en 2012 (Park Geun-Hye, fille de l&rsquo;ancien dictateur Park Chung-Hee) l&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 une vaste manipulation des services secrets pour d\u00e9stabiliser le candidat d&rsquo;opposition Mun Jae-in (le M\u00e9lanchon local). Mais c&rsquo;est aussi un pays attachant qui ressemble \u00e0 la France, ou notre conf\u00e9rencier a des amis et o\u00f9 les gens ne se laissent pas faire.<\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8re Partie. Les Droits de l&rsquo;Homme et la D\u00e9mocratie.<\/strong><\/p>\n<p>Pour les acteurs de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise, la d\u00e9mocratie est ins\u00e9parable des Droits de l&rsquo;Homme. La premi\u00e8re D\u00e9claration est adopt\u00e9e par la Constituante le 26 ao\u00fbt 1789 et constituera le Pr\u00e9am\u00adbule des Constitutions de 1789 et de 1791. Une seconde version, \u00ab\u00a0<em>un peu plus tendue, ou plus radicale<\/em>\u00a0\u00bb vis-\u00e0-vis de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, fut r\u00e9dig\u00e9e en 1793[2]. Enfin, une troisi\u00e8me version, d&rsquo;inspiration thermidorienne, fut adopt\u00e9e en 1795 avec pour titre, \u00ab\u00a0<em>D\u00e9claration des droits de l&rsquo;Homme et des devoirs du Citoyen<\/em>\u00ab\u00a0. Ces trois D\u00e9clarations refl\u00e8tent les trois phases de la R\u00e9volution.<\/p>\n<p><strong>1. Les deux premi\u00e8res D\u00e9clarations des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen <\/strong><\/p>\n<p>La seconde version (1993)\u00e9nonce \u00e0 l&rsquo;Article 7 : \u00ab\u00a0<em>le<\/em><em> droit de manifester sa pens\u00e9e et ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre mani\u00e8re, le droit de s\u2019assembler paisiblement, le libre exercice des cultes, ne peuvent \u00eatre interdits. La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9noncer ces droits suppose ou la pr\u00e9sence ou le souvenir r\u00e9cent du despotisme<\/em>\u00ab\u00a0. Curieusement, la derni\u00e8re phrase sous-entend qu&rsquo;on oublie spontan\u00e9ment ces droits bas\u00e9s sur la libert\u00e9. Mais ce texte ne fait que r\u00e9p\u00e9ter <strong>la pre\u00admi\u00e8re D\u00e9claration<\/strong>, qui fut discut\u00e9e du 20 au 26 ao\u00fbt 1789 et qui figure toujours en t\u00eate de notre Constitution actuelle. Elle pr\u00e9cise (Article\u00a011)\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La libre communication des pens\u00e9es et des opi\u00adnions est un des droits les plus pr\u00e9cieux de l\u2019Homme : tout Citoyen peut donc parler, \u00e9crire, im\u00adprimer librement, sauf \u00e0 r\u00e9pondre de l\u2019abus de cette libert\u00e9, dans les cas d\u00e9termin\u00e9s par la Loi<\/em>.\u00a0\u00bb Huit articles de cette premi\u00e8re D\u00e9claration (qui en comporte 17) \u00e9voquent la Libert\u00e9.<\/p>\n<p>Tout repose sur le concept des \u00ab\u00a0droits naturels\u00a0\u00bb, affirm\u00e9 par le Pr\u00e9ambule de cette m\u00eame D\u00e9cla\u00adration de 1789\u00a0: \u00ab\u00a0..<em>consid\u00e9rant que l\u2019ignorance, l\u2019oubli ou le m\u00e9pris des droits de l\u2019homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont r\u00e9solu d\u2019expo\u00adser, dans une D\u00e9claration solennelle, les droits naturels, inali\u00e9nables et sacr\u00e9s de l\u2019homme, afin que..<\/em>\u00a0\u00bb Comme si ces droits naturels, issus de nos lointaines origines, avaient \u00e9t\u00e9 ensuite oubli\u00e9s ou recouverts de quelques mill\u00e9naires d&rsquo;oppression avant de surgir \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>L&rsquo;Article 2 les \u00e9num\u00e8re .. \u00ab\u00a0<em>Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l\u2019homme. Ces droits sont la libert\u00e9, la propri\u00e9t\u00e9, la s\u00fbret\u00e9 et la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019oppression.<\/em>\u00a0\u00bb En 1793 on y ajoutera le droit de r\u00e9sister ou de remercier un souve\u00adrain, mais seule la Libert\u00e9 est d\u00e9finie\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La libert\u00e9 consiste \u00e0 pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas \u00e0 autrui : ainsi l\u2019exercice des droits naturels de chaque homme n\u2019a de bornes que celles qui assu\u00adrent aux autres Membres de la Soci\u00e9t\u00e9, la jouissance de ces m\u00eames droits. Ces bornes ne peuvent \u00eatre d\u00e9termin\u00e9es que par la Loi<\/em>.\u00a0\u00bb (Article 4)<\/p>\n<p>Pour le jeune Marx de 1843 (un Marx peut-\u00eatre un peu \u00ab\u00a0gauchiste\u00a0\u00bb, 25 ans avant le Capital), cette d\u00e9finition de la libert\u00e9 est curieusement \u00e9troite, limit\u00e9e, bourgeoise. Chaque atome individuel de la soci\u00e9t\u00e9 consid\u00e8re l&rsquo;autre comme \u00e0 une limite \u00e0 sa libert\u00e9, \u00ab\u00a0<em>un peu comme un champ est d\u00e9limit\u00e9 par la palissade qui le s\u00e9pare du champ voisin. Il est d\u00e9j\u00e0 \u00e9nigmatique qu&rsquo;un peuple qui commen\u00adce tout juste \u00e0 se lib\u00e9rer, qui commence tout juste \u00e0 abattre les barri\u00e8res entre les diff\u00e9rents membres du peuple et \u00e0 fonder une communaut\u00e9 politique, qu&rsquo;un tel peuple proclame solennelle\u00adment la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;homme \u00e9go\u00efste, de l&rsquo;homme s\u00e9par\u00e9 de son semblable et de la communaut\u00e9. Mieux\u00a0: qu&rsquo;il r\u00e9it\u00e8re cette proclamation au moment o\u00f9 seul le d\u00e9vouement le plus h\u00e9ro\u00efque peut sauver la nation, etc, etc..<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Car le contexte est dramatique. La France est envahie par des arm\u00e9es \u00e9trang\u00e8res tandis que les aristocrates arr\u00eat\u00e9s, loin d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9s comme des prisonniers ordinaires, se font servir par leurs domestiques et entretiennent avec l&rsquo;ext\u00e9rieur une communication permanente qui cr\u00e9e une atmos\u00adph\u00e8re de complot contre-r\u00e9volutionnaire. Cette D\u00e9claration tr\u00e8s abstraite est impressionnante par son caract\u00e8re \u00e9ternitaire et universaliste. Bien plus que la D\u00e9claration am\u00e9ricaine, elle pr\u00e9tend jeter les bases d&rsquo;une l\u00e9gistation sup\u00e9rieure, valable pour tous les temps et pour tous les peuples, avec sa r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un \u00ab\u00a0droit naturel\u00a0\u00bb, assez imaginaire, qui remonterait \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9. C&rsquo;est notre \u00ab\u00a0cat\u00e9chisme national\u00a0\u00bb dit Barnave qui a l&rsquo;insigne m\u00e9rite d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 le premier dans l&rsquo;histoire des id\u00e9es \u00e0 parler des \u00ab\u00a0luttes de classes\u00a0\u00bb et \u00e0 pr\u00e9senter la R\u00e9volution fran\u00e7aise sous cet angle. Comme Marx l&rsquo;explique dans <em>l&rsquo;Id\u00e9ologie allemande<\/em>, la classe qui aspire au pouvoir \u00e0 toujours tendance \u00e0 se pr\u00e9senter comme porteuse des id\u00e9aux universels de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>2. Le droit naturel et \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9tat de nature\u00a0\u00bb. <\/strong><\/p>\n<p>On va parler maintenant d&rsquo;un certains nombre de th\u00e9oriciens du XVIIe et du XVIIIe si\u00e8cles, Grotius, Pufendorf, Hobbes, Locke et Rousseau, pour les plus c\u00e9l\u00e8bres (bien qu&rsquo;ils aient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s de quelques autres). Tous ces penseurs bourgeois et pr\u00e9r\u00e9volutionnaires d&rsquo;avant la R\u00e9volution anglaise ou la R\u00e9volution fran\u00e7aise, ont en commun deux id\u00e9es fondamentales bas\u00e9es sur le refus d&rsquo;une hi\u00e9rarchie naturelle entre les hommes\u00a0:<\/p>\n<p>1. Nul n&rsquo;a, par nature, le droit de commander \u00e0 autrui<\/p>\n<p>2. Tout pouvoir d\u00e9rive d&rsquo;un \u00ab\u00a0contrat\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 [28&rsquo;30\u00a0\u00bb]<\/p>\n<p>Au contraire, Aristote, ou Bossuet \u00e0 plus de vingt si\u00e8cles de distance, s&rsquo;accordent sur l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9. Pour le premier, il est \u00e9vident que certains sont n\u00e9s pour commander et d&rsquo;autres pour ob\u00e9ir. D\u00e8s la naissance, on a des hommes libres et des esclaves. D&rsquo;ailleurs, ajoute-t-il, la nature est bien faite\u00a0: elle associe toujours une \u00e2me d&rsquo;hommes libre avec un corps d&rsquo;homme libre et une \u00e2me d&rsquo;esclave avec un corps d&rsquo;esclave. Ce qui se rapporte certainement, commente Jean Salem, aux 4-5 cms qui distinguent toujours (aujourd&rsquo;hui) les jeunes des \u00ab\u00a0quartiers d\u00e9favoris\u00e9s\u00a0\u00bb des jeunes gens n\u00e9s dans les quartiers ais\u00e9s. Au Gymnase d&rsquo;Ath\u00e8nes, lorsque tout le monde \u00e9tait nu, il n&rsquo;\u00e9tait certainement pas difficile de rep\u00e9rer les jeunes patriciens, cultivant leur corps, et les jeunes esclaves, plus ch\u00e9\u00adtifs et pr\u00e9pos\u00e9s aux t\u00e2ches subalternes. \u00ab\u00a0<em>Certains hommes naissent propres \u00e0 gouverner tandis qu&rsquo;une infinit\u00e9 d&rsquo;autres semblent n\u00e9s pour ob\u00e9ir<\/em>\u00ab\u00a0, \u00e9crit Ramsay (1686-1743, un th\u00e9oricien du f\u00e9odalisme) et Bossuet affirme que \u00ab\u00a0<em>les hommes naissent tous plus ou moins in\u00e9gaux<\/em>\u00ab\u00a0. Tous deux d\u00e9fendent le principe (patriarcal) du Roi, p\u00e8re de la nation et entour\u00e9 d&rsquo;une \u00e9lite, et ils s&rsquo;accordent sur l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une pr\u00e9destination du statut social. Ils s&rsquo;opposent aux principes de la d\u00e9mocratie ath\u00e9\u00adnienne. Celle-ci pourrait encore nous donner quelques le\u00e7ons malgr\u00e9 le fait qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de P\u00e9ricl\u00e8s, dit-on, 40\u00a0000 hommes libres y coexistaient 400\u00a0000 esclaves. Mais il ne faut pas con\u00adfondre Ath\u00e8nes et la Gr\u00e8ce. Il y avait des diff\u00e9rences importantes entre les villes grecques. Le \u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0\u00bb le plus \u00e9loign\u00e9 d&rsquo;Ath\u00e8nes \u00e9tant certainement celui de Sparte.<\/p>\n<p>Tous les th\u00e9oriciens du XVIIe et du XVIIIe si\u00e8cles dont je parlais admettent un \u00ab\u00a0\u00e9tat de nature\u00a0\u00bb c&rsquo;est-\u00e0-dire un \u00e9tat o\u00f9 les hommes ne d\u00e9pendent d&rsquo;aucune institution, ce qu&rsquo;ils g\u00e9n\u00e9ralisent d&rsquo;ail\u00adleurs aux \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9s civiles\u00a0\u00bb (aux nations) qui, entre elles et en l&rsquo;absence r\u00e8gles internationales, sont pr\u00e9cis\u00e9ment dans cet \u00ab\u00a0\u00e9tat de nature\u00a0\u00bb. Ceci est particuli\u00e8rement clair chez Hobbes (chap. 13 du \u00ab\u00a0<em>L\u00e9viathan<\/em>\u00ab\u00a0) et chez Locke (\u00ab\u00a0<em>Deuxi\u00e8me trait\u00e9 du gouvernement civil<\/em>\u00ab\u00a0). Il faut bien voir que les deux principes fondamentaux d\u00e9gag\u00e9s plus haut (nul ne poss\u00e8de de droit naturel \u00e0 commander et tout pouvoir l\u00e9gitime d\u00e9rive d&rsquo;un contrat), ces deux poutres ma\u00eetresses de la th\u00e9orie du gouver\u00adnement, sont unie par une \u00ab\u00a0solidarit\u00e9 \u00e9troite\u00a0\u00bb li\u00e9e \u00e0 ce concept \u00ab\u00a0d&rsquo;\u00e9tat de nature\u00a0\u00bb. Encore une fois, celui-ci ne fait pas allusion \u00e0 des hommes qui se prom\u00e8neraient tout nus dans les for\u00eats, mais au fait qu&rsquo;ils ne d\u00e9pendent pas d&rsquo;institutions pr\u00e9alables. En cons\u00e9quence, par exemple, il n&rsquo;existe aucun droit d&rsquo;esclavage, celui-ci est la cons\u00e9quence d&rsquo;un \u00ab\u00a0droit (inique) du plus fort\u00a0\u00bb (Rousseau, <em>Contrat social<\/em>).<\/p>\n<p>Cet \u00ab\u00a0\u00e9tat de nature\u00a0\u00bb est bien s\u00fbr imaginaire. On se forge un archa\u00efque sur mesure dira Rivarol et Marx parlerait de robinsonnade. L&rsquo;essentiel, c&rsquo;est le \u00ab\u00a0contrat social\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire le projet de soci\u00e9t\u00e9, qui doit garantir la libert\u00e9 et la propri\u00e9t\u00e9. Celui qui veut \u00e9tablir un pouvoir fort (Hobbes) va nous \u00ab\u00a0bricoler\u00a0\u00bb un \u00ab\u00a0\u00e9tat de nature\u00a0\u00bb effrayant o\u00f9 l&rsquo;homme vit dans une terreur permanente, crai\u00adgnant pour sa vie et ses biens. Ainsi sera justifi\u00e9 le fait que les citoyens acceptent de se d\u00e9ssaisir de 90% de leurs droits au profit d&rsquo;un pouvoir fort pour \u00eatre enfin tranquille. Pour Locke, plus pai\u00adsible, les hommes ne s&rsquo;\u00e9gorgent pas particuli\u00e8rement dans l&rsquo;\u00e9tat de nature et le citoyen abandonne moins de la moiti\u00e9 &#8211; disons 40% &#8211; de ses pr\u00e9rogatives. Pour tous en tous cas et malgr\u00e9 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des talents, la sup\u00e9riorit\u00e9 physique, intellectuelle ou morale d&rsquo;un homme ne lui donne aucun droit particulier (ni aucun pouvoir) sur les autres, car chacun a re\u00e7u de la nature assez de raison pour se conduire lui-m\u00eame. Le pouvoir r\u00e9sulte d&rsquo;un <em>contrat consenti<\/em>. Selon Pufendorf (\u00ab\u00a0<em>Le droit de la nature et des gens<\/em>\u00a0\u00bb &#8211; NB droit des gens= droit international) \u00ab\u00a0<em>comme tous les hommes ont natu\u00adrellement une \u00e9gale libert\u00e9, il est injuste de pr\u00e9tendre les assujettir \u00e0 quoi que ce soit sans leur consentement expr\u00e8s ou tacite. Le pouvoir souverain n&rsquo;est l\u00e9gitime que s&rsquo;il a obtenu le consente\u00adment de chacun, explicitement ou implicitement<\/em>\u00ab\u00a0. Chacun poss\u00e8de des \u00ab\u00a0semences\u00a0\u00bb de pouvoir souverain que le contrat \u00ab\u00a0fait germer\u00a0\u00bb pour \u00e9tablir le gouvernement de tous. En bref, les hommes sont tous \u00e9gaux, ils donnent une part de leur libert\u00e9 en \u00e9change de la s\u00e9curit\u00e9 et cet \u00e9change fonde la souverainet\u00e9.<\/p>\n<p><strong>3. Souverainet\u00e9 et <em>souverainet\u00e9 nationale<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p>Cependant, Rousseau n&rsquo;est pas satisfait. Si tout le monde admet, en fonction de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, que le principe de souverainet\u00e9 r\u00e9side dans le peuple, il estime &#8211; et ceci est nouveau &#8211; que cette souverainet\u00e9 est <em>exclusive et inali\u00e9nable<\/em>. Le peuple ne peut pas s&rsquo;en d\u00e9saisir, il ne peut pas la con\u00adfier \u00e0 un prince ni se faire repr\u00e9senter par des \u00e9lus. Evidemment, Rousseau est oblig\u00e9 de mettre \u00ab\u00a0de l&rsquo;eau dans son vin\u00a0\u00bb lorsqu&rsquo;on lui demande un projet de constitution pour la Pologne, ou pour la Corse. N\u00e9anmoins, il tient \u00e0 son mod\u00e8le qui correspond aux habitudes de la d\u00e9mocratie directe dans une ville (Ath\u00e8nes, ou Gen\u00e8ve) o\u00f9 le peuple peut s&rsquo;assembler et d\u00e9cider (Rousseau incarne le vieil \u00ab\u00a0anarchisme f\u00e9d\u00e9raliste\u00a0\u00bb suisse). L&rsquo;ex\u00e9cutif, form\u00e9 de \u00ab\u00a0commissaires\u00a0\u00bb, applique les d\u00e9ci\u00adsions du peuple sous le regard du peuple. Aucune \u00ab\u00a0repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb n&rsquo;est permise, ni aucun \u00ab\u00a0d\u00e9pu\u00adt\u00e9\u00a0\u00bb qui aurait carte blanche pendant quatre ans. Ici, une citation c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: \u00ab\u00a0<em>le peuple anglais pense \u00eatre libre, il se trompe fort; il ne l&rsquo;est que durant l&rsquo;\u00e9lection des membres du Parlement\u00a0: sit\u00f4t qu&rsquo;ils sont \u00e9lus, il est esclave, il n&rsquo;est rien.<\/em>\u00a0\u00bb [<em>Contrat Social<\/em>, Livre III, Chap. XV]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 [42&Prime;]<\/p>\n<p><strong><em>Pour conclure cette premi\u00e8re partie, on dira que, de tous ces principes, celui qui a peut-\u00eatre le mieux surv\u00e9cu est celui de la souveraint\u00e9 nationale.<\/em><\/strong> Pour Si\u00e9yes, dans sa brochure \u00ab\u00a0<em>Qu&rsquo;est-ce que le Tiers-Etat?<\/em>\u00ab\u00a0, ce sont les producteurs, artisans, commer\u00e7ants, etc. (prestataires de services) qui forment la nation. La noblesse et le clerg\u00e9 qui se contentent de consommer et ne contribuent en rien \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 de la nation n&rsquo;en font pas partie. La D\u00e9claration de 1789 (Article 3) associe souverainet\u00e9 et nation\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le principe de toute Souverainet\u00e9 r\u00e9side essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d\u2019autorit\u00e9 qui n\u2019en \u00e9mane express\u00e9ment.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans ce contexte, \u00ab\u00a0<em>La Loi est l\u2019expression de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale<\/em>..\u00a0\u00bb (Article 6 de la D\u00e9claration de 1789). Autrement dit, elle est l&rsquo;expression de la majorit\u00e9, ce qui n&rsquo;est pas du tout conforme \u00e0 Rousseau, partisan de la d\u00e9mocratie directe. A ce moment, \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, on assiste sinon \u00e0 la naissance (car il remonte loin), du moins \u00e0 l&rsquo;intronisation, \u00e0 la cons\u00e9cration, du principe \u00e9lectif pour traduire la souverainet\u00e9 de la nation par un vote majoritaire.<\/p>\n<p><strong><em>Aujourd&rsquo;hui, on constate une certaine mis\u00e8re de l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale qui va de pair avec celle de la d\u00e9mocratie, exprim\u00e9 par le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat des \u00e9lecteurs<\/em><\/strong>. Mais n&rsquo;oublions pas qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Rousseau (cf c\u00e9l\u00e8bre citation <em>supra<\/em> sur le peuple anglais qui croit \u00eatre libre), on ricanait d\u00e9j\u00e0 des \u00e9lus qui trahissaient leurs promesses.<\/p>\n<p>On trouvera chez L\u00e9nine des commentaires m\u00e9prisants sur les parlotes des parlements bourgeois, sur la politique dans la coulisse, etc. Mais cette critique ne lui est pas sp\u00e9cifique, elle diffuse dans tout l&rsquo;\u00e9ventail politique, hier comme aujourd&rsquo;hui (aujourd&rsquo;hui chez Marine Le Pen). Ainsi, le sa\u00adcristain de toutes les Russies, le pr\u00e9cepteur ultra-r\u00e9actionnaire du Tsar Alexandre III et premier ministre occulte affirmait\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Nous, les slaves, nous ne d\u00e9comptons pas les voix!<\/em>\u00a0\u00bb Nous avons, ajoutait-il, notre principe du tzar-petit-p\u00e8re pour unifier les peuples de l&rsquo;Empire et ne voulons pas de vos magouilles, combinaisons et corruptions occidentales.<\/p>\n<p>En d\u00e9pit de ce que pr\u00e9disait Staline, dans son fameux petit livre\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le marxisme et la question nationale<\/em>\u00a0\u00bb (1913), o\u00f9 il expliquait que l&rsquo;\u00e9volution historique dissolvait les fronti\u00e8res et entra\u00eenait une r\u00e9duction du nombre de nations, l&rsquo;Histoire semble bien \u00eatre all\u00e9e dans l&rsquo;autre sens (donnant ainsi raison \u00e0 son contradicteur Otto Bauer) puisque les Nations Unies comptent actuellement 193 Etats membres au lieu d&rsquo;une soixantaine \u00e0 la SDN d&rsquo;avant guerre.<\/p>\n<p>Pourtant, cette multiplication n&#8217;emp\u00eache pas la mis\u00e8re de la souverainet\u00e9 nationale et de la d\u00e9mo\u00adcratie qui ressortent des commentaires de certaines personnalit\u00e9s importantes. Par exemple, M. Baroso, pr\u00e9sident de la Commission europ\u00e9enne, ou M. Draghi, pr\u00e9sident de la Banque europ\u00e9en\u00adne ont soulign\u00e9 que les Etats membres de l&rsquo;UE ont accept\u00e9 de tr\u00e8s importantes r\u00e9ductions de sou\u00adverainet\u00e9 dans diff\u00e9rents domaines et se sont demand\u00e9 si la signification de ces r\u00e9ductions avait \u00e9t\u00e9 bien comprise&#8230; Autre exemple, l&rsquo;ancien Pr\u00e9sident du Conseil italien Mario Monti regrettait il n&rsquo;y a pas si longtemps, que \u00ab\u00a0<em>les gouvernements soient les otages des parlements.<\/em>\u00a0\u00bb (!!) en d\u00e9pit du caract\u00e8re tr\u00e8s peu rebelle de ces m\u00eames parlements..<\/p>\n<p><strong>Deuxi\u00e8me Partie. <em>Des \u00e9lections libres au cirque \u00e9lectoral&#8230; \u00ab\u00a0Elections, pi\u00e8ge \u00e0 cons?\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je n&rsquo;oublie pas, poursuit Jean Salem, ce qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 la difficile conqu\u00eate du droit de vote au XIXe si\u00e8cle, que des gens sont morts pour lui, que les Noirs am\u00e9ricains ne l&rsquo;ont obtenu qu&rsquo;en 1965 (sous Lyndon Johnson) gr\u00e2ce au mouvement des droits civiques, que les femmes n&rsquo;ont pu voter, en France qu&rsquo;en 1944, alors qu&rsquo;elles le pouvaient d\u00e9j\u00e0 depuis trente ans en Austalie et Nouvelle-Z\u00e9lande, etc. Je n&rsquo;oublie pas non plus qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une histoire longue et paradoxale. Aux pre\u00admiers temps de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, on distinguait les \u00ab\u00a0<em>citoyens actifs<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<em>passifs<\/em>\u00a0\u00bb et seuls les plus riches (les premiers) avaient le droit de voter (suffrage censitaire). Le suffrage universel, ins\u00adtaur\u00e9 pour la premi\u00e8re fois par la R\u00e9volution de 1848, fit passer l&rsquo;\u00e9lectorat de 235\u00a0000 \u00e0 plus de 9 millions. Puis, d\u00e8s 1950, on se fit peur et on r\u00e9tablit un vote censitaire qui fit retomber le nombre d&rsquo;\u00e9lecteurs \u00e0 3 millions. Avant que Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, pr\u00e9sident \u00e9lu mais \u00e9voluant vers la dictature, ne r\u00e9tablisse le suffrage universel masculin pour se faire pl\u00e9bisciter.. Comme quoi, le despotisme peut se servir du suffrage universel. Heureurement pour la r\u00e9putation de celui-ci que le principe \u00ab\u00a0<em>un homme une voix<\/em>\u00a0\u00bb a marqu\u00e9 la fin de <em>l&rsquo;apartheid<\/em> en Afrique du Sud.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, quatre points sont \u00e0 souligner\u00a0: (1) on ne parle plus que des \u00e9lections; (2) on m\u00e9prise plus vite et plus fort les r\u00e9sultats qui ne plaisent pas, comme ce fameux r\u00e9f\u00e9rendum de 2005 sur la Constitution europ\u00e9enne, rejet\u00e9e en France, aux Pays-Bas et en Irlande; (3) on n&rsquo;h\u00e9site plus \u00e0 faire re-voter les peuples qui \u00ab\u00a0votent mal\u00a0\u00bb; (4) on constate une tendance lourde \u00e0 l&rsquo;hyperabsention dans \u00ab\u00a0une foule de pays occidentaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Wilhelm Liebknecht (p\u00e8re de Karl et cofondateur du parti Social-D\u00e9mocrate allemand) ne disait-il pas que l&rsquo;instauration du suffrage universel ne suffisait pas pour parler de d\u00e9mocratie, qu&rsquo;il ne fallait pas trop lui demander, puisque Napol\u00e9on III et Bismarck ont tous deux proclam\u00e9 le suffra\u00adge universel, et que \u00ab\u00a0<em>dans les deux cas, l&rsquo;octroi du suffrage universel fut le triomphe du despotis\u00adme.<\/em>\u00a0\u00bb Pour Engels, d&rsquo;ailleurs (\u00ab\u00a0<em>Les origines de la famille, de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et de l&rsquo;Etat<\/em>\u00ab\u00a0, 1971, cit\u00e9 par L\u00e9nine au 3<sup>e<\/sup> chapitre de \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;Etat et la R\u00e9volution<\/em>\u00ab\u00a0), \u00ab\u00a0<em>le suffrage universel est l&rsquo;indice qui permet de mesurer le degr\u00e9 de maturit\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re, rien de plus<\/em>\u00ab\u00a0. L\u00e9nine estime m\u00eame que la bourgeoisie l&rsquo;utilise comme un instrument de domination. Mais sa position est nuanc\u00e9e car il constate que cette remarquable critique du parlementarisme, formul\u00e9e par Engels aux lende\u00admain de la Commune de Paris, a \u00e9t\u00e9 monopolis\u00e9e par les anarchistes en raison du comportement opportuniste des Scheidemann, des Sembat et autres \u00ab\u00a0tra\u00eetres au prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0socialistes prati\u00adques\u00a0\u00bb, etc. Comment s&rsquo;\u00e9tonner, dans ces conditions, que le prol\u00e9tariat soit tent\u00e9 par l&rsquo;anarcho-syn\u00addicalisme qui est une autre face de l&rsquo;opportunisme?. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, L\u00e9nine constate que, \u00ab\u00a0<em>dans n&rsquo;im\u00adporte quel pays parlementaire <\/em>[..]<em>, la v\u00e9ritable besogne d&rsquo;Etat se fait dans les coulisses<\/em>\u00a0\u00bb ..tandis que, dans les Parlements, on bavarde afin de duper le bon peuple. Mais d&rsquo;un autre, dit-il, pourquoi les socio-d\u00e9mocrates r\u00e9volutionnaires (les bolcheviques) boycotteraient-ils les \u00e9lections qu&rsquo;on leur conc\u00e8de? Ils se priveraient d&rsquo;une tribune, f\u00fbt-elle parlementaire, pour expliquer et diffuser leurs id\u00e9es. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 [1h 01&prime;]<\/p>\n<p>Pour finir cette seconde partie, Jean Salem r\u00e9sume trois points majeurs de son petit livre \u00ab\u00a0<em>Elec\u00adtions, pi\u00e8ge \u00e0 cons?<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p>(a) le cirque \u00e9lectoral : surench\u00e8re-spectacle et mise en sc\u00e8ne des \u00e9lections sur le mod\u00e8le am\u00e9ri\u00adcain, t\u00e9l\u00e9vision, <em>pom-pom girls<\/em> et sondages permanents,<\/p>\n<p>(b) le pouvoir confisqu\u00e9, les citoyens ayant le sentiment d&rsquo;un \u00e9loignement continuel des v\u00e9ritables lieux de pouvoir, institutions supranationales ou \u00ab\u00a0march\u00e9\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p>(c) l&rsquo;\u00e9lection ininterrompue : nous sommes dans un monde qui vit dans l&rsquo;attente permanente de telle ou telle \u00e9lection. Et en r\u00e9gime d&rsquo;hyperabstention, une toute petite partie de l&rsquo;\u00e9lectorat peut pr\u00e9tendre repr\u00e9senter l&rsquo;ensemble.<\/p>\n<p>Il faut dire, ici, que dans les ann\u00e9es 1975, \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;eurocommunisme<\/em>\u00a0\u00bb a contribu\u00e9 \u00e0 l\u00e9gitimer, \u00e0 sacrali\u00adser ce r\u00f4le des \u00e9lections, ce \u00ab\u00a0cr\u00e9tinisme \u00e9lectoral\u00a0\u00bb qui d\u00e9tourne l&rsquo;attention des luttes au profit de petites affaires \u00e9lectorales dans un roulement de tambour m\u00e9diatique toujours plus fort. Citation de Santiago Carrillo (Secr\u00e9taire du PC espagnol), tir\u00e9e de son livre \u00ab\u00a0<em>Eurocommunisme et Etat<\/em>\u00a0\u00bb (1977), lequel commen\u00e7ait par \u00e9voquer les positions d&rsquo;Engels et de L\u00e9nine que nous avons cit\u00e9es pour affirmer ensuite, qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, les choses avaient tout de m\u00eame bien chang\u00e9. Il disait expli\u00adcitement qu&rsquo;une coalition socialiste (= socialiste et communiste) pourrait acc\u00e9der au pouvoir par la voie \u00e9lectorale et s&rsquo;y maintenir dans une position d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie en consultant r\u00e9guli\u00e8rement les \u00e9lecteurs. Je ne dis pas, ajoute Jean Salem, que ce sont l\u00e0 des propos h\u00e9r\u00e9tiques puisque Maduro, au V\u00e9nuzuela, dit \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames choses, mais enfin&#8230; Doucement, on a rejoint les illusions qui pr\u00e9valaient en Allemagne au tournant du XXe si\u00e8cle et qui sugg\u00e9raient la possibilit\u00e9 de faire l&rsquo;\u00e9conomie des m\u00e9thodes violentes, \u00ab\u00a0<em>blanquistes<\/em>\u00a0\u00bb disait-on. Bernstein en particulier adorait ce mot-l\u00e0\u00a0: toutes les m\u00e9thodes qui n&rsquo;\u00e9tait pas gentiment l\u00e9galistes relevaient de la conspiration, du coup de main, de l&rsquo;aventure. Il opposait volontiers le jeune Marx, \u00e9chevel\u00e9 et gauchiste au Marx de la maturit\u00e9, nettement plus tranquille. En 1977, Fran\u00e7ois Fonvieille-Alquier (1914-2003), ancien r\u00e9sistant et essayiste de talent, avait\u00a0 pos\u00e9 la bonne question dans son livre \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;Eurocommu\u00adnisme<\/em>\u00a0\u00bb (Fayard)\u00a0: comment fonder une action politique sur les \u00e9lections sans tomber dans l&rsquo;\u00e9lecto\u00adralisme?<\/p>\n<p><strong>La Troisi\u00e8me partie, sur les b\u00e9n\u00e9fices de la d\u00e9mocratie formelle, <\/strong>sera\u00e9court\u00e9e sous la forme d&rsquo;anecdotes pour fournir quelques points de rep\u00e8re \u00e0 la r\u00e9flexion, puisque j&rsquo;arrive, dit notre conf\u00e9\u00adrencier, \u00e0 la fois au terme du temps imparti et \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge freudien de \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;anecdotage<\/em>\u00ab\u00a0. En commen\u00e7ant par le souvenir suivant. En 1969, ann\u00e9e dont il faut rappeler qu&rsquo;elle vit une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle [Pompidou] o\u00f9 le candidat socialiste G. Deferre se ridiculisa avec 5% des voix, tandis que le can\u00addidat communiste, J. Duclos, totalisait 21,3%, une plaisanterie circulait parmi les Etudiants Com\u00admunistes de la Sorbonne\u00a0: \u00ab\u00a0<em>il faudrait cr\u00e9er une section socialiste \u00e0 la Sorbonne pour pouvoir fai\u00adre l&rsquo;union avec eux<\/em>\u00ab\u00a0.. C&rsquo;est dire \u00e0 quel point le rapport des forces \u00e9tait disproportionn\u00e9, dans un sens bien oubli\u00e9&#8230; Car il faut tout de m\u00eame rappeler que le parti socialiste &#8211; b\u00e9ni des dieux com\u00adme les USA &#8211; est parvenu cinq fois au pouvoir depuis 1936. A chaque fois l&rsquo;a quitt\u00e9 sans avoir rien chang\u00e9 aux m\u00e9canismes sociaux et en laissant un parti d&rsquo;extr\u00eame-droite prosp\u00e8re. Front populaire (Blum, 1936), Guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie (Guy Mollet, 1955), Mitterand (1981), Jospin (1998) qui privatise plus que la droite, et finalement Hollande et le lib\u00e9ralisme (2012). En 1969, ce parti socialiste qui avait tout vendu, tout brad\u00e9, men\u00e9 des guerres coloniales \u00e0 outrance, etc. \u00e9tait r\u00e9duit \u00e0 sa plus simple expression, incapable d&rsquo;attirer les gens \u00e9pris de justice sociale.<\/p>\n<p><em>Anecdote suivante\u00a0:<\/em> souvenir d&rsquo;une \u00e9cole f\u00e9d\u00e9rale en 1974. Quinze jours de cours, \u00e9conomie, phi\u00adlosophie marxiste, histoire du PC, etc., avec des militants chevronn\u00e9s qui avaient d\u00e9cid\u00e9, pour finir &#8211; \u00ab\u00a0travaux pratiques\u00a0\u00bb &#8211; d&rsquo;aller discuter avec les gens sur le Parvis de la D\u00e9fense et de faire des adh\u00e9sions. Et de chercher le meilleur argument pour que les gens viennent au PC, le grand parti de la classe ouvri\u00e8re <em>et pas au PS<\/em>. Car, apr\u00e8s les \u00e9lections de 1974, la confusion \u00e9tait telle que l&rsquo;Humanit\u00e9 avait re\u00e7u des adh\u00e9sions au \u00ab\u00a0<em>Parti communiste de Fran\u00e7ois Mitterand<\/em>\u00ab\u00a0!..<\/p>\n<p><em>R\u00e9trospectivement, on a d\u00fb faire des erreurs quelque part<\/em>. Car ce parti socialiste dont les d\u00e9put\u00e9s avaient vot\u00e9 les pleins pouvoirs \u00e0 P\u00e9tain et collabor\u00e9 avec Hitler, ce parti qui avait du sang sur les mains avec l&rsquo;Indochine et l&rsquo;Alg\u00e9rie, ce parti qui faisait regretter les gaullistes, eh bien, au final, ce parti socialiste a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0regonfl\u00e9\u00a0\u00bb par la politique du PCF et l&rsquo;on en est venu \u00e0 la situation halluci\u00adnante d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Comment cela a-t-il \u00e9t\u00e9 possible? \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 [1h 13]<\/p>\n<p>D\u00e8s avril 1978, le PC espagnol se rebaptise \u00ab\u00a0<em>parti marxiste d\u00e9mocratique et r\u00e9volutionnaire<\/em>\u00ab\u00a0, en avril 1979, le PC italien abandonne lui aussi la r\u00e9f\u00e9rence au \u00ab\u00a0marxisme-l\u00e9ninisme\u00a0\u00bb et le PCF \u00e0 la \u00ab\u00a0dictature du prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb. En 1979, seize des partis communistes d&rsquo;Europe de l&rsquo;Ouest avaient une repr\u00e9sentation parlementaire. En Italie, les communistes occupaient pr\u00e8s d&rsquo;un tiers des si\u00e8ges au Parlement (201\/630), \u00e0 Chypre plus d&rsquo;un quart, 23% en Islande, 18% au Portugal, en France com\u00adme en Finlande, 17,5%&#8230; Au tournant des ann\u00e9es 1980, <em>pr\u00e8s de dix ans avant la fin du bloc socia\u00adliste,<\/em> replis, conflits internes, divergences entre partis, et surtout fin de la contestation globale et recherche de nouveaux r\u00f4les politiques au sein du syst\u00e8me (capitaliste) ont vite des cons\u00e9quen\u00adces. Bient\u00f4t, les d\u00e9put\u00e9s communistes portugais et fran\u00e7ais, par exemple, ne repr\u00e9sentent plus que 11% et 9% de leur parlement respectif. Aujourd&rsquo;hui, il subsite seulement 8 d\u00e9put\u00e9s communistes sur 577 \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale et l&rsquo;on assiste \u00e0 un abaissement toujours plus gentil et surprenant du nombre de d\u00e9put\u00e9s pour constituer un groupe parlementaire.<\/p>\n<p>La conclusion sera sans doute tr\u00e8s n\u00e9gative. Tous ces groupements de micro-partis, ces coalitions \u00e9lectorales, Bloc de gauche au Portugal, Front de Gauche en France, peut-\u00eatre Syriza en Gr\u00e8ce, ont quelque chose de d\u00e9sesp\u00e9rant et risquent de faire \u00ab\u00a0flop\u00a0\u00bb. C&rsquo;est l&rsquo;effet M\u00e9lanchon qui est pass\u00e9 derni\u00e8rement de 4 millions de voix (pr\u00e9sidentielles) \u00e0 1,8 millions voix (municipales), mais je n&rsquo;ai pas de solution \u00e0 proposer&#8230;<\/p>\n<p>Avant de se taire, un dernier point. On peut, certes, toujours utiliser les \u00ab\u00a0<em>b\u00e9n\u00e9fices de la d\u00e9mocra\u00adtie formelle<\/em>\u00ab\u00a0&#8230; Dans l&rsquo;Antiquit\u00e9, dans une p\u00e9riode de crise absolue au IIIe si\u00e8cle avant JC., les philosophes parlent beaucoup de la conformit\u00e9 des actes aux paroles, \u00e0 l&rsquo;exemple de S\u00e9n\u00e8que (plus tardif mais disciple d&rsquo;Epicure), qui pr\u00e9conisait de souligner de brandir les contradictions du syst\u00e8me. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est certain, lorsque le Pr\u00e9sident des USA (Bush) met son veto \u00e0 un vote du Congr\u00e8s qui refuse la torture, \u00e7a jette un froid dans l&rsquo;Empire. Brandir la contradiction pour faire rebondir les luttes. Sans oublier que l&rsquo;effet fonctionne dans les deux sens\u00a0: Barnave s&rsquo;est sui\u00adcid\u00e9 politiquement en voulant faire une exception aux Droits de l&rsquo;Homme pour maintenir l&rsquo;escla\u00advage aux Antilles. \u00a0 [1h 19]<\/p>\n<p><em><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><em>La discussion n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e. Ici, seulement une liste des th\u00e8mes et des r\u00e9actions.<\/em><\/p>\n<p>Q1. Finalement, la \u00ab\u00a0<em>dictature du prol\u00e9tariat<\/em>\u00ab\u00a0, d\u00e9barrass\u00e9e d&rsquo;une r\u00e9putation aussi ex\u00e9crable qu&rsquo;im\u00adm\u00e9rit\u00e9e, ne serait-elle pas le sommum de la d\u00e9mocratie?<\/p>\n<p>Q2. En Espagne, on a vu derni\u00e8rement des manifestations monstres avec, pour mots d&rsquo;ordre, des principes fondamentaux\u00a0: du pain, du travail, un toit. Les droits de l&rsquo;homme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui?<\/p>\n<p>Q3. Sur le mauvais destin du PCF\u00a0: un effet tardif de Yalta?<\/p>\n<p>Q4. Et la r\u00e9vocation des \u00e9lus qui trahissent leurs promesses. Hollande n&rsquo;est-il pas un exemple embl\u00e9matique?<\/p>\n<p>Q5. Pourquoi la R\u00e9volution fran\u00e7aise a-t-elle si bien fonctionn\u00e9? Je sugg\u00e8re une explication par l&rsquo;effet de la r\u00e9union des citoyens\u00a0: la dynamique de la discussion r\u00e9alise une forme d&rsquo;\u00e9ducation<\/p>\n<p>Q6. Sur le droit naturel. Souvenir d&rsquo;un \u00ab\u00a0droit \u00e0 la vie\u00a0\u00bb et, donc, d&rsquo;un droit aux subsistances n\u00e9cessaires \u00e0 la vie. Des droits \u00e9conomiques allant de pair avec droits de l&rsquo;homme?<\/p>\n<p>Q7. Sur la d\u00e9mocratie ath\u00e9nienne, on parle toujours de P\u00e9ricl\u00e8s et on oublie toujours Clysth\u00e8ne, beaucoup plus authentique.<\/p>\n<p><em>Quelques Notes sur les R\u00e9ponses, mais pas sur toutes.., <\/em><\/p>\n<p>Approbation g\u00e9n\u00e9rale pour les questions en forme de commentaires et qui, par cons\u00e9quent, n&rsquo;appellent pas de r\u00e9ponse directe. N\u00e9anmoins..<\/p>\n<p>&#8211; Sur la d\u00e9valuation de la d\u00e9mocratie. Tout se passe comme si le mot \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb signifiait tout simplement qu&rsquo;aucune r\u00e9volution n&rsquo;\u00e9clate pour \u00e9jecter Hollande (ou ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs).<\/p>\n<p>&#8211; Sur l&rsquo;Espagne. On n&rsquo;a pas id\u00e9e, ici, de la fa\u00e7on dont le pouvoir est d\u00e9l\u00e9gitim\u00e9. Corruption de personnalit\u00e9s, comptes en Suisse, famille royale compromise, etc. Certains groupuscules en sont \u00e0 \u00ab\u00a0r\u00e9diger une Constitution\u00a0\u00bb !!&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Sur les cons\u00e9quences de Yalta et les \u00ab\u00a0zones d&rsquo;influence\u00a0\u00bb, peut-\u00eatre.. Hier la Gr\u00e8ce, aujourd&rsquo;hui l&rsquo;Ukraine (il y a eu un d\u00e9placement)..<\/p>\n<p>&#8211; R\u00e9vocation des \u00e9lus\u00a0: absolument, absolument!.. Depuis trente-cinq ans, le PS amuse la galerie avec le cumul des mandats et les r\u00e9mun\u00e9rations. Il faut revendiquer le \u00ab\u00a0mandat imp\u00e9ratif\u00a0\u00bb [avec d\u00e9mission de celui qui y manque].<\/p>\n<p>&#8211; Sur la question de l&rsquo;association : il faut un m\u00eame endroit pour se rassembler. En tous cas ce n&rsquo;est pas dans le cadre du processus \u00e9lectoral lui-m\u00eame\u00a0: en 2009, il y a eu en moyenne 60% d&rsquo;abstentions.<\/p>\n<p>&#8211; Droit naturel et droits \u00e9conomiques\u00a0: pas de souvenir<\/p>\n<p>&#8211; Sur Clysth\u00e8ne, voir Ranci\u00e8re qui dit des choses int\u00e9ressantes sur le tirage au sort. Sinon, relire les pages de L\u00e9nine sur le \u00ab\u00a0r\u00e9n\u00e9gat\u00a0\u00bb Kautsky et la d\u00e9mocratie. La d\u00e9mocratie qui l\u00e9gitime le statu quo, on la paie tr\u00e8s cher&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[1] Pr\u00e9cisions sur la fin des r\u00e9gimes autoritaires de Salazar au Portugal (1974), des colonels grecs (1974), de Franco en Espagne (1975), de <em>l&rsquo;apartheid<\/em> en Afrique du Sud (1994), des dictatures d&rsquo;Am\u00e9rique latine (Equateur en 1979, P\u00e9rou en 1980, Uruguay, Br\u00e9sil et Bolivie en 1985, Paraguay en 1989, Chili en 1990, Argentine de 1982 \u00e0 1990) et d&rsquo;Asie : celle de Marcos aux Philippines (1986), de Chun Doo Hwan en Cor\u00e9e du Sud (1987), de Taiwan (1988 \u00e0 1996), de Suharto en Indon\u00e9sie (1998).<\/p>\n<p>[2] Pour servir de Pr\u00e9ambule \u00e0 la Constitution de l&rsquo;An I (1793) qui fut adopt\u00e9e par la Convention le 24 juin 1793, ratifi\u00e9e par r\u00e9f\u00e9rendum, mais ajourn\u00e9e le 10 ao\u00fbt 93 \u00e0 cause de la guerre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Grandeur et mis\u00e8re de la d\u00e9mocratie formelle\u00a0\u00bb, par Jean Salem par Les Films de l&#039;An 2. Droits de l&rsquo;Homme, \u00e9lections et d\u00e9mocratie \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;implosion de la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale. Aymeric Monville [DELGA] pr\u00e9sente Jean Salem, professeur \u00e0 Paris I, sp\u00e9cialiste de Marx et du mat\u00e9ria\u00adlisme antique, mais aussi fondateur du s\u00e9minaire \u00ab\u00a0Marx au XXIe &hellip; <a href=\"https:\/\/www.cuem.info\/?page_id=131\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">27\/3\/2014 &#8211; Jean SALEM&nbsp;:<br \/><b>Grandeur et mis\u00e8re de la d\u00e9mocratie formelle<\/b><\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":197,"menu_order":4,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/131"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=131"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/131\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":859,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/131\/revisions\/859"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/197"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cuem.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=131"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}